‹ Études progressives d'un naturalisteChapitre 14 sur 24 · DES APPAREILS SEXUELS DE LA TAUPE · texte numérisé non relu

DES APPAREILS SEXUELS DE LA TAUPE

Dans lesquelles il apparoit qu’une lésion désharmonique et fatale est remaniée et corrigée par une autre du même rang et non moins funeste dans sa condition spéciale; lésions qui se raccordent et qui s’harmonisent réciproquement pour fournir à la Taupe les moyens de parcourir les phases de sa vie d’espèce dans la série des âges.

Supplément à tarticle précédent.)

J’aurois pu étendre indiscrètement mon Rapport sur le Mémoire de M. Jourdan , en ce qui concerne l’organisation de la taupe : j’ai préféré attendre cette occasion d’une annotation particulière.

Je m’étois borné aux anomalies de la tête et des organes de la vision, mais presque toutes les autres parties de l’animal conduisent aux mêmes conséquences; et en effet, bien d’autres combinaisons tératologiques s’y rencontrent presque par-tout.

Première considération. La femelle naît avec un vagin imperforé : la membrane d’hymen trouve à se répandre sur la terminaison de ce canal sexuel, et, en y causant une entière occlusion, crée en ce lieu un obstacle à la reproduction de l’espèce, ou l’y détermineroit, s’il n’y étoit apporté un remède par une cause tout-à-fait étrangère à l’usage, par un évènement tératologique du même rang. Effectivement, le mâle, au titre d’un moyen de compensation, et pour corriger ce désordre chez la femelle, est muni d’une tarière, qu’il plonge comme une épée dans la peau tendue servant de fermeture au vagin. Ce moyen de réparation

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OU de remède existe à l’extrémité du gland , et tout me porte à penser que c’est l’osselet lui-même, logé sur les corps caverneux, qui a gagné l’extrémité du pénis, et qui s’est façonné en un stylet aigu à la pointe.

Ainsi voilà deux arrangements tératologiques qui se correspondent, se corrigent mutuellement et s harmonisent avec un rare bonheur. L’accouplement des deux sexes devient possible, et les races des taupes se perpétuent pour satisfaire dans l’avenir à l’ordre et à la police de l’univers.

Deuxieme considération. L’aorte descendante, riche par le nombre et l’étendue de ses dérivations sur la ligne moyenne, a de beaucoup augmenté le tronc abdominal et principalement la région du bassin. Que les contenus en cette région , ou les appareils sexuels, étant ainsi entraînés dans un étatd’hypertrophie, aient décidé l’ampleur des contenants, ou réciproquement, viceversâ, l’on trouve que les os du bassin , cédant à la loi du balancement des organes, ont perdu de leur dimension en largeur, pour gagner démesurément plus de longueur. Ils satisfont à tous leurs devoirs, soit de fonction , soit de connexion , mais non cependant en y procédant de la manière accoutumée j ainsi, le vagin adhère encore aux parois de la colonne épinière, face ventrale, mais c’est seulement dans la longueur'et par le moyen d’une vive arête, qu’il y suffit. Trop volumineux pour demeurer contenu dans le détroit, où, parrtout ailleurs, il est plus qu’à son aise, il n’existe en rapport de dimension et d’usage avec le surplus des organes sexuels, que parcequ’il lui arrive d’échapper extraordinairement à son domicile analogique, ayant moins que lui de capacité. Voilà donc les os du bassin rendus impuissants à livrer un assez large canal à la

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traversée des petits: il falloit au passage des fœtus un plus facile débouché après avoir parcouru toute la longueur du vagin. Or, (jue de désordres dans ces contradictions apparentes! quelle réparation devra y pourvoir? quelle scène tératologique viendra croiser et réajuster toutes ces diversités s’entrechoquant? Car, de toutes manières, c’est nécessité, sous peine d’extinction des races dans l’avenir, qu’il y ait là remède, compensation et substitution d’un désordre, faisant profiter l’un à l’autre. Et pour qu’il y ait solution de ce problème, qu’on vienne à songer à la difficulté qu’y oppose la nécessité du maintien des connexions?

