DE L’IMPRIMERIE SOUS LES RAPPORTS LITTÉRAIRES
DE L’iMPRÎMERlE DE PARIS.
Son origine et son accroissement. — Protection qui lui est accordée par les rois de France. — Historique de l’esprit, des mœurs et des usages des premiers temps de l’Imprimerie, établi par les édits, ordonnances et réglemens qui la concernent.
Le génie de Guttemberg avoit conçu Part de fixer sur le papier P empreinte des caractères de récriture, taillés en relief : l’imprimerie étoit découverte. Fust et Schoeffer surmontèrent le dernier obstacle qui retenoit son essor : ils gravèrent isolément sur le métal, et multiplièrent à F infini les caractères, qui, dans les premiers essais, avoient été sculptés sur des planches de bois. La taille des poinçons et la frappe des matrices
opérèrent cet effet merveilleux. L’art typographique fut accompli presque à sa naissance. (Années i44° ‘à T 45o.)
Cette admirable invention, qui étoit regardée comme l’oeuvre de la Divinité même, fut accueillie par une reconnoissance universelle. Plusieurs villes se sont disputé l’honneur d’avoir donné naissance à l’imprimerie ; mais il ne reste aucun doute sur les productions qui signalèrent sa découverte. Le premier usage de P imprimerie fut consacré, par ses inventeurs, à propager la connoissance des saintes Écritures, et à répan dre la parole de Dieu.
L’intelligence humaine, fortifiée et enrichie tout à coup de celle des siècles antérieurs , alloit jouir enfin de ce magnifique héritage littéraire qui avoit traversé les âges avec tant de peine et de dangers , et qui, plus que jamais, étoit menacé d’être anéanti 1 .
Des hommes d’une grande sagesse et d’une profond savoir, se Louvoient prêts en France et en Italie pour diriger les premiers travaux de l’art typographique. Les principales villes de l’Europe s’empressèrent d’attirer dans leurs murs les ouvriers des inventeurs de l’imprimerie, pour former des établissemens , et exploiter les richesses littéraires qu’elles possédoient en manuscrits.
Sous ce rapport , Rome étoit alors la ville la plus favorisée, et, avec la protection du pape Paul II, elle
1 Mahomet assiégeoit Constantinople en 1 453. Les Grecs ne pouvant plus sauver la capitale de leur empire, sauvèrent les manuscrits les plus précieux, et les transportèrent en Italie.
fut aussi l’une des premières qui profitèrent des bienfaits de la découverte *. L’auteur du premier ouvrage sorti des presses romaines est l’un des plus illustres Pères de l’Église : Conrad Swenlieym et Arnold Pannartz imprimèrent, en 1467, le Livre de la Cité de Dieu de saint Augustin , et le caractère qu’ils y employèrent retint le nom de Fauteur du livre , et le conserve encore1 2. Dans la même année, les mêmes imprimeurs publièrent les É pitres familières de Cicéron, in-folio; et le nom du prince des orateurs de l’ancienne Rome resta également attaché aux caractères qui avoient servi à l’impression de ce volume 3.
1 Dans la dernière année du xve siècle, il y avoit à Rome plus de vingt imprimeries.
a C’est le caractère appelé Saint- Augustin , qui correspond au 12 dans la division par points typographiques.
3 C’est le Cicero , qui correspond au 11. Ces désignations anciennes et caractéristiques ne s’effaceront pas de la langue des typographes ; ils ont trop d’obligation à l’éloquence pour cesser de lui rendre un hommage dont leurs prédécesseurs leur ont donné l’exemple.
