‹ Études pratiques et littéraires sur la typographieChapitre 3 sur 20 · LOYS · texte numérisé non relu

LOYS

Sur le pli : « Par le ROY, Vous et plusieurs autres « présens. « Le Gouz. »

Le docteur Chevillier nous fait connoître les rapports d’amitié et de bonne intelligence qui subsistoient entre Gering et ses patrons , dont l’affection toutefois ne paroît pas avoir été entièrement désintéressée , si l’on en juge par les détails suivans.

(( Gering étant revenu près des docteurs (après avoir « quitté la rue Saint-Jacques) , s’unit avec eux d’une si « étroite amitié , qu’elle dura toute sa vie. Comme il (( n’étoit point engagé dans le mariage , il les visitoit « souvent, se faisant un plaisir de converser avec eux,

« et un honneur d’être à leur compagnie. Il leur comte muniquoit ses desseins , et les consultoit sur les ((ouvrages d’imprimerie qu’il entreprenoit , dont il (( faisoit présent a leur bibliothèque. Ce fut un avan- « tage pour cette société , qui , ayant toujours été (( pauvre ( suivant le titre de Congregatio pauperum (( Magistrorum , qui lui fut donné dès les commence- « mens par son fondateur Robert Sorbon) , a eu be- « soin en tout temps de trouver des amis qui eussent (( le pouvoir et la volonté de la secourir dans ses néces- (( sités. Elle en trouva un de cette qualité dans la perte sonne de cet imprimeur allemand. L’estime et l’af- « fection qu’il avoit pour la communauté de Sorbonne^ (( lui faisoit ouvrir sa bourse pour lui prêter de l’artt gent toutes les fois qu’elle lui en demandent. On « en voit des preuves par les registres des procu- (e reurs. Un corps de logis où étoit anciennement la (( bibliothèque, étant tombé par caducité l’année 149 te et la communauté n’ayant pas d’argent pour le faire te rebâtir, Gering donna cinquante francs. C’étoit alors

« un présent si considérable , qu’il mérita par là d’ob- ((tenir ce qu’il avoit toujours souhaité, d’ëtre reçu (( au nombre des hôtes de la maison , c’est-à-dire d’y « pouvoir loger, et d’avoir une place à la table des ((docteurs. En effet, M. le proviseur Jean Luillier, (( alors évêque de Meaux , lui fît expédier des lettres (( d’hospitalité (du 18 mai 149 3), après quil eut té~ « moigné à ce prélat quil donnerait encore une pa- (( reille somme pour achever le bâtiment, et que c é toit (( son dessein de faire de plus grands biens dans la (( suite. »

Gering mourut le 23 août 1 5 1 o , dans sa maison rue de Sorbonne, après avoir exercé l’imprimerie pendant quarante ans, et avoir vu s’élever autour de lui un grand nombre de presses, la plupart dirigées par des maîtres habiles qu’il avoit formés. Après sa mort, Bertliold Rembolt acheta son imprimerie , et la transporta rue Saint-Jacques, vis-à-vis la rue Fromentel , dans une maison qui appartenoit encore à la Société de Sorbonne. La veuve de cet imprimeur fut la célèbre Charlotte Guillard , illustris foemina quœ neque nummis neque laboribus quoquo pacto pepercit , et qui , veuve en secondes noces de Claude Chevallon, soutint pendant cinquante ans les rudes travaux de l’imprimerie.

Tels furent les commencemens de la typographie Parisienne. La Sorbonne ne tarda pas à recevoir la récompense du service qu’elle avoit rendu aux lettres. Outre les grands biens que lui avoit légués son protégé, elle vit le goût de Y instruction et des études se propager de

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tous côtés. Sa célébrité s’étendit au loin ; les élèves vinrent en foule à ses cours ; des bibliothèques commencèrent à se former. Louis xi , qui aimoit les livres, voulant favoriser un art nouveau qui augmentait ses jouissances, fit transporter de Fontainebleau à Paris tous les manuscrits que les rois Charles v et Charles vi y avoient réunis à grands frais. Il établit au Louvre une belle bibliothèque (qu’on appeloit alors la Librairie) , et il y ajouta beaucoup de manuscrits et de livres imprimés. Piien n’étoit plus nécessaire et plus avantageux aux travaux de l’imprimerie de Paris , qu’une réunion de manuscrits qui procuroit aux savans les moyens de vérifier les textes, de les comparer entre eux, et d’en donner des éditions fidèles et correctes.

Trois ans après l’arrivée de Gering à Paris , Pierre Cæsaris et Jean Stol, encore deux Allemands , maîtres ès-arts de PUniversité de Paris , dans laquelle ils avoient étudié , et élèves de Gering , avoient établi la seconde imprimerie a Paris, vers 1 47 3 ; et en i5io, époque de la mort de Gering, on y comptoit déjà plus de quarante établissemens. Dans l’espace de quarante ans, la typographie de Paris avoit fait de grands progrès, mais dans une direction autre que celle de Fltalie, par des causes que nous expliquerons plus loin dans ce Chapitre. Ceux qui l’exerçoient , soit par amour pour les lettres , soit par l’espoir de fortune , étaient tous animés de ce zèle et de cette émulation qui perfectionnent rapidement les arts. Déjà , des livres étonnans par l’exécution typographique faisoient rornement des bibliothèques, et l’admiration des hommes lettrés.

Les plus grandes difficultés avoient été surmontées par des essais répétés , et avec de grandes dépenses. Le Corpus juris canonici, 3 vol. in-folio, i5oi, imprimé par Gering et Rembolt , est véritablement une merveille de l’art, si on le compare à ces volumes brillans , légers et coquets, proclamés tous les jours par les journaux comme des chefs-d’œuvre de typographie. Cet ouvrage, imprimé sur cinq colonnes, avec divers caractères, en rouge et noir, d’une correction parfaite, seroit aujourd’hui un labeur effrayant pour les imprimeurs, comme tant d’autres productions de l’ancienne imprimerie.

En 149 b, Gering et Rembolt avoient donné une édition de Virgile , in-folio , en caractères ronds , et si soigneusement corrigée par Paul Maillet, régent de l’ Université, qu’elle fut célébrée comme exempte de fautes.

Hoc eme quisquis amas tersum sine labe volumen ;

Nulla equidem toio corpore menda latet.

C’étoit surtout la correction, la plus belle parure des livres , qui attiroit tous les soins de nos premiers imprimeurs ; et les noms des hommes les plus doctes , qui les assistoient dans ce travail si minutieux , si difficile, étoient un sûr garant du mérite de leurs éditions sous ce rapport. Tout concouroit d’ailleurs, en France, à l’accroissement d’une industrie nouvelle dont tous les élémens se trouvoient sous la main : le plomb, le cuivre, le fer, le bois, les huiles, la laine, et surtout les papiers , qui surpassoient alors en qualité ceux des fabriques étrangères.

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Le commerce des livres avoit pris une grande importance en France depuis la découverte de F imprimerie. Les villes qui avoient été favorisées des premiers établissemens en retiroient de grands avantages, qui ne dévoient pas tarder a rester aux imprimeurs parisiens. Pierre SchoèfFer de Gernsheim, qui avoit autrefois exercé le métier de scribe à Paris, et qui avoit si puissamment contribué à la perfection de l’art typographique à Mayence, exploitoit dans cette ville l’imprimerie de Fust, son beau-père, avec autant d’industrie que d’activité. Il avoit établi un dépôt considérable de livres à Paris, d’où ses agens les répandoient dans les provinces. La mort de Herman de Statboen, l’un de ses commis, donna lieu à Louis xi de manifester de nouveau l’intérêt qu’il prenoit à un genre d’industrie qui pouvoit devenir profitable aux sciences, aux lettres , et aux intérêts de ses sujets. Par Lettres-patentes du 21 avril i4y5, Louis xi accorda l’exemption du droit d’aubaine sur les marchandises et valeurs laissées par Herman au jour de son décès. Malgré l’étendue de ces lettres , qui sont insérées dans plusieurs Recueils d’anciennes lois françaises1, j’ai cru devoir les reproduire en entier dans un ouvrage spécialement consacré a F imprimerie.

1 Ces Lettres-patentes ont été insérées dans la Collection intitulée : Recueil general des anciennes Lois françaises depuis l’an Içio jusqu’à la révolution de 1789, 5e livraison, p. 710, in-8° , 1825. Elles se trouvent aussi dans la Collection du Louvre , tome xvm, p. 1 14- M. Isanibert, l’un des éditeurs du Recueil général , etc. , dit dans une note ? au sujet de ces Lettres : « Voici le premier encouragement donné en

Lettres d exemption du droit d'aubaine en faveur de deux habit ans de Mayence .

(( Loys, etc. De la partie de nos chiers et bien amei k Conrart Hanequis et Pierre SchefFre , marchans « bourgeois de la cité de Mayance en Alemaigne, nous « a esté exposé qu’ilz ont occuppé grant partie de leur « temps à l’industrie , art et usaige de l’impression d’es- (( cripture, de laquelle , par leur cure et diligence, ilz « ont faict faire plusieurs beaulx livres singuliers et ex- « quiz , tant d’ystoires que de diverses sciences , dont « ilz ont envoyé en plusieurs et divers lieux , et mes- « me oient, en nostre ville et cité de Paris, tant à cause « de la notable Université qui y est, que aussi pour ce « que c'est la ville capital de nostre royaume, et ont « commis plusieurs genz pour iceulx livres vendre et « distribuer : et entre aultres , depuis certain temps en « ça commistrent et ordonnèrent pour eulx ung nommé « Hermen de Statboen, natif du diocèze de Munster en « Alemaigne, auquel ilz baillèrent et envoyèrent cer~ (( taine quantité de livres pour iceulx vendre là où il « trouverroit , au prouffît desdiz Conrart Hanequis et « Pierre Scheffre ; ausquels le dict Statboen seroit tenu

France à Tlmprimerie. » On voit par Pacte de même nature, du mois de février 1 474 ^ en faveur des trois premiers imprimeurs qui ont exercé à Paris, que Pobservation du jurisconsulte n’est plus applicable aux Lettres de i4j5, mais bien à celles de 1 474 • ( Voyez ci-dessus, page i4 )

DE L’IMPRIMERIE DE PARIS

« d’en tenir compte, lequel Statboen a vendu plusieurs « desdiz livres, dont à heure de son trespas il avoit (( les deniers par devers luy, et pareillement avoit « par devers luy plusieurs livres et aultres qu’il avoit « mis en garde tant en nostre dite ville de Paris, que « à Angiers et ailleurs en divers lieux de nostre dit u royaume; et est icellui Statboen allé de vie a trespas « en nostre dite ville de Paris. Et pour ce que , par la « loy généralle de nostre royaume , toustes foys que «y aulcun estrangier et non natif d’ icellui nostre u royaume va de vie à trespassement, sans lettres de « naturalité et habilitation 1 et puissance de nous de tes-

1 Dans le texte de ces Lettres, qui font partie du Recueil general des Lois françaises , etc., i825, on lit, au lieu de habilitation , le mot habitation , qui est dénué de sens. De même , à la première phrase , on a imprimé de la part au lieu de la partie , ce qui offre un sens tout différent. Ces incorrections , et l’altération de l’orthographe , m’ont donné lieu de recourir à une copie manuscrite, qui est conservée à la Bibliothèque Royale dans un Recueil intitulé : Registre de plusieurs Lettres tant patentes que closes , et autres choses touchant lesfaiz du Roy, commencé ou mois de janvier, Van mil quatre cens

soixante quatorze. (In-fol. n° 8444 > fonds de Baluze.) Au reste, l’incor-

rection de ce Recueil général des anciennes Lois françaises est surtout notable pour un livre qui , par sa nature même , exigeoit l’exactitude la plus rigoureuse sous le rapport du sens , des dates et des noms propres. Ainsi l’on y trouve une pièce datée de 1 4^5 , relative à la captivité de François ier, etc., etc. C’est encore un de ces livres, comme les impressions modernes en fournissent tant d’exemples, qui doivent être consultés avec une extrême réserve. L 1 Histoire de François ier par Gaillard, édit, de 1 8 1 q , est dans le même cas. Des noms propres y sont défigurés ou confondus, des phrases rendues inintelligibles par une ponctuation vicieuse , etc.

« ter, tous les biens qu’il a en nostre dit royaume, a « Feure de son trespas , nous compectent et apparie tiennent par droit d’aubenaige , et que le dit Statboen « estoit de la qualité dessusdite, et n’avoit aulcune a lettre de naturalité ne puissance de tester, nostre « procureur ou aultres nos officiers ou commissaires « firent prendre, saisir et arrester tous les livres et (c aultres biens qu’il avoit avec luy et ailleurs en nostre « dit royaume, à l’eure de son dit trespas. Et depuis, « et avant que personne se soit venu comparoir pour (( les demander, iceulx livres et biens ou la pluspart « ont esté venduz et adenerez , et les deniers qui en « sont venuz distribuez ; après lesquelles choses les (( diz Conrart Hanequis et Pierre Schefïre se sont tirez (( par devers nous et les gens de nostre conseil, et ont (( fait remonstrer que , combien que lesdiz livres « fussent en la possession du dit Statboen à Feure (f de son dit trespas , toutes fois ilz ne luy apartenoient « point, mais véritablement compectoient et apparie tenoient ausdiz exposans : Et pour ce prouver ont te monstré et exhibé le testament du dict Statboen « avecques certaines cédulles et obligations, et produit ce aulcuns tesmoins et aultres choses faisans de ce menti tion , en nous requérant les faire restituer des « diz livres et aultres biens, ou de la valeur et esti- (( mat ion d’ iceulx , lesquels ils ont estimé h la somme « de deux mil quatre cens vingt-cinq escuz d’or 1 et « trois solz tournois.

' Cette somme représenleroit aujourd’hui environ 48,000 fr.

DE L’IMPRIMERIE DE PARIS

« Pourquoy Nous, les choses dessusdites considé- « rées, et mesmement pour considération de ce que « très hault et très puissant prince, nostre très chier et « très amé frère, cousin et allié, le roi des Romains ', «: nous a escript de ceste matière, aussi que les diz (( Hanequis et Scheffre sont subgectz et des pays de (( nostre très chier et très amé cousin l’arcevesque de « Mayance, qui est nostre parent, amy , confédéré et « allié, qui pareillement sur ce nous a escript et re- « quis : Et pour la bone amour et affection que avons « à luy, désirans traicter et faire traicter favorable- <( ment tous ses subgectz : ayons aussi considération « à la peine et labeur que les diz exposans ont « prins pour le dit art et industrie de impression , « et au prouffît et utilité qui en vient et peut venir à « toute la chose public que > tant pour V augmenta— u tion de la science que aultrement ; Et combien que « toute la valeur et estimation desdiz livres et aule très biens qui sont venuz à nostre cognoissance ne « montent pas de grant chose ladite somme de deux « mil quatre cens vingt-cinq escuz et trois solz tour- « nois , à quoy les diz exposans les ont estimez : « ce néantmoins , par les considérations dessusdites et « aultres a ce nous mouvans, nous sommes libérale- « ment condescendus de faire restituer ausdiz Conrart « Hanequis et Pierre Scheffre ladite somme de deux « mil quatre cens vingt-cinq escuz et trois solz tour- (( nois, et leur avons accordé et octroyé, accordons et

r L’empereur Frédéric ni.

(( octroyons par ces présentes, que sur les deniers de « nos finances ilz aient et preignent la somme de huit « cens livres pour chascun an, à commancer la pre- (( mière année au premier jour d’octobre prochain ve~ (( nant, et continuer d’an en an d’illec en avant, jus- « ques à ce qu’ilz soient entièrement payez de la dite « somme de deux mil quatre cens vint-cinq escuz et « trois solz tournois. Si vous mandons et enjongnons u expressément que par nostre amé et féal conseiller « Jean Briconnet, receveur général de no finances, « ou autre qui pour le temps à venir sera , vous , sur « icelles nos finances faictes payer, bailler et délivrer a ausdîz Conrart Hanequis et Pierre S chef Fr e , ou à « leur procureur souffisamment fondé pour eulx, la dite « somme de huit cens livres tournois pour chascun a an, etc. »

« Par le ROY. — L Ëvesqüe d’Evreux, et plusieurs « autres présens. « Le Gouz. »

L’industrie typographique, qui mettoit déjà tant de monde et d’intérêts en mouvement, qui excitoit une si vive sympathie dans les esprits, devoit nécessairement éveiller l’attention du gouvernement.

L’Université avoit des droits acquis pour exercer un patronage sur F imprimerie, en raison même de la nature de ses produits ; ils lui étoient encore garantis par la reconnoissance des premiers imprimeurs, qu elle avoit recherchés , accueillis, protégés, et qui lui donnoient le titre de Mère ; de plus la confiance de nos Rois, qui a voient une si grande estime pour Fart que leur

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Fille aînée avoit introduit en France, ne pouvoit manquer de les lui maintenir. L’Université conserva donc le privilège de recevoir et d’instituer les imprimeurs, comme elle avoit eu celui d’instituer les libraires , qui faisoient transcrire les livres avant l’invention de l’imprimerie. Elle eut la surveillance et la direction de ce nouvel art, et prit soin de maintenir l’honneur du corps, en choisissant les hommes recommandables par leur instruction, leurs talens et leur capacité. La juridiction de l’Université sur la librairie, avant l’imprimerie, étoit pleine et entière. « Après la réception d’un « libraire de Paris par l’Université, le recteur lui don- « noit des lettres par lesquelles il avoit pouvoir d’exer- « cer cette charge selon les règles et statuts, et il étoit <( alors reconnu pour officier et suppôt de l’Université, « faisant l’office de libraire sous sa protection , et jouis- « sant des memes privilèges et franchises que les doc- « teurs , régens , maîtres et écoliers 1 . »

Ce droit que possédoit l’Université de créer les libraires de Paris , et de leur donner des statuts et des réglemens, elle le tenoit de l’autorité royale. En 1 4 1 1 , Charles vi le confirma de nouveau à l’exemple des Rois ses prédécesseurs. Les imprimeurs ayant remplacé les écrivains de livres, se trouvèrent, de fait, sous la même juridiction; et par Lettres-patentes du mois de mars 1488, Charles vm leur accorda tous les privilèges dont jouissoient les membres de l’Université.

' Chevillier, Origine de l’Imprimerie de Paris , page 3i2.

Les premiers sta tuts qui régirent F imprimerie eurent pour objet de favoriser ses progrès, de maintenir l’ordre et la régularité dans l’exercice de cette profession libérale , et de régler les obligations respectives des maîtres imprimeurs et des ouvriers. Nos Rois euxmëmes se plaisoient à énumérer dans leurs ordonnances les grands avantages que l’imprimerie avoit déjà procurés, et ceux qu’ils en attendoient encore, comme on le voit dans les édits et ordonnances de Louis xn et de ses successeurs dont les extraits vont suivre.

