SUR UNE COMMUNICATION
FAITE A l’académie DES SCIENCES,
Par le directeur du Musée d’histoire naturelle de Lyon, M. Jourdan, concernant une modification extraordinaire des vertèbres antérieures chez le coluber scaber, l’alongement et l’entrée dans l’oesophage de leurs apophyses inférieures, et la transformation de ces osselets en un tissu dense, émailleux, et d’un usage dentaire (i).
L’habile et profond zoologiste, M. Jourdan, qui a fondé et savamment classé dans la ville de Lyon l’un des plus riches musées de France, a lu lundi dernier (3o juin i834)à l’Académie un Mémoire d’un grand intérêt, pour l’examen duquel une commission, composée de^ MM. Serres et Geoffroy Saint-Hilaire, rap- ])orteur, a été formée : ce qui suit est le rapport demandé.
Le Mémoire de M. Jourdan a pour titre : Description dun appareil dentaire appartenant a la colonne vertébrale. Ce titre donne de suite à penser : car il contient implicitement l’annonce d’une très singulière nouveauté, fait pressentir l’association insolite et en quelque sorte l’entassement sur un seul point de plusieurs matériaux ordinairement disséminés dans diverses régions.
Rien dans la science ne portoit sur la notion du fait principal
(i) M. le docteur Jourdan avoit demandé et de plus obtenu que ce Rapport fût annexé à son Mémoire dans le troisième volume des Nouvelles Annales du Muséum d'histoire naturelle ^ mais l’on a depuis changé d’avis: ceci ne fut pas de mon fait; il n’a pas dépendu de moi que cette promesse ne hit remplie.
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révélé clans cet écrit: car des parties hétérogènes si étrangement accumulées , un fait aussi contraire aux données communes de l’organisation, un tel résultat vraiment et seulement explicable par les dérangements de ce que l’on nomme si improprement les Faits de la monstruosité, voilà ce qu’il devenoit impossible de supposer, peut-être même d’admettre, en réfléchissant c[ue tout cela se trouve annoncé, au sujet d’une espèce comprise dans une famille d’ailleurs très naturelle.
Que l’on ne soit point encore entré dans les nouvelles voies de la science, c’est à ne pas croire à ce résultat: car il est difficile d’y rien comprendre. Décrire comme par le passé et pour grossir les faits accumulés dans le passé, telle est toujours l’œuvre du plus grand nombre des naturalistes. Il faut donc des esprits préparés et engagés dans las nouvelles routes, pour apprécier le travail de M. Jourdan.
Voyez, en effet, comme il opère selon le caractère de l’inventeur. Il faitdes recherches dans toute la série animale, lesquelles embrassent tout le canal digestif : et bientôt il se trouve inopinément et heureusement arrêté par l’obstacle d’un fait incomplet ou qu’il juge tel. Une espèce d’ophidien, le coluber scaber , existe mal déterminée, reposant sur l’indication d’un caractère inexact. Dentes niilli^ avoit dit Linnée, à son sujet : André Smith reprend cette considération qu’il regarde comme assez remarqual)le pour proposer, à cause de ce document, un nouveau genre, et le nom danodon.
M. Jourdan, se fondant sur un heureux a priori ^ rejette cette détermination ; il nous apprend que la couleuvre scaber a des dents, à la vérité fort petites; et il arrive ainsi à une correction précieuse, en ce que le soin qu’il a pris rétablit la généralité.
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qu’on avait eu le tort d’abandonner : «Tous les ophidiens ont des dents. )>
Mais c’est touteFois une nouveauté curieuse que ce cas de dents Fort petites et sans emploi chez l’animal. Pourquoi les bénéfices de la Fonction dentaire ne seroien t-llspas restitués ailleurs? C’étoit prendre confiance dans la loi du balancement des organes; et de ce soupçon à la découverte que l’auteur a Faite, il n’y avoit qu’un pas. -
Que s’est-il trouvé là? ceci : le manque d’emploi aux abords du canal alimentaire, c’est-à-dire de grandes dents implantées dans les arcades maxillaires, se trouve donné plus loin et derrière le crâne. M. Jourdan ne s’étonne pas de ce dérangement apparent : il procède avec les hautes vues de la science, en se pénétrant d’un nouvel a priori de recherches; en se donnant pour principe (pie chez les reptiles la plupart des appartenances du pharynx sont reculées, et prennent assiette derrière les occipitaux. Or, cette persistance, cette allure de savantes déductions, l’amènent sur un résultat inattendu, (oserions-nous nous exprimer ainsi?) sur un résultat prodigieux, <{u’on tiendroit à déclarer incroyable, si ce n’étoit quelques finalités que recueille la sagacité de notre auteur, et qui éveillent en lui un aperçu de Faits nécessaires.