La désignation primitive des caractères ne peut empêcher d’ailleurs dereconnoître que leur dénomination, dans les ateliers, par leurs points typographiques correspondans, ne soit très rationnelle, et que l’usage des caractères établis d’après ce système n’offre les avantages réels de la précision , de la justesse et de la célérité pour l’exécution de certains travaux. Mais si l’auteur d’un Poëme sur la Typographie , p. 226-27, in-8°, i832, avoit mieux compris ma pensée, il se seroit épargné une longue remarque, un peu oiseuse, sur cette désignation ancienne des caractères, que je rappelle ici, et qui ne pouvoit être omise dans un ouvrage qui traite spécialement de la partie littéraire de l’imprimerie. Il est vrai que ce n’est pas sous ce point de vue que le plus grand nombre des typographes considèrent aujourd’hui l’imprimerie, qu’ils entendent tout différemment.
Ulric Han ( Udalricus Gallus)1 vint à Rome vers la meme époque , et eut pour collaborateur Antonius Campanus, évêque de Teramo, qui préparait et collationnoit les manuscrits , fournissoit les copies et cor» rigeoit les épreuves.
Ce savant , étonné de la rapidité avec laquelle s’opéroit l’impression des volumes dans l’imprimerie d’Ulric Han , mit à la fin des Philippiques de Cicéron une épigramme de six vers , dont voici les deux derniers :
Imprimit ille die quantum vix scribitur an no 2 ;
Ingenio haud noceas , omnia vincit homo.
Deux Allemands , Jean et Vindelin de Spire , établirent les premières presses à Venise en 1469; et Jean André, évêque d’Alérie , s’employa pour eux , comme
1 Gallus ne veut pas dire qu’il fût Français ; Ulric Flan étoit Allemand. Gallus est ici la traduction du mot Han , qui signifie coq .
2 Ce vers, que beaucoup d’écrivains ont cité sur le même sujet, a été souvent imprimé avec la faute : Imprimit illâ ou ilia die , etc. , comme on le trouve dans les Vindiciœ typographie ce de Schoepflin , 1760, in~4°, p- 5, note e ; dans Y Essai historique sur l’ Imprimerie, par J. Porthmann , p. 67, in-8°, 1810 ; dans le Catalogue de la Bibliothèque de Lyon , par A. F. Delandine, in-8°, 1812 [Belles-Lettres , tome 1, p. i5 ), etc. Au second vers, on lit noceas ou noceat dans plusieurs ouvrages. Aucun imprimeur ne peut donc être certain que cette citation à l’éloge de l’imprimerie ne sortira pas ainsi fautive de ses presses , si les auteurs n’ont pas l’attention d’en donner une copie exacte. — On voit eu effet que Y Essai historique sur l’Imprimerie, de J. Porthmann, imprimé pour la troisième fois en i856 sous le titre à? Eloge historique de V Imprimerie , a conservé la faute de la première édition ilia die , avec surcroît d’une seconde faute contre la mesure, dans cette troisième édition, où le mot ilia est imprimé illâ ( page 1 1 , note 1 ).
DE L’IMPRIMERIE DE PARIS
le faisoit à Rome F évêque de Teramo pour Ulric Han. On voit que les personnages les plus éminens de l’Église, et les plus distingués par leur érudition , participèrent aux développemens de F imprimerie, l’assistèrent dans ses travaux, et partagèrent l’admiration qu’avoit excitée la découverte de cet art.
L’introduction de l’imprimerie en France est également due à des théologiens qui appartenoient à cette célèbre Société qu’on avoit surnommée le Concile perpétuel des Gaules. Dans l’année 1469, Ulric Gering , natif de Constance, vint à Paris à la demande de Guillaume Fichet T, docteur de Sorbonne, et à la recommandation de son ami Jean de La Pierre {Von Stein) , Allemand d’origine, recteur de l’Université, et prieur de Sorbonne. Gering étoit accompagné de deux associés , Martin Crantz et Michel Friburger • tous trois ils avoient appris Fimprimerie à Mayence .