Extrait du Privilège de Louis xn , donné à Blois ,

le g avril i5i5 , pour exempter le corps de la

librairie d un impôt de 5o,ooo livres.

« Pour quoi , Nous , ces choses considérées , voulans u nostredite fille l’Université de Paris, et supposts « d’icelle, et mesmement lesdits libraires, relieurs, u enlumineurs et escrivains , qui sont les vrais supposts u et officiers esleuz par tout le corps de ladite Uni- « versité, estre entretenus en leurs privilèges, libertez,

(( franchises, exemptions et immunitez, et que d’iceux (( ils jouyssent et usent entièrement, plainement et e paisiblement, sans permettre qu’ils leur soient au- « cunement enfraints, diminuez ou enervez, pour la (( considération du grand bien qui est advenu en nostre « Royaume au moyen de Vart et science d impression,

(( V invention de laquelle semble estre plus divine que « humaine ^ laquelle, grâce à Dieu, a esté inventée et <( trouvée de nostre temps, par le moyen et industrie

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« desdits libraires, par laquelle nostre saincte Foi ca- « tholique a esté grandement augmentée et corroborée, « la Justice mieux entendue et administrée , et le Di- (( vin service plus honorablement et plus curieusement (( faict, dict et célébré : et au moyen de quoy tant de (( bonnes et salutaires doctrines ont été manifestées, « communiquées et publiées à tout chacun : au moyen «■ de quoy nostre Royaume précédé tous autres , et au- « très innumérables biens qui en sont procédez et « procèdent encores chacun jour a F honneur de Dieu « et augmentation de nostredicte Foi catholique, (( comme dict est. Pour ces causes, etc. »

Par la même ordonnance , Louis xii accorda la libre circulation des livres tant au-dedans qu’au-dehors du royaume, et il les exempta de tous droits de péage. Les termes mêmes de cette partie du privilège sont assez remarquables pour être rapportés textuellement.

« Et pour ce que lesdicts libraires, escrivains, enluu mineurs et relieurs nous ont faict remonstrer d’abon- « dant, que combien que les livres, de quelque sorte c qu’ils soient, en Latin ou François, reliez ou non «■ reliez, quelque part qu’ils soient transportez, soient « ou doivent estre francs, quittes et exempts de tous « péages, traverses, chaussées, entrées et issues de « villes, ou autre subside d’imposition quelconque « tant par eau que par terre, et de ce ils ayent obtenu « plusieurs sentences ou arrests, tant en nos cours et « par devant nos conseillers de nostre thrésor a Paris , « que par devant noz amez et féaux conseillers de nos- « tre parlement, ou eschéquier de Rouen, et en plu-

(( sieurs autres lieux de nos juridictions : néantmoîns « nos fermiers de nos péages et des impositions foraines (( ou issues de nostre royaume et ailleurs , et autres par u leur avarice , malice ou autrement , indeuement « s’efforcent par chacun jour contraindre lesdits expo- « sans payer péage, chaussée, entrée et issue de ville « ou de royaume : en ce , faisans de grands troubles et « empeschemens ausdits libraires, lesquels pour a ce « obvier nous ont requis nostre déclaration sur ce. « Pour quoy, Nous, etc.

«■ Donné à Bloys, le neufiesme d’avril, l’an de grâce (( mil cinq cens et treze, et de nostre régné le sei- « ziesme. Par le ROY. — Gedoyn. Et scellé du grand (( scel sur simple queue de cire jaune. »

Par Lettres-patentes du mois d’avril i5i5et i5i6, François icr confirma tous les privilèges et immunités accordés par Louis xn aux imprimeurs et libraires, qui semontroient de plus en plus dignes de ces faveurs spéciales. Pendant les quinze premières années du règne de François Ier, l’imprimerie parisienne déploya autant d’activité que d’intelligence et d’habileté dans ses travaux. La forme agréable des types , la qualité de l’encre et du papier, le goût dans l’arrangement typographique, l’élégance et la richesse des ornemens accessoires, donnèrent aux éditions de Paris une grande supériorité sur celles des autres villes , et les firent rechercher chez l’étranger. Les Estienne , les Simon de Colines , les Yidove , les Wechel , les Tory, les Vascosan, contribuèrent surtout au perfectionnement et â l’illustration de la typographie française. Cet art sui-

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voit la marche progressive des autres arts , sous l’ influence et la protection du monarque qui lui témoignoit une estime particulière. Cependant , malgré ses dispositions bienveillantes, peu s’en fallut que l’imprimerie ne fût tout à coup arrêtée dans son essor, mais non pas anéantie, comme on l’a dit, parce qu’aucune puissance humaine ne pouvoit aller jusque-là , pas plus alors qu’aujourd’hui. Mais pour juger sans partialité , sans prévention, les malheureuses lettres de 1 534, dont tant d’écrivains ont argué sans les connoître, il est nécessaire de rappeler les circonstances qui les ont provoquées. J’emprunterai à cet effet les paroles de l’histoire.

De toutes les condamnations prononcées contre Luther, celle de la Sorbonne, en 1 52 1 , fut la plus remarquable par sa violence. « On devoit, disoit-elle, plutôt employer les flammes que le raisonnement contre l’arrogance de ce sectaire. » Et depuis ce manifeste le bûcher fut toujours la dernière raison de la Sorbonne. Cela n’empêcha pas les écrits du luthéranisme de se répandre par tout le royaume , et l’esprit de la réforme de s’introduire même dans les écoles. La Sorbonne ne se lassoit pas de censurer, ni les luthériens d’écrire , ni le parlement de poursuivre les auteurs et distributeurs d’une multitude de mauvais livres. Un fougueux docteur de Sorbonne, Noël Beda, ne cessoitde faire des dénonciations, et requéroit les bûchers. François Ier essayoit de modérer tant d’exaspération , et consultoit dans ces difficiles conjonctures son confesseur Guillaume Petit, qu i ne lui donnoit que des conseils d’indulgence et

d’humanité. Pendant la captivité du Roi , le chancelier Duprat, ayant consulté la Faculté de Théologie sur les moyens d’extirper l’hérésie, il lui fut répondu qu’il falloit brûler tous ceux que la Sorbonne auroit condamnés. A l’exception des gens de lettres, la masse de la nation, et le parlement lui -même, partageoient les mêmes principes; le Roi seul résistoit encore. Du fond de sa prison, il ordonnoit au parlement de suspendre les procédures; mais le parlement déclara qu’il soutiendroit ses poursuites comme nécessaires au maintien de la religion. Un bref de Clément vii félicita la magistrature sur son zèle contre l’hérésie. Érasme fut pris à parti par l’accusateur public Noël Beda; François ier, à son retour en France, se fit rendre compte de l’affaire , et ordonna au parlement d’arrêter la circulation des livres de Beda , et lui enjoignit même d’empêcher les docteurs de Sorbonne de publier des libelles contre Érasme. Malgré l’intervention du Roi, ses ouvrages furent condamnés. Cependant l’audace des réformés alloit toujours croissant; le Roi vouloit bien qu’on pardonnât à l’erreur, mais il abhorroit la profanation, et le peuple luthérien se plaisoità briser et à insulter les saintes images.

En i5(iS> une figure de la Vierge fut mutilée et percée de coups de poignard , au coin de la rue des Rosiers, à Paris. Depuis cette époque le Roi sévit contre les hérétiques; mais ils se multiplioient avec les supplices. Partout les livres, les sermons, les discours, étoient imbus des nouvelles doctrines. L’hérésie pénétroit ; jusque dans le sein de l’Université; des bâche-

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liers , des docteurs furent condamnés et punis par leur corps même. Enfin le 18 octobre i534 (v. s.), on afficha dans Paris des placards contre la messe et le clergé.

« Quelques uns, par un zèle indiscret, dit Théodore « de Bèze , dont le récit ne peut être suspect , non (( seulement plantèrent et semèrent ces placards par « les carrefours et autres endroits de la ville de Paris <c contre l’avis des plus sages, mais en affichèrent un à « la porte de la chambre du Roi , étant pour lors à « Blois , ce qui le mit en telle furie ( ne laissant « aussi passer cette occasion ceux qui Vépioient de- « puis long-temps , et qui avoient son oreille) qu’il se a délibéra de tout exterminer s’il eût été en sa puis- « sance *. » Pour cette fois ce fut l’imprimerie qui porta la colère du Roi. Par Lettres-patentes du 1 3 janvier i534 % trois mois après l’événement, il fut défendu à tous les imprimeurs généralement d’imprimer aucune chose, sur peine de la hart. Ces lettres, adressées au Parlement en la forme ordinaire, ne furent point enregistrées , et il n’y en a aucune trace dans les archives de la Cour. Toutefois , une telle mesure étoit bien de nature à alarmer les esprits judicieux sur l’effet quelle ne pouvoit manquer de produire dans tout le royaume. Le Parlement adressa des remontrances au Roi; et le 26 février, Jacques Cappel,

1 Théod. de Bèze , Histoire ecclésiastique des Eglises réformées au royaume de France , depuis Van i5ni jusqu en i563, L. 1, p. 1 5 et 16 d’après Simonde de Sismondi, Histoire des Français, t. xvi, p. 448»

2 L’année 1 535 commençant à Pâques, le 28 mars.

avocat du Roi, remit à la Cour de nouvelles Lettrespatentes , qui laissoient les premières en suspens et surséance. Ces lettres, qui n’étoient pas encore défi” nitives , ne furent pas non plus enregistrées , mais elles sont inscrites dans le Registre du Parlement de Paris, intitulé Conseil \ En voici le texte :

Extrait du Registre du Conseil du Parlement de

Paris.

Du vendredj xxvje février m vc xxxnn y mcine. — ~ « Ce jour, maistre Jacques Cappel, advocat du Roy en « la Court de céans, après avoir faict son rapport au <( long de ce quil a faict et trouvé en la charge que « ladicte Court luy avoit ordonné d’aller devers le Roy, « luy faire remonstrances touchant l’édict prohibitif « des impressions, a présenté à ladicte Court unes « Lettres-pa tentes dudict Seigneur, desquelles la te- « neur ensuyt :

« François, par la grâce de Dieu Roy de France, à « noz amez et feaulx les gens de nostre Court de Par-

1 Ce registre commence au 12 novembre i554 et finit au 8 novembre i535, coté lxxvj, fol. n3, r°- n4 r°. On ne trouve dans aucun des Recueils d’ordonnances imprimés jusqu’à ce jour les Lettres-patentes ici rapportées. M. Taillandier, conseiller à la Cour royale, les a insérées dans un Mémoire sur V imprimerie de Paris , lu à la Société royale des Antiquaires de France, dans le mois d’avril i856, mais qui n’a pas été publié. C’est à ce magistrat que je dois la première connoissance de ces lettres, qui ont été copiées et collationnées sur le Registre même de la Cour, sans aucun changement dans l’orthographe.

DE L'IMPRIMERIE DE PARIS

« lement à Paris , prevost dudict lieu et aultres noz « justiciers et officiers ou à leurs lieux-tenans qu’il apte partiendra, salut et dilection.

(c Combien que dès le xiije jour de janvier mil cinq « cens trente-quatre , par aultres noz Lettres-patentes , « et pour les causes et raisons contenues en icelles , « nous eussions prohibé et défendu que nul n’eust dès « lors en avant à imprimer ou faire imprimer aulcuns « livres en nostre royaulme, sur peine de la hart; « touteffois , pour aulcunes causes , raisons et occa- (( sions qui à ce nous ont depuis meuz et meuvent, « nous avons voulu et ordonné, voulons et ordonnons « et nous plaist que l’exécution et accomplissement « d’icelles nosdictes lettres, prohibitions et défenses, « soit et demeure en suspens et surséance jusques ad « ce que par nous aultrement y ait esté pourveu ; et « ce pendant nous mandons et ordonnons à vous, « gens de nostredicte Court de Parlement de Paris, (( que incontinent vous ayez à eslire vingt-quatre perce sonnages bien qualifiiez et cautionnez desquelz nous « en choisirons et prandrons douze qui, seulz et non (( aultres , imprimeront dedans nostre ville de Paris , ce et non ailleurs , livres aprouvez et nécessaires pour « le bien de la chose publicque, sans imprimer aul- « cune composition nouvelle, sur peine d’estre pugniz « comme transgresseurs de noz ordonnances par peine « arbitraire ; les noms desquelz vingt-quatre person- « nagés nous seront par vous, gens de nostredicte <( Court, envoyez par escript, ensemble vostre adviz « sur la forme et manière qu’il vous semblera que les-

<c clicts douze personnages ainsi choisiz et esleuz desdiets (( vingt-quatre, auront à tenir au faict desdictes im- (( pressions r, pour en ordonner ainsi que verrons et « congnoistrons estre à faire; et jusques ad ce qu’il (( nous ait esté satisfaict à ce que clessuz, et que « lesdicts noms et advis nous ayent esté envoyez pour « faire déclaration de nostre vouloir et plaisir, nous « avons de rechef prohibé et défendu, prohibons et « défendons à tous imprimeurs généralement, de quel- (( que qualité ou condition qu’ilz soient, qu’ilz n’ ayent « à imprimer aulcune chose , sur peyne de la hart ; le <( tout par manière de provision et jusques à ce que (( nous ayons plus amplement esté informé sur les « remonstrances qui nous ont esté faictes quant au faict (( desdictes impressions, et que nous aions arresté si

1 P.-L. Rœderer, dans son livre intitulé Louis xii et François Ier (2 vol. in-8°, i825), a mentionné ces Lettres-patentes d’après Dulaure, qui en indique la principale disposition sans en rien citer. Rœderer a fait de plus un commentaire sur une autre disposition dont il n’y a pas un mot dans le texte. « Cette nouvelle loi , dit-il , tome 11, p. 182, « ordonna aux parlemens (sic) de choisir dans son (sic) sein vingt- « quatre membres sur lesquels le Roi en nommeroit douze, pour cen- « surer les ouvrages qui seroient imprimés à la suite (sic). Ce fut là le « premier établissement d’une censure pour les livres. » D’abord le style des Lettres n’a rien de la barbarie que lui prête le commentateur, et il n’y a aucun doute sur le sens de ces mots : « Nous mandons et ordon- « nons à vous, gens de nostredicte Court de Parlement, qu’incontinent <( vous ayez à éslire vingt-quatre personnages bien qualijfiez et cau- (( tionnez, desquelz nous en choisirons et prandrons douze qui , seulz a et non aultres , imprimeront dedans nostre ville de Paris. » Que doit-on penser d’un écrivain qui travestit de la sorte des actes authentiques ? Et quel triste métier que celui de noircir les belles figures consacrées par l’histoire ; lors même qu’elles ne sont pas sans défauts !

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c( nous youldrons faire recorriger lesdictes lettres « d’ordonnances, prohibitions et défenses par nous, « comme dict est, sur ce décernées, ou non.

« Si vous mandons, commandons et très expresse- (( ment enjoignons, et à chascun de vous endroit soy , « et si comme à lui appartiendra , que tout le contenu « cy-dessus vous entretenez , gardez et observez, faictes « entretenir, garder et observer de poinct en poinct u sans enfraindre; car tel est nostre plaisir.

« Donné à Saint-Germain-en-Laye le xxnje jour de « février fan de grâce mil cinq cens trente-quatre, et de c nostre règne le vingt-ungniesme. Signé par le ROY. « — Breton. Et scellées du grant sceau sur simple « queu lie.

« Lesquelles leues, a esté advisé par ladicte Court « que maistre Pierre Lizet, premier président céans; « Jacques Delabarde, Jehan Ruzé et Loys Roillard, « conseilliers , parleront et s’enquerront ce jourd’huy « avecques quelques maistres imprimeurs de ceste ville (( pour, suivant le commandement dudict seigneur, « nommer par ladicte Court les vingt-quatre maistres « imprimeurs à icelluy seigneur, »

Tel est Pacte d’autorité qui, de nos jours, a fait donner à François Ier le nouveau surnom de Proscripteur de l’imprimerie, sans que les bons Français qui Pont ainsi qualifié aient tenu aucun compte de la situation critique où se trouvoit ce Roi , dans le conflit des lumières et des idées nouvelles qui troubloient la vue des plus sages; entre les partis religieux, bien autre-

ment irritans et révolutionnaires que les partis politiques ; en présence d’un fait inouï qui venoit de s’accomplir (i534)> le schisme de Henry vm et de l’Angleterre , séparation qui alarmoit toute la population catholique de France, et exaspéroit le clergé. Et pourtant, sans toutes ces causes, n’avons-nous pas vu, en 1826, les ministres d’un gouvernement constitutionnel (qui est la quintessence de toutes les lumières acquises) menacer le pays d’une loi beaucoup plus désastreuse à l’imprimerie et aux imprimeurs que celle de i534- L’histoire en dit assez pour faire présumer que l’idée d’un massacre général des protestans ait été indiquée vers cette époque par ceux qui épioient depuis long-temps V occasion, et qui avoient V oreille du Roi. François Ier ne voulut qu’enchaîner l’instrument qui les servoit si bien, mais la chaîne fut bientôt brisée. L’activité des presses ne se ralentit pas un instant, et elle s’accrut même à un tel point, que le nombre des ouvriers devint bientôt insuffisant. Il arriva, ce qui arrive toujours en pareille circonstance, des prétentions exagérées de la part des ouvriers , et refus des maîtres d’y satisfaire. Comme de nos jours, il y eut des conciliabules, il se forma des associations, des coalitions d’ouvriers imprimeurs pour forcer les maîtres à augmenter les salaires, a fournir une nourriture plus opulente' , à empêcher qu’il ne fût élevé de

1 Cet usage où étoient les maîtres imprimeurs de fournir la nourriture à leurs ouvriers, fut aboli par l’édit de Charles ix, en j5ji , ci-après rapporté. On retrouve des traces de cet usage en tête du traité

DE L’IMPRIMERIE DE PARIS

nouveaux apprentis. Les débats durèrent long-temps : les partisans de la réforme n’y étoient pas étrangers ; ils entretenoient l’esprit séditieux des ouvriers, et leur fournissoient des secours pécuniaires pour résister à l’autorité. Ceux de Paris avoient commencé la lutte , ceux de Lyon les imitèrent. Les travaux furent arretés , les ateliers fermés. Les poursuites contre les mutins, les arrêts du Parlement, n’amenèrent aucun résultat. Les bourses communes (car il n’y a rien de nouveau dans les choses les plus nouvelles) suppléoient au défaut de travail; un grand nombre d’ouvriers, et e’étoient les plus paisibles et les plus laborieux, sortoient de France. Certes si l’autorité eût voulu profiter de ces circonstances, elle auroit eu beau jeu pour arrêter l’action des presses. Elle intervint au contraire pour forcer les ouvriers à la soumission , pour donner aux maîtres imprimeurs la faculté de former et d’entretenir le nombre d’apprentis qui leur conviendroit *,

de Mallinkrot, de Ortu et progressu artis typographies , édition de Cologne, 1640. Le frontispice gravé de cet ouvrage représente les portraits de Faust, de Guttemberg et de l’auteur, en médaillons; audessous ou voit un atelier d’imprimerie, presses et casses, un correcteur avec un apprenti qui tient la copie , et au milieu de la salle une table servie en pain , vin et pitance , selon les ordonnances.