Disons en quoi consistent ces singularités. M. Jourdan, attentiF à ce qui manque dans la bouche et à la nécessité d’une correction, croit à une compensation complétive. Il parcourt des yeux tout le canal alimentaire, en même temps que la région où le canal prend appui , et il ne tarde pas à apercevoir un ensemble de parties inconnues avant lui. Or cet appareil réparateur est-il appelé à faire cesser l’état d’impuissance observé aux arcades maxillaires?
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En effet (chose sans doute bien extraordinaire), il existe derrière le crâne, sur l’emplacement où repose l’œsophage, ou mieux dans l’œsophage lui-même, des armures, comme des pointes de diamants, qui parviennent à atteindre et à briser les objets avalés et non encore entamés, agissant en cela au fur et à mesure de leur traversée dans la première moitié du canal alimentaire. Ainsi est là répandue une force vive qui attaque l’intégrité des objets avalés et qui les réduit en fragments, de manière que chacun de ces fragments puisse sans difficulté rester librement soumis aux facultés digestives.
Cependant, avant de croire à ce déploiement de moyens, cherchons à savoir comment ce problème peut être résolu, comment l’œsophage pourra, lui ordinairement fait de tuniques minces et molles, recevoir à point nommé ces mêmes armures supplétives, en remplacement du manque d’efficacité des dents, et comment seront là disposés et déposés des moyens de force qui restituent, avec harmonie et le plus juste à-propos, le système organique, (pii n’avoit point été produit en sa place accoutumée. *
Or cela étoit à mettre en rpiestion vis-à-vis d une autre difficulté ; c’est qu’il falloit passer à cette étude sous faction et la raison d’autres notions capables de contrecarrer le résultat cherché. Nous citerons à ce sujet une autre donnée souverainement vraie : c’est que rien d’absolument nouveau ne sauroit nulle part intervenir; c’est qu’en cas d’appel de moyens supplétifs ou de corrections, la nature n’a à sa disposition qu’une faculté, que le pouvoir de modifier ce qui existe primitivement et radicalement, d’appliquer à de nouveaux usages des matériaux préexistants.
Entraîné comme nous le sommes, nous donnerons les dévelojipemenls qui découlent de ces vues théoriques. La découverte
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de M. Jourdan nous offre une trop utile occasion de les exposer avec clarté, pour que nous dussions négliger de lui avoir cette obligation.
Nous ne connoissons à ce sujet que la circonstance suivante concernant la couleuvre sca6er ,• elle se nourrit d’œufs, et ne parvient pas à les briser sous les armures ordinaires de son palais : c’est donc là une dérogation fâcheuse au système prédisposant à l’accomplissement du phénomène de la nutrition. Que les choses en restassent là sans correction ou remède, la couleuvre scaber sei'oit privée de sa|vie d’espèce; car, animal incomplet et sans . compensation , eu égard à ce premier vice originel , elle se trouvera frappée de désharmonie, et tellement tourmentée d’une insuffisance d’organisation, que, n’étant point née viable, dès la première crise elle succombera, c’est-à-dire au moment oii elle quittera les langes placentaires, et se fera jour en dehors de sa loge à coquille. Ainsi est réglé son avenir, sous le ressort de ce premier événement de monstruosité.