1 On écrit fort peu aujourd’hui sur Fimprimerie, et Fon doit re» connoître, chez le petit nombre de ceux qui s’occupent de ce sujet, un zèle tout-à-fait désintéressé. C’est sous ce rapport qu’un ouvrage de M. L. Pelletier, intitulé : la Typographie, Poëme {Genève, i832, in-8°), mérite d’être considéré. Ce poëme est divisé en quatre époques, et chacune d’elles est suivie d’un grand nombre de notes et d’observations pratiques sur Fimprimerie, qui ont été recueillies avec assez de soin pour qu’il ne soit pas inutile d’indiquer une incorrection échappée à Fauteur. Dans une note (page 60), il dit que Gering vint à Paris en 1469, pour y établir la première imprimerie conjointement avec Guillaume Fichet, ce qui n’est pas exact. Fichet étoit docteur de Sorbonne , et ne se mêla point de Fimprimerie qui fut élevée par Gering, dans les bâtimens de la Sorbonne, conjointement avec Martin, Crantz et Michel Friburger, ses associés.
Ce fut dans le commencement de Tannée i47°> ta dixième du règne de Louis xi, qu’Ulric Gering commença d’imprimer dans une des salles du college Sorbonne. Dès cette année , les trois associés déployèrent une grande activité et beaucoup d’habileté dans leur art; et, ce qu’on ne peut assez admirer, vingt années suffirent pour développer et fixer des procédés d’exécution qui , pendant près de trois cents ans , n’éprouvèrent aucune variation ' , et sont encore aujourd’hui presque entièrement les mêmes.
Le premier ouvrage imprimé par les presses de l’Université et de la Sorbonne, fut celui que réclamoit alors l’état de dépérissement des bonnes lettres en France , dans un temps « où leur étude étoit négligée , et où la « pureté de la langue latine étoit inconnue, et presque « éteinte par les termes barbares de la philosophie. » Gaspcirini P ergamensis , Clarissimi Oratoris, Epistolarum Liber , in-/|° 1 2, fut donc le premier qui reçut en France les honneurs de l’impression, et le docteur La Pierre en fut l’éditeur. Gasparino de Bergame , qui avoit été professeur à l’Université de Padoue , étoit mort depuis quarante ans ; mais il avoit ramené en
1 Lettre du 2 5 janvier 1798, sur V état de l’ imprimerie à Mayence, adressée à M. François de JNeufcMteau, par M. Rudler, commissaire du Gouvernement (au Chapitre Inventions et Perfectionnemens).
2 Yoici le titre plus complet de cet incunable de l’imprimerie de Paris : Gasparini Pergamensis ( Bergomensis ) Epistolarum opus per Joannem Lapidarium , Sorbonensis scholœ Priorem, multis vigilus ex corrupto integrum ejfectum , ingcniosa arte impressoria in lucem redactum .
Italie le goût de la bonne latinité et de la saine littérature, et ses ouvrages jouissoient alors d’une grande réputation. Gering et ses associés, aidés, dirigés dans leurs travaux par les conseils des savans docteurs, mirent successivement sous presse les ouvrages des meilleurs historiens de l’antiquité ; le docteur La Pierre préparoit les copies et prenoit soin de la correction des épreuves.
Le docteur Ficliet, en France, avoit rendu un aussi grand service aux études que Gasparino en Italie. Il dit dans une de ses lettres que l’on ne s’appliquoit point avant lui à l’éloquence , et qu’on ne se souvenoit pas que personne eût, jusqu’alors, enseigné cette science, ou même en eût écrit les préceptes , à cause de la difficulté qu’il y avoit à le faire. Il établit à la Sorbonne un cours public de rhétorique qui attiroit un grand nombre d’auditeurs. On avoit répandu des copies de ses leçons : mais elles étoient incorrectes et inexactes
comme presque toutes celles que fai soient les scribes à cette époque. Fichet profita bientôt du nouveau moyen qu’il avoit sous la main pour répandre son ouvrage , et lui donna , par la correction , tout l’avantage qui manquoit aux manuscrits. « Cette première rhéto- <( rique de l’Université, dit Chevillier % fut ainsi eom- « posée, dictée , et imprimée en Sorbonne. »
Dans une lettre écrite en latin et placée en tête des Lettres de Gasparino , Fichet fait des plaintes très vives sur la négligence et l’ignorance des scribes ( stationa -
De l Origine, de V Imprimerie de Pans .
