VUES GÉNÉRALES
SUR LA LACTATION DES CÉTACÉS
J’ai publié en mars i834 nn opuscule de Philosophie anatomique, auquel j’ai donné pour titre, Fraqnients sin' la structure et les usaqes des glandes mammaires des Cétacés. J’ai lait les frais de l’édition, et j’ai par-là mérité que la librairie fût mal disposée à mon sujet : c’est son usage de se refuser à répandre les livres qui n’appartiennent pointa l’un de ses membres. De mon côté, j’ai mis beaucoup d’insouciance à remplir le rôle d’un éditeur, et je n’ai fait annoncer l’ouvrage dans aucune feuille publique. Cependant j’avois adressé un exemplaire de mes FrAGMEîNTS à M. Pierre Leroux , non pas en sa qualité de publiciste, mais au titre de l’un de mes meilleurs et plus anciens amis. J’en reçus aussitôt l’instante prière que je lui accordasse d’employer l’un des chapitres de l’ouvrage dans sa Revue, devenue aujourd’hui trimestriellej j’y consentis^ ce qui a donné lieu à l’article suivant, Mais touten empruntant présentement à la Revue ce qu elle avoit copié de moi, voulant j)ar-là réjiandre des idées générales, je dois au caractère de sincérité qui est naturellement en moi , de raconter comment les choses se sont passées, afin d’affoiblir, il est de ma position de le faire, l’apjtrobation trop explicite donnée à mon travail : nul doute qu’un excès d’indulgence, qu’une inspiration d’amitié n’aient guidé la plume de notre chef d’école en philosophe.
48 LACTATION DES CÉTACÉS
Communications de la Revue encyclopédique a ses correspondants.
La question du mode d’alimentation des Cétacés a été, sous une forme particulière, une des questions les plus philosophiques dont l’xicadémie des sciences se soit occupée cette année. Outre le contrôle de l’opinion commune, il s’agissoit , en effet, derrière cette investigation de détail, de savoir si la division des animaux en mammifères, oiseaux, reptiles et poissons, division formellement consacrée par l’ancienne école, et même par des textes dont on fait plus de cas encore, étoit une ilivision absolue, ou si la nature n’a pas ménagé au contraire une telle parenté entre les êtres de toute espèce, qu’il existe toujours entre les plus distants des intermédiaires qui les lient l’un à l’autre. On sait que M. Geoffroy Saint-llilaire, non point à priori, comme on l’a tant répété, mais d’après les déductions rationnelles de son eîude de l’acte du téter, est arrivé à établir que cet acte ne pouvoit s’opérer dans un milieu liquide par un animal à poumons; il en a conclu que les petits cétacés, en puisant leurs premiers aliments près de leurs mères, dévoient être nourris par la spontanéité maternelle, et non point, comme chez les mammifères ordinaires, par leur sollicitation personnelle; c’est-à-dire dévoient être allaités par injection , et non par aspiration. Depuis l’ouverture de ce procès, que M. Geoffroy Saint-Hilaire avoit eu la gloire d’entreprendre sans autres armes, pourroit-on dire, que la foi dans les divines harmonies de la nature, et le compte qu’il faisoit que la réalité ne sauroit tromper les droits raisonnements de notre esprit, des ^pièces nouvelles et décisives sont venues lui donner pleine raison sur le fond.
Il est en effet évident pour tous ceux qui réfléchissent, que la^quotité ou le degré de consistance du lait n’étoit, philosophiquement parlant, qu’un accident secondaire, puisque tout le principe se trouve dans la constitution des mamelles, et non point dans la composition du produit qui s’en échappe; c’est donc sur le fait du principe que M. Geoffroy Saint-Hilaire a véritablement triomphé. Nous regrettons beaucoup de ne pouvoir mettre sous les yeux de nos lecteurs les figures et les détails qui seuls peuvent établir la question dans tout son jour; mais ceux qui ont le désir de connoître exactement ce grand travail pourront aisément se dédommager. L’auteur vient de réunir en un volume, sous le titre de Fragments sur la structure et les usages des glandes mammifères des Cétacés, les divers Mémoires qu’il a lus devant l’Académie, ainsi que divers autres développements: il y a joint de fort belles planches représentant plusieurs points d’anatomie tirés d’un foetus de baleine, ainsi que de ces fameux dauphins de Tréguier, dont cm a tant parlé. Ce petit volume, qui marquera clans la science, et cjue possédera toute bibliothèque (i)
(i) Il n y aura plus dorénavant- cpie quelfjues demandes à contenter: c’est que l’ouvrage, tiré
PHILOSOPHIE
un peu jalouse des richesses de notre e'poqiic, se vend chez V Auteur-Édiieur du livre, et chez ...... rue de l’École de Médecine.
Quant au fragment philosophique que nous publions i d ,et dont nous remercions rainitié de M. Geoffroy, c’est une vue d’ensemble qui révéle suffisamment la grandeur de la question spéciale dont il s’agit, et qui peut en quelque sorte servir de clef à tous ceux qui voudroient aborder de plus près cette étude. ( Revue encyclopédhjue, tome LX, page 186. )