‹ Études pratiques et littéraires sur la typographieChapitre 4 sur 20 · PARISIIS, PER CONRADVM NEOBARIVM , REG1VM IN GRÆCIS TYPOGRAPHVM, VIA · texte numérisé non relu

PARISIIS, PER CONRADVM NEOBARIVM , REG1VM IN GRÆCIS TYPOGRAPHVM, VIA

ad d. hilarivm, svb d. v. maria. Le verso du titre est blanc. La troisième page commence par cette ligne : franciscvs dei gratia rex francorvm , gallicæ reipvblicæ salvtem. La lettre grise Y du mot VNIYERSIS, qui commence le texte, est gravée sur bois, dans le goût élégant de l’époque , sur fond blanc à mille points , du genre des anthophjllo éides , c’est-à-dire ornée de fleurs et de feuillage. Les pages pleines, de format in~4°, ont vingt-sept lignes, en caractère romain, dit Saint- Augustin , assez serré d’approche, un peu maigre, et bien aligné. Il n’y a pas de folios ni de titres-courans. On a souligné plusieurs lignes à la plume, et marqué plusieurs passages par des traits perpendiculaires. Il se trouve douze différentes lignes ainsi soulignées en totalité ou en partie, et six traits de plume aux marges, avec des chiffres i , 2 , 3. Le texte se termine par cette souscription , ainsi disposée, en caractères romains :

Luteciæ , Decimo septimo ïanuarii, anno salutis millésime) quingentesimo tricesimo octavo , Regni nostri vicesimo

quinto.

L’exécution typographique de cette feuille in-4° est très correcte. On voit que l’imprimeur y a apporté des soins tout particuliers. Il est présumable qu’elle aura été imprimée avec une sorte de luxe , pour être distribuée aux officiers de l’Université et aux amis de l’imprimeur ; ce qui explique peut-être l’absence d’un contre-seing officiel dans une pièce qui ne devoit pas être annexée à un livre.

Je pense que ces renseignemens ne laisseront aucune incertitude, du moins sur l’authenticité typographique de cette pièce , imprimée par INéobar lui-même. Toutes les productions de l’imprimerie à cette époque ont , comme le style des écrivains , un cachet particulier qui leur est propre , et que l’on chercheroit vainement à imiter. Or, si les Lettres-patentes ont été bien réellement imprimées par le titulaire, c’est une forte présomption pour croire qu’il

réalité quun privilège en faveur de Conrad Néobar? Car, dans les temps de bon plaisir, c’étoit une heureuse et innocente prérogative des Rois , d’exercer une grande influence sur les esprits, d’exciter l’émulation par un regard, une parole bienveillante, une visite, ou quelques lignes tracées ou signées de leur main. Les subventions de nos budgets si positifs ne peuvent agir de la même manière sur les arts et les lettres : l’argent les soutient, mais ne les élève pas.

François Ier a fait pour Conrad Néobar, imprimeur à défaut de mieux, ce que Léon x a fait pour Aide l’Ancien, et matériellement moins que de riches particuliers

n’en a pas supposé le texte. Relativement à l’authenticité des Lettres elles-mêmes , sous le rapport du style et de la forme , les doutes élevés par M. Daunou, avant qu’il n’eût recueilli les renseignemens nécessaires pour porter un jugement, comme il le dit lui-même, en font maintenant une question littéraire et de diplomatique ; et le savant académicien, garde- général des Archives du royaume, ne voudra pas laisser cette question indécise.

Quant à l’appréciation historique de ces Lettres-patentes, M. Daunou s’exprime ainsi : « Reste d’ailleurs à savoir si la nomination de « Conrad Néobar en qualité de premier imprimeur royal pour le grec, « doit en effet réduire au silence les censeurs de François Ier. » Ces

Lettres auroient certes un bien médiocre intérêt si l’on n’y trouvoit que la nomination d’un imprimeur royal ; car c’est fort peu de chose qu’un imprimeur, même pour le grec; mais tout lecteur impartial reconnoîtra dans l’esprit qui a présidé à cette nomination, dans les considérans qui la motivent , dans les hautes vues littéraires qu’elle comporte, des sentimens dirigés vers le progrès de l’instruction et des lumières, et propres à exciter le zèle et l’émulation dans l’enseignement public. C’est là ce que les censeurs, ou plutôt les détracteurs de François ier, n’apercevront pas dans ces Lettres très patentes, et c’est là sans doute ce qui leur en fera suspecter l’authenticité.