rii ) , à P époque de rétablissement de l’imprimerie à Paris. Cette lettre est assez curieuse pour être rapportée tout entière , telle qu’elle est traduite dans Y Histoire de V Imprimerie et de la Librairie, par La Caille , page 54*
Guillaume Fichet, Docteur de Paris en Théologie , à Jean de La Pierre , Prieur de la Maison de Sorbonne , Salut.
(( Les Epîtres de Gasparino de Bergame que vous (( m’avez envoyées depuis peu , sont remplies d’agré- « ment ; car, outre qu’elles sont imprimées fort net- « tement par vos ouvriers d’Allemagne, vous avez pris « la peine vous-même de les corriger avec beaucoup ((d’exactitude. Gasparino vous est beaucoup obligé, (( puisque , de corrompu qu’il étoit auparavant , vous « l’avez rendu parfait par vos soins et par vos veilles ; (( mais quelles actions de grâces ne devroient pas vous (( rendre les docteurs de Paris , de ce que non seule- (( ment vous remplissez fort bien les devoirs de votre (( charge , en vous appliquant fortement h la théolo- (( gie , mais aussi de ce que vous employez vos soins et a vos peines à rétablir les auteurs latins ? En vérité , il (( faut être aussi savant et aussi honnête homme que (( vous êtes , puisque, après avoir présidé avec beaucoup (( de gloire, et avec l’applaudissement de tout le monde, (( aux thèses de Sorbonne , vous donnez encore , par (( votre seule industrie , le lustre et l’éclat aux belles- « lettres, qui étoient presque ensevelies dans les ténè-
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(( bres par l’ignorance de notre temps ; car , outre « plusieurs pertes d’ouvrages que la république des « lettres avoit faites , elle avoit encore le déplaisir de « voir tous les autres livres presque devenus barbares (( par la faute des scribes ; mais je suis bien aise que « vous ayez chassé cette peste de la ville de Paris. Les « imprimeurs que vous avez fait venir d’Allemagne (( rendent les livres fort corrects , et fort semblables (( aux manuscrits , puisque vous faites en sorte qu’ils (( 11e mettent au jour aucun ouvrage que vous ne l’ayez « corrigé auparavant par la confrontation de plusieurs « exemplaires. C’est pourquoi ils devroient vous don- « ner les louanges que vous méritez, et que donnoit « autrefois Horace a Quintilien % censeur des poésies « de son temps , puisqu’ils ont le plaisir de goûter de « la fontaine de lait, plus douce mille fois que le miel , (( qui coule de l’éloquence agréable de Gasparino , et
1 II y a Quintilien dans la traduction de La Caille , et Quintilio dans le texte latin donné par Chevillier, page 4'i de Y Origine de l’Imprimerie de Paris ; mais il faut lire Quinctilius , et non Quintilien, le rhéteur. Le docteur Fichet fait allusion à ce vers d’Horace :
Quinctilio si quid recitares : corrige , sodés.
Hoc .... ( Ars Poet. , vers. 438.)
C’est à ce Quinctilius Varus qu’Horace a adressé l’ode xvm du liv. ier, sur l’usage du vin. Dans l’ode xxive du même livre, le poète donne des consolations à Virgile sur la mort de Quinctilius, leur ami commun. On y lit ces vers pleins de sentiment :
Multis ille quidem flebilis occidit- Nulli Jlebilior quam tibi , Virgili.
Et ce précepte, qu’il est si souvent utile de se rappeler dans le cours de la vie, surtout lorsqu’on est imprimeur:
Durum ; sed levius fit patientia ,
Quicquid corrigere est nefas.
