PRÉFACE. I
dessein de les déposer aussitôt qu'elles ne seront plus utiles. Au contraire, il faut rapporter chaque sujet à votre nature, le mettre en contact avec votre expérience, et tirer le fond du développement qu'il recevra de cet ensemble complexe de sentiments et d'idées qui sont en vous antérieurement au besoin particulier, et qui continuent à y être après ce besoin passé.
Il importe donc, on le conçoit sans peine, d'avoir développé le plus possible sa nature en tous les sens, et d'avoir, par la lecture, par la conversation, par la réflexion, par tous les moyens enfin, enrichi sa sensibilité, son imagination et son intelligence. Plus on aura de vivacité de sentiment, plus on aura emmagasiné dans son esprit de sensations, d'images, d'idées, prêtes à être rappelées au besoin, et plus on sera en état de bien écrire. La préparation particulière ne sera efficace et féconde que si cette préparation générale la précède.
Mais voici le pas difficile à franchir : dans cet écheveau d'impressions et de pensées qui sont antérieurement en nous, comment trouver, comment saisir le fil dont on a besoin dans un cas particulier? comment produire ce contact, établir cette communication entre les données d'une narration ou d'une dissertation, et notre vie intérieure? Comment accrocher en quelque sorte ce sujet à l'une des séries de pensées qui sont déjà formées en nous? Les commençants connaissent bien cet embarras, quand ils se plaignent que la matière dictée ne leur dit rien. Gom-