Or les choses s’arrangent comme il suit : le bassin, composé d’os longs et effilés, se trouve réduit à la consistance d’un demi-canal, d’une gorge étendue en longueur et ouverte par devant. Si , en raison de son étroitesse, le vagin n’y peut être contenu , le fond du demi-canal suffit aux adhérences nécessaires au maintien des connexions en ce point. Mais en même temps, pour que les petits ne soient point empêchés de traverser le vagin , il existe cette ouverture par devant, dont nous venons de faire mention; et par conséquent au dehors même du détroit, en avant des os ilion et ischion, il existe un moyen de station pour la plus grande partie du vagin. Ainsi, dans ce cas, bien extraordinaire à fégard d’un mammifère, il se trouve un désordre heureusement réparateur. Car si les os de devant ne sont pas joints, s’il existe sur la ligne médiane un entrebâillement et par là un moyen pour le vagin d’être portion en dedans et portion en dehors du détroit du bassin, voilà une chance pour que les parties externes grandissent aux dépens de cellesdudehors : voilà une route insolite, une route hors le canal du bassin , capable d’accroissement, et pouvant ménager une issue pour l’expulsion des fœtus. Les mères taupes en-

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fantent sans douleur; et mieux, rien ne devant gêner ultérieurement, elles enfantent des petits généralement plus gros en proportion qu’à l’ordinaire.

Or ce n’est pas tout sans doute que d’établir des faits aussi singuliers, il faut que le jugement s’exerce à les comprendre; puis, l’on dira, comme je l’entends dire autour de moi, que de tels jugements, c’est de la théorie. Je ne m’épouvanterai point de cette argumentation plutôt bruyante que logique : et je réponds à tout ce bavardage fait pour étourdir et chercher à en imposer, que ce jugement n’est ni plus ni moins théorique, ni plus ni moins scientifique, qu’une déduction faite pour une ligne dix fois plus longue qu’une autre plus petite, ni plus ni moins que quand on vient à déclarer et à juger que dans celle-là le même nombre de parties est décuple de ce qui est dans celle-ci. Ce n’est point un jugement dans le sens qu’on le veut faire entendre, c’est prononcer la déclaration d’un fait. Le temps de crier à la théorie, à la poésie et de dresser de vagues accusations est passé : ces cris se jugent et se nomment déclamation.

Ainsi l’on se butte dans l’histoire naturelle, et l’on ne rougit pas de donner cette preuve d’ignorance, qu’on refuse tout progrès dans l’avenir. Or toute cette conduite signifie que l’on prétend s’en tenir aux usages du passé; il suffit à cette classe de naturalistes de décrire, afin de se faire im droit et des motifs pour produire un nom.

Dans ce que je viens de rapporter sur la taupe, tant précédemment que dans cette note, qu’ai-je produit? J’ai raconté des faits, je les ai coordonnés , et, en montrant leurs faces analogiques, j’en ai fait connoître les communs rapports ; et ce seroit cela qu’on accuseroit d’idées ambitieuses ! Eh bien ! oui, disons-le avec nos

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adversaires, ce sont des idées ambitieuses, car elles visent au progrès; elles visent à introduire un faire rationnel dans les choses; elles visent à la création d’une science nouvelle qu’on rejette, science éminemment utile: celle de la coniioissance des harmonies entre toutes les choses. Sans harmonie, rien ne dure, ne peut même commencer. Montrons que toutes ces harmonies existent et comment elles existent.

C’est faire de la science et la meilleure sans doute, que de travailler à rendre manifestes les sublimes harmonies des corps organisés, ainsi qu’il appartient à la Nature de les verser avec une telle profusion, que c’est porter famé au sentiment religieux le plus pur, c’est marcher avec un à-plomb digne de l’humanité en ses beaux jours d’une civilisation plus avancée, que d’aller ainsi sur le pourquoi des existences de funivers.

Mais c’est là faire de la philosophie, disent les naturalistes nos adversaires, se renfermant dans le devoir des Descriptions et des Classifications. Eh bien! oui: mais c’est qu’il est venu, cet âge de force virile de ne plus dédaigner la philosophie ;^et avec nos études d’histoire naturelle enseignée de la manière que nous pensons qu elle doit l’être, c’est en faire de la bonne, que de donner, fautil aller jusque là, la plus sûre et la meilleure des philosophies.