1 J’ai sous les yeux une pétition des ouvriers imprimeurs de la ville de Bordeaux, en date du 1 1 juillet ï855, et une autre des ouvriers typographes de la ville de Nantes, datée du 3o septembre i855, par lesquelles ils réclament, auprès du Ministre de l’intérieur, contre le nombre excessif des apprentis , qui s’élève , dit la pétition de Nantes , à trente-trois sur soixante-quatre ouvriers occupés dans les six imprimeries de cette ville. Ainsi, à trois siècles de distance, les mêmes plaintes sont reproduites pour la même cause , et appuyées sur les

contre la prétention des compagnons , qui n’en vouloient souffrir aucun. Les Lettres-patentes du 5i août i53c)? contenant réglement de police, rétablirent l’ordre dans les ateliers de Paris. Ce réglement de i53g fut également donné à la ville Lyon, qui le réclamoit, par Lettres-patentes du 28 décembre iûzjv* Comme il ne se trouve dans aucun Recueil d’ordonnances, et qu’il fait connoître les usages de l’imprimerie, et la condition des ouvriers à cette époque, je le transcrirai dans son entier, avec l’orthographe du texte tel qu’il se trouve dans le Registre des Bannières^ tome in, conservé aux Archives du Royaume, Section judiciaire.

mêmes motifs. Mais l’équité , invariable de sa nature , comme le sentiment de l’intérêt personnel chez les hommes, ne peut pas plus satisfaire les réclamans du xixe siècle que ceux du xvie. Il n’est pas douteux que cette pépinière d’apprentis ne soit nuisible aux intérêts des ouvriers , puisqu’elle tend à faire baisser le prix des salaires , mais c’est un malheur inévitable , et qui est commun à tous les genres de fabrication. On ne peut pas plus interdire à un fabricant, imprimeur ou autre, l’emploi des apprentis à l’exclusion de tous autres agens , que l’usage des machines ; il est de droit naturel de régir son industrie comme on l’entend, et le maître imprimeur, soumis lui-même à la concurrence , doit aviser à la soutenir par tous les moyens d’économie dans la main-d’œuvre. Mais les mêmes ouvriers typographes de Bordeaux et de Nantes font, observer que la faculté de s’établir leur étant interdite , ils sont réduits à végéter avec un modique salaire qui tend chaque jour à diminuer. Ici, la question change de nature, et les réclamations sont mieux fondées ; car la justice et la raison ne peuvent admettre que d’un côté la presse soit déclarée libre , et que de l’autre il soit défendu d’établir aucune autre imprimerie. La législation sur ce point a besoin d’une réforme. Encore aujourd’hui (1806) , les maîtres imprimeurs privilégiés ont en outre l’avantage d’être sous le

DE L’IMPRIMERIE DE PARIS

Ëdict touchant les Imprimeurs du royaulme

de France .

« Françoys, par la grâce de Dieu Roy de France, à « tous ceulx qui ces présentes lettres verront , salut.

« Receu avons l’humble supplication de nozbien-amez a les maistresimprymeursdes livres de nostre bonne ville « et cyté de Paris, contenant que pour acquérir science (( a l’honneur et louange de Dieu nostre Créateur, ma- « nutention, soustenement et dylatation de la saincte

coup d’un article de la loi qui emporte la perte du brevet après condamnation pour simple contravention ; et de plus , la responsabilité à laquelle ils sont soumis pour raison de ce qu’ils impriment , est une violation flagrante du premier principe de la liberté de la presse, base fondamentale de la Charte de i85o. Tôt ou tard les Ouvriers typographes de Bordeaux, de Nantes, et de toutes les villes de France, sous le bénéfice d’une loi nouvelle, jouiront de la faculté d’établir des presses à leurs risques et périls ; et sans doute alors ils trouveront juste qu’on ne les empêche pas d’exploiter à leur guise , avec des apprentis et des mécaniques. Dans un pays aussi actif, aussi industrieux que la France, les intérêts privés, toujours en lutte avec les intérêts généraux, s’inquiètent peu de l’avenir. En i83o, Benjamin Constant se rendit l’organe des ouvriers imprimeurs pour demander la suppression des brevets ; et l’on peut juger, d’après ce qui s’est, passé depuis , dans quel désordre moral , dans quelle anarchie politique , nous serions tombés si la proposition eût été adoptée par les Chambres. Toute la difficulté de l’émancipation complète de l’imprimerie réside dans les dangers qui peuvent en résulter pour l’ordre et la tranquillité publique. C’est au gouvernement à trouver dans sa sagesse les moyens de satisfaire à l’une et de garantir les autres. L’œuvre est difficile , mais elle est inévitable , et elle mérite un sérieux examen. Nous reviendrons sur les différens sujets de cette note dans plusieurs autres Chapitres , qui traiteront de la Législation clc la presse ; des Maîtres imprimeurs ; des Ouvriers y et des Apprentis.

« foy catolicque et saincte chrestienté par F universel (( monde, et décoration de nostre royaulme, icelluy art « et science de ymprimer les bons livres et les bonnes « lectres ayent tousjours de nostre temps esté favorisé (( et maintenu ; et mesmement en nostre bonne ville a et cyté de Paris, et jusques puis aucun temps en ça u que les compaignons et ouvriers dudict estât de irn- « primeurs besongnans soubz îesdicts maistres , au ce moyen de certaine confrarie particullière qu ilz ont <( eslevé entre eulx , ont par monopolle et voye indice recte faict délibération de ne besongner avec les apce prentilz, qui pourroit causer la perdition et discon- « tinuation dudict estât , font bancquetz des deniers ce qu üz tirent des apprentilz , leur font faire serment « tel qu i! leur plaist. Et au moien de ladicte confraee rie , assamblées et monopolle qui par cy-devant . . . ce estât venu en augmentation , tumbe et vient en u discontinuation et destruyement , et les livres i lice correctz et mal imprimez ;

« Et à ceste cause Iesdicts supplians, pour réprimer (( lesdictes faultes , abbuz , monoppelles, malles et perte nisieuse versations, nous ont présentez certains arec ticles dont la teneur s’ensuict :

Art. ier. ee Premièrement , que Iesdicts compai- « gnons et apprentilz d’icelluy estât d’ymprimerie ee if ayent à faire aucun serment, monoppolles , et u n’avoir aucun cappitaine entre eulx, lieutenant, ee chef de bande ou autres , ne bannyères ou enseignes ; ee ne se assembler hors les maisons et prilles de leurs « maistres, ne allieurs en plus grand nombre de cinq,

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« sans congé et auctorité de justice, sur peine d'estre <( emprisonnez , bannys et pugnys comme monoppol- (( leurs, et autres amendes arbitraires;

Art, 2. a Item , que iceulx compaingnons ne porte- « ront aucunes espées , poingnars ne bastons invasibles «■ es maisons de leursdicts maistres en Y imprimerie , ne « par ladicte ville de Paris, et ne feront aucune sédi- (( tion, sur peine que dessus;

Art. 5. « Item , que lesdicts maistres facent et puis- « sent faire , et prandre autant d’aprentilz que bon « leur semblera ; et que lesdicts compaignons ne puis- « sent battre 11e menasser lesdicts apprentilz ; ains les « laisser besongner à la volunté et discrecion de leurs « maistres ; et lesdicts compaignons avec lesdicts ap- « prentilz pour le bien dudict mestier, à la peine que « dessus ;

Art. 4- « Item , lesdicts compaignons et apprenti tz « ne feront aucuns bancquetz, soyt pour entrée, yssue « d’apprentissaige, ne autrement, pour raison dudict « mestier, sur les peines que dessus;

Art. 5. « Item, ne feront aucune confrairie, ne (( célébrer messe aux despens communs desdicts com- « paignons et apprentilz ; ne pourront choisir ne avoir (( lieu particulier ne destyné, ne exiger argent pour (( faire bourse commune , comme ilz ont fait par cy- « devant, pour fournir aux despens de ladicte con- « frarie , messes , bancquetz , ne pour faire autre con- « spiration , sur les peines que dessus ;

Art. 6. « Item , lesdicts compaignons continueront « Feuvre encommencée et ne la lerront qu’il ne soit

« parachevée j et ne feront aucun trie \ qui est mot « pour lequel ilz laissent l’euvre, et ne feront jour « pour jour, ains continueront; et s’ilz font perdre (< forme ou journées aux maistres par leurs faultes et « coulpes, seront tenuz de satisfaire lesdicts maistres;

Art. 7. « Item , si le marchant à qui sera l’ouvrage (( veult avoir plus hastivement Feuvre qui ne se pour» « roit faire par ceulx qui l’auroient commencée, le « maistre en pourra bailler partye à faire à d’autres « imprimeurs ; et néantmoins lesdicts compaignons (( ne lerront icelle euvre qu’il ne soit parachevé par '< eulx ou lesdicts autres; et pourront lesdicts maistres a assortir lesdicts compaignons en leurs ouvrages ainsi <( qu’ilz verront estre utille et neccessaire ;

Art. 8. « Item , que lesdicts compaignons feront et (( parachèveront les journées aux vigilles des festes sans « riens laisser pour faire ne besongner lesdictes festes; « ains cesseront lesdicts jours des festes. Ausquelz (( jours lesdicts maistres ne seront tenuz ouvrir impri- « meries pour besongner, se n’estoit pour faire quel- (c que chose préparative et légière pour le lendemain ;

Art. 9. c Item , iceulx compaignons ne feront au- « très festes que celles qui sont commandées par

« l’Eglise ;

1 Mot inventé par les compagnons imprimeurs , qui leur sert de signal pour quitter leur ouvrage.... Ce qui leur est défendu par l’article 34 de leurs statuts, et par l’art. 6 de l’ordonnance de François ier de i54i , comme aussi par l’ordonnance de Charles ix de 1571. ( Die tionnaire de Trévoux, au mot Tric , t. vm, p. 186, col, 1.)

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Art. 10. (( Item , que lesdicts maistres fourniront « ausdicts compai gnons les gaiges et sallaires pour chas- « cun moys respectivement , et les nourriront et leur (( fourniront la despense de bouche raisonnablement (( et suffisamment, selon leurs qualitez, en pain, vin, «■ et pitance , comme on a faict de coustume louable ;

Art. 11. « Item;, s’il y a aucune plainte de pain, « vin , ou pitance , lesdicts compaignons pourront « avoir recours au prevost de Paris ou aux conserva- « teurs de noz privilléges, ou à leurs lieutenans, pour « y pourveoir sommairement; et sera, ce qu’il en sera « ordonné, exécuté inclusivement, nonobstant appel, « comme de matière d’allymens ;

Art. 12. c Item , lesdicts gaiges et despens desdicts « compaignons commenceront quant la presse corn- (( mencera à besongner, et finiront quant ladicte presse (( cessera ;

Art. i3. « Item , s’il prand vouloir à ung compai- « gnon de s’en aller aprez l’ouvrage achevé, il sera « tenu d’en advertir le maistre huit jours devant, affin c que durant ledict temps ledict maistre et ses com- « paignons besongnans avec luy se puissent pourveoir;

Art. 14. « Item , se ung compaignon se treuve de « mauvaise vye, comme mutin, blasphémateur du nom « de Dieu, ou qu’il ne face son debvoir, le maistre en « pourra mectre ung autre au lieu de luy, sans que pour c ce les autres compaignons puissent laisser l’euvre « encoinmencée ;

Art. i5. « Item , que lesdicts maistres ne pourront « soubstraire ne malicieusement retirer à eulx les ap-

« prentilz eompaignons et fondeurs ne correcteurs « l’un de l’autre, sur peine des intérestz et dommages « de celuy à qui on aura faict la fraulde , et d’amende « arbitraire;

Art. 16. (( item, ne pourront prandre les maistres « imprimeurs et libraires les marques les ungs des au- « très, ains chascun en aura une à part soy, deffé- « rentes les unes des autres , en manière que les ache- <c teurs des livres puissent facillement congnoistre en « quelle officynne les livres auront esté imprimez , et « lesquelz livres se vendront ausdictes ofïycynes et non « allieurs ' ;

Art. 17. « Item y se les maistres imprimeurs des « livres en latin ne sont sçavans et suffisans pour corr riger les livres qu ilz imprimeront , seront tenuz

1 Le réglement de 1723, article 10, a renouvelé cette défense « sous <( peine d’être puni comme faussaire , de trois mille livres d’amende , « et de confiscation des exemplaires. » La sévérité de cette peine fait assez voir quelle importance l’autorité attachoit à ce que les imprimeurs restassent responsables de leurs œuvres sous la foi d’insignes typographiques dont un grand nombre avoit acquis une juste célébrité à l’imprimerie française. Mais l’usage de ces marques ou insignes, et des devises qui les accompagnoient, est maintenant très rare parmi les imprimeurs , qui sont devenus presque entièrement étrangers aux opérations de la librairie. Les réglemens qui leur ont prescrit de mettre leurs nom et demeure sur les livres sortis de leurs presses, ont rendu d’ailleurs ces marques inutiles sous les rapports d’ordre et de police. Cependant l’imprimeur ou le libraire qui fait usage d’un chiffre ou d’une marque particulière, doit être assuré de l’emploi exclusif de celle qu’il a adoptée, même malgré la liberté de la presse. Lu i85i , un éditeur m’a fait l’honneur d’employer la marque des Pensées avec la légende Elles ne peuvent plus mourir, que j’ai

h avoir correcteurs suffisans, sur peine d’amende arbi- « traire; et seront tenuz lesdicts correcteurs bien et « songneusement de corriger les livres, rendre leurs « corrections aux heures accoustumées d’ancienneté , « et en tout faire leur debvoir; autrement seront tenuz « aux intérestz et dommages qui seroient encouruz (c par leur faulte et coulpe ;

Art. 18. « Item, et pour ce que le mestier des fonce deurs des lectres est connexe à Fart d’ymprimerie , « et que les fondeurs ne se dyent imprimeurs ne les « imprimeurs ne se dyent fondeurs , lesdicts articles et ce ordonnances auront lieu quant aux commandemens , « inhibitions et desfenses, es peines dessusdictes, aux « compaignons et apprentilz fondeurs ainsi que es « compaignons, apprentilz et imprimeurs, lesquelz ,

mise aux éditions publiées à mes frais. La pièce qui porte cette marque subreptice est intitulée : Les Commandemens de Dieu et du Diable , avec la Remembrance de la Mort, imprimé à Chartres, i83i. J’ai dû être très flatté que ce fleuron ait été du goût de l’éditeur ou de l’imprimeur, mais j’aurois aimé à l’apprendre autrement que par la pièce imprimée. Si j’en fais ici l’observation, c’est que je crois utile de répéter que la marque particulière de tout fabricant ou commerçant est assimilée à son chiffre, son nom ou sa signature, dont aucun autre ne peut faire usage sans manquer à la bonne foi publique. Un imprimeur auroit en effet bien mauvaise grâce, aujourd’hui surtout, à prendre trop sérieusement une pareille vétille, lorsqu’un Henri Estienne, trompé par son correcteur Scapula, qui avoit fait un abrégé furtif de son Thésaurus linguœ grœcœ , se contenta pour toute vengeance d’imprimer ce distique sur le frontispice de la seconde édition de ce Thésaurus :

Quidam êTriTSjUvœv (dissecans) me, capulo tenus abdidit ensem ;

Æger erarn a scapulis, s anus at hue redeo.

te oultre les choses dessusdictes, seront tenuz de acheté ver les fontes des lectres par eulx encommencées , et ee les rendre bonnes et vallables , autrement seront (( tenuz aux intérestz et dommages des maistres ; et « commenceront à besongner par chascun jour a cinq <e heures du matin, et pourront délaisser à huit heures ee du soir, qui sont les heures accoustumées d’ancien- <( ne té.

« Nous humblement requérant lesdicts supplians a pour l’observation des choses susdictes, manutention a et commodité dudict estât , sur ce pourveoir de nostre ce grâce ;

te Pour ce est-il que Nous, ces choses considérées et ce que pour le grant désir et affection que nous avons « h la manutention et dilatation de la saincte foy ce catolicque et religion chrestienne par F universel « monde , nous avons de nostre temps pourchassé « nostre royaulme estre mugny de gens de grant sca- « voir et expérience, à quoy ilz ne pourroient parte venir sans coppiosité des livres utilles et neccessaires, «bonnes, sainctes et dévotes lectres, pour à quoy ce parvenir avons naguères créé et ordonné en nostre « ville de Paris imprimeurs royaulx ès langues lattyne , ce grecque et ébraïque.

« Pour ces causes et autres à ce nous mouvans, et « aprez que nous avons faict veoir, visiter et ente tendre lesdicts articles par aucuns principaulx de tt nostre conseil, avons dict, déclairé et ordonné, ce voulions et nous plaist que lesdicts articles dessus « déclarez soient tenuz, gardez et observez, et iceulx

DE L’IMPRIMERIE DE PARIS

cc avons concédez , louez , confermez , ratiffiez et apte prouvez , concédons , louons , confirmons , ratifiions a et approuvons de nostre certaine science , plaine « puissance et auctorité royal par ces dictes présentes, a par lesquelles nous mandons aux prevost et bailly « de Paris , conservateur des privilléges royaulx dudict « lieu et à tous noz autres justiciers ou à leurs lieutea nans , que iceulx et tout le contenu en ces dictes pré- <e sentes ilz entretiennent, gardent et observent, lacent « entretenir, garder et observer et enregistrer ad ce (( que aucun n’en puisse prétendre cause d’ignorance ; « sans faire ne souffrir aucune chose estre faicte au (c contraire; mais se aucune chose y estoit faicte, ilz « la repparent et facent repparer incontinent et sans « délay, et proceddent et facent procedder contre les (c infracteurs , se aucuns sont trouvez aprez la publi- (c cation ; tellement que ce soyt exemple à tous autres ; (( car ainsi nous plaist-il estre faict. En tesmoing de ce « nous avons faict mettre notre scel à ces dictes prête sentes.

« Donné à Yilliers-Costeretz le dernier jour de aoust « l’an de grâce mil cinq cens trente-neuf, et de nostre (( règne le vingt-cinquiesme.

« Ainsi signé sur le reply : Par le ROY en son « Conseil , Maistre Guillaume Budé , maistre des <( requestes de son hostel, présent. Signé Robertet.

