A la morale, plutôt
des enfants, la réduire à la biographie de quelques grands hommes, et appeler l'attention plutôt sur les idées que sur les faits. Pour ce qui est des langues anciennes, il les considère comme indispensables, mais déplore le temps qu'on passe à les apprendre. Il ne trouve rien de mieux pour remédier à cet inconvénient que de raconter la manière dont on lui a appris le latin; du reste, il paraît sentir combien cette méthode est difficilement applicable, car il ne la recommande pas directement.
Le programme d'enseignement indiqué par Montaigne est donc peut-être un peu incomplet, mais il est tout imprégné de cette idée qu'on doit simplifier, retrancher les choses inutiles, éviter d'encombrer la mémoire et de fatiguer Tintelligence. Yoilà encore une idée juste, et qui trouvera son application dans tous les temps.
Du reste, si Montaigne se montre surtout occupé de rendre l'étude plus facile, d'aplanir la route devant l'enfant, il ne veut pas réduire celui-ci à un rôle purement passif; au contraire. S'il veut écarter les choses inutiles, c'est parce qu'elles alourdissent l'esprit en le fatiguant. Il veut que l'intelligence de l'enfant soit toujours en éveil, qu'il ne se tienne pas silencieux devant son précepteur, ne pensant qu'à écouter et à retenir sans comprendre. L'enfant doit agir, lui aussi; il est nécessaire qu'on lui fasse « goûter et discerner les choses », qu'on l'exerce à en juger par lui-même et à en rendre compte, pour deux raisonâ : d'abord, parce que le maitre doit connaître son élève pour « s'accommoder à sa force » ; ensuite, parce qu'il faut stimuler l'activité intellectuelle et former le jugement de l'enfant. Montaigne insiste sur ce point, qu'il faut penser par soi-même, n'adopter que les jugements qu'on a vérifiés, s'assimiler enfin les idées des autres de telle façon qu'on les ait vraiment « faites siennes ». Il a en cela parfaitement raison ; il considère d'ailleurs Tinstruc-
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tion plutôt comme un moyen de former le caractère que comme une fin en elle-même. Il pense à l'éducation morale en même temps qu'à l'éducation intellectuelle. Sa morale n'est pas fort élevée; il donne simplement quelques conseils au précepteur pour faire de son élève un homme de bonne compagnie. 11 faut, dit-il, l'habituer au silence et à la modestie, lui apprendre à ne pas s'indigner des travers des autres, à n'engager que rarement des discussions et à s'y comporter toujours avec courtoisie et bonne foi. Il conseille encore de ne pas éloigner l'enfant de la fréquentation du monde, car cela élargit les idées. « Que le monde, dit-il, soit le livre de mon écolier. » Il pense très justement qu'en l'habituant ainsi à regarder au loin, à connaître les hommes et les choses, on lui apprend à s'estimer à sa juste valeur. Il pourra ainsi en arrivera ne s'étonner de rien et à s'accoutumer à tout. Ici Montaigne tombe dans l'exagération : il va jusqu'à conseiller d'imiter les gens qui nous entourent, quels qu'ils soient : pour lui, l'essentiel, ce n'est pas de bien faire, c'est de se mettre en harmonie avec les autres, de vivre en paix et en bonne intelligence avec eux. Du reste, il paraît obéir à un ordre d'idées plus élevé S lorsqu'il conseille d'éloigner les hommes du métier de courtisan, qui . « blesse la liberté ». Enfin, si trop souvent il paraît assigner à l'éducation un but peu élevé, il semble avoir entrevu son ^ véritable objet, lorsqu'il a écrit cette phrase, qui est comme le résumé de ce qu'il y a de meilleur dans le chapitre dont nous parlons : « Le gain de notre étude, c'est d'en être devenus meilleurs et plus sages ». — J. H. M.
Le
et des
sujet est étudié; il y a dans le développement du bon sens s idées. Mais c'est incomplet : il ne faut pas omettre l'im-