Dans un autre moment, où le maître, comme s’y essaient aussi ses successeurs dans ce même jugement, où le maître vouloit que l’on se renfermât dans ces trois phases d’action, nommer^ enregistrer et décrire , n’ai point craint d’employer, et je crois utile de réemployer aujourd’hui la parabole suivante :

« Paul a le désir et le moyen de se procurer toutes les jouissances de la vie : il est intelligent, inventif, et il s’est appliqué à rechercher et à rassembler ce qu’il suppose lui devoir être néces-

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saire. Il approvisionne son cellier des meilleurs vins; il remplit son bûcher de tout le bois que réclamera son chauffage ; il agit avec discernement pour tous les autres objets de sa consommation probable. Les qualités sont bien choisies; les objets habilemenÛ rangés, et un ordre savant régne par-tout. Mais arrivé là, Paul s’arrête. De ce vin il ne boira point; de ce bois il ne se chauffera pas; de toutes les autres parties de son mobilier il n’usera pas. — Mais, me direz-vous, votre Paul est un fou. — je l’accobde.

La parabole s’explique assez , et sans doute avec trop d’énergie; c’est que souvent il faut dépasser le but, afin de réveiller l’indifférence et de faire bonne contenance contre l’orgueil et la mauvaise foi. Mais au fond, c’est bien ce qui arrive à un naturaliste, quand il ne veut que lancer ses faits positifs, et qu’il emploie son temps à nommer, enregistrer et décrire. Il fait comme Paul, il oublie l’heure et le moment de la consommation de ces bonnes choses, et laisse à d’autres un riche héritage, tout le profit de soins sur lesquels il avoitfait reposer l’espoir des jouissances de sa vie.

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I. DÉCOUVERTE D’OSSEMENTS FOSSILES DANS LES BASSINS DE L’AUVERGNE; ET CONSIDÉRATIONS SUR LES DEUX SORTES DE ZOOLOGIE, L’UNE RÉVÉLÉE FARDES VESTIGES ANTÉDILUVIENS, ET L’AUTRE FORMÉE PAR LA SÉRIE ANIMALE ACTUELLEMENT VIVANTE.

Beaucoup de ces faits sont dans la science: mais en devenant plus nombreux, ils fournissent plus de prise à la discussion, et mettent sur la voie de plus de lumières. Déjà je m’étois exercé dans cette direction , quand j’ai porté mon attention sur les formes crocodiliennes des beaux fossiles des environs de Caen 5 mais ce pays ayant cessé de nous enrichir, et ne nous ayant point encore donné tous les matériaux nécessaires, j’ai eu recours à d’autres excursions: et, de plus, quelques autres motifs m’ont porté à faire un assez long^ séjour dans l’ancienne province de l’Auvergne.

Bosc s’étoit un jour an été sur la route de Lyon, au lieu dit Saint-Gérand-le-Puy, et y avoit fait une grande attention à la nature du sol : il lui donna le nom ÔLindusien , en, raison d’un grand nombre de tuyaux ( indiisia tubulata)^ de tubes, qu’il jugea avoir été produits par plusieurs sortes d’insectes.

Là des crevasses dans la montagne me parurent en tout semblables à de pareilles scissures que j’avois remarquées à Nanterre 5 et tout à ce souvenir, j’étendis la main sur un sédiment arénacé, qui, à ma très grande surprise, s’éboula en rognons foiblement compactes, d’où des os de différentes tailles et de plusieurs animaux s’échappèrent. *Le savant docteur de Gusset, M. le médecin Giraudet, m’accompagnoit.

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J’avoue qu’à ce spectacle inattendu mes idées s’exaltèrent. Je voyois, après une nuit de plusieurs milliers d’années, des résultats de bouleversements et de très anciens ravages, rendus à ce moment visibles. G’étoit vraiment comme par enchantement (jue le voile porté sur ces scènes de désolation venoit de disparoître sous un foible effort de ma main. Ainsi s’offroit à moi l’occasion défaire moisson d’idées, d’impressions et de savoirs, au sujet d’évènements qui avoient éclaté sans doute long-temps avant la naissance de l’homme.