Cependant est-il dans les ressources de la nature de se rabattre sur un autre point de dérogation, d’employer son aptitude à modifier et à restituer , par un autre et analogue mode de monstruosité, le vice tout-à-l’heure signalé? Oui, sans doute. Les deux évènements sont dans le cas de se réajuster réciproquement, en rentrant dans des relations l’une à l’autre utiles. Dès-lors plus de difficultés pour qu’un animal ainsi remanié et rendu à l’harmonie puisse parcourir sa vie d’espèce , après avoir été en chance de ne le pouvoir d’abord.
Cet état de choses est très commun : mais nous l’ignorons, faute d’y avoir donné attention. Pour qu’il en soit ainsi , et que ce mode de production et d’accroissement numérique des espèces
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soit en vigueur, il suffit que la nature consente seulement à procéder sur des matériaux invariables selon le caractère de leur primitive essence, les groupeet en nombre et dans des dimensions différentes; qu’elle use de sa puissante faculté pour les varier à l’infini; quelle les modifie en changeant leurs proportions relatives, les réarrangeant chaque fois diversement, agrandissant ici et diminuant ailleurs dans une relation correspondante; ce qui finit, en dernière analyse, par amener toujours un changement ' considérable; toutefois plutôt dans l’ordre des fonctions, déviant si facilement, que dans la constitution élémentaire et plus fixe des organes.
Et pour ne rien omettre de ce qui peut favoriser l’intelligence de ces idées , nous recourrons à un autre cas ou exemple, et nous ajouterons, au sujet de la taupe, qu’il est vraiment miraculeux qu’une fois posée au commencement des temps avec la constitution organique que nous lui connoissons , elle ait pu parcourir sa vie d’espèce et arriver jusqu’à nous : car elle est composée d’organes en discordance apparente. Les uns y sont élevés vers let plus hauts degrés du développement, et les autres descendus aux conditions extrêmes de l’atrophie. Cependant tous ces désordres, si fâcheux pour chaque cas en particulier, parvenant à s’accordei ensemble dans une convenance réciproque , engendrent au contraire une telle puissance d’harmonie, que nul animal n’a une vitalité plus grande, puisqu’en dernière analyse la taupe se défend avec bonheur contre bien des orages, et sait fort bien s’arranger des terrains secs ou humides , comme de densité bien diverse.
En nous bornant dans cet exemple à une seule considération , celle de la tête, de ce contenant des organes des sens, il semble
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que le sens de l’olfaction , en prédominant sur les autres, marchoit vers la destruction de la composition générale, que cette prédominance disproportionné quant à ses autres éléments; le sens de la vue en est , il est vrai , fortement affecté ; mais il s’arrange lui-même d’un second cas de monstruosité, qui devient l’officieuse compensation du premier. Tout est d’abord rapetissé; et puis , ce qui , parti de l’œil , reste du nerf optique , finit par obtenir de ne point se rendre au cerveau, et par aller s’embrancher sur la cinquième paire ( i ),
Nous avons sans doute donné trop d étendue à ces considérations: mais ce n’est pas tout-à-fait un hors-d’œuvredans ce Rapport: car, sans ces détails, nous n’eussions point été compris pour expliquer l’importance des faits qui restent à faire connoître.
Ce que M. Jourdan a vu dans le coluber scaher , c’est que le long des premières vertèbres de l’épine et sur la ligne médiane où siège l’œsophage, les vertèbres ont reçu des apophyses additionnelles; c’est que ces A^ertèbres ont crû monstrueusement du coté de l’œsophage, si bien qu’elles en sont venues à l’entamer , à mêler leurs faits à ceux propres à ce conduit des aliments , et à réaliser là une confusion qui auroitdû devenir un désordre radical, mais qui n’a fait au contraire qu’apporter en ce lieu l’utile remède à ce qui audedans delà bouche avoit fait d’abord défaut.
Mais laissons raconter ce curieux évènement à M. Jourdan lui-même , en venant lui emprunter le passage suivant : « En arrière des deux premières vertèbres, se trouve un appareil dentaire : trente vertèbres le composent, au moyen d’autant d’apophyses qui saillent au-devant des corps principaux, et qui
(i) Voyez l’article qui suit: Supplément aux considérations tératologiques sur l’organisation sexuelle de la taupe.