« Et encores sur ledict reply est escript ce qui s’en- (( suict :

a Lues et publiées en jugement, en l’auditoire civil « du Chastellet de Paris, et en ensuivant autres se-

(( condes lettres par lesdicts maistres imprimeurs oba tenues du Roy nostre Sire, ès présences des advocats (c et procureurs du Roy, des conseillers d’icelluy sei- «■ gneur audict Chastellet, et ordonnées estre enregis- « trées le samedi treiziesme jour de septembre l’an mil u cinq cens trente-neuf. Ainsi signé;

« Et aussi encores sur ledict reply est escript ce qui (( s ensuict :

« Lues et publiées en jugement en la conservation c des privilléges royaulx de fl Diversité de Paris, en «• l’auditoire civil dudict Chastellet de Paris, en ensui- « vaut autres secondes lettres par lesdicts maistres « imprimeurs obtenues du Roy nostre Sire, et ordonné (( icelles estre enregistrées en la présence des gens du « Roy en ladicte conservation, conseilliers , advocats, c procureurs et praticiens en grant nombre , le ven- « dredy quatorziesme jour de novembre Fan mil cinq (( cens trente-neuf. Ainsi signé J. Lorinier , et scellées (( sur double queue de cire j aulne. »

Lettres de Commission pour faire observer l'Édit

du 5i août 1539.

« François, par la grâce de Dieu Roy de France, au (( prevost de Paris , conservateur des privilléges royaulx a de FUniversité dudict lieu, ou à ses lieutenans, et à c tous noz autres justiciers et officiers ou â leurs lieu- « tenans , salut :

« Receu avons l’humble supplication de noz bien (( amez les maistres imprimeurs de livres en nostre

DE L’IMPRIMERIE DE PARIS. 5i

« bonne ville et cyté de Paris , contenant que pour « réprimer certains monopolles que grant nombre de « serviteurs du mestier d’ymprimerie ont faict par cy- (( devant en nostre ville et cyté de Paris, lesdicts supa plians nous auroient présenté en nostre conseil cerc tains articles lesquelz, aprez qu’ilz ont esté veuz, et « entenduz en icelluy, Nous , par nos Lettres-patentes « en forme d’ordonnance et édict cy atachez, soubz le (( contre-sceel de nostre chancellerie , données à Vil— « liers-Costeretz le dernier jour d’aoust dernier passé, « aurions mandé et ordonné les articles contenuz en « icelles estre gardées et observées comme équitables, c raisonnables et conformes à bon ordre, paix et trans- (( quilité ; et pour faire cesser tous monopolles , désc ordres et malversations que font lesdicts serviteurs, ((ouvriers de l’imprimerie, lesquelles vous auroient (c esté présentées de la partye desdicts supplians, affin « de icelles faire lyrre , publier et enregistrer, garder (( et observer, ainsi que mandé vous est par icelluy ; a mais aucuns desdicts serviteurs non voullans eulx a reigler ni conformer à raison, mais continuer au a désordre dessusdict, se sont opposez à ladicte public cation et observance de nosdictes lettres , et par le (( moien de leur opposition, s’efforcent continuer les cmonopolles, assemblées illicites, forces, violances cet portz d’armes, autant ou pluz qu’ilz auroient c acoustumé de faire; tenans les maistres imprimeurs (( en plus grande subjection , captivyté et crainte que c auparavant; les injuriant etmenassant, tant en publicq a que en privé; troublant leurs maisons et familles, et

«faisant discontinuer le train de f imprimerie, au « grant mespris et irrévérence de nosdictz esdictz et « ordonnance , destruiment et dommage de la chose « publiccpie ;

« Et à ceste cause se seroient iesdicts supplians de « rechef retirez par-devers nous , en nous humblement « requérant sur ce leur pourveoir de nostre grâce et (( reine dde convenable, pour ce est-il que Nous, ces « choses considérées, et mesmement le contenu en « nosdictes lettres et articles conteniez en icelles, qui « ont esté en nostredict conseil trouvez raisonnables et « utilles pour le bien dudict mestier et de la chose (( publicque , vous mandons , et pour ce que nosdictes (( lettres cy atachées sont à vous adressans, comman- « dons et enjoignons, et à chascun de vous, si comme (( â luv appartiendra, cpie vous faictes icelles noz lettres « lire, publier, et enregistrer, tant ès auditoires de nostre (( Chastellet que de ladicte conservation , et partout « allieurs où il appartiendra ; et lesdictes ordonnances « et articles contenuz en icelles de point en point , (( selon leur forme et teneur, entretenir, garder et (( observer par manière de provision, et jusque ad ce u que, par Nous, autrement en soyt ordonné; et à ce « faire, soufrir et obéyr contraignez et faictes con- « traindre les opposans et tous autres qu’il appartien- « dra, et pour ce seront à contraindre royaulment et « de faict, et par toutes voyes et manières deues et « raisonnables, mesmement par arrest, détention et « emprisonnement des personnes de ceulx qui voul- « dront aller au contraire, nonobstant oppositions

DE L’IMPRIMERIE DE PARIS

«ou appellations quelzconques , faictes ou à faire , « relevées ou à relever, et sans préjudice d’icelles, la « cognoissance desquelles, si aucunes en sont inter- « jectées, nous avons retenu et retenons à nous et à « nostre privé conseil, et icelle interdicte et deffen- « due , interdisons et deffendons à tous noz autres «juges quelzconques; car tel est nostre plaisir ; non- « obstant , comme dessus , et quelzconques lettres im- « pétrées ou à impétrer, ordonnances, mandemens, « restrinctions ou deffenses à ce contraires.

« Donné à Compiengne le quatorziesme jour de oc- « tobre l’an de grâce mil cinq cens trente-neuf, et de « nostre règne le vingt-cinquiesme.

« Ainsi signé par le ROY en son conseil. — Delà- « chesnay. Et scellées de cire jaulne, sur simple « queue 1 . »

Du Reiglement de V Imprimerie , pour la ville de Lyon y et de n imprimer aulcun livre sans permission du grand seel.

« François, par la grâce de Dieu, etc.

« Receue avons l’humble supplication de nos chers « et bien-amez les consuls, eschevins, manans et ha- « bilans de nostre bonne ville et cité de Lyon, conte- « nant que pour la décoration , réputation , bien , « proffit, et utilité de ladite ville, ils ont esté fort eu- « rieux , et n’ont rien espargné à faire venir et attraire

1 Registre des Bannières, vol. ni, fol. viijxxij v° — viijxxvij r°.

« en icelle depuis six vingt ans en çà toutes sortes d’ar- « tisans et gens industrieux; et entre autres plusieurs « maistres et<compagnons imprimeurs de livres, pour y (( exercer Fart et traffic de F imprimerie, qui pour lors « se faisoit en Allemagne et à Venize, dont ils tirèrent « lesdits maistres et compagnons, qui depuis ont telle- « ment continué ledit art en icelle ville, quil n’y a « aujourd’hui lieu en la chrestienté où il se face plus « bel ouvrage , n’en plus de diverses sciences , qu’il se (( faict audit Lyon , où une grande partie tant de nostre « royaume , qu’autres pays et provinces estrangers se a fournissent de livres, avec tel et si bon prix, qu’il « ne sçauroit être plus raisonnable. Toutesfois, depuis u trois ans en çà, aucuns serviteurs, compagnons im- « primeurs mal vivans, ont suborné et mutiné la plus- « part des autres compagnons , et se sont bandez en- « semble pour contraindre les maistres imprimeurs « de leur fournir plus gros gages et nourriture plus « opulente , que par la coustume ancienne ils n’ont « jamais eu : davantage, ils ne veulent point souffrir « aucun apprentif besongner audit art , afin qu’eux « se trouvans en petit nombre aux ouvrages pressez et « liastez, ils soient cherchez et requiz desdits maistres: (c et par ce moyen leursdicts gages et nourriture aug- « mentez à leur discrétion et volonté, ou autrement « ils ne besongneront point. Sur lesquelles nouvelle- « tez, dissentions et monopoles suscitez, ainsi que dict (( est , par lesdicts serviteurs et compagnons , après « plusieurs procédures, certains arrests seroient en- « suyvis en nostre Cour de Parlement à Paris , à la

DE L’IMPRIMERIE DE PARIS

u poursuitte desquels lesdits maistres ont fait telle des- « pense, et lesdits compagnons d’autre costé se sont « si bien desbauchez, que pour cejourd’huy ledit art « d’imprimerie, à cause de ce, est entièrement cessé et (( discontinué en ladite ville de Lyon, et quasi dilaté « et transporté d’icelle en autres pays, desquels il avoit « esté autrefois tiré , dont s’ensuit un trop gros inté-* «■ rest, préjudice et dommage h ladite ville, et consé - « quemment à la chose puhlicque de nostre royaume. « Nous supplians et requérans lesdits consuls et esche- « vins, manans et habitans, et lesdits maistres impri- « meurs de nostre ville de Lyon , que pour faire cesser « lesdits desbaux, dissentions et monopoles, et y obvier ((pour l’advenir, nous vueillions, ainsi qu’en sem- (( blable nous avons fait pour ceux de nostre bonne ce ville et cité de Paris, où aussi les serviteurs, comte pagnons imprimeurs, faisoient tout de mesmes que « ceux-ci, s’estans eslevez contre les maistres, avec « telles occasions que dessus , faire rédiger et mettre a par escrit en forme d’ordonnance et édict , la ma- (( nière de vivre ancienne et accoustumée en l’art de « F imprime rie, pour estre gardée, observée et entrec tenue selon le contenu es articles qui s’ensuyent cy~ (( après. Lesquels ont esté tirez et de mot à mot, mué <( ce qui faisoit à muer, des Lettres-patentes par nous (( sur ce octroyées et concédées à ceus dudit Paris. »

( Suivent les articles conformes à ceux de V Édit du 5i août i53g, comme ci-dessus > p . 4.1*)

(( Sçavoir faisons que Nous, les choses dessusdictes (( considérées , et d'autant que sur tout nous avons

a tousjours de tout nostre cœur désiré voir de nostre « temps les bonnes lettres florir et reluire en nostre « royaume y pour iceluy estre accompagné et muny (( de gens doctes et sçavans en toutes professions et tt sciences à la louange de Dieu, nostre Créateur, exalte tation de son sainct nom , de nostre saincte foy et « religion chrestienne , et édification des bons et note blés esprits , qui ne peuvent avoir la communication te et intelligence des lettres, si non par le moyen des te bons, utiles et nécessaires livres, qui sont mis et te produits en lumière par cest art de V impression te duquel nous désirons singulièrement la commodité , te continuation et conservation .

te Donné à Fontainebleau, le 28 décembre i54i. te Enregistré en la Cour de la Sénéchaussée de Lyon, te le 12 août 1542. »

Lettres-patentes du Roy François ier, portons Commission pour V observation et entretenement de l Edict du 28 décembre i54i .

te Au séneschal de Lyon ou à son lieutenant : Nous, te estans par cv-devant advertis des grands désordres te et monopoles que les serviteurs, compagnons imprite meurs de nostredite ville faisoient ordinairement pour (( ne se vouloir ranger ne contenir en la forme et ma- « nière de vivre accoustumé , et entretenue depuis cent « ans en Fart de l’Imprimerie, nous avions pour y tt pourvoir et donner certain ordre fait mettre et ré- « diger par escript en forme d’ordonnance et édict .

DE L’IMPRIMERIE DE PARIS. 51

« ladite manière de vivre, comme en semblable nous « avions fait auparavant pour ceux de nostre bonne ee ville et cité de Paris, où aussi les serviteurs, compa- « gnons imprimeurs, faisoient tout de mesmes que ceux ce dudit Lyon, pour troubler, divertir, et du tout ce abolir ladite forme et manière de vivre ancienne, a Et pour ce qu’il estoit, et est question d’un fait « de police, dont la cognoissance doit appartenir à <e vous , séneschal , lesdits supplians vous auroient préce senté lesdites Lettres, à ce que suyvant ce qu’il vous ce estoit mandé par icelles, vous les lissiez lire et puce blier, entretenir, garder et observer le contenu en ce icelles.

ce A quoy lesdits serviteurs , compagnons dudit art <c voulans continuer leurs monopoles , troubles et « discords, se seroient opposez, alléguant ce que bon ce leur a semblé, pour soutenir leur mauvaise et peree nicieuse entreprinse , et mesmement pour contreee dire, impugner et débattre le troisième desdits arti- « clés d’icelle forme et manière de vivre, où il est dit ee que lesdits maistres imprimeurs feront et pourront ee faire et prendre autant d’apprentifs que bon leur « semblera , lesquels iceux compagnons laisseront be- « songner avec eux à la volonté et discrétion desdits « maistres, sur peine de prison , bannissement et au ee très peines arbitraires . Or, est-il que sur telles et ee semblables oppositions , contredicts , troubles et ee empeschemens donnez par les serviteurs , compaee gnons imprimeurs de Paris, aussi à la lecture et puee blication de pareilles lettres de l’édict , statut et

« ordonnance , nous avons, nonobstant iceux, fait « passer acte par nostre prévost dudit lieu ou son lieua tenant , et davantage ordonné en nostre privé con- « seil , parties ouyes , que ledit article troisiesme (( faisant mention desdits apprentifs, demeurera en la « force et vertu.

« Par quoy, et attendu que nostre vouloir et inten- « tion a jà esté, comme encores est, de reigler lesdits « imprimeurs de Lyon comme iceux dudit Paris , « avec ordonnances ou constitutions semblables pour « l’exercice de leur art , lesdits consuls , manans et a habitans dudit Lyon nous ont très humblement sup- (( plié et requis, que nostre bon plaisir soit leur pour- « voir et donner tel ordre que? nous avons fait a ceux « dudit Paris , pour Fentretenement et observation (c du contenu en nosdites Lettres : Autrement si la (( voye demeure ausdits serviteurs et compagnons <( pour continuer procez contre leurs maistres , ce sera « mettre en combustion ledit art de Vimprimerie et le « faire cesser. Car le but où lesdits compagnons et (( serviteurs ont toujours tendu et tendent est de ren- « ger lesdits maistres à leur discrétion, et ce qui les a meut et persuade a vouloir empescher l’observation « et entretenement d’iceluy article des apprentifs, est « pour ce qu’ils sçavent bien qu’un maistre ne peut « besongner avec un seul, ou deux apprentifs ou corn- (( pagnons ; mais faut quil y en ait tous jours cinq « pour chacune presse , et qui tous réduits et astraints «■ iceux maistres à n’avoir que deux ou trois apprentifs « pour presse, il faudroit que de nécessité ils ache-

DE L’IMPRIMERIE DE PARIS

« tassent lesdits compagnons , lesquels, au plus fort de « leurs besongnes , par commune intelligence qu’ils « auroient ensemble, laisseroient iceux maistres pour « eux faire rechercher à grandes prières , avec payées mens et salaires tels qu’ils voudraient extorquer , « comme ils font ordinairement chacun jour. Qui est « une vraie exaction publique et manifeste, laquelle « ne se doit tolérer ensemblablement ce qu’ils ont « fait en cest endroit, pour parvenir a leur intention, (( ayant mis et assemblé argent en commun pour « s eslever contre leurs maistres : car c’est pour don- « ner un exemple et occasion aux autres compagnons « et serviteurs de mestier, qui sont en nostre royaume, « de faire quelquefois le semblable, qui est un vray « fondement et entretennement de mutineries et sédia tions , lesquelles pourraient tourner à la fin au grand « détriment de la chose publique. Pour ce est-il , etc.

« Donné à Sauple-le-Duc, le 19 juillet 1542. »

De son côté, l’Université soutint toujours avec zèle et fermeté les prérogatives dont jouissoit le corps de l’imprimerie et de la librairie, et sa sollicitude s’étendit même jusqu’à faire exempter ses protégés du service des gardes bourgeoises , qui étoit réclamé quelquefois dans les temps de danger. François Ier accorda cette exemption de service aux imprimeurs par Lettres-patentes de i543, qui contiennent ce considérant remarquable : « Aucuns de nos officiers ou autres ont a contrainct et contraignent de jour en jour, non seu- « lement lesdits messagers, mais plusieurs autres offi-

« ciers, supposts et serviteurs de nostre très-chère et (( bien-aimée Fille aisnée, l’Université de Paris, comme ce libraires, relieurs, enlumineurs, escrivains jurez, « qui sont en nombre trente , les quatre papetiers , et « quatre parcheminiers , d’aller au guet de nostredite « ville de Paris, ou en leur défaut, payer pour chaa cune fois deux sols six deniers, en enfraignant les- « dits privilèges, au très grand grief et dommage de « nostredite Fille , imminente ruine et désolation « d’icelle, tant que vray sem b 1 ablement lesdits officiers « et serviteurs ainsi troublez se désisteront de leursdits « estats, charges et offices, et ne se trouvera pas quasi « qui les vueille prendre, qui est entièrement contre « le singulier désir et affection que nous avons à Vac- (( croissement d'icelle > en toutes bonnes lettres et « estudes. »

C’est devant le xvie siècle , auprès de François Ier, qu’il faut s’arrêter un moment pour admirer la prodigieuse influence de l’Imprimerie sur la civilisation, et l’éclat littéraire qu’elle répandit en France et en Italie : l’émulation et l’accord des souverains de la terre à protéger cette invention regardée comme un présent de Dieu; les ténèbres de l’ignorance 1 dissipées presque soudainement par la lumière des lettres grecques et latines; le concours d’hommes supérieurs qui, à cette

1 « Louis xi empêcha que le Parlement et l’Université de Paris , deux corps alors également ignorans , parce que tous les Français l’étaient, ne poursuivissent comme sorciers les premiers imprimeurs qui vinrent d’Allemagne. » ( Essai sur l’esprit et les mœurs des nations, chap. xciv.)

DE L’IMPRIMERIE DE PARIS

époque, consacrent à F imprimerie leur vie, leurs talens et leur fortune ; à cette époque aussi , le sol cle la patrie affranchi de l’étranger; la lutte de nos Rois et de leurs grands vassaux étouffée ; enfin , après un long état d’agitation , de désordre , d’abaissement et de malaise, un besoin universel d’instruction et d’amélioration sociale , auquel l’imprimerie seule pouvoit répondre partout et sans retard.

Déjà, depuis les dernières années du xve siècle, l’Italie, qui avoit recueilli , avec les Grecs fugitifs , la fortune des lettres, faisoit participer les autres nations aux richesses dont elle étoit dépositaire. Ces savans réfugiés préparaient les moyens de les faire fructifier , en composant des livres élémentaires propres à aplanir les difficultés des premières études.