(( de celle de plusieurs autres beaux génies de cette (( ville ; ce qu’ils font de jour en jour avec plus d’avi- (( dite, depuis que la rudesse en a été ôtée. Pour moi, « je souhaiterois de tout mon cœur, à l’exemple de « ce que disoit Platon , à la louange d’Aristote, d’avoir « le plaisir de demeurer avec celui de qui je lis les ou- « vrages avec tant d’affection. Adieu ; aimez toujours
« celui qui a beaucoup d’attachement pour vous. Ecrit « en Sorbonne par la main de FICHET. »
Les premiers livres imprimés par les presses de la Sorbonne , comme tous ceux du même temps , présentent des imperfections qui tenoient en partie à l’imitation que l’on vouloit faire des manuscrits. Cette imitation a été abandonnée peu à peu ; mais il en est encore resté jusqu’à nos jours certains usages , tels que les lettres de deux-points employées au commencement des Chapitres , les initiales avec ornemens , ou lettres grises, qu’on essaie de remettre en vogue, etc. Les presses n’avoient pas alors toute la précision et toute la solidité nécessaires pour donner un tirage parfaitement égal : aussi remarque-t-on dans les livres de cette époque des mots à demi imprimés, que l’on a terminés à la main ; quelques titres sont restés en blanc faute de caractères ; il n'y a point de lettres initiales imprimées au commencement des Livres et Chapitres; la place en étoit réservée pour les peindre en or ou en couleur. Beaucoup de mots sont abrégés comme dans les manuscrits ; mais ce qui constitue la solidité et la durée des livres , fencre et le papier étoient déjà d’une qualité supérieure.
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On ne voit pas de lettres capitales dans ces premières productions ; elles n’existoient pas encore. Un François, Nicolas Jenson *, graveur des monnoies à Tours, avoit été envoyé à Mayence par Charles vii , vers i z^58 , pour apprendre Fart de F imprimerie chez Schoeffer; mais, au lieu de revenir en France , il se rendit à "Venise, où il établit une imprimerie. Mettant alors à profit son talent pour la gravure , il imagina les caractères romains, dont il emprunta les majuscules ou capitales, à l’écriture latine, et il donna aux minuscules une forme qui participoit de celles des lettres latines , lombardes , saxonnes et francoises. Ce caractère fut appelé romain, parce que c’étoit avec l’écriture romaine qu’il avoit le plus d’analogie, et c’est celui qui est aujourd’hui universellement en usage dans l’imprimerie ; caractère dont les formes sont si agréables , si amies de l’œil , lorsqu’elles ne sont pas tourmentées par le burin des artistes, lorsque les pleins n’en sont ni trop grêles ni trop gras , lorsque les lettres ne sont ni trop serrées, ni trop larges, ni trop rondes , ni trop anguleuses, lorsqu’enfin elles réunissent la justesse des proportions à l’élégance et à la simplicité du dessin.
Peu d’années après, Aide Manuce imagina les caractères italiques % ou penchés ; et la typographie se trouva
1 Les historiens de l’Imprimerie de Paris , Chevillier et La Caille , disent que ce fut Louis xi qui envoya Jenson à Mayence, pour apprendre le nouvel art défaire des livres. M. Capelle , appuyé des recherches de M. Nodier, conservateur de la Bibliothèque de l’Arsenal, a réfuté cette assertion dans son Manuel de la Typographie française.
Ces caractères, employés pour la première fois dans le Virgile de j5oi , furent gravés par François de Bologne.
dès-lors pourvue de ce qui lui manquoit encore pour différencier les textes , et donner de la variété aux diverses parties d’un livre.
Le caractère romain , semblable à celui de Jenson , ne fut mis en usage , à Paris , que dans l’année 1 5oi , par Josse Bade. Celui dont se servoient les imprimeurs de Sorbonne étoit de forme un peu carrée , et il avoit quelques rapports avec certaines lettres de l’écriture latine. Je ne suivrai pas ici les améliorations successives qui ont été introduites dans l’imprimerie de Paris , elles feront le sujet d’un Chapitre spécial , sous le titre Inventions et Perfectionnemens ; mais je puis déclarer à l’avance que si la liste des essais en ce genre est fort étendue , celle des procédés réellement avantageux à P imprimerie l’est infiniment moins.