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en occupent ainsi la ligne médiane. Ces apophyses sont alongées d’avant en arrière et aplaties transversalement; leur saillie est d’une demi-ligne, et leur couronne est d’autant plus tranchante, que, par leur position, elles sont plus rapprochées de la tête de l’animal. L’oesophage longe ces apophyses, et puis il est sur-tout percé par les sept et huit dernières ; événement insolite, auquel il arrive que les bouts excédants de ces apo- ])hyses prennent de nouvelles conditions encore plus curieusement extraordinaires. »
Comme si ce n’étoit assez pour exciter notre intérêt qu’un tel événement de perforation, que le mélange de parties organiques dérivant ainsi de souches diverses, « Les apophyses qui là se sont fait jour, qui là se sont procuré à chaque pei’foration une tunique spéciale, affectent vers leurs extrémités des formes qui les font ressembler à des dents humaines, soit incisives, soit canines; chaque portion libre est longue, large, et véritablement émaillée ; leur direction est oblique en avant et en bas. »
Ici devroit ou pourroit être terminé ce Rapport, puisque nous avons suivi l’auteur dans toute l’étendue de la question qu’il prétendoit parcourir, de son point de départ au terme qu’il avoit assigné à ses recherches. Ce point de départ, e’étoit la considération d’une sorte de désordre qu’il avoit aperçu dans l’absence de la trituration ordinaire du bol alimentaire, et son terme d’arrivée étoit le remède qu’il indique et les rectifications de la nomenclature qu’il conseille.
Aussi trahit-il sa pensée dans le titre qu’il donne à son Mémoire, Appareil dentaire particulier appartenant a la colonne vertébrale, titre qui peut-être offre l’inconvénient de paroître restreindre la découverte du nouveau fait à une des moindres
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chances de sa portée, et de fournir un sens théorique trop déterminé et que nous croyons manquer de justesse. Dans l’expression d'appareil dentaire particulier, ce dernier mot, qui modifie heureusement la pensée de l’auteur , ne nous paroît toutefois qu’un palliatif insuffisant. Les matériaux des organes sont soumis à la grande règle de&connexions invariables. Pour que des dents sans fonction dans un lieu fussent rendues dans un autre, il y auroit métastase; et ce n’est iamais, ni n’existe non plus dans le cas observé par M. Jourdan. Ce qui n’est point la même chose, !a fonction est obtenue plus loin , après avoir fait défaut dans la bouche. Mais tout ici se passe dans la règle, c’est-à-dire avec toute la licence permise aux simples modifications. Car les gi’oupes de matériaux peuvent être modifiés ét lancés dans bien des désordres apparents par la variation , et c’est même à quoi s’applique la nature pour accidenter de mille manières différentes des types restant inébranlables dans leur caractère d’essence. Tout le travail des formes que revêtent les matériaux de l’univers se renferme et est maîtrisé entre ces deux extrêmes, l imité et Va variété.
Comme l’appareil découvert par M. Jourdan se réduit décidément à une extension du système vertébral, il est seulement formé d’appendices vertébraux portés extraordinairement à un maximum très curieux de développement, s’extravasant en dehors des enveloppes communes, ou de ses tuniques musculaires; entrant dans un grand organe creux, y arrivant pour y subir toutes les modifications que leur doit imprimer leur survenance vis-à-vis d’un tout autre monde extérieur; engageant leurs extrémités, d’abord dans les tuniques dermoiques externes de l’oesophage, puis encore plus loin dans les lames muqueuses de
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l’intérieur du canal, et se trouvant là, en définitive, exposés , au milieu de bien des matériaux jus(ju’alors étran^jers, à un filet osseux, à une apophyse de vertèbres, de manière qu’il s’ensuive un travail insolite de formations.
Toutes ces considérations sont à bien grande portée, et contiennent, selon nous, les plus précieux fruits de la découverte de M. Jourdan. Car que d’instruction à recueillir dans la contemplation et, je dois ajouter, dans une étude très minutieuse de tant de formations, encore plus singulières par le caractère de leur contexture, que surprenantes par leur mélange de plusieurs genres, qu’on croiroit devoir les repousser!