Tant d’objets que la Nature nous prodigue, et presque sans que nous nous occupions de les lui demander, tant de médailles si instructives de la vie des choses lors du débrouillement du chaos, font dire qu’il n’est plus besoin que d’un grand concours d’observateurs dévoués, pour pénétrer avec plus ou moins de chances dans les mystérieux arrangements de la formation du globe. Mais au surplus, ni le zèle ni le bon vouloir ne man- (juent en France pour le progrès en toutes choses : car voici en preuve un fait anecdotique.

J’ai fait deux voyages dans les départements du Puy-de-Dôme et de l’Ailier , d’abord l’année dernière, et un second cette même année i834. 3’avois eu l’honneur d’écrire de Saint-Gérand à l’Académie lors de mon début en 1 833, quejevenois d’explorer avec quelque bonheur des carrières sur la route de Lyon , celles de Saint-Gérand. Mon récit ayant fait partie du compte rendu des travaux de nos séances, s’est ainsi trouvé publié dans les journaux : il revint donc dans le pays, si bien y susciter le zèle de ses habitants, qu’il y produisit un nouvel observateur, M. Valleton, magistrat attaché au parquet du tribunal de Moulins. Après une tournée de vingt jours dans l’Auvergne, je rencontrai sur les lieux, sur les

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carrières qui lui appartenoient, M. Valleton; il les visitoit cette fois comme géologue, et il en étoit déjà à sa troisième journée d’ex- ])loration : c’est ainsi qu’il employoit, depuis les nouvelles de Paris , quelques loisirs de ses vacances pour la seule satisfaction d’être utile. En le voyant aussi sérieusement engagé dans mes recherches, je crus à l’heureuse rencontre d’un collègue; mais il rejeta mes félicitations à cet égard, pour rester tout entier à ses sentiments de modestie et d’une bien rare bienveillance, n’étant là, disoit-il , que pour le compte d’autrui , que pour faire une chose qui devînt agréable au président de l’Académie (i) des Sciences : et, en effet, sa moisson, déjà importante, se trouvant parvenue à son adresse par mon apparition sur les lieux, me fut remise au moment même, avec le plus aimable empressement.

Je revoyois alors pour la troisième fois les carrières du calcaire indusien de Saint-Gérand, ces carrières en grande partie formées iXindusia tubulata. Dans ce sol très varié, où abondent Yhelix nemoralis^ le cypris faba et des paludines, empâtés dans des détritus de conferves, dans des végétaux bouleversés^et amenés à l’état terreux, et où des éphémères, on a dit des phryganes, ont établi leur domicile; là, dis-je, existent mêlés ensemble quelques ossements de grands animaux. Ces fragments y sont en débris roulés, les uns logés dans le cœur delà roche, et d’autres semés dans des scissures du plateau pierreux. Un cours d’eau aura profité de ces anfraetuosités pour y verser , après de premières scènes de boule- ' versement, une matière arénacée caleaire, transportée là du fond d’aneiens lacs. Ces dépôts m’ont apparu sous la forme de rognons arrondis; et c’est tout autour que s’y voyoient, eomme fichés,

(i) J’avois, en i8!53, l’honneur de présider l’Académie royale des Sciences.

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diverses sortes d’ossements dans un état plus ou moins fracturé. Du sable pareillement calcaire et sans consistance remplissoit les intervalles. , ^

Mon attention, en raison du nombre des objets et de la parfaite conservation de quelques uns, s’est plus particulièrement portée sur des os (ïanoplotherium^ dont on sait que les principaux caractères reposentsur l’existence de onze dents pour cliaque côté , toutes d’égal volume, et se suivant sans interruption. Mais de plus, je me rendis attentif à un trait que j’avois déjà signalé en écrivant à l’Académie, et où j’avois cru apercevoir un élément de caractérisation pour une nouvelle espèce. J’ai eu, depuis mon retour, occasion de vérifier la justesse de cet aperçu . Aussi le nom de laticurvatum me paroît applicable à cette nouvelle espèce , comme devant rappeler et caractériser cette circonstance, qu’on n’observe chez aucun anoplotliérium (ï). La branche montante des maxillaires inférieurs est plus développée : au lieu de se dessiner à angle droit, ses contours sont décidément circulaires et descendent aussi davantage , eu égârd à l’axe longitudinal -, puis

