Explication oiseuse
6. Banal. 11 suffisait de dire : un chien maigre, au poil terne.
1. Même remarque que plus haut. Qu'est-ce qu'il dit? S'il y a plusieurs aveugles, il faut les dilTérencier par leur façon de demander.
8. Cette dernière proposition est plate et terne. Les aveugles sotiI nombreux: qu'en résulte-t-il? que la concurrence est rude et le métier ingrat.
COMPOSITIONS d'Élèves. 159
une pièce de monnaie qu'il fait résonner en agitant sa sébile*; il mêle parfois au son métallique de son gobelet, cette phrase toujours la même : « Ayez pitié d'un pauvre aveugle! » A ses pieds est couché un chien, ce compagnon fidèle et inséparable de l'aveugle, ce guide toujours sûr ^. A la porte de ce jardin public ^, voilà un homme agenouillé. Sur sa poitrine est une sorte de * grossière peinture représentant une explosion. C'est sans doute ^ quelque malheureux ^ mineur privé de la vue par un acci-
1. La phrase traîne : il y a trop de mots. Mais voilà enfin un trait pris sur le vif : au moins, je le vois, je l'entends, cet aveugle. Je l'ai vu, entendu cent fois. — Puisqu'on présente plusieurs aveugles, n'est-il pas naturel que l'un d'eux au moins chante : et que chantent les aveugles? Toujours ce qiïi contraste avec leur infirmité et leur sombre existence. Entendez l'aveugle du Pont-Neuf, dans la touchante poésie de M. Manuel :
Cet air autrefois m'a bercé :
La simplicité m'en est chère; Mais qu'il est triste ainsi faussé!
C'est : « Que ne suis-je la fougère! » Pauvre vieillard, aveugle-né, Couiprends-tu ta chanson naïve, Toi dont jamais l'œil étonné N'a vu forêt, campagne, ou rive?
Et cet autre d'un roman moderne : « Il chantait une petite chanson en suivant les voitures :
Souvent la chaleur d'un beau jour Fait rêver fillette à l'amour.
Et il y avait dans tout le reste des oiseaux, du soleil et du feuillage. » Voyez-vous comme la même réalité s'est imposée au poète délicat et au romancier brutal?
2. Banal : supprimez ce chien, bon pour une romance sentimentale et poncive.
3. Sec. Pourquoi ce jardin public? Qu'est-ce qu'il est? Quelle sensation provo(iue-t-il en nous par ses feuillages verts, par la foule qui le fréquente?
4. Ce n'est pas une sorte, c'est bien une grossière peinture.
5. 11 n'y a pas de doute. — Comment l'explosion est-elle figurée? Avec quelle naïve vitalité? Des flammes très rouges, des pierres et des membres humains qui jaillissent en l'air.
6. L'épi thète sensible n'aide pas à l'efTet. — Apprenez-nous la chose en nous faisant voir le tableau, en déchiffrant la légende.
dent. Il tend sa casquette aux gens qui passent, d'un air triste, sans rien dire : son écriteau et ses yeux fermés parlent assez pour lui.
Là, c'est une femme, toute couverte de haillons, aux traits souffrants et fatigués ^ portant dans ses bras un pauvre petit être, empaqueté dans des lambeaux d'étoffe, et ayant auprès d'elle un autre enfant qui marche à peine, et qui accoste tous les passants, leur tendant la main en disant : « La charité s'il vous plaît! » faisant, hélas! de bien bonne heure l'apprentissage de la misère et de la mendicité *.
Ici, sur les marches d'une église, une vieille femme est assise, elle est aveugle et peut à peine marcher; un chapeau de paille bien usé et d'une couleur sans nom couvre de ses larges bords son visage ridé; une vieille, très vieille mante, d'une nuance aussi difficile à définir que celle du chapeau, enveloppe la pauvre femme, qui grelotte sous ce mince abri et qui tend à tous ceux qui passent sa sébile dans laquelle résonne une pièce de monnaie ^
Et devant tous ces indigents, tous ces infirmes, on voit circuler une foule gaie, affairée, chaudement vêtue. Car c'est ainsi que va la vie :
Une loi, qui d"en bas semble injuste et mauvaise. Dit aux uns : Jouissez; aux autres : Enviez!
Quelques passants laissent bien tomber une aumône dans la main de tous ces pauvres. Mais beaucoup aussi