L’imprimerie procédoit avec intelligence et méthode. Elle mit d’abord aux mains des étudians des grammaires grecques que ces vénérables professeurs si nobles de science, d’infortune et de renommée, Théod. Gaza, de Thessalonique, Constantin Lascaris , de Byzance, Démétrius Chalcondyle, d’Athènes, n’avoient pas dédaigné de rédiger pour leurs nombreux auditeurs. Dion. Paravisinus de Milan imprime la première grammaire grecque de Lascaris, en i4?b 1. La première presse, les premiers types romains et grecs d’AIde Ma-

Un exemplaire de cette édition , bien complet, pourroit être porté aujourd’hui, selon M. Brunet ( Manuel du Libraire , 1820), à 1,000 ou 1,200 fr. La seconde édition de cette grammaire de Lascaris, imprimée par Aide Manuce, de 166 feuillets, in-4°, coûtoit aux étudians 9 à iofr., valeur actuelle.

nuce, à Venise, en 1494? servent à multiplier les exem plaires <!e ces rf idi mens grecs, corrigés, amplifiés, et plus appropriés aux besoins des études. Rien n’y manque : et ce livre devient un cours de littérature et de morale; car il donne jusqu à l’explication des abréviations usitées dans les Mss. grecs ; il comprend l’Oraison dominicale, la Salutation angélique, le Symbole des Apôtres, l’Évangile selon saint Jean, les Vers dorés de Pytliagore, les Maximes morales de Phocylide; et le tout est translaté en latin, mot pour mot. Th. Gaza ne traduit pas seulement des ouvrages grecs en latin, il fait passer dans la langue grecque plusieurs Traités de Cicéron. Démétrius Chalcondyle et Démétrius de Crète se réunissent pour publier le texte d 'Homère, et l’imprimerie de Florence est à jamais illustrée par cette première édition du prince des poètes, datée de 1488.

Bientôt toute la famille des auteurs grecs apparoît au monde littéraire. Les princes de F Italie rivalisent de bienveillance et de générosité pour honorer et encourager les savans , exciter le goût des belles-lettres , et hâter leurs progrès. Les ducs de Ferrare, de Milan, de Florence, le roi Alphonse, à Naples, fondent ou relèvent des académies, leur assignent de riches dotations, établissent des chaires de littérature grecque et latine , et attirent à leurs cours les hommes les plus savans et les plus habiles , pendant que les Aide , â Venise, poursuivent et agrandissent leur pénible et glorieuse carrière. Le chef de cette famille , Aide l’Ancien, parvient à former une académie entière des savans et des personnages les plus illustres qui coucou*

DE L’IMPRIMERIE DE PARIS

relit aux travaux de son imprimerie ou l’assistent de leur protection libérale. A Rome , un riche négociant, Aug. Chigi, devient le rival des Médicis , par sa libéralité, par sa passion pour les lettres grecques et pour Ses arts. Il établit à ses frais une imprimerie , et en confie la direction à un Grec de nation, Zach. Galliergi, de Crète. Les éditions de Pindare et de Tliéocrite , remarquables par leur correction, par la beauté de l’impression , et enrichies des scholies de F imprimeur , attestent le goût éclairé du protecteur, le savoir et le talent du typographe.

Ces exemples et cette émulation animoient de toutes parts le commerce des lettres ; des femmes même se mêloient aux luttes d’érudition qui s’engageoient entre les savans. Une belle et vertueuse Florentine, Alexandra Scala, fdle d’un Barth. Scala qui étoit parvenu aux premières dignités de la république par son seul mérite littéraire , composoit des vers latins remarquables 1 , et répondoit en grec aux louanges que lui adressoit dans cette langue Ange Politien. Mais Politien ne traitoit pas aussi galamment le mari delà belle Alexandra, Michel Manille, savant grec réfugié; et tous deux guerroyoient vivement en grec et en latin. Un prince qui avoit abdiqué ses titres et sa fortune pour vivre dans la société des livres et des hommes de lettres les plus distingués , Pic de la Mirandole, ouvroit les trésors de sa prodigieuse mémoire et de ses vastes connoissances à ce

1 Midi. Marulle dit qu’à l’âge de quinze ans elle surpassent déjà son père pour la finesse et l’enjouement de ses vers.

même Ange Politien , son ami le plus cher, et Faidoit dans ses recherches et dans ses travaux. Tous les esprits êtoient en mouvement pour F oeuvre de la renaissance.

Enfin paraît Léon x, en i5i3; et le fds de Laurent le Magnifique y assis pendant neuf ans à peine sur le trône pontifical , a doté tout un siècle de la gloire de ses œuvres et de son nom. Dans la longue liste des successeurs de saint Pierre , et même en les réunissant tous , on ne parviendrait pas à former un prince dont la naissance, l’esprit, le goût, les manières, les penchans , les qualités, les défauts mêmes, fussent mieux appropriés à l’époque et aux circonstances pour lesquelles la Providence sembloit avoir réservé Léon x.

Chalcondyle et Ange Poli tien sont ses premiers maîtres, et l’élève, doué des plus rares dispositions, fait des progrès surprenans dans tous les genres de connoissances, et surtout dans l’étude des philosophes anciens. Il cultive avec un égal succès les sciences et les arts; il s’adonne à la musique. Exemple unique dans les fastes de l’église, cet enfant de treize ans est fait cardinal. Dans ses voyages en Allemagne, en Flandre, en France, il recherche surtout la compagnie des savans , qu’il captive par son affabilité, et qui deviennent ses admirateurs, et quelques uns ses amis. Erasme, l’oracle du goût, de la critique et de la science de son siècle, est de ce nombre. Nourri dans le faste et la magnificence de la cour de Florence , le jeune prince de l’église porte à la cour de Rome ses habitudes de luxe et de profusion.

DE IMPRIMERIE DE PARIS

Enfin , c’est à trente-liuit ans, dans toute la force de l’âge et l’activité du génie, que Jean de Médicis est couronné Pape. On comprend dès lors toute l’influence qu’il dut exercer sur des esprits déjà préparés, et le prodigieux développement des sciences , des arts et des lettres pendant la courte durée de son pontificat. On conçoit tout le zèle , le dévouement des savans et des artistes à seconder ses vues grandes et généreuses , comme aussi le nombre et la magnificence des travaux exécutés dans tous les genres, en aussi peu d’années.

A la voix du Pontife, Jean Lascaris et Marc Musure viennent à Rome pour y répandre la connoissance de la langue grecque ; un collège de jeunes Grecs est fondé, et Lascaris est chargé de sa direction. Une imprimerie est établie dans le palais du Saint-Père, au Monte-Cavallo, pour multiplier les auteurs grecs, et Lascaris est préposé à la révision et à la correction des textes. Âug. Archimbold apporte du fond de la Westphalie un manuscrit des cinq premiers Livres des Annales de Tacite, que le protecteur des lettres ne croit pas payer trop cher au prix de 5oo sequins, en faveur des études latines. Dès la première année de son Pontificat, à la date du 28 novembre i5i3, Léon x avoit accordé à Aide Manuce, de Venise, un privilège de quinze ans pour le garantir des contrefaçons des ouvrages dont il étoit, ouserendroit éditeur, comme aussi delà contrefaçon ou de l’imitation du caractère italique qu’il avoit inventé ou employé le premier (dans le fxirgilius in-8, de i5oi ); le tout sous les peines d’excommunication et d’amende de cinq cents ducats d’or, en-

vers les contrefacteurs 1 . (Test ainsi que Fart de F imprimerie y qui ouvroit un monde nouveau et des idées nouvelles 9 recevoît dans les divers états de l’Italie, en

1 On trouve le texte entier du privilège de Léon x et celui du pape Jules n, son prédécesseur, en faveur d’Alde l’ancien, dans les Annales de l’Imprimerie des Aide, 3e édition, 1 854 ? in -8°, p. 5o6 et suiv. Je citerai plusieurs passages du premier, pour faire connoître dans quel esprit littéraire étoient alors conçus ces actes de l’autorité souveraine, qui sont devenus depuis des pièces insignifiantes de bureaux de chancellerie, aussi bien en France qu’en Italie. On retrouvera plus loin, dans le privilège accordé par François Ier à Conrad Néobar, vingt -cinq ans après, les mêmes sentimens de bienveillance et de sollicitude en faveur des lettres et de l’imprimerie ; et je pense que ce rapprochement ne sera pas dénué d’intérêt, si l’on considère le peu d’estime cjue l’on fait aujourd’hui et de la typographie et des typographes.

LEO PAPA X. Universis et singulis , ad quos hœ nostrœ pervenerint, Salutem , et Apostolicam Benedictionem.

Quoniam dilectus jilius Aldus Manutius Plus Romanus , qui jam Lot annos , pro virili de re literaria benemereri non cessât , in eoque genere , ac prœsertim tum exacte emendandis , tum omni cura et studio imprimendis grœcis latinisque libris , atque iis quidem literis in chalybem tam docte eleganterque incisis , ut calamo scriptæ esse videantur , magnos sumptus facit, magnos labores sustinet , ac propterea veretur , ne sua hcec industria , et labor, aliis, qui inde capere exemplum possent , lucrum magno suo cum damno pariai, Nobis humiliter supplicari fecit , ut ad eam rem pastoralem curam nostram adjicere dignaremur.

Nos igitur, qui literarum et omnium bonarum artium studio sos , quantum in Nobis fuit , semper fovimus et amplexi sunius , hujusmodi supplie ationib us inclinati, ut hominum ingénia ad honestiores utilioresque rerum usus vel indagandos , vel inveniendos in dics magis excitentur , librique utriusque linguœ longe diligentius emendatiusque in studiorum manus emittantur , atque cum ipso Alclo, cujus doctrinam , et rectum ingenium , mirificamque diligentiam satis cognitam et perspectam habemus , commode benigneque agerc cupientes ,

DE L’IMPRIMERIE DE PARIS

meme temps que dans la capitale du monde chrétien , une protection et une impulsion aussi puissante qu’active et éclairée.

La plupart des Papes, dans le xvie siècle, cultivoient eux-mêmes les lettres avec distinction, et honoroient

omnibus et singulis , ad quorum notitiam prœsentes nostrœ pervcjic rint , sub excommunicationis latæ sententiœ, in no s tris vero, et Sanctœ Romance Ecclesiœ civitatibus , terris et locis degentibus , Nobisque et dictœ Ecclesiœ mecliate vel immédiate subjectis , prœterea quingentorum ducatorum auri , et amissionis omnium librorum quos impresserint, incurrendis , camerœque nostrœ apostolicœ appliccmdis pœnis , expresse inhibemus , ne per spatium quindecim annorum a tempore cujusvis libri, tam grœci quam latini , quem ipse Aldus et antehac eut revit, etposthac curaverit imprimendum iis characteribus , quos ipse invenit, vel edidit primus, et quibus adhuc usus est , vel quos in posterum invenerit , imp rimer e , vel imprimi facere ; neve characteres eos quos cursivos, sive cancellarios appellant , imitari, et assimilatione aclulterare , aut curare ici per alios faciundum , librosque ejusmodi formis excudere , aut excusos venundare ullo modo prœsumant ; atque eas ipsas pœnas incidere eos volumus , penes quos ici genus libri vénales reperirentur

Volumus autem , et Aldum ipsum in Domino hortamur, ut libros justo pretio vendat , aut vendi facicit , ne his concessionibus nostris ad aliam , quam honestum est, partem utatur , quod tamen eum pro sua integritate , atque in Nos observantia curaturum plane confi cl i mu s.

Datum Romœ , apucl Sanctum Petrum sub Annulo Piscatoris , die xxvm novembres , m. d. xiii. Pontificatus Nostri anno primo.

P. B E MB US.

La dernière clause de ce privilège par laquelle le Pape enjoint à Aide, et l’exhorte au nom du Seigneur, de vendre ses livres à un prix raisonnable, se confiant d’ailleurs à sa probité, pour user loyalement du privilège qui lui est accordé, me fournira le sujet de plusieurs observations sur les prix, la valeur et le commerce actuel des livres, dans la seconde Partie de cet ouvrage.

les imprimeurs de leur protection ; ils excitoient meme leur zèle pour perfectionner les caractères, et rendre ainsi la lecture des auteurs plus agréable et plus commode, quæ res studio sorura animos non solum vehementer delectat , sed etiam mirum in modum ad studia accendit. C’est ce que dit le privilège du pape Jules ii à Aide l’ancien.

Pie iv appela à Rome , en i56r, Paul Manuce fils de P Ancien ; il lui confia le soin d’ériger une imprimerie et en fit tous les frais, se chargeant également

r C’est cet établissement que l’on a qualifié dans ces livres historiques et bibliographiques qui ne sont que des découpures les uns des autres, d’imprimerie du Capitole, et même du Vatican, parce que certaines éditions de Paul Manuce, imprimées à Rome, portent l’indication In œclibus P opuli Romani. Mais il est constant, d’après les Lettres de Paul Manuce lui-même, que son imprimerie étoit établie dans une maison particulière, qui dépendoit probablement de la municipalité de Rome , puisqu’elle fut vendue pour subvenir en partie aux dépenses du Ponte Sisto. Les Populajii magistrati , les magistrats du Peuple, avoient en outre, dans cette imprimerie, une part d’intérêts qu’ils affermèrent pour sept ans. Cette circonstance , ainsi que les autres faits rapportés dans les Annales de V Imprimerie des Aide , pag. 445 de la troisième édition , expliquent le sens véritable qu’il faut donner à ces mots : In œdibus Populi Romani.

Dans deux volumes différens d’un même ouvrage , la Biographie universelle , véritable œuvre complète de confusions, d’erreurs, de contradictions en tous genres , dans les faits , les noms et les dates , on trouve à l’article Pie ir, que l’imprimerie fondée par ce Pape fut établie au Vatican, et à l’article Paul Manuce , qu’elle le fut au Capitole, et sous le pontificat de Paul iv, qui mourut en 3 555 ! Il est vrai que le premier de ces articles est signé D-s, et le second W-s, c’est-à-dire qu’ils n’ont pu être ni coordonnés , ni rectifiés l’un par l’autre, étant l’ouvrage de deux plumes très distantes l’une de l’autre. Au reste, il ne paroît pas possible qu’un livre du genre de celui de la

de toute la dépense des impressions. Il lui assigna un traitement de 5oo ducats d’or par an ; et comme Paul Manuce ne demandoit que 200 ducats pour l’indemnité de son déplacement , le cardinal Morone , l’un de ses protecteurs, voulut qu’il lui en fut donné 3oo.

Le Pape lui-même veilla avec la plus vive sollicitude au bien-être de l’imprimeur, et au succès de l’établissement. (( Nous voulons, dit-il dans un consistoire de «• trente cardinaux, que Ton ne ménage rien pour don- « ner à Manuce des correcteurs qui l’aident dans ses

Biographie universelle , rédigé par un aussi grand nombre de collaborateurs, n’abonde pas en erreurs et en contradictions, quand les sources historiques elles-mêmes sont si diverses et si contradictoires. Et si l’on ajoute aux difficultés et aux embarras d’une pareille rédaction, les fautes innombrables qui sont du ressort de l’imprimerie , il faut en conclure qu’une bonne Biographie universelle est un livre infaisable, quoiqu’il soit éminemment utile, vu la quantité toujours croissante de volumes qui s’impriment chaque jour.

On peut juger de l’étendue des difficultés que présente, sous ce rapport de concordance et d’exactitude, une composition littéraire de quelque importance, par un exemple tiré des Annales de l’Imprimerie des Aide, au sujet même de l’emplacement de l’imprimerie de Paul Manuce , à Rome. Assurément ce livre, parvenu à sa troisième édition, a été consciencieusement traité, élaboré, et perfectionné par son persévérant auteur. Cependant on lit, page 188 de cette troisième édition , une note qui commence ainsi : « On sait que le Pape avoit placé Paul Manuce et son imprimerie dans le Capitole. » Et page 44 5 delà même édition , l’auteur réfute cette assertion, d’après les documens qu’il a mis lui-même en lumière. « Ptien ne me fait croire, dit- il, que ces mots , in œdihus Popüli Romani , désignent ce qu’on nomme aujourd’hui le Capitole. » Il est évident que les recherches de l’auteur lui ont procuré des renseignemens qu’il a insérés dans la Vie de Paul Manuce , sans se ressouvenir de la note du catalogue des livres de cet imprimeur , écrite dans sa première édition de 1800, à

« travaux, afin que sa foible santé n’en souffre pas; Ayez (( soin, » ajouta le Saint-Père en s’adressant aux trois cardinaux que Paul Manuce appelle ses meilleurs amis ‘, a que rien ne lui manque, ni à l’imprimerie, « parce que nous voulons en faire un établissement des (( plus honorables. » Paul Manuce, touché comme ildevoit l’être, de cette affectueuse attention du Pape pour sa santé, adresse à son frère cette réflexion bien naturelle : (( Voyez donc si mon père auroit pu parler pour « moi en des termes plus tendres; » et il ajoute : « J’ai « voulu vous donner ces détails comme une consolation, « et pour vous dire que notre maison n’a jamais été en (( si grande réputation qu’elle l’est a cette heure. Et si « je vis, elle le sera beaucoup plus encore. C’est pour

trente-un ans de distance de la troisième de 1 83-4* R faut le dire encore : la comparaison que j’ai faite de l’édition de i8o3 avec l’édition de 1 834 , des Annales de V Imprimerie des Aide , m’a fait reconnoître que l’erreur de la Biographie universelle , où l’on trouve Paul iv au lieu de Pie iv, dans l’article de Paul Manuce, provient de ce que M. Weiss, auteur de cet article, a pris pour guide la première édition des Annales de i8o3 , qui porte la même erreur , p. g5, tome ii, mais rectifiée à la page 44^ de la troisième édition. En faisant ces remarques sur un livre aussi savamment conçu qu’exécuté, et qui restera un modèle de la science bibliographique de notre temps, il est loin de ma pensée de vouloir en atténuer le mérite. J’ai l’espoir, au, contraire , que ces taches légères , dans un pareil livre, deviendront un commencement d’excuse pour les fautes du même genre que je n’aurai pu éviter en parcourant tout le cercle que je me suis tracé.

‘ Paul Manuce a conservé les noms de ces trois cardinaux, et ces noms sont bien dignes d’être répétés. Ce sont les cardinaux Morone, Mula, et Trani [L citer e di Paolo Manuzio copiate sugli auto grafi esistenti nella Biblioteca Ambrosiana, Parigi , 1 834 ? bi-8°, pages 66 et 67 ).

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« cela que Dieu m’a conservé après tant de maladies et « tant de travaux. »

Cette imprimerie Pie-Manucienne continua d’être dirigée par Paul Manuce presque jusqu’à la fin de ses jours en i5y5 ; et douze années après, Sixte-Quint fondoit, au Vatican même, une bibliothèque et une imprimerie qui ont éternisé son règne de cinq ans. On sait tout ce que ce Pape habile et infatigable parvint à exécuter dans ce court espace de temps ; et malgré les affaires si nombreuses de son gouvernement spirituel et temporel, il trouvoit le temps de donner des soins à une édition de la Vulgate, et en corrigeoit lui-même les épreuves. C’est encore un des Aide que l’on retrouve en i 5c)7, à la tête de cette imprimerie fondée par Sixte - Quint. Ainsi, cette famille de savans imprimeurs qui avoit commencé à s’illustrer à Venise avec le xvie siècle , s’éteignit avec lui sur le Vatican ; mais leurs noms restent impérissables.