(1) Je n’ai pas encore sous la main, assez de parties de cette espèce, assez de fragments dans un état d’une assez bonne conservation, pour que j’en fasse une détermination aujourd’hui satisfaisante; car n’ayant guère sous les yeux que des maxillaires inférieurs, à la vérité aussi complets que bien conservés, je m’en tiens pour le moment à la dénomination à'anoplotheriurn laticurvatum. J’avance avec la portée des faits produits. Cependant, eu procédant au gré des partisans d’une philosophie qui se plaît dans l’actualité et la considération des détails , je dois craindre de livrer avec trop de légèreté une conjecture contraire à ma pensée. Je réclame donc contre cette déduction, en apparence toute naturelle, que des anoplotliérium seroient indifféremment dans le sol indusien en Auvergne et dans la pierre à plâtre près Paris : cela ne résulte nullement de ma découverte dans les carrières de Saint- Gérand. Et en effet, ce n’est que par réserve que je n’ai point cédé à mon pressentiment, et que je n’ai point proposé de formuler, sur ces seules données et sous le nom de cyclognatus , un genre à part.

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enfin une saillie du bord postérieur forme encore un accident nouveau, et intéressant comme caractéristique; tel est un crochet que je n’ai nulle part encore remarqué. C’est au point que tout cet ensemble de variations m’entraîne à penser qu’on pourra un jour établir, pour ce sujet et les faits y ressortissant, un sousgenre dans la famille des anoplotheriiim. Quoi qu’il en soit , tel est au moins ce fait remarquable et de précieuse conséquence, que, s’il est là un tout autre terrain que la pierre à plâtre de Montmartre, près Paris, il s’y trouve en même temps, pour y correspondre, une espèce fort différente.

Un autre sujet d’importante considération concerne quelques os de carnassiers qui sont suffisamment bien isolés et caractérisés, pour que je les signale dès à présent avec plus de détails. Deux extrémités de crâne, une mâchoire inférieure entière, des os d’épaules et de jambes, tels sont les objets de Saint-Gérand que je dois aux recherches de l’honorable M. Valleton. Ils se rapportent à la Loutre comme genre , et montrent des caractères pour faire prononcer avec certitude sur leur non-identité spécifique à l’égard des loutres vivantes; je nommerai (^ette nouveauté importante lutra i^a/ZetOïn' (i). Jusqu’ici on n avbit encore

(i) VaUeto7ii devient un mot latin indéclinable, que j’ai désiré amener à cette forme pour qu’il pût passer sans altération dans toutes nos langues vivantes, et qu’il se trouvât ainsi prêt aux combinaisons des classificateurs dans l’avenir ; j’en ai pris la racine dans des motifs qu’il n’est plus au pouvoir de qui que ce soit d’altérer, dans des circonstances de zèle et d’obligeance , méritant l’estime des naturalistes. Ces vues d’avenir qui me préoccupent tiennent à ce qu’il pourroit arriver quel’arrière-cràne de cette espèce de loutre , dont je ne possède encore que les parties delà face , les maxillaires, etc., fissent apercevoir d’assez notables différences pour porter à établir ici un nouveau genre : je m’en réfère pour le moment à la détermination que j’ai présentée. J’ajoute que j’ai des motifs pour laisser percer ma prévision, et alors je nommerois ce type nouveau fluvial! le -aiiimat, en grec latinisé polamotherium ;

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obtenu que des débris de loutre trop informes, pour qu’on eût congé à en donner la détermination. L’abbé Groiset, dans ses Recherches sur les ossements fossiles du département du Puy-de- Dôme^ s’est sans doute proposé d’en décrire des échantillons qu’il auroiten sa possession ; mais il s’est jusqu’à présent borné à mentionner dans son discours préliminaire, page 89, l’existence de

enfin, le nom de Falleloni s’adapteroit sans difficulté à ce changement de classification.

