CHAP. IV
réimpression, et conséquemment l’auteur n’a pu faire aucune correction à son ouvrage. Mais il souffre cette supercherie qui ne blesse pas son amour-propre, et qui donne une sorte de crédit aux entreprises de son libraire. On a même souvent signalé dans le Journal de la Librairie des secondes éditions d’ouvrages dont les premières étoient inconnues \
Les ouvrages d’auteurs vivans qui reçoivent réellement les honneurs de la réimpression , sont le plus généralement aujourd’hui ceux qui traitent des sciences, des arts , du droit et de l’histoire. Lorsque la copie imprimée destinée a une nouvelle édition est remise a F imprimeur , il y a lieu d’espérer qu’elle a été soigneusement révisée par l’auteur, qu’il aura fait d’avance toutes les corrections et changemens jugés nécessaires, et qu’il aura effacé jusqu’aux taches de style , pour charger d’autant moins les épreuves. Je citerai encore à ce sujet lord Byron, dont la Correspondance présente aux auteurs et éditeurs tant d’utiles renseigne-
1 Dans ces derniers temps le charlatanisme d’éditions supposées s’est tellement propagé, que les libraires-éditeurs du roman de Cinq- Mars ou une Conjuration sous Louis xm , par le comte Alfred de Vigny, ont cru nécessaire de venir en aide à l’auteur pour certifier le succès de son livre, parvenu à une cinquième édition. Dans la préface de cette cinquième édition ( 1 835 ) , l’auteur dit : « Puisqu'il m’est prouve que ce livre a en lui quelque vitalité; « et les éditeurs d’ajouter en note : « Cinq éditions réelles et des traductions dans « toutes les langues peuvent en etre la preuve. » Le qualificatif ? eelles indique assez clairement qu’il y a des éditions qui ne sont pas i celles. Cette distinction, établie par les libraires eux-mêmes, ne laisse pas que d’être curieuse, et caractéristique de notre époque bibliopolique
mens typographiques. A l’occasion d’une réimpression de Childe-Harold , il recommande à son éditeur la plus grande surveillance à l’égard de la correction, et il indique, dans la dernière note de ce poëme, le mot responsible répété à très peu de distance, et qu’il fait changer par answerable . Assurément un pareil scrupule ne viendrait pas à un écrivain vulgaire.
Si l’édition donnée pour copie est sortie des presses du même imprimeur, il examinera encore l’ensemble de l’ouvrage, pour rectifier les dispositions typographiques qui lui paraîtraient défectueuses ou susceptibles d’amélioration. S’il a été fait un errata , il s’assurera que toutes les fautes qui y sont mentionnées ont été exactement rectifiées dans le texte ; et il les corrigera a 1 instant, si 1 auteur avoit omis de le faire, ce qui arrive souvent. Lorsque le livre à réimprimer sort b une autre officine, il indiquera tous les changemens typographiques qu’il jugera convenables, et conformes aux méthodes de travail usitées dans son atelier; car I entente typographique tient au goût et à l’intelligence de 1 imprimeur, et pour être satisfaisante d’une certaine manière, elle peut cependant recevoir des modifications qui lui assignent un autre caractère. C’est ce qui fait que diverses éditions d’un même livre , sorties d imprimeries différentes , ont chacune une physionomie particulière , que l’œil exercé des connoisseurs sait discerner à l’avantage ou au désavantage de ces éditions.
Après cet examen préalable, la copie imprimée est remise au metteur en pages , et la lecture, la correc-