Dans la quatrième année de l’établissement d’Ulric Gering à la Sorbonne , ses deux protecteurs et amis , Fichet et de La Pierre, quittèrent Paris: Fichet, pour se rendre à Rome , où il étoit appelé par le pape Sixte iv ; et de La Pierre, pour s’enfermer dans un couvent de Chartreux, près de Bâle. Gering transporta alors ses presses dans une maison de la rue Saint-Jacques, à côté de l’église Saint-Benoît, en 147 3. Les associés de Gering, Martin Crantz et Michel Friburger, retournèrent en Allemagne, dans l’année 1478; et cinq ans après, Gering changea encore de domicile, et vint occuper une maison rue de Sorbonne , sur laquelle il replaça l’enseigne du Soleil d'or, qu’il avoit prise rue Saint- Jacques. Cette maison, qui appartenoit à la Société de Sorbonne, occupoit une partie du
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terrain qui forme aujourd’hui la place de même nom. Gering prit pour associé , à cette époque , Berthold Rembolt, de Strasbourg. Cette nouvelle association donna une nouvelle activité aux entreprises de Gering» dont l’imprimerie prit encore un plus grand accroissement. Il est à remarquer que sur trente à quarante ouvrages imprimés par Gering, pendant la seconde et la troisième période de son établissement, on en compte à peine cinq ou six qui ne soient pas des livres de religion. C’est ce que l’Ordonnance de Louis xn 1 fait ressortir, en signalant les services rendus par F imprimerie à la foi catholique et a la propagation des bonnes et salutaires doctrines.
Le premier imprimeur de Paris parvint à acquérir une grande fortune , ce qui ne s’est peut-être jamais rencontré après lui. Mais il est plutôt à croire qu’il possédoit déjà des fonds considérables lorsqu’il vint s’établir à Paris. Dès l’année i/jy4 ? des lettres de naturalité avoient été accordées à Gering et à ses associés par Louis xi, en faveur <£ aucuns de ses principaux officiers. Ces lettres étoient nécessaires pour que les biens-meubles et immeubles qui seroient laissés par ces trois étrangers au jour de leur décès, ne fussent pas saisis au profit du Roi , en vertu de son droit d’aubaine. Elles leur donnoient aussi la faculté de disposer, par testament, de tous leurs biens; ce qui servoit parfaitement les vues des pauvres maîtres a. Gering ,
1 F oyez ci-après, page .28.
a C’est le nom que le fondateur Robert Sorbon avoit donné aux
qui n’étoit pas marié , légua la majeure partie de son bien à la Maison de Sorbonne , comme un témoignage de sa gratitude envers ses protecteurs , et laissa le reste au collège de Montaigu. Voici la teneur de ces lettres de naturalité , qui ne se trouvent dans aucun Recueil imprimé, et dont l’original est conservé dans les Archives du royaume * 1 .
c Loys , par la grâce de Dieu , roy de France, savoir « faisons à tous présens et à venir, Nous avoir receue « humble supplication de noz bien-amez Michel Fri- « burgier, Uldaric Quering, et Martin Grantz, natifz « du pays d’Alemaigne, contenant : Que ilz sont venuz « demourer en nostre royaume puis aucun temps en « ça, pour l’exercice de leurs ars et mestiers de faire « livres de plusieurs manières d’escriptures en moslé et « autrement, et de les vendre en ceste nostre ville de « Paris , où ilz demeurent â présent , et ailleurs où « mieulx ilz trouveront leur proufit , en espérance de e faire leur résidence le demeurant de leurs jours en (( nostre dit royaume ; mais ilz doubtent que obstant ce ce qu’ilz ne sont natifz de nostre dit royaume , que « après leur décès on voulsist mectre empeschement « en leurs dits biens , et les prandre de par nous ou ce autres , comme biens aubeins , et les en frustrer, « et semblablement leurs femmes, enffans ou autres
maîtres du College : Congregatio pauperum magistrorum , in théologien facultate studentium.