Cette protection éclatante et soutenue que les princes d’Italie, et surtout les Papes, accordèrent à l’imprimerie dès son berceau, tenoit certainement à un sentiment judicieux et élevé; mais la politique de

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l’Eglise, et la nécessité de se prémunir contre les effets d’une nouvelle puissance spirituelle , n’y furent pas non plus étrangères. En examinant le côté philosophique des progrès de l’imprimerie en Italie et en France, au xvie siècle, on ne peut méconnoître, d’après la nature des événemens, la situation politique de l’Europe, l’état moral des peuples à cette époque, que la force des choses, encore plus que la bienveillance des souverains,

ou leur amour pour les lettres grecques et latines, devoît donner un grand essor à l’imprimerie, et que la volonté contraire, qui s’est long-temps manifestée en France, de voit être impuissante à l’enchaîner. La position géographique du pays, les événemens de la guerre, les savans grecs expatriés , la diversité des états et des princes rivaux, la forme démocratique des gouvernemens, une littérature nationale peu développée, la littérature antique du même sol aussi riche que variée ; voilà ce qui fit, à sa naissance, l’imprimerie de l’Italie presque toute grecque et latine 1 . Elle fut environnée

1 La question de prééminence entre les typographies Italienne et Française au xvie siècle, offriroit un sujet de discussion littéraire assurément des plus classiques ; mais cette question ne sera probablement jamais résolue, d’abord parce qu’elle nécessiteroit la réunion complète de toutes les pièces qui concernent les Estienne en un corps d’ouvrage aussi complet, aussi bien ordonné que l’est celui des A finales des Aide, ce qui entraîneroit peut-être une trentaine d’années de recherches; et, en second lieu, parce que l’examen raisonné et approfondi du mérite littéraire et typographique de toutes les éditions des Aide comparées à toutes celles des Estienne, exigeroit l’érudition la plus vaste , unie aux connoissances les plus étendues en imprimerie ; ce qui ne se rencontrera probablement pas de nos jours.

L’auteur des Annales de V Imprimerie des Aide , qui n’a point abordé cet examen comparatif, s’est contenté d’émettre une opinion personnelle, qu’il résume en ces termes: <c A tous égards , Aide « l’Ancien occupe et occupera peut-être (édition de i854, page 4OÏ) « long-temps encore, et sans aucune exception , le premier rang parmi « tous les imprimeurs anciens et modernes. » Il étoit bien naturel qu’une opinion formulée d’une manière aussi décisive fût relevée par le typographe français qui le premier en trouveroit l’occasion. En 1806, M. Firmin Didot ajouta à la suite de sa traduction en vers français des Bucoliques (in-8°), une Note bibliographique et typographique sur quelques vers de la xc idylle de Théocrite , imités par Henri

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de nombreux bienfaiteurs, et ses progrès furent aussi rapides que brillans.

Estienne , et cette note occupe dix-neuf pages en petits caractères , parce que l’auteur a voulu étayer, par un commencement de preuves , son opinion, qui est entièrement opposée à celle de l’auteur des Annales. Cette opinion est ainsi énoncée : « Je ne crois pas qu’Alde Mate nuce puisse, sous aucuns rapports, soutenir la comparaison avec « Robert Estienne. » Et bien avant M. Firmin Didot, d’autres savans avoient émis la même opinion. Maliinkrot ( De Arte typog. , cap. i4 , p. 92) écrit que Robert Estienne étoit plus habile qu’Alde Manuce , et que ses caractères étoient aussi plus beaux , quoique ce ne fût là qu’une des moindres perfections de cette célèbre imprimerie. Jacques Verheiden ( Elog . prœst. Theologorum , p. 129) assure que Robert Estienne a surpassé tout ce qu’il y a eu, tout ce qu’il y a , tout ce qu’il y aura jamais d’habiles imprimeurs dans le monde, éloge qui a été renouvelé textuellement de nos jours en faveur de M. P. Didot l’aîné, à l’époque de la première exposition des produits de l’industrie au Louvre. Quant à Henri Estienne, fils de Robert, il est dit, dans les Jugemens des principaux imprimeurs d’Adr. Baillet, qu’il a été sans contredit le plus savant , non seulement de ceux de sa docte famille , mais encore de tous les imprimeurs qui ont paru jusqu’à présent. Scaliger ajoute que tout ce qu’il a imprimé de grec est beaucoup meilleur que les éditions d’Alde Manuce. Enfin , si l’on fait la part du sentiment filial, on trouvera que l’opinion de Paul Manuce lui-même n est guère moins favorable à notre Robert Estienne que pourroit 1 être celle d’un compatriote : Arbitrabatur Paulus Manutius Roberto Stephano ddigentiorem in emendandis atque edendis veterum scriptis neminem secundum patrem suum. (In Scholiis in Ciceronis Epist. famil. apud Maittaire, tome ii, p. 438.)

On peut se faire une idée, d’après la note de M. Firmin Didot, de 1 immensité du travail qu’exigeroit l’examen littéraire et artistique de cette question de précellence entre les Aide et les Estienne. L’érudition profonde de l’auteur de la Note bibliographique et typographique, dans les langues grecque et latine , et sa prodigieuse mémoire , qui me sont parfaitement connues; ses talens dans la gravure des poinçons et la pratique de la fonderie , ainsi que son habileté dans toutes les parties de l’exécution typographique, qui sont connus de

11 ne pouvoit en être cle même en France. On a vu plus haut quUîric Gering, qui établit en 1470 la pre-

tout le monde, lui auraient permis mieux qu’à tout autre d’entreprendre un si glorieux travail , qui , on peut le craindre, restera peutêtre à jamais regrettable pour la France.

L’auteur des Annales des Aide , qui, dans sa troisième édition de 1804, a reproduit son opinion avec le seul correctif du mot peut-être, l’a motivée dans une note ainsi conçue (p. 401) ; « Je suis historien , « j’examine la vie et les œuvres de mon héros; je ne vois rien qui « puisse l’égaler, ni lui être mis en comparaison; je dois donc lui « assigner la première place. Qu’un autre fasse plus et mieux, dès « lors le premier rang sera le sien , et Aide Manuce descendra au « second. » Non , Aide Manuce ne descendra jamais au second rang des typographes ; mais la première place peut lui être disputée.

D’un autre côté, à la page 6 de la même édition des Annales de i834, dans la note sur le Théocrite d’Alde Manuce, de i4q5, on lit : « Mon admiration pour la savante et illustre famille des Estienne , le <c respect et la reconnoissance qu’avec tout ami des lettres, j’ai pour « ses innombrables travaux, et enfin la partialité dont l’homme le « plus droit ne peut guère se défendre pour les personnes et les choses « qui tiennent à sa patrie, toutes ces considérations ne peuvent m’em- « pêcher de reconnoître que si les éditions grecques des Estienne « sont, en général, plus élaborées , et souvent plus correctes que celles « des Aide, il n’est pas moins évident que les Estienne arrivèrent « lorsque les premiers efforts étoient faits, lorsque le terrain étoit en « partie défriché. -» Enfin, l’auteur des Annales termine sa note mitigative par cette sage observation : « Ce qui ne laisse aucune incerti-

<( tude, c’est que les deux parties sont éminemment estimables, et

« qu’on ne saurait manquer (selon l’expression de La Fontaine*} en « adjugeant une double palme aux illustres familles qui , pendant le « cours du même siècle, furent l’honneur delà typographie Française « et Italienne. » Voilà qui peut concilier les diverses opinions. Mais il semble que cette nouvelle note de la page 6 de la troisième édition des Annales , exigeoit le sacrifice complet de la phrase d’éloge exclusif, à la page 4e i de la même édition de i834, éloge que l’écrivain judicieux des Annales ne pouvoit manquer d’amender après les remarques péremptoires de M. Firmin Didot.

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mière imprimerie à Paris, où il exerça pendant quarante ans, resta toujours sous le patronage ou la dépendance delà Sorbonne. Pendant les quatre premières années, ses travaux typographiques avoient été utilement dirigés par ses deux amisFichet et de La Pierre, et appropriés aux besoins des études latines. Mais Ficliet, lorsqu’il étoit recteur de l’Université, avoit osé résister à un

ordre de Louis xi qui vouloit armer les étudians pour la défense de Paris , au temps de la guerre dite du bien public ; et quoique ce Roi fût lettré, il ne l’étoit pas assez pour pardonner au restaurateur de l’éloquence et de la bonne latinité dans les écoles d’avoir réclamé et maintenu les privilèges de l’Université. Plusieurs années après, Louis xi l’obligea de sortir du Royaume. La Pierre ayant aussi quitté la France, Gering, resté seul, fut plus que jamais soumis à l’influence de la Sorbonne, qui étoit bien éloignée de faire servir ses presses à la propagation des études grecques. Aussi le dicton grœcum est , non legitur > fut-il pendant de longues années encore en usage dans l’Université, où, selon Ramus, Galand, Lambin et autres savans du règne de François Ier, on connoissoit à peine les noms d’Homère, de Platon, de Thucydide; on discouroit beaucoup sur Aristote, mais on ne le lisoit que dans des versions défigurées et barbares. L’Italie étoit déjà bien loin de cette ignorance des lettres grecques ; mais aussi elle n’avoit pas de Sorbonne.

Après Ulric Gering , les premiers libraires et imprimeurs parisiens employèrent leurs presses à multiplier ces ouvrages si renommés, dont le nombre de

manuscrits étoit si restreint , et les exemplaires si chers. C’est ce qu’ils firent avec autant de zèle que de bonheur j car ils procurèrent aux écrivains qui surgirent en foule , l’avantage de pouvoir exploiter d’abord nos propres domaines littéraires , et de les fertiliser ensuite à l’aide des sources pures et fécondes de l’antiquité. Les progrès rapides de la langue et de la littérature française, et sa perfection au xviT siècle, qu’aucune autre nation n’a pu atteindre, attestent cet immense service des premiers imprimeurs de Paris, qui laisse loin derrière lui l’honneur de quelques éditions princeps grecques et latines de l’Italie. Dès 1 47-5, Pierre le Caron, Pasquier Bonhomme, Antoine Verard1, Michel Lenoir, Jean Treperel, et d’autres, imprimoient par centaine d’ouvrages, les anciens ro~ mans de chevalerie, les vieilles chroniques françaises, nos historiens et nos poètes des siècles antérieurs.

Cependant l’imprimerie parisienne ne faisoit pas défaut au service des lettres latines. Les livres de reli-

1 Antonius Verard, ab anno 1480, per vicennium permultos libros, gallico prœsertim sermone, excudit.... Exiant inter illos ingentia romanensium de Equitibus errabundis fabularum volumina ab eo vulgata. (Frid. Lichtenberger , Initia typographica , in-4°, p. 210. — Maittaire, Annal . typ., t. iv, p. 36.) — - « Antoine Verard est, sans « contredit, le libraire le plus célèbre de tous ceux qui ont exercé, à « Paris, à l’époque qui nous occupe. On lui doit la publication de plus « de deux cents éditions d’ouvrages français , sur toutes les matières ,

« et particulièrement ces Chroniques, ces Romans de chevalerie, ces « Mystères, et ces ouvrages en vers qui sont aujourd’hui si recher- <( chés. » {F oyez les Nouvelles Recherches bibliographiques pour servir de Supplément au Manuel du Libraire et de l’Amateur de Livres , par Jacq.-Ch. Brunet, tome 11, p. 47a. )

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g ion et de doctrine surtout , en même temps que les ouvrages d’enseignement, occupoient un grand nombre de presses. Josse Bade d’ Ascii ( Jodocus Badins Ascensius) , qui avoit étudié les langues grecque et latine à Ferrare, et qui les avoit professées en France, avant de venir à Paris, en 149b, composoit et imprimoit des commentaires sur presque tous les auteurs latins. Mais les éditions grecques se multiplioient en Italie, et pénétrant bientôt en France, elles y excitèrent le goût des études grecques , qui se montra d’autant plus vif, qu’il étoit plus comprimé. Le prix de ces éditions transalpines, modéré dans le pays , devenoit d’ailleurs très élevé en France y par l’industrie du commerce '. Le moment étoit donc venu d’exploiter cette nouvelle branche de littérature; et en i5oj9 Gilles Gourmont commença à imprimer, en grec , les ouvrages que réclamoient les premiers besoins de l’instruction, comme l’avoit fait à Venise Aide l’ancien.

Gourmont fut soutenu dans cette entreprise hardie, parle zèle, le désintéressement et le courage d’un professeur de l’université, François Tissard, natif d’Amboise ( Franciscus Tisser eus , Ambacœus ) 1 2. Il falloit

1 Hactenus magna fuerat penuria, et grande pretium grœcorum Ubrorum , quos e V enetia studiosi coemere volebant. (Maittaire, Ann . tjpog . , tomi 2di pars prior , p. 9 5. )

2 Tissard, qui avoit passé trois ans en Italie pour se perfectionner dans l’étude des langues, affirmabat , apud Ilalos id in dedecus Pari siensi Academiæ verti , quod ci grœcœ deessent litterœ. (Maittaire, Annales typog . , ut supra.)

en effet une certaine force de caractère pour braver aussi ouvertement que le fit cet honorable professeur le blâme et l’animadversion du clergé , quand 011 voit, plus de quarante ans encore après, que les théologiens traitoient d’hérétiques ceux qui savoient un peu de grec. Conrad d’Heresbach , homme droit, bon catholique et de mœurs paisibles , rapporte qu’il entendit un moine prononcer ces paroles en chaire 1 2 : « On a

1 Cité par Gaillard, Histoire de François Ier, tome iv, page 177, édition de 1819. Conrad d’Heresbach, qui étoit très versé dans les langues grecque et hébraïque , présente un de ces nombreux exemples du désordre qui a régné dans la rédaction de la Biographie universelle. Son article s’y trouve deux fois: d’abord dans le tome ix, sous le nom de Conrad, né à Heresbach , dans le duché de Clèves , le

2 août 1496, mort à Wesel , le 14 octobre 1576 ; et dans le tome xx, sous le nom de Heresbacii ( Conrad ), né en i5op, a Heresbach, dans le duché de Clèves, mort à Lorinsaulen. le 14 octobre 1576, âgé de soixante-sept ans. Les deux articles sont cependant rédigés par le même écrivain , et quoiqu’ils soient identiques quant au personnage , ils diffèrent par des détails contradictoires. Mais Conrad d’Heresbach , que Ton a souvent cité pour la singulière apostrophe à la langue grecque, qu’il rapporte avoir entendue d’un prédicateur , est devenu le sujet d’une méprise , déjà reproduite plusieurs fois , et qui se reproduira sans doute long-temps encore dans les livres. Comme cette méprise porte sur. un fait qui se rattache à l’époque de la renaissance des lettres , il ne sera pas hors de propos de la signaler ici , et de montrer par-là comment, de nos jours , on en agit avec ces pauvres lettres. — Dans le Poème de la Typographie f par M. L. Pelletier (Genève, 1802 , in-8°, pages 56 et 57), on lit une citation de laquelle il résulterait que « Conrad lui-même, le moine d’Heresbach, auroit prononcé , devant un auditoire , un anathème contre la langue grecque, et que c’étoit l’instinct d’un clergé fanatique qui lui faisoit proscrire l’étude des lettres anciennes. » M. Pelletier indique sa citation comme prise à la Revue britannique , n° 48 , p. 254-255 , et la Revue

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« trou vé une nouvelle langue que I on appelle grecque; « il faut s en garantir avec soin, car cette langue en- « faute toutes les hérésies; quant à la langue hébraïque, « tous ceux qui F apprennent deviennent Juifs aussi- (( tôt. »Tissard ne compromettoit donc pas seulement sa fortune, dont il aidoit son imprimeur ; il s’exposoit encore à de violentes persécutions en publiant, en 1507, un Âlphahetum grœcum , accompagné de divers traités d’auteurs grecs 1 ; une Grammaire grecque cle

renvoie à son tour au Quarterly Review, dans lequel se trouve, en effet, à l’article qui a pour titre , State and prospects of the country (t. xxxix, p. 477, avril 1829), cette subversion historique , qui paroît. avoir pour auteur M. Soutliey, le poète lauréat. Quoi qu’il en soit, cette erreur est d’autant plus grave , que Conrad d’Heresbach n’étoit pas moine, mais conseiller intime du duc de Clèves, emploi cju’il exerça pendant plus de trente ans ; que , loin de vouloir proscrire l’étude des langues anciennes, il fut un des savans du xvie siècle qui montrèrent le plus de zèle pour en répandre le goût et la connoissance ; que c’est lui qui rapporte ce fait d’un moine qui déclamoit en chaire contre le grec, et déplore l’aveuglement du clergé ; enfin , c’est qu’il a écrit spécialement une apologie des lettres grecques : De laudibus grœcarum litterarum. Ajoutez qu’il fut lié d’amitié avec Erasme et Mélanchton. Voilà donc comment l’imprimerie fait et défait les réputations ! Quand on considère la multitude d’erreurs que les livres enfantent chaque jour sur les hommes et les choses, on peut justement s’effrayer de l’étrange confusion dans laquelle se trouvera toute la littérature d’ici à quelques siècles ; et très probablement la vérité historique et littéraire sera-t-elle plus difficile à établir qu’avant la découverte de l’imprimerie.

1 Les premières éditions grecques de Gourmont portent en souscription : Operoso huic opusculo extremam imposuit manum Æg ïdius G our montais , integerrimus ac fidelissimus primus , duce Francisco Tissereo Ambacœo , grœcarum litterarum Parisiis impressor. Anno Domini .... Au frontispice il mettoit : Vénales reperiuntur in vico

Chrysoloras y déjà imprimée en Italie depuis près de vingt-cinq ans; et en i5o8, la première Grammaire hébraïque , composée par Tissard lui-même, celui de tous les auteurs qui ait le plus heureusement peut-être avisé une Dédicace; car il Fadressa au duc de Valois, depuis François Ier, qui n’avoit alors que quatorze ans; et cette nouveauté d’une Grammaire hébraïque , qui fît grand bruit alors , fut remarquée comme un premier signe d’alliance du jeune prince avec les lettres.

Sancti Joannis Lateranensis , e regione Cameracensis collegii, apud Ægidium Gourmont ddig e ntissim u m et fidelissimum. Ces expressions integerrimus ac fidelissimus impressor sont remarquables. Elles ne doivent pas être prises pour un éloge malséant que se seroit donné l’imprimeur ; mais il lui importoit beaucoup que ses éditions grecques, dès le début, ne fussent pas suspectées d’infidélité ou d’incorrection, comme on le reproclioit à certaines éditions d’Italie et des Aide mêmes, ce qui auroit parfaitement servi les intentions malveillantes des ennemis de la littérature grecque. Gourmont étoit savant dans les langues grecque et latine. Il pouvoit dire qu’il mettoit la dernière main à ses éditions, c’est-à-dire qu’il en corrigeoit les épreuves, après la révision de Tissard, qui avoit préparé et fourni les textes. Gourmont avoit mis pour insigne à ses livres trois couronnes , avec cette devise , qui restera pleine de sens et de vérité dans tous les temps :

Tost ou tard , près ou lomg ,

A le fort du foible besoing.

