ANATOMIE PATHOLOGIQUE
Les malades sur lesquelles ont été pratiquées les autopsies qui font la base de cette partie de notre travail sont au nombre de six ; elles ont succombé à des affections viscérales très-diverses ( pneumonie, phthisie, entérite chronique ulcéreuse, etc.), CesJfemmes étaient âgées de cinquante à soixante et dixans^lorsqu’ellteVmoururent, et présentaient les déformations des jointures depuis six, huit, dix aunées., ‘ %
Nous n’avons guère à nous occuper que des lésions qu’ont offertes les parties constituantes et accessoires des jointures, car, disons-le
par avance, les autres organes de l’économie n’ont pas présenté d’altérations qui se rattachent directement à notre sujet.
Ces lésions étaient toujours les mêmes, sauf le degré, quelles que fussent les jointures qu’on ouvrît. Elles étaient, comme on pouvait le prévoir, plus constantes et généralement plus avancées dans les petites articulations des extrémités supérieures que dans toutes les autres; elles portaient à la fois sur les extrémités des os, les cartilages diarthrodiaux, la membrane synoviale. Nous allons les exposer brièvement, car elles n’ont rien qui diffère essentiellement de ce qui a été dit par la plupart des auteurs des altérations propres au rhumatisme articulaire chronique, par Lobstein, de l’épiphlogose articulaire, et tout récemment, par MM. Deville et Broca, de l’arthrite sèche.
Les têtes des os, au voisinagg des jointures malades, paraissent le plus souvent comme imbibées de sang, friables, raréfiées ; elles se laissent aisément pénétrer par le scalpel; d’autres fois la raréfaction^ du tissu osseux est tout aussi remarquable que dans le cas précédent, les cavités médullaires du corps des os paraissent plus grandes que de coutume, leurs,garois sont amincies, mais le tissu spongieux n’est pâs infiltré de sang, ses vacuoles sont comblées par une sorte de graisse demi-liquide. Enfin le tissu des extrémités osseuses peut être plus dur, plus compacte qu’à l’état normal, et en même temps privé de vascularité. Dans ce dernier cas, les parois du canal médullaire ont souvent acquis une épaisseur considérable. Landré- Beauvais avait déjà noté la plupart de ces lésions dans la goutte asthénique.
Les têtes des os présentent presque toujours, au pourtour du cartilage diarthrodiah> ji es espèces de végétations ou stalactites osseuses, qui les circonscrivent en forme de couronne complète ou plus ou moins interrompue. Il est toujours facile de reconnaître que ces pro^ ductions adhèrent complètement aux os, sur lesquels elles sont comme greffées. Elles m’ont semblé parfois molles, rosées, faciles
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a entamer par le scalpel* et d’une apparence cartilagineuse ; d’autres fois elles étaient véritablement ossifiées, et alors elles paraissaient d’une texture spongieuse, et comme vermoulues. En tout cas, elles n’ont aucune ressemblance avec les concrétions lophacées de la goutte.
Les cartilages diarthrodiaux présentent presque constamment soit de simples érosions, soit des ulcérations véritables; Les ulcérations sont de deux espèces : les unes* plus ou moins arrondies, à bords nets et comme taillés à pic, pénètrent toute l’épaisseur du cartilage, dont elles occupent tantôt le centre, tantôt la périphérie. Dans ce dernier cas, elles contiennent souvent très-exactement des replis de la membrane synoviale, qui paraissent moulés sur elles. Les ulcérations de la deuxième espèce ont des bords frangés, mal circonscrits, leur fond est hérissé de^petites houppes flottantes dont l’ensemble présente un aspect velouté. Xae sont, en un mot, les ulcérations velvétiques , comme on dit aujourd’hui;
Dans les cas où les jointures avaient conservé un certain degré de mobilité, la membrane synoviale était injectée, rouge, violacée, comme variqueuse, et de sa face interne, qui était villeuse, partaient des processus plus ou moins ramifiés ; la eavife dé cette membrahe était humide,, tapissée d’une sérosité visqueuse; elle renfermait quelquefois des flocons épais et. laiteux , et souvent; de petits corps étrangers, mobiles ou adhérents. Lorsque les mouvements des jointures étaient, au contraire, plus, ou moins obscurs, ou même presque nais , la membrane synoviale avait en partie disparu. À sa place, 'on trouvait des tractus cellulo-fibreux , dirigés en sens divers et qui nous ont semblé partir du fond, des ulcérations du cartilage, ou, d’autres fois, du cartilage lubmême, devenu e^ pfafojQ fibre il*.
Dans presque tous les cas, la membrane synoviale était doublée à l’extérieur par une série de gaines celluleuses de nouvelle formation , plus ou moins épaisses, quelquefois en partie ossifiées. Ces gaines étaient souvent , sur le cadavre, \a- seule cause qui s’opposât au redressement des jointures déviées. Les ligaments nériba'çticu-
laires ne nous ont pas paru altérés ; il n’en est pas de même des ligaments intra-articulaires, qui avaient quelquefois disparu plus ou moins complètement.
Les muscles des membres dont les articulations étaient atteintes^ d’ankylose^ou de rigidité plus ou moins complète étaient souvent atrophiés etuMltrés de graisse ; ils avaient leur couleur et leur consistance normales, dans tous les cas où les jointures avaient encore conservé quelques mouvements
Ainsi que nous l’avons .déjà, fait pressentir, a part les lésions qui avaient déterminé la mort, les viscères n’ont rien présenté qui doive être signalé ici : les organes urinaires ont été plus spécialement l’objet de notre attention; les reins n’ont offert aucun des caractères de l’altération si bien 'déeWèg; par M. Rayer sous le nom de néphrite goutteuse .
Noos n’avons jamais rencontré soit dans les jointures elles-mêmes, soit dans les parties voisines, les dépôts crétacés qui, pour la plupart des auteurs, constituent le caractère anatomique le plus saillant de la goutte. Rappelons que Landré-Beauvais, qui a fait à la Salpêtrière, ainsi qu’il nous .Papprend lui-même, un grand nombre d’ouvertures de corps, n’a jamais rencontré de ces dépôts, dans les cas où la difformité des articulations semblait annoncer leur existence.
Les altérations articulaires que nous venons de passer en revue, ne sont nullement particulières aux cas gui font l’objet de notre étude ; tous les auteurs en ont signalé l’existence dans des circonstances où les grandes articulations étaient seules atteintes (Bouillaud, Ghomel et Requin.) Ces lésions, on n’en saurait douter, sont le résultat de l’inflammation. Mais l’inflammation qui les produit agit d’une manière lente ; elle désorganise les tissus dans certains points, en même temps quelle engendre ailleurs dès productions nouvelles (corps étrangers, bourrelets osseux) ; elle paraît n’amener jamais, à moins de circonstances étrangères, la production du pus. C’est là un caractère important à noter, que Lobstein avait remarqué déjà, mais qui a surtout été mis en lumière, dans ces derniers temps»
par MM. Deville et Broca, dans leurs éludes remarquables sur l’arthrite sèche ( 1).