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tels que les Chigi, les Tissard, les Fugger *, les Le Jay, les de Brèves , n ont fait pour d’autres imprimeurs. On comprend que F honneur d’une fondation soit attribué à un souverain tel que le pape Pie iv, qui chargea Paul Manuce de former un établissement d’imprimerie dans un local affecté a cette destination, qui en paya tous les frais, qui fournit à toute la dépense des impressions, et lui assigna un honorable traitement ; ou comme Font fait encore avec tant de magnificence, Sixte-Quint pour F imprimerie du Vatican, et les Médicis a Rome, pour l’imprimerie Arabe, appelée Typographia Medicœa. Mais François Ier n’a rien exécuté de semblable. On pourroit s’étonner que ce Roi n’ait pas eu l’idée d’ériger un établissement spécial de typographie à l’instar de ceux d’Italie, dont il vouloit éclipser en tout la gloire littéraire, si l’on ne savoit que le désordre des finances et leur épuisement , suite des guerres et des profusions en tout genre, ne laissoient aucuns fonds pour les plus utiles institutions conçues et désirées par ce monarque éclairé. Le trésor ne pouvoit pas même suffire aux traitemens des professeurs royaux , qui ne furent peutêtre jamais payés intégralement, si F on en juge par ce que dit Sully après la réponse de Henri iv au sujet

1 Huldrich Fugger, membre de cette famille de riches négocians d’Augsbourg , qui ont donné un si noble exemple de l’emploi d’une grande fortune , étoit l’ami de Henri n Estienne , et mit à sa disposition des sommes considérables pour qu’il ne ralentît pas ses publications d’auteurs grecs et latins. Pendant neuf ans,, de 1 558 à i56y , l’imprimeur mit sur le titre de ses éditions : Excudebat Henricus Stephanus illustris viri Huldrici Fuggeri typographus* Henri Estienne ne fut pas imprimeur royal.

d’une requête de ces professeurs 1 2 . On trouva donc qu’il étoit moins dispendieux et moins embarrassant de charger un imprimeur en titre de faire exécuter, sous sa garantie et sa surveillance, par des gens aux gages du Roi, trois caractères grecs, d’une nouvelle forme, jugés nécessaires pour l’honneur et l’avantage de l’Université de Paris; et voilà ce qui a été décoré du titre d'imprimerie royale % non dans le principe, il est juste

1 Les professeurs n’étoient pas payés depuis long-temps. Ils présentèrent une requête à Henri îv, en iûgg. Le Roi leur répondit : « J’aime mieux qu’on diminue de ma dépense, et qu’on m’ôte de « ma table pour en payer mes lecteurs. M. de Rosny les payera. » Le surintendant ajouta, en s’adressant aux professeurs : « Les autres Rois vous ont donné du papier , du parchemin , de la cire ; le Roi vous a donné sa parole, et moi je vous donnerai de l’argent. »

2 C’est ainsi que l’on trouve dans l 'Histoire de François Ier par Gaillard , que les Estienne « sont célèbres par la direction de l’imprimerie royale qui leur fut confiée, » et cette phrase plus singulière encore, « François ier est regardé comme le fondateur de l’imprimerie « royale ; elle fut négligée par ses successeurs , jusqu’à ce qu’elle fût « rétablie par le cardinal de Richelieu. » Ainsi , par un étrange abus de mots , voilà une succession de Rois , accusée d’avoir négligé un établissement dont assurément aucun n’avoit soupçonné l’existence. On lit encore dans un Dictionnaire raisonné de Bibliologie , que François ier donna V imprimerie royale à Robert Estienne , et qu’ Adrien Turnèbe fut quelque temps directeur de T imprimerie royale. Dans le tome ni, Supplément de cet ouvrage, page 169, l’auteur va beaucoup plus loin en disant, à l’article Imprimerie du Louvre : « Cette imprimerie avoit été fondée, dès i55i, par François Ier, qui en confia d’abord la direction à Robert Estienne. » Ici la date de i55i est une nouvelle erreur ajoutée à celle du fait principal, puisque ce ne fut qu’en i558 que François Ier nomma un imprimeur royal pour le grec, et que les premiers grecs de Garamont ne parurent pour la première fois qu’en i54o. Au reste, ces indications inexactes n’ont été que reproduites par mon excellent et honorable ami M. Gabriel Peignot,