Un autre imprimeur du même temps, Philippe Pigouchet, annonçoit sur ses livres qu’ils étoient imprimés charactere nitidissimo et jucundissimo. François Régnault, qui imprima les Grandes Chroniques de France, les Annales de Hainault, etc., mettoit au bas de ses livres : Ex ofjîcina honesti viri Francisci Régnault. Jean Cornilleau s’intitnloit : Impressoriœ artis diligentissimus optimusque opifex. C’est cette émulation pour le bien et pour le beau qui a donné tant de relief à la typographie parisienne au xvie siècle. Quantum mutata !...

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CT étoit sous Louis xn que ce généreux et digne professeur donnoit cette nouvelle impulsion à F imprimerie de Paris , et répandoit des semences qui dévoient être un jour si productives1. Tout se préparoit d’ailleurs pour faire triompher la liberté des lettres contre cette puissance formidable, retranchée dans la chaire, dans les monastères et dans les cloîtres, et qui les y avoit si long-temps retenues captives. Elle jugeoit bien que sa domination étoit prête à tomber, et elle tentoit des efforts désespérés pour en retarder la chute ; mais la presse étoit debout ; et François Ier monta sur le trône le ier janvier i5iô.

Dès lors on vit ce jeune monarque « entouré de sa- « vans et occupé du progrès des lettres ; mais ce qui « le distingue de tant de protecteurs plus zélés qu’éclai- « rés, c’est le choix qu’à vingt ans il sa voit faire de ces

1 Un Italien, Jérôme Aleandre, qui, à l’âge de vingt-quatre ans, passoit pour l’un des plus savans et des plus habiles professeurs de son temps, fut appelé en France par Louis xn , en i5o8, pour enseigner les lettres grecques et latines dans l’Université de Paris. Il dut à ses succès dans cet enseignement la dignité de recteur, qu’il obtint le 25 mars i5i5, malgré sa qualité d’étranger. En i558, le pape Paul m le créa cardinal. Il avoit, en i5i2 , publié un Lexico/i grœcolatinum , in-fol., qui fut aussi imprimé par Gilles Gourmont; et l’on conçoit toutes les difficultés qu’il dut rencontrer, comme il le dit dans son Epître au lecteur, pour faire exécuter l’impression d’un pareil livre. On rapporte que ce Dictionnaire grec , recueilli et rédigé par plusieurs élèves d’Aleandre , fut imprimé à leurs frais communs. Les goûts et les occupations de la jeunesse ont bien changé de nature depuis cette époque , et l’on ne voit aujourd’hui de souscriptions et d’associations que pour des œuvres qui sont bien loin d’être littéraires.

« savans, le parti qu’il savoit en tirer, l’art qu’il avoit « de les rendre utiles 1 2 . » Cependant il n’en resta pas moins dominé par une passion que les lectures favorites de son jeune âge avoient aisément excitée dans un cœur ardent, brave et généreux, a François ier, dit « un historien sévère, mais judicieux et impartial, puisa (( presque sa seule instruction dans les Romans de Clie- « valerie 3. 11 se forma sur les héros de la Table ronde « et du palais de Charlemagne, non sur ceux de l’his-

1 Histoire de François ie’\ par Gaillard, tome iv, page 1 4 8 ; édit, de 1819.

2 Un autre historien donne une idée differente de l’instruction de

François ier : «■ Il fut élevé , dit-il, au collège de Navarre, et fit assez de progrès dans les lettres pour les aimer toute sa vie. 11 apprit peu de latin, mais la réflexion lui fit sentir Futilité des langues ; aussi en favorisa-t-il toujours l’étude, comme la hase de toute littérature. » (Gaillard, Histoire de François Ier , tome iv, page 148.) — Pierre Du Ghâtel, évêque d’Orléans, et grand-aumônier de France, prononça l’oraison funèbre de François ier, dans Notre-Dame, le jour meme des funérailles, le 25 mai 1647, devant une nombreuse assemblée, composée des plus éminens personnages du royaume. Voici comment il parle de l’instruction et des connoissances de François Ier; et il n’est pas permis de croire, qu’en présence d’un auditoire qui avoit parfaitement connu le Roi, l’orateur ait outrepassé la vérité autant qu’on pourroi t le supposer d’après la force de l’éloge. « Son estude et sa volonté de sçavoir estoit telle, que dès le commencement de son jeune âge, il n’a jamais cessé de faire lire devant luy les livres sacrez*, les histoyres, faire translater, faire disputer continuellement à sa table, en beuvant et mangeant, à son lever, à son coucher, des plus intérieures choses et plus difficiles de l’érudition grecque, latine et hébraïque , et en tous genres et espèces d’autheurs et de lettres tant sacrées que profanes : la mémoire si retenante, que je croy certainement, qu’en ce monde n’en y ait telle pour le présent, dont est venu le sçavoir inestimable duquel estoit plein. »

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(( toire ; il voulut briller comme un Amadis, plutôt que « comme un souverain \ »

Ce fut l’Italie que le jeune Roi choisit pour le champ de ses exploits. François ier savoit que cette contrée étoit plus civilisée que le reste de l’Europe , et qu’elle étoit regardée comme la dispensatrice de la gloire ; c’est ce qui le détermina « à tourner toujours ses (( armes de ce côté. » Tel est le mobile que l’auteur de V Histoire des Français 3 prête aux guerres de François Ier ; mais la France et F Italie payèrent chèrement cette poursuite d’une gloire rivale. Quoi qu’il en soit, François Ier sut mettre à profit, dans l’intérêt des lettres et des arts, les succès de ses premières armes. 11 est possible que son entrevue avec Léon x, à Bologne, dès le i o décembre i5i5, n’ait pas été sans influence pour le porter à une autre conquête, celle du titre de protecteur des lettres > qu’il affectionna surtout dans la suite. 11 accueillit un grand nombre de savans et d’artistes proscrits ou réfugiés d’Italie; il leur donna des emplois, des travaux ou des pensions. S’il ne put réussir à attirer Erasme à sa cour, malgré de longues négociations, appuyées des offres les plus brillantes, il ne laissa pas échapper l’occasion d’attacher à la France une célébrité littéraire qui rivalisoit avec celle du savant hollandais. Jules César Scaliger reçut des lettres de na-

' Histoire des Français , par M. Simonde de Sismondi, tome xvi, page 5.

2 Ibid., tome xvi, page 353.

turalité 1 , et pendant trente ans de travaux et de débats littéraires , cet Italien répandit et excita dans sa nouvelle patrie le feu des études, que son fds Joseph, non moins actif et laborieux, entretint après lui avec la même ardeur et les mêmes succès. Tous les Français distingués par leur érudition obtenoient des faveurs , devenoient les familiers du Roi , et formoient son cortège ordinaire. Estienne Ponclier , Guillaume Cop , Pierre Du Châtel, Guillaume Pélissier, Jacques Colin, les trois Du Bellay, Pierre Danès, Guillaume Budé, et d’autres encore, s’asseyoient à sa table, et composoient

1 Les lettres données par François ier à Scaliger diffèrent très peu dans la forme et le style de celles qui avoient été délivrées cinquantequatre ans auparavant par Louis xi aux trois premiers imprimeurs de Paris. ( Voyez ci-dessus, page i4- ) Comme les lettres de François ier sont insérées en entier dans le Dictionn. hist. de Bayle , sous l’article Vérone , je n’en rapporterai que le préambule.

« François , etc. Sçavoir faisons, etc. Nous avoir receu l’umble sup- <( plication de nostre chier et bien-amé Julius Cæsar de l’Escalle de « Bordoms , docteur en médecine , natif de la ville de Vérone en « Italie, contenant que depuis quatre ans en çà ou environ, il s’est (( retiré en cestuy nostre royaume, en la ville d’Agen en Agenois , « en intention et totale résolution d’y finer le reste de ses jours, en « laquelle ville et ez environs ledit suppliant a acquis une maison et « plusieurs autres biens. Mais parce qu’il est estranger, et non natif « de nostre dit royaume, il doubte que ès biens qu’il y peult avoir « acquis et espère acquérir , ensemble en ceulx qui par ses pareils « ou autres luy pourraient advenir ou escheoir cy-après, nos officiers « et aultres prétendans iceulx biens à nous appartenir par droict « d’aubaine ou aultrement , luy voulsissent donner quelque trouble « ou empeschement , s’il n’estoit par nous habilité et dispensé quant « à ce, en nous umblement requérant luy impartir sur ce nos grâce « et libéralité. Pourquoy, Nous, ces choses considérées, etc... »

DE L’IMPRIMERIE DE PARIS

son conseil des lettres. Budé, le plus zélé, le plus persévérant parmi tant d’hommes dévoués à l’avancement des études, ne cessoit de solliciter François Ier d’accomplir le projet qu’il avoit conçu lui-même de fonder un collège royal 1 2 . Le plan en fut enfin arrêté : en i55o, le Roi nomma les professeurs, et leur assigna des traitemens. Ils commencèrent dès lors à donner des leçons gratuites ; mais les bâtimens du collège ne furent pas même commencés de tout le règne 3. Deux chaires seulement furent d’abord pourvues de professeurs, celles de grec et d’hébreu. Pour le latin, la

1 Dans l’Épître au Roi des Commentarii linguœ grœcce , Budé dit : « Ce projet, qui doit éterniser la mémoire de votre règne , c’est « vous , Sire , qui l’avez conçu ; aucun de nous ne peut réclamer l’hon- « neur de vous Bavoir suggéré. »

2 François ier n’en est pas moins regardé, et avec raison, comme le fondateur du Collège royal, parce que cette institution est son ouvrage : il l’avoit conçue , et mise en activité : les murs ne sont pour rien dans la pensée créatrice d’une institution. Les professeurs royaux donnoient des leçons publiques dans les divers collèges de l’Université; ce ne fut que sous Louis xm, en 1610, que l’on commença les constructions du Collège royal , aujourd’hui Collège de France.

Au reste , comme certains écrivains se sont évertués , dans ces derniers temps, non pas seulement à ternir, mais à outrager la mémoire de François Ier, surtout en ce qui touche son titre de Père et Protecteur des Lettres , il me semble convenable de restituer à ce prince tous ses droits à la reconnoissance publique , chaque fois que l’occasion peut s’en présenter. C’est dans cette vue que je citerai ici un considérant de Lettres-patentes de Charles ix , qui se rapportent à l’institution du College royal. L’éloge donné par un roi à son prédécesseur, vingt ans après sa mort, ne peut être suspect d’adulation, et l’on doit croire que cet éloge n’est que l’expression bien réelle de l’opinion publique, et d’un sentiment de gratitude générale pour le prince qui en

chaire fut laissée vacante jusqu’en i53/j.> afin que les leçons de l’Université, qui coûtoient cher aux étudians, ne fussent pas tout à coup désertées. Car l’orgueil universitaire eut beaucoup à souffrir de cet enseignement rival , et de la renommée des professeurs royaux, qui attiroit un grand concours d’auditeurs. Toutefois cette concurrence eut des effets salutaires, et tout le corps enseignant , après quelques vifs débats, n’eut plus d’émulation que pour le bien général des études.

De leur côté les imprimeurs de Paris , membres et officiers de l’Université, et alors bien dignes de l’être par leurs connoissances, leur habileté et leur zèle.

est l’objet. Voici ce considérant : « Le feu roy François, nostre très « honoré Seigneur et ayeul, ayma tant en son vivant les lettres , qu’il « voulut qu’en l’Université de Paris y eust des professeurs à ses gages « en toutes langues et sciences. Ce qui succéda si heureusement, que « les plus doctes personnages de l’Europe ont esté appelez à ladite « profession, et fait un si grand fruict, qu'il est sorty un nombre infini « cle gens doctes, qui par tout le monde ont te smoigné la grandeur « de nostre ayeul. Ce qui a esté continué par feu nostre très honoré « Seigneur et Père, et nous avions un même désir et volonté : et «vacant une place de professeur aux mathématiques, nous aurions « donné ladite place à un qu’on nous avoit dit estre suffisant et ca- « pable : mais nostre bien-aimé maistre Pierre de La Ramée , doyen « de nos professeurs, voyant que contre nostre désir, celuy que nous «avions pourveu de ladite place estoit incogneu , et son érudition « cachée, et que voulant faire quelques leçons, il se seroit monstré « ridicule : en auroit présenté requeste à nostre cour de Parlement , « faisant entendre la surprinse dommageable à toute la République , « afin que celuy cpii se disoit pourveu fust examiné, ce que par ladite « cour auroit esté ordonné : que nous aurions trouvé bon et raison- « nable. » Ce professeur intrus se nommoit Dampestre ; il résigna.

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montrèrent une louable activité, dans le mouvement général qui se manifestoit en faveur des lettres et de l’instruction ; nulle part il ne s’imprimoit un plus grand nombre de livres latins, avec autant d’élégance et de correction ; mais la typographie grecque restoit toujours en arrière ; et sa coopération étoit regardée comme indispensable pour que les leçons des professeurs royaux ne fussent pas stériles. Le conseil littéraire du Roi lui signala ce qui manquoit encore pour compléter F œuvre du collège des trois langues , comme on le nommoit alors; et François 1er donna des Lettres-patentes datées du 1 y janvier i558 (v. s.), par lesquelles il institua le Premier imprimeur royal pour le grec , qui fut Conrad Néobar, et non pas Robert Estienne, comme beaucoup d’auteurs l’ont avancé \

Voici ce document remarquable, dont aucun historien de l’imprimerie de Paris n’a fait encore usage 1 2.

1 Parmi le très petit nombre de ceux dont le nom fait autorité , je ne citerai que M. Firmin Didot. Dans son Discours prononcé le 19 mai 1829 à la Chambre des Députés, et réimprimé in-8°, notre excellent typographe dit « que Robert Estienne fut le premier ima primeur royal , et qu’à sa prière François Ier ordonna qu’il fût gravé « des caractères grecs. » L’ordonnance même que je rapporte démontre que ces deux assertions ne peuvent s’appliquer à Robert Estienne.

2 Quelques unes des dispositions de ces Lettres-patentes sont rapportées dans le Catalogue de la Bibliothèque d’un Amateur , tome 1 , page 45, où Fauteur ajoute : « Cette pièce, dont un exemplaire (im- « primé par Néobar lui-même ) est dans la Bibliothèque Mazarine , « sous le n° 16029, et clui paroît avoir été inconnue à La Caille et à « Maittaire, mériteroit d’être réimprimée. »

« FRANC. Dei grat. rex Francorum, Gallicæ reipublicæ, Salutem :

« Universis et singulis liquido constare volumus, nihil perinde nobis in votis esse , aut unquam fuisse, atque cum bonas literas præcipua quadam benevolentia complecti, tum juvenilibus studiis pro virili nostra recte consulere. Nam bis probe constituas, arbitramur non defuturos in regno nostro, qui et religionem sincère doceant, et leges in foro non tam priva ta libidine quam æquitate publica metiantur : ac denique in Rei~ pub. gubernaculis ita versentur, ut et nobis sint ornamento , et communem salutem privato emolumento præferant,

« Hæc enim omnia, rectis studiis prope solis accepta ferri debent. Quare postquam haud ita pridem salaria viris aliquot literatis benigne decrevimus, qui juventutem linguarum juxta ac rerum cognitione imbuant, moribusque probatis, quoad liceat, forment : unum etiam nunc superesse animadvertimus , ad rem literariam provebendam non minus necessarium quam publiée docendi provinciam : nimirum ut quispiam diligeretur, qui nostris auspiciis atque hortatu, græcam typographiam ex professo susciperet, ac in nostri regni juventutis usum græcos codices emendatç excuderet.

DE L’IMPRIMERIE DE PARIS

« FRANÇOIS, par la grâce de Dieu roi des Français, à la République ( des lettres ) française , Salut :

« Nous voulons qu’il soit notoire à tous et à chacun que notre désir le plus cher est , et a toujours été , d’accorder aux bonnes lettres notre appui et notre bienveillance spéciale , et de faire tous nos efforts pour procurer de solides études à la jeunesse. Nous sommes persuadé que ces bonnes études produiront dans notre royaume des théologiens qui enseigneront les saines doctrines de la religion ; des magistrats qui exerceront la justice , non avec passion , mais dans un sentiment d’équité publique $ enfin des administrateurs habiles , le lustre de l’état , qui sauront sacrifier leur intérêt privé à l’amour du bien public.

« Tels sont en effet les avantages que l’on est en droit d’attendre des bonnes études presque seules. C’est pourquoi nous avons , il n’y a pas long-temps , libéralement assigné des traitemens à des savans distingués 1 Il , pour enseigner à la jeunesse les langues et les sciences , et la former à la pratique non moins précieuse des bonnes mœurs. Mais nous avons considéré qu’il manquoit encore , pour hâter les progrès de la littérature , une chose aussi nécessaire que l’enseignement public , savoir, qu’une personne capable fût spécialement chargée de

1 Les professeurs du Collège royal , aujourd’hui Collège de France , furent nommés par François ier au commencement de l’année i55o. Ce collège ne fut d’abord destiné qu’à l’enseignement de l’hébreu , du grec et du latin , ce qui le fit nommer aussi Colle 'ge des trois langues. Quelques années après, le Roi nomma trois autres professeurs de mathématiques, de philosophie grecque et de médecine ; mais aucun d’eux n’exerça du vivant de François ier, les plans des bâtimens arrêtés dès i53g, n’ayant point été exécutés faute de fonds.

Il y a aujourd’hui vingt-sept professeurs attachés au Collège de France.

qo

(( Nam a viris literatis accepimus, ut e fontibus rivu» los, ita e græcis scriptoribus , artes, historiarum cognitionem, morum integritatem, recte vivendi præcepta, ac omnem prope humanitatem ad nos derivari . Porro id quoque didicimus, græcam typographiam tum vernacula, tum latina multo difficiliorem ; ac denique ejusmodi esse provinciam quam nemo rite administre t, nisi et græcanicæ linguæ gnarus, et cum primis vigilans , et facultatibus denique non vulgariter instructus ; ac neminem fere inter nostri regni typographos esse, qui hæc omnia præstare possit, dico græci sermonis cognitionem, sedulam diligentiam, et facultatum copiam : sed in his opes, in illis eruditionem, in aliis aliud desiderari ; nam qui literis pari ter ac facultatibus instructi sunt, hos quidvis vitæ institutum persequi malle, quam rem typographicam, occupatissimam illam vivendi rationem suscipere.

a Ouapropter viris aliquot eruditis, quorum vel convictu, vel alioqui consuetudine familiariter utimur, id muneris demandavimus , ut nobis-quempiam inve~ nirent, cumrei typographiæ studiosum, tum eruditione pariter ac sedulitate comprobatum, qui nostra benignitate adjutus, græce excudendi provinciam obiret.

