‹ Études pratiques de composition française; sujets préparés et commentés pour servir de complément aux Principes de composition et de style et Conseils sur l'art d'écrireChapitre 20 sur 94 · I. — Lettre de consolation · texte numérisé non relu

I. — Lettre de consolation

Cicéron perdit sa fille Tullia en 709. Un de ses amis, Ser. Sulpicius, qui voyageait en ce temps-là en Grèce, lui écrivit une lettre de consolation sur ce triste événement.

La belle et éloquente lettre de Ser. Sulpicius se trouve dans la correspondance de Cicéron [ad Fam.^ IV, 5). Mais inutile d'aller l'y chercher. En analysant les données du sujet, on peut retrouver tout ce que Sulpicius a dû dire.

Cette date de 709, que représente-t-elle dans l'histoire de Rome et dans la vie de Cicéron? Dans quel état d'àmo devait-il être avant la mort de sa fîUe? A qui les coups du sort sont-ils plus cruels, à ceux qui ont déjà l'expérience de la souffrance, ou bien à ceux dont la vie a jusque-là coulé heureusement, et qui sont novices à la douleur?

Cicéron lui-même, qu'est-il? un orateur. Cela nous fournit-il quelque chose? Un homme d'État. Mais ce n'est pas tout : il n'a pas fait seulement des discours judiciaires ou politiques. Il a fait des traités oratoires, politiques, philosophiques. C'est un philosophe. Ce titre ne peut-il être

invoqué par Sulpicius pour l'engager à modérer sa douleur?

Mais il faut penser à la morte aussi. Qu'est-ce que la mort est pour elle? Un mal? un bien? une chose indiiïérente? Qu'est-ce que la mort lui a enlevé? En perdant la vie, que perd-elle? A-t-elle joui de la vie? En jouissait-elle à l'heure où elle est morte? Eu espérait-elle d'autresjouissances pour l'avenir? Que lui réservait la vie, si elle avait vécu? Est-ce sur elle, en somme, ou sur lui-même que pleure Cicéron?

Enfin la méditation de la mort s'impose à nous. Qu'estce que la mort? N'est-ce pas la destinée de l'homme? N'est ce pas la loi universelle de toutes les existences? Quest-ce qui ne meurt pas? Qu'on imagine ce qu'on peut concevoir de plus grand, de plus fort, et qui ait le plus un air de stabilité, d'éternité (Servius voyage dans cette Grèce qui a vu tant de révolutions, et naître et périr tant de cités), et l'on comprendra la nécessité souveraine et générale de la mort.

Le ton des consolations peut varier à l'infini, le détail de l'expression peut différer. Elles tournent toujours autour d'un petit nombre d'idées. A ce que l'analyse des circonstances de la mort deTullia fournit, ajoutez, si vous voulez, l'indignité de se laisser dominer par le désespoir, le devoir de rendre la volonté maîtresse du trouble des sens, la douceur de se souvenir de l'être aimé, à qui l'on peut faire au dedans de soi-même une vie immortelle, et donner une bonté, une grâce supérieures à ce qu'il fut jamais : si c'est un incroyant qui parle, la mort libératrice, raffranchissement des misères de cette vie, le repos définitif dans l'anéantissement éternel; si c'est un chrétien, la mort libératrice encore, mais qui introduit à la vie éternelle, qui nous fait échanger ce mélange de biens et de maux pour le bonheur absolu et sans fin, et la société

de créatures imparfaites pour la vision de Dieu, de l'être infini et parfait. Voilà à peu près tous les thèmes des consolations qu'on a écrites et qu'on peut écrire.

Lisez dans le Choix de lettres du XVIP siècle (Hachette et C'*^) une lettre de Descartes; dans les Exti^oits >les elassiques français de M. Merlet, des lettres de Descartes, de Fléchier, de Féiielon, de Joubert, de Chateaubriand, et la lettre de Pascal sur la mort de son père.

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