Le bout de l’apophyse vertébrale viendra-t-il à se revêtir d émail pour le seul motif qu’il s’est trouvé comme à nu , ou du moins coiffé par le feuillet muqueux de l’oesophage? Les théoriciens sur les dents soutiendront cette manière de voir. Mais M. Jourdan y oppose un fait; c’est l’existence d’une des apophyses en possession déjà de son émail, et qui n’a point du tout encore entamé et perforé l’œsophage.
Sous d’autres rapports, les théories sur les formations organi- <jues sont encore intéressées dans les questions soulevées par la découverte de M. Jourdan. L’un de nous, votre commissaire rapporteur, a fait un travail où il considère à part tous les éléments de là vertèbre, et où il croit avoir remarqué que chaque filet apophysaire est lui-même un os particulier, une sorte d’individu qui est appelé à des destinées spéciales.
L’apophyse qui, dans le travail de M. Jourdan, arrive dans l’œsophage, et qui s’y métamorphose aussi singulièrement, estelle une des pièces déjà observées, ou seroit-elle nouvelle? Cette dernière vue est peut-être la vraie. S’il en est ainsi, voilà tout le
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travail sur la composition de la vertèbre qu’il faudra remanier. Car M. Jourdan aura révélé l’existence d’un os de plus, c’est-àdire celle d’un autre cliiffre à comprendre dans les premières supputations ou les précédentes données du problème. Le crotalus horridus (serpent à sonnette), sur toute la longueur de l’épine, et le boa constrictor (devin ), sur le tiers antérieur 'seulement, montrent les mêmes apophyses signalées dans l’ophidien scaber; mais ces mêmes apophyses prennent volume en largeur, et n’ont point assez d’étendue en longueur pour sortir d’entre leurs muscles et aller gagner et percer l’œsophage : c’est un premier pas de formation, un cas de même développement, mais d’un développement frappé d’arrêt, et sans la même suite effective.
La taupe présente aussi des osselets au-devant des corps vertébraux ; mais c’est seulement à la région lombaire, là où il n’y a pas de côtes sur les flancs : et alors il n’est là réalisé que le fait des os en V [furcéaux. G. S. IL), qui sont chez beaucoup de mammifères, d’oiseaux, de reptiles et de poissons, qui ne sont, dans la pensée philosophique sur cette matière, que les deux bras de la cage respiratoire, que des côtes en ce lieu étalées sur les flancs. On sait qu’effectivement si les osselets alongés s’abattent l’un sur l’autre, ils se joignent à leurs extrémités pour former l’os en V, ou la coiffe renversée, sous la protection de laquelle la grosse artère caudale effectue sa prolongation. Or, les apophyses des ophidiens crotaliis, boa, et scaber, existent indépendamment des côtes : le fait d’un os en V ne leur est donc point applicable.
M. Jourdan a été servi au-delà de ses souhaits : il se proposoit d’abord de débrouiller quelques obscurités qui l’avoient arrêté
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dansîa considération du canal digestif; et, tout en satisfaisant à sa recherche principale, il rencontra nombre de questions d’un ordre éminemment élevé. Or ces bonnes fortunes n’arrivent qu’à des esprits préparés comme le sien, lesquels ne se traînent ])as uniquement dans le service des Descriptions et des Classifications.
Tant de faits curieux, si remarquables dans leur caractère de généralité et comportant une si grande étrangeté pour nos idées faites, croira-t-on en avoir suffisamment donné l’appréciation, en les signalant comme des cas très singuliers ^anomalies? Ce mot, dont on a si malheureusement tant abusé, d’une contexture et d’un sens étymologique à n’être plus compris, s’il est appliqué aux ouvrages de la nature; ce mot révélant ainsi son principe d’erreur, comment, en i834, penser à y puiser un élément d’explication (i)?
( [) Cet avertissement étoit indirectement adressé par moi à un jeune naturaliste, laborieux et de grande espérance, qui me paroissoit devoir se fourvoyer , s’il persistoit à user de ce mode bien abusif, selon moi, d’explication.