«• Nam bac quoque in parte vel duplici nomine studiis opem ferendam duximus : partim, ut quando a Deo optimo maximo regnum accepimus, opibus cæterisque rebus ad vitæ commoditatem necessariis, abunde

la typographie grecque , sous nos auspices et avec nos encouragemens , pour imprimer correctement des auteurs grecs à l’usage de la jeunesse de notre royaume.

« En effet des hommes distingués dans les lettres nous ont représenté que les arts , l’histoire , la morale , la philosophie et presque toutes les autres connoissances , découlent des écrivains grecs , comme les ruisseaux de leurs sources. Nous savons également que le grec étant plus difficile à imprimer que le français et le latin , il est indispensable , pour diriger avec succès un établissement typographique de ce genre , que l’on soit versé dans la langue grecque , extrêmement soigneux , et pourvu d’une grande aisance : qu’il n’existe peutêtre pas une seule personne parmi les typographes de notre royaume , qui réunisse tous ces avantages : nous voulons dire , la connoissance de la langue grecque , une soigneuse activité et de grandes ressources ; mais que chez ceux-ci c’est la fortune qui manque , chez ceux-là le savoir , ou telle autre condition chez d’autres encore. Car les hommes qui possèdent à la fois instruction et fortune aiment mieux poursuivre toute autre carrière , que de s’adonner à la typographie , qui exige la vie la plus laborieuse.

« En conséquence , nous avons chargé plusieurs savans que nous admettons à notre table ou à notre familiarité , de nous désigner un homme plein de zèle pour la typographie , d’une érudition et d’une diligence éprouvéès , qui , soutenu de notre libéralité , seroit chargé d’imprimer le grec.

« Et nous avons un double motif de servir ainsi les études. D’abord , comme nous tenons de Dieu tout puissant ce royaume , qui est abondamment pourvu de richesses et de toutes les commodités de la vie , nous ne voulons pas qu’il le cède à aucun autre pour la solidité donnée aux études , pour

instructum; in constituendis studiis, fovendis viris literatis, ac omni déni que humanitate complectenda , exteris nationibus nihil concedamus : partim vero, ut et studiosa juventus, ubi nostram erga se benevolentiam intellexerit , justumque eruditioni honorem a nobis haberi , alacriori animo discendis literis percipiendisque disciplinis invigilet : et'viri boni, nostro provocati exemplo, juvenilibus studiis formandis constituendisque, magis sedulam impendant operam. Dispicientibus itaque nobis , cuinam ea provincia tuto posset demandari, commodum sese obtulit Conradus Neobarius. Nam cum is publicum aliquod munus ambiret, quo nostris auspiciis tum ad prixatæ vitæ commoditatem, tum adReipub. emolumentum defungeretur : essetque a viris literatis nobisque familiaribus, eruditionis nomine ac industria commendatus : placuit nobis græcam typographiam illi committere, ut nostra fretus liberalitate , græcos codices , omnium artium fontes, in regno nostro emendate excudat.

(( Yerum ne institutum hoc nostrum reipublicæ tranquillitati officiât, vel privatim fraudi sit Neobario typographo nostro, certis id rationibus, quasi formulis quibusdam, terminandum duximus.

(( Primum itaque nolumusquicquam ex iis, quæ nondum typis mandata extant, prelo ab ipso mandari, nedum in lucem emitti , quod professorum , qui nostro stipendio conducti, in Parisina Academia juventutem docent, non prius subierit judicium : ita ut prophana, politiorum literarum professoribus; sacra, religionis interpretibus satisfecerint. Sic enim

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la faveur accordée aux gens de lettres , et pour la variété et l’étendue de l’instruction : ensuite, afin que la jeunesse studieuse connoissant notre bienveillance pour elle , et l’honneur que nous nous plaisons à rendre au savoir , se livre avec plus d’ardeur à l’étude des lettres et des sciences ; et que les hommes de mérite , excités par notre exemple , redoublent de zèle et de soins pour former la jeunesse à de bonnes et solides études. Et comme nous recherchions à quelle personne nous pourrions confier en toute sûreté cette fonction , Conrad Néobar s’est présenté fort à propos. Comme il désiroit beaucoup obtenir un emploi public, qui le plaçât sous notre protection , et qui pût lui procurer des avantages personnels proportionnés à l’importance de son service , d’après les témoignages qui nous ont été rendus de son savoir et de son habileté par des hommes de lettres nos familiers, il nous a plu de lui confier la Typographie grecque , pour imprimer correctement dans notre royaume , soutenu de notre munificence, les manuscrits grecs , sources de toute instruction.

« Mais , voulant pourvoir en môme temps à l’ordre public , et prévenir toute fraude au préjudice de notre typographe INéobar , nous l’établissons dans son office, sous les clauses et conditions suivantes :

« Premièrement , nous entendons que tous les ouvrages qui n’ont pas encore été imprimés ne soient mis sous presse , et encore moins publiés, avant d’avoir été soumis au jugement de nos professeurs de l’Académie de Paris , chargés de l’enseignement de la jeunesse : en sorte que l’examen des ouvrages de littérature profane soit confié aux professeurs de belleslettres , et celui des livres de religion à des professeurs de théologie. Par ce moyen la pureté de notre très sainte religion

fiet, ut tum sacrosanctæ religionis sinceritas, a superstitione et hærese : et morum candor ac integritas, a labe et vitiorum contagione vindicetur.

« Secundo, in græcis, quæ ipse primus in lucem edet, singula exemplaria ex singulis editionibus primis, in nostram bibliothecam inferet : ut, si qua calamitas publica literas inclementius afflixerit, bine liceat posteritati librorum jacturam aliqua ex parte sarcire.

«Postremo, librorum quos typis mandabit, epigraphæ adscribet, se nobis esse a græcis excudendis, nostrisque auspiciis græcam typographiam ex professo suscepisse : ut non îioc modo sæculum, sed et posfceritas intelligat, quo studio, quaque benevolentia simus rem literariam prosequuti, et ipsa nostro exemplo admonita, idem sibi quoque in constituendis promovendisque studiis faciendum putet.

« Cæterum quia liæc provincia, si qua alia, utilitati publicæ cum primis inservit, integrasque hominis, qui eam sedulo administrare volet, opéras sibi vindicat, adeo ut temporis nihil ab occupationibus supersit, quod iis studiis possit impendi , quibus ad honores, vel alioqui ad vitæ commoditatem, devenitur,* iccirco volumus Conradi Neobarii typographi nostri rationibus vitæque trifariam prospectum.

« Primum itaque decernimus ei aureos, quos solares vulgo dicimus, centum in annum salarium : ut et munus susceptum alacrius obeat, et bine impensas aliquantum sublevet. Deinde volumus eum a vectigalibus esse immunem , cæterisque privilegiis, quibus nos atque majores nostri , clerum adeoque Parisinam

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sera préservée de superstition et d’hérésie , et l’intégrité des mœurs mise à l’abri de la souillure et de la contagion des vices.

« Secondement, Conrad INéobar déposera dans notre bibliothèque un exemplaire de toutes les premières éditions grecques qu’il mettra au jour le premier, afin que , dans le cas de quelque événement calamiteux aux lettres , la postérité conserve cette ressource pour réparer la perte des livres.

« Troisièmement , les livres que Néobar imprimera porteront la mention expresse qu’il est notre Imprimeur pour le grec , et que c’est sous nos auspices qu’il est spécialement chargé de la typographie grecque 5 afin que non seulement le siècle présent , mais la postérité apprenne de quel zèle et de quelle bienveillance nous sommes animé pour les lettres -, et qu’instruite par notre exemple elle se montre disposée comme nous à consolider les études et à contribuer à leurs progrès.

« Du reste , comme cet office est plus que tout autre utile à l’état , comme il exige de l’homme qui veut l’exercer avec zèle des soins si assidus , qu’il ne peut lui rester un seul moment pour des travaux qui pourroient le conduire aux honneurs ou à la fortune , nous avons voulu pourvoir de trois manières aux intérêts et à l’entretien de notre typographe Néobar.

« D’abord, nous lui accordons un traitement annuel de cent écus d’or dits au soleil, à titre d’encouragement, et pour l’indemniser en partie de ses dépenses. Nous voulons en outre qu’il soit exempt d’impôts, et qu’il jouisse des autres privilèges dont nous et nos prédécesseurs avons gratifié le clergé et l’Académie de Paris , en sorte qu’il tire un plus grand avantage de l’exploitation des livres , et qu’il acquière plus faci-

Academiam donavimus, perfrui : lit lîbrorum mercimonia commodius exerceat, cæteraque omnia facilius comparet, quæ ad rei typographicæ usum spectant. Postremo typographis pariter ac bibliopolis vetamus, in regno nostro vel împrimere , vel alibi impressos distrahere libros tum latinos tum græcos, in quinquennio, quos Conradus Neobarius primus typis mandaverit : in biennio, quos ad veterum exemplarium fidem vel sua industria, vel aliorum opéra insigniter castigaverit.

« Cui edicto si quis non parebit, is et fisco obnoxius erit^ et nostro typographo^ quas in iis libris excudendis fecerit impensas, plene refundet. Mandamus insuper urbis Parisinæ prætori aut vice-prætori , cæterisque omnibus, qui vel in præsentia sunt, vel in posterum erunt nobis a Reipub. gubernaculis , quo et ipsi hune nostrum typographum, concessis tum immunitatibus tum privilegiis légitimé perfrui sinant, et alios, si qui illi vel injurias manus attulerint, vel alioqui abs re negocium exhibuerint , digno supplicio coerceant. Yolumus enim ipsum perbelle munitum adversus tum improborum injurias, tum malevolorum invidias, ut tranquillo ocio suppetente, et vitæ securitateproposita, in susceptam provinciam alacriori animo incumbat.

(( Hæc ut posteritas rata habeat, chirographo nostro atque sigillo confirmanda duximus. Vale.

(( Luteciæ , decimo septimo Januarii , anno salutis millesimo quingentesimo tricesirao octavo , Regni nostri vicesimo quinto. »

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lement tout ce qui est nécessaire à un établissement typographique. Enfin, nous faisons défense tant aux imprimeurs qu’aux libraires d’imprimer dans notre royaume, ou de vendre, pendant l’espace de cinq ans , les livres d’impression étrangère , soit grecs , soit latins , que Conrad Néobar aura publiés le premier ; et pendant deux ans , les livres qu’il aura réimprimés plus correctement sur d’anciens manuscrits , soit par ses propres soins , soit d’après le travail d’autres savans.

« Tout contrevenant aux présentes sera passible d’une amende envers le fisc, et remboursera à notre typographe tous les frais de ses éditions. Mandons en outre au Prévôt de la ville de Paris % ou son lieutenant , ainsi qu’à tous autres magistrats actuellement en exercice , ou qui tiendront de nous des charges publiques , de faire jouir pleinement Conrad Néobar, notre typographe , de tous les privilèges et immunités qui lui sont accordés par les présentes 5 comme aussi d’infliger une peine sévère à quiconque lui apporteroit trouble ou empêchement dans l’exercice de son emploi : car nous entendons qu’il soit à l’abri des atteintes des médians et de la malveillance des envieux , afin que le calme et la sécurité d’une vie paisible lui permette de se livrer avec plus d’ardeur à ses graves occupations.

« Et pour qu’il soit ajouté foi pleine et entière, et à toujours, à ce qui est ci-dessus prescrit , nous l’avons revêtu de notre signature, et y avons fait apposer notre sceau. Adieu.

« Donné à Paris , le dix-septième jour de janvier, l’an de grâce 1538 , et de notre règne le vingt-cinquième. »

Jean d’Estouteville étoit alors prévôt de Paris.

Cefc acte royal n’a pas besoin de commentaire. Il est adressé à la postérité pour qu’elle apprenne « de quel zèle et de quelle bienveillance François Ier étoit animé pour les lettres. » Cette postérité, aujourd’hui tri-séculaire, a confirmé le titre de Père et protecteur des lettres, que ses contemporains lui a voient décerné \

1 P.-L. Rœderer a publié, sous le titre de Louis xu et François ier, ou Mémoires pour servir à une nouvelle histoire de leur règne (2 vol, in-8°, i825), une des plus affligeantes diatribes qui soient sorties de la plume d’un écrivain. Malgré ses tristes et malheureux efforts pour rendre odieuse la mémoire de François Ier, cet auteur ne parviendra jamais à faire changer le titre de Protecteur en celui de Persécuteur des lettres. Le livre de Rœderer démontre de la manière la plus complète la vérité de cet axiome : « Qui veut trop prouver ne « prouve rien. » En rendant François ier responsable des actes de haine et de persécution d’un clergé irrité, orgueilleux, et si puissant alors , qu’il s’attaqua même au Roi, à sa famille et à ses familiers (d’après Rœderer lui -même, pages 69 et 70, tome 11), d’un clergé antipathique surtout au progrès des lettres qui le débordoient de toutes parts , l’auteur fait preuve d’un défaut de sens assez fréquent chez les écrivains passionnés qui jugent les hommes d’une époque selon l’esprit et les mœurs du temps où ils vivent. P.-L. Rœderer dit que « France cois ier, tyran forcené des consciences , proscripteur de l’imprimerie, « oppresseur de l’esprit et de la raison humaine , ne peut être appelé « le Père des lettres que par la vénalité qui s’acquitte ou qui mendie, « ou par les échos qui répètent tous les sons qui les ont frappés. » (Page 204. ) Je ne me trouve, grâce à Dieu, dans aucune de ces situations, mais je suis heureux de pouvoir produire une pièce authentique et ignorée , qui fait bonne justice des déclamations forcenées de P.-L. Rœderer. — D’ailleurs toute l’histoire dément ce qu’avancent Rœderer, Dulaure et consorts ; il s’agit seulement de ne pas la torturer au gré des plus malignes pensées. Ce fut François ierqui interposa son autorité pour empêcher la Sorbonne de commencer des poursuites contre Erasme , au sujet de son livre des Colloquia, dans lequel les moines mendians

Mais pourquoi attribuer à un prince qui a tant de droits à la reconnoissance publique, un titre qui ne lui

surtout sont traités selon leurs mérites. Les moines étoient furibonds ; ils ne désignoient Érasme que par le 110m de Bestia erudita. Un dominicain, Louis Campestre, fit une édition de ces Colloquia , l’habilla à sa guise, et y substitua l’éloge des moines aux critiques d’Érasme ; et le faussaire poussa l’audace jusqu’à condamner, et désigner à l’animadversion publique les éditions des véritables Colloques. L’histoire littéraire offre peu d’exemples d’une contrefaçon aussi téméraire. « Fraude pieuse, dit Érasme; en faveur de l’intention, je « pardonne volontiers à son auteur ! En plaçant ses Colloques à côté « des miens, il a voulu me faire subir le supplice de Mézence. » (Extrait de la Revue Britannique, n° 2, février i85ô, page 254, dans l’excellent article Érasme, tiré du Fraser s Magazine.)

Cette note relative à l’ouvrage de P.-L. Rœderer a donné lieu à plusieurs observations d’un collaborateur du Journal des Savans (Cahier du mois d’avril 1 836 , p. 248). Le critique a blâmé avec raison certaines expressions de cette note , qui se ressentaient trop en effet du style peu mesuré du livre de Rœderer. Je me suis empressé de les faire disparoître dans cette réimpression. Mais le Journal des Savans a groupé dans une même phrase des expressions qui , dans la note , se trouvoient à huit lignes de distance , et cette phrase, ainsi arrangée, est précédée et suivie de guillemets , comme si elle était citée textuellement ; j’y reviendrai dans le chapitre des Citations, qui fait partie de cet ouvrage. Les guillemets, Vitalique, sont de mon ressort, et je vois qu’il ne sera pas inutile d’en expliquer l’usage aux gens de lettres qui sembleroient devoir en connoître le mieux la valeur.

L’observation la plus grave du Journal des Savans porte sur les Lettres mêmes de François ier. Le rédacteur révoque en doute, non pas seulement l’authenticité de ces Lettres, ce dont je ne suis aucunement responsable, mais aussi celle du Recueil même d’où je les ai tirées, lequel Recueil est tous les jours à la disposition du public, dans la Bibliothèque Mazarine. Ici, je l’avoue, je ne puis comprendre ni les remarques, ni les objections de l’honorable critique. Au commencement de son article, en rapportant l’avis préliminaire de la

appartient pas , celui de fondateur de Y imprimerie royale? Où en trouvera-t-on vestige dans ces Let-

brochure que j’ai publiée séparément, sous le titre : Des Progrès de l’ Imprimerie en France et en Italie au xne siècle, etc., le rédacteur s’exprime ainsi : « M. C. dit que le texte de ces Lettres-patentes fait « partie d’un Recueil de différentes pièces conservées à la Biblio- « tbéque Mazarine, sous le n° 16029. » Et vingt lignes plus bas il ajoute : « Nous remarquerons encore que M. C. ne fait aucunement « connoître le volume d’où il a extrait ces Lettres-patentes. » Si je n’ai fait aucunement connoître le volume en indiquant qu’il se trouve dans la Bibliothèque Mazarine sous le n° 16029, Je crains bien de satisfaire incomplètement encore M. Daunou en fournissant sur ce volume les indications que je vais ajouter.

Pour peu que le savant académicien l’eût voulu cependant, il lui étoit bien facile, en allant à l’Institut, d’entrer à la Bibliothèque Mazarine, et de se faire représenter le Recueil en question. L’un des obligeans bibliothécaires lui auroit remis à l’instant un volume de format petit in-4°, en demi-reliure, dos de veau brun, nervé , avec couverture en parchemin vert , et ces mots pour étiquette : Recueil sur l’Art typographique ; plus bas , entre deux nerfs : Bibliothèque Mazarin ; et audessous, le n° 1 6,020, écrit en gros chiffres arabes, sur une étiquette ronde en papier blanc. Dans ce volume se trouvent réunis treize opuscules, dont douze imprimés, et un seul manuscrit, qui est la traduction latine d’une Notice , en allemand , sur l’invention de l’imprimerie à Strasbourg. Les feuillets du volume sont numérotés à la plume, sous une même série, depuis 1 jusqu’à 262. La dernière pièce, qui est la traduction du poème de Henri Estienne, Artis typographicœ qucerimonia, par Lottin l’aîné, occupe 19 feuillets, plus un tableau généalogique, qui ne sont pas compris dans la pagination. Les Lettres de François rr forment la neuvième pièce du Recueil, et occupent les folios 25o à 253 , en totalité 8 pages , dont 2 pour le titre et 6 pour le texte. Voici le titre : franciscvs dei gratia francorvm rex, galliæ reipvb. salvtem. Au-dessous on a écrit : De Typographiâ grœcâ Conr. JSeobario à se commis sa ; après cette ligne est la marque de Néobar, composée d’un serpent tortillé autour d’un bâton en forme de X tenu par deux mains, à droite et à gauche ; au bas de la page ,

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