‹ Études pratiques de composition française; sujets préparés et commentés pour servir de complément aux Principes de composition et de style et Conseils sur l'art d'écrireChapitre 8 sur 94 · PRÉFACE. XI · texte numérisé non relu

PRÉFACE. XI

germe, et qu'un souffle peut sécher. Et c'est souvent ce qui arrive ; si Ton n'y prend garde, c'est précisément là où renseignement paraît avoir été le plus efficace, qu'il a été le plus funeste. L'incapacité de penser par soi-même, l'insincérité habituelle, voilà souvent la rançon des succès scolaires, qui semblent attester au maître que son efl'ort a été fécond : voilà le revers de cette brillante facilité qui fait les héros de concours.

Il ne suffit donc pas d'habituer l'élève à trouver quelque chose, il faut qu'il le trouve en soi : tout le problème est là. Je ne sais guère ici que la méthode socratique qui puisse avoir une absolue efficacité, à la condition que le maître s'efface plus que ne faisait Socrate, et laisse le rôle actif à l'élève; mais pour s'appliquer, cette méthode suppose l'enseignement oral, et presque même l'éducation privée : car il faut, pour diriger sans le froisser ce jeune esprit qui essaye sa force, il faut beaucoup de temps; il faut respecter ses indécisions, ses tâtonnements, ses piétinements, ses reculades, ses silences même et ses arrêts; il faut surtout l'observer, le regarder aller, le suivre, et parfois d'une main délicate le soutenir en un passage difficile, d'un mot ranimer son découragement, d'un signe le ramener à la piste perdue. Le maître doit agir par sa présence plus que par sa parole : il suffit qu'il soit là pour que l'élève prenne de l'audace, sûr d'être repêché, s'il se noie.

Ce qu'il y a de meilleur, après cela, et ce qu'on peut faire dans un établissement public, c'est de remuer

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