11 faut sans doute que M. de Blainville , lequel a séparé les Mammifères en deux grands groupes ou séries parallèles, appelant les uns normaux, et les autres anormaux , ait considéré ma remarque comme une allusion qui pouvoit lui être appliquée, et qu’il en ait été blessé. Cependant c’étoit vraiment pour moi un fait si ancien (1812), que, bien que je n’eusse jamais partagé une telle manière de voir, je l’avois totalement oublié; et cela, d’autant mieux que je crois M. de Blainville aux regrets d’avoir produit dans sa jeunesse une classification qui s’écartoit autant et décidément de la manière la plus fâcheuse, des méthodes usuelles, sur-tout des formes consacrées par nos grands maîtres Linnéus et Cuvier. Cet essai, dans le froid accueil qu’il reçut, avoit mérité ce sort.
V’oilà, si je ne me trompe, cecjui a excité M. de Blainville à employer tant d’insistance à solliciter, et à faire décider, que le présent Bapport n’obtiendroit pas le petit honneur d’être incorporé dans l’ouvrage commun des professeurs du Muséum d’histoire naturelle. Plusieurs de nos collègues, et je crois en majorité, se défendent
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Eh quoi! des productions du globe quiseroient établies contre les règles! Oh! cjuand Pline, dans un accès aussi heureux que profond de sentiments philosophiques, se commit à bégayer une explication au sujet de la monstruosité, il ne trouva que cette forme, (jue la phrase suivante : Miraculn nobis, sihi ludibria natiira dédit.
Effectivement, tout est miracle dans l’univers, pour quiconque s’approche des choses avec ignorance de leur essence, et tout est simple au contraire, d’un dérovdement facile, et paroi t un spectacle bien ordonné, de vrais jouets d’enfants pour le grand système organisateur qui préside à la formation et à l’arrangement des corps. Car ce qui EST, c’est la vérité, l’ordre^ c’est le bien suprême, c’est le beau par excellence : tous les éléments primitifs étant doués de formes précises et d’affinités respectives, et ne pouvant se rencontrer et s’adjoindre que sous une raison nécessaire et donnée. Mais les spécialités, prépondérantes comme nombre, quant aux individus qui y prennent part, en s’effrayant et en s’irritant de tout ce qui touche aux idées philosophiques, ne peuvent réserver leur encouragement qu’à ce qui les aide dans leurs allures timides : aussi font-elles un grand usage des mot^ faits anomaux , productions établies contre la règle , et anomalies.
Cependant là est pour notre âge, pour nos jours voués au progrès, une nécessité de réforme. Car, persévérer dans cette voie occulte, dans ces idées mystiques, dans un tel langage qui dés-
ci’ avoir coopéré h cet acte illégal et très inconvenant; aussi, j’invite M. de Blain ville à vouloir bien démentir ce fait d’une décision sans majorité de la part des juges, en déclarant lui-même les noms de ses adhérents à cet inique et fâcheux précédent.
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ormais manque de sens, ce seroit vouloir en rester à TA b c de la science du naturaliste.
Nous en avons dit assez sur le Mémoire de M. Jourdan pour (jue l’on ait pu comprendre que notre opinion sur le mérite de son ouvrage, c’est que nous le croyons destiné à faire faire de grands pas aux sciences tant physiologiques que zoologiques; en conséquence, nous proposons à l’Académie d’accorder son approbation à ce travail, et d’arrêter qu’il soit inséré dans les Savants étrangers. ( Ces conclusions ont été admises en la séance du y juin 1834.)
N. B. L’on donne suite à l’adoption de ces conclusions : tout est en pleine voie d exécution , et le Mémoire de M. Jourdan, que l’on imprime , et de fort belles planches qui sy t'apportent , et que ton grave. Cet intéressant travail va paraître dans levolume des SAVANTS ÉTRANGERS, qui est sous presse.
Il y a même lieu d’espérer que ton reviendra sur une partie des promesses faites à M. Jourdan , et que le quatrième cahier du tome III des Nouvelles Annales du Muséum d’Histoire naturelle contiendra égalernent la description de M. Jourdan, et les détails de sa découverte au sujet de la couleuvre SCABER.