DE L’IMPRIMERIE DE PARIS

de le dire (car les termes mêmes des Lettres-patentes sont beaucoup plus modestes), mais par une multitude d’écrivains qui ont successivement enchéri sur une dénomination complètement faussée de nos jours, comme tant d’autres de plus grave importance 1 .

dont on ne sauroit trop louer les utiles et consciencieux travaux bibliographiques et littéraires. Beaucoup d’auteurs avant lui , et Adrien Baillet entre autres, avoient énoncé les mêmes faits, en ajoutant le conte des caractères d’argent dans l’imprimerie de Plantin. On a dit encore que cette imprimerie royale imaginaire de François Ier possédoit aussi des caractères d’argent; il eût été beaucoup moins absurde de dire que les Estienne, qui les employoient, avoient des presses d’or. Les anciens auteurs qui ont écrit sur l’imprimerie , soit en latin soit en français , ne désignent les imprimeurs en titre que sous les noms à1 Imprimeurs royaux pour le grec, Gardes des poinçons et caractères du Roi. Ils disent typi regii, characteres regii, typographies regius ; il n’est nullement question d’ imprimerie royale : Bayle parle des impressions royales sous François Ier, et non d’fraprimerie royale, parce que Bayle étoit assez souvent judicieux.

Le titre de fondateur de l’imprimerie royale, attribué à François Ier sur les médailles mêmes à l’usage de cette imprimerie , n’a pas peu contribué sans doute à maintenir les écrivains dans l’erreur. Mais comme l’inscription de ces médailles a été souvent revue et corrigée, diminuée ou augmentée, selon les fluctuations politiques, il est possible qu’elle subisse encore une modification qui seroit plus conforme à la vérité historique. — Une médaille à l’effigie de Louis xvm porte en légende : lvdovicvs . xvm . rex . franc . et . nav. ; en exergue * typographia restitvta MDCccxxin. Au revers :

FRANCISCO I CONDITA MDXXXIX LVDOVICO XIII IN ÆD1BVS REGIIS COLLOCATA MDCXL LVDOVICO MAGNO ILLVSTRATA MDCXC .

Le mol condita est assurément impropre : pour être moins inexact,

Il n’y eut en effet d’autres types gravés par ordre du Roi que ces trois caractères grecs sur différens corps ,

11 faudroit mettre , tout au plus, incœpta. L’expression condita in œdibus regiis seroit aussi plus vraie et plus juste par rapport à Louis xnr Quant au mot illustrata , il se rattache à l’époque où Louis xiv augmenta le fonds de l’imprimerie royale, en y faisant déposer tous les poinçons et les matrices qui étoient conservés dans la Bibliothèque du Roi.

La date de 1823 et le mot restituta de l’exergue sont commémoratifs de l’ordonnance du i3 juillet 1823. Cette ordonnance rapportoit celle du

12 janvier 1820, qui avoit supprimé le privilège général concédé à l’imprimerie royale d’exécuter toutes les impressions au compte de l’État, et qui rendoit loisible aux ministres et aux chefs d’administration de traiter avec tout imprimeur du commerce ou de s’adresser à l’imprimerie royale. Rien n’étoit plus équitable que cette ordonnance ; elle fut annulée sur le rapport du Garde des sceaux , et l’administration de l’imprimerie royale triomphante, fit une correction à sa médaille pour éterniser le souvenir d’un acte d’iniquité. Mais le Garde des sceaux de 1825, de 1826 et de i83o a payé bien chèrement les préjudices qu’il a causés à l’imprimerie de Paris, et les erreurs d’un faux jugement. Une autre édition de la médaille a été donnée depuis la révolution de i83o, avec cette nouvelle rédaction :

En légende : lvdov . philippvs . 1 . francorvm . rex. ; en exergue : ty-

POGRAPHIA REGIA 4NSTAVRATA MDCCCXXXI. Au reVei'S :

FRANCISCO 1 CONDITAM MDXXXIX LVDOVICVS XIII IN ÆD. REG. COLLOCAV1T LVDOVICVS XIV SVMPT. REG. INSTRVX1T.

TANDEM. NAPOLEO NOV. INCREM. AVCTAM PVB. ET LITT. VTILIT.

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