1 Carton K 17, pièce 4° de l’Inventaire. Je dois la connoissance de ces Lettres àM. Chabaille, correcteur de mon Imprimerie, et l’un des plus liabilcs de Paris.
DE L’IMPRIMERIE DE PARIS
« leurs héritiers, s’ aucuns en avoient, s’ilz n’estoient « par nous habilitez à povoir tester et disposer de (( leurs dits biens. Requérans humblement noz grâce « et provision leur estre sur ce imparties. Pour ce (( est-il que nous, ces choses considérées, à iceulx (( supplians, pour ces causes et considérations, et auc très à ce nous mouvans , avons octroyé et octroyons a de nostre grâce espécial , plaine puissance et aucto- « ri té royal ; par ces présentes voulons et nous plaist «- qu’ilz, et chascun d’eulx, puissent et leur loise ac- « quérir en nostre dit royaume tant et telz biens qu’ils « y pourront licitement acquérir ; et d’iceulx biens , « ensemble de ceulx qu’ils y ont jà acquis, ordonner (( et disposer par leurs testamens ou autrement, ainsi « que bon leur semblera ; et que leurs dites femmes , « enffans , et autres leurs héritiers , s’ aucuns en ont a c présent ou qu’ilz pourroient avoir le temps à venir, « leur puissent succéder et appréhender leur dite sue- « cession, tout ainsi 'et par la forme et manière que <( s’ilz estoient, ou leurs ditz hoirs, natifs de nostre « dit royaume. Et lesquels, quant à ce, nous avons « habilitez et habilitons de nostre grâce et auctorité (( par ces dites présentes, sans ce que aucun empesche- « ment leur soit ou puisse estre fait, mis ou donné, (( ores ne pour le temps à venir, ne à aucun d’eulx, (( en aucune manière au contraire; ne que pour ce ilz (( soient ou puissent estre tenuz nous en paier aucune « finance; et laquelle, h quelque somme qu’elle puisse (( monter, nous, en faveur d’aucuns de noz princi- « paulx officiers, leur avons donnée et quictée, donnons
« et quictons à chascun d’eulx, de nostre dite grâce et « auctorité, par ces dites présentes, signées de nostre (( main. Si donnons en mandement à noz amez et féaulx u les gens de noz comptes et trésoriers, à nostre prevost « de Paris, et à tous noz autres justiciers et officiers, (( ou à leurs lieux-tenans ou commis, présens et à ve- (( nir, et à chascun d’eulx, si comme à luy appartendra « et qui requis en sera, que les dits supplians et chas- « cun d’eulx, ensemble leurs dits hoirs, successeurs a et ayans-cause, facent, seuffrent et laissent joïr et user (( de noz présens grâce, don, congié, licence et octroy, (( paisiblement et à plain , sans pour ce leur faire ne « souffrir estre fait aucun destourbier ou empesche- « ment, ores ne pour ledit temps a venir, en aucune « manière au contraire ; car ainsi le voulons et nous « plaist estre fait, nonobstant que la dite finance ne « soit cy déclarée ne tauxée par les dits gens de noz « comptes, que descharge n’en soit levée par le chance geur de nostre trésor , et quelconques autres ordon- « nances, mandemens et restrictions ou deffenses à « ce contraires. Et afin que ce soit chose ferme et u estable à tousjours, nous avons fait mectre nostre <( seel à ces dites présentes , sauf toutes voyes en autres (( choses nostre droit et l’autruy en toutes.
a Donné à Paris ou moys de février l’an de grâce (( mil cccc soixante et quatorze, et de nostre règne le <( quatorziesme.