Mot inexact, qui fausse l'idée
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moraliste, presque à son insu, n'est pas éloigné de se prendre lui-même pour idéal. C'est là un fort aimable idéal peut-être, mais qui pourrait paraître un peu incomplet et qui aurait toujours le défaut de convenir à un très petit nombre de personnes. Il nous semble donc que Montaigne se place à un point de vue un peu ' étroit et nous voudrions qu'il n'eût pas écrit « que la science ne convient qu'aux personnes élevées en un certain degré de fortune el qu'elle n'a point son vrai usage en mains viles et basses ». C'est là une sorte de préjugé qu'on regrette de trouver en lui, mais qui ne Fempêche pas, du reste, d'émettre des idées excellentes dont tout le monde peut faire son profit.
Une opinion que ne pouvait manquer d'avoir Montaigne, cet épicurien qui hait l'effort et la contrainte, c'est qu'il faut rendre l'étude attrayante. Elle était nouvelle au xvi° siècle, s'il faut en croire la terrible peinture qui nous est faite des collèges d'alors; elle ne l'est plus aujourd'hui. Elle a même été si exagérée, si répétée sous toutes les formes qu'on n'apprécie pas assez le mérite de l'écrivain qui a su comprenrire et dire, en un temps oîi le peu de science qu'on inculquait aux enfants leur coûtait tant d'efforts pénibles, qu'il n'est rien de profitable que ce qu'on fait avec plaisir, et qu'il faut avant tout faire aimer l'étude en la rendant agréable et facile. C'est là une pensée qui revient souvent sous la plume de Montaigne; il s'y complaît et c'est par elle qu'il termine en disant qu'il n'est « rien de tel que d'allécher lappétit et l'affection ». Mais, s'il s'exprime avec énergie et conviction sur le but à poursuivre, il est moins précis sur les moyens à employer. D'après lui, on doit éviter le plus possible les
1. Cette locution « un peu » revient trop souvent. On dirait que vous n'osez pas affirmer toute votre pensée.
COMPOSITIONS d'Élèves. 141
leçons en forme et s'efforcer d'instruire à tout propos et comme en se jouant. Il n'avait peut-être pas songé à la difficulté d'une pareille méthode, et il semble croire qu'aussitôt que le maître aura essayé de rendre le travail moins pénible à l'élève, celui-ci le secondera à merveille, sera pris d'enthousiasme pour l'étude, et que tout marchera pour le mieux ^ Il serait à désirer qu'il en fût toujours ainsi; malheureusement, il n'est ni possible ni désirable de supprimer tout effort pour l'enfant, et il est difficile de le ^ lui faire aimer. Si Montaigne n'a pas l'air de se douter de ces difficultés pratiques, il a du moins invité à les résoudre en proclamant ce principe, aujourd'hui incontesté, qu'il faut « ôter la violence et la force » de l'éducation. Un moyen qui du reste s'offre de lui même pour rendre l'instruction moins pénible et moins ennuyeuse à acquérir, c'est de la simplifier. Montaigne n'a garde de l'oublier; il déclare qu'on doit se borner aux sciences qui peuvent être directement utiles dans le cours de la vie, et rejette dédaigneusement l'astronomie, comme étant « hors de notre usage ». Il est vrai qu'il admet la physique, la géométrie, l'histoire et la philosophie. C'est à cette dernière surtout ^ qu'il donne de l'importance ; il veut qu'on l'enseigne aux plus jeunes enfants; mais il la veut débarrassée de l'appareil de l'école, de toutes les « ronces » dont on l'entoure. Il voudrait même la simplifier au point qu'un enfant pût la comprendre « au sortir de la nourrice ». Il y a là un peu d'exagération, mais il y a aussi une réaction légitime du bon sens contre les complications et les subtilités dont on chargeait alors Tétude de la philosophie. Quant à l'histoire, il voudrait en écarter aussi ce bagage inutile dont on remplissait la mémoire