Or, je dois ici le reconnoitre, de tels changements dans la nomenclature ne dépendent en aucune façon du caprice des naturalistes. Les modifications du langage suivent nécessairement les développements de la pensée pour s’y appliquer entièrement. Et pour faire comprendre jusqu’à quel point ces perfectionnements sont utiles et recommandés par la nature des choses, je citerai un cas où un mot bien fait ajoute par sa précision à la lucidité de la pensée. En effet, s’il fût arrivé à Cuvier de moins insister qu’il ne l’a fait sur l’identité presque totale des ours à front bombé qu’on trouve à l’état fossile, avec les ours aujourd’hui vivants, dont il est bien vrai que comme famille ils se rapprochent, la géologie eût mieux saisi un cas de différences fort importantes pour elle et vraiment très sensible. Que l’on en vienne à faire ressortir, à l’égard des ours à l’état fossile, le degré différentiel de leurs fronts aussi fortement relevés et bombés, en les élevant à la condition d’une famille générique sous le nom àe spelearclus ; celle amélioration dans la nomenclature feroit aujourd’hui comprendre avec plus de précision en quoi consistent les différences des deux zaologies, l’antique et l’actuelle, en ce qui concerne les arctoïdes, tous les sous-genres des ours, éclaireroit sur les altérations subies par le type primitif, et feroit briller l’accord de ces résultats respectifs. Les spelearctus propres à la zoologie antédiluvienne, et les ursus proprement dits à l’actuelle’, aussi bien séparés par des époques séculaires que par des circonstances d’organisation, seroient aperçus, ceux-là plus grands et plus robustes sous l’action d’un monde ambiant favorable à l’accroissement des volumes , et ceux-ci au contraire plus rabougris et de taille restreinte. Le surbaissement graduel du front dans la série de ces ours, considération vraiment instructive, ne manqueroit point de fournir un utile sujet de comparaison, même d’espèce à espèce et dans chacun des deux sous-genres.

Et j’appuie d’autant mieux sur ces considérations, que MM. Buchet, pasteur à Mialet, et F.-J. Pictet, viennent de publier un curieux Mémoire sur une caverne à

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loutres fossiles. MM. Goldfuss (i) et Meyer (2) n’en parlent point; •et je ne connois que M. Marcel de Serres (3) qui ait consacré un article de quelques lignes à une loutre fossile qu’il dit avoir trouvée dans les cavernes de Lunel-Vieil. Il n’auroit vu au surplus ([u’un morceau indéterminable : la tranche du maxillaire inférieur du côté droit, la seule chose dont il parle, est privée de son apophyse coronoïde et de son condyle.

Ainsi je n’use que du droit d’un premier observateur au sujet (fun objet déterminable, et que je vais décrire en le consacrant.

ossements fossiles, nouvellement découverte à Mialet (Basses-Cévennes), à l’est de Saint-Jean-du-Gard , et qu’à cette occasion toutes questions relatives aux ours des Cévennes sont reproduites. Les belles cavernes de Mialet sont remplies de ces animaux : M. Buchet en a donné et déposé deux squelettes presqu’entiers, au Musée Académique de Genève. Ces cavernes confinent à un cimetière, où sont en quantité des os humains. Et quant aux ours nouvellement trouvés , ils sont à front bombé et se rapprochent tellement des ours célébrés par les travaux de Cuvier, que M. Pictet n’ose prononcer s’il faut les rapporter ou à Vnrsus speleus de Cuvier, où à Yursus pittorii de Marcel-de-Serres. Il est certain que si notre famille spelearctus pour les ours antédiluviens avoit été établie, toutes les déterminations d’espèces en seroient plus facilitées.

Je reviens à notre généreux et bienveillant magistrat, M. Valleton , possesseur des carrières où il puise pour nous enrichir, afin de pouvoir faire savoir qu’il a pris goût à son œuvre de résurrection du monde antédiluvien, et qu’il ne cesse de nous enrichir par des envois fréquemment répétés. Pendant qu’il remplit à Moulins ses fonctions de magistrat, quelqu’un est commis dans sa maison de campagne pour recevoir des ouvriers leurs trouvailles quotidiennes, et pour leur en donner la récompense due.

Je lui suis également redevable d’un castor, et de beaucoup de pièces que je ne puis citer que dans une notice ex-professo.

(1) Osteologische beitrage, etc.

(2) Fossilen Zaehne und Knochen von Georgen Sgmünd.

(3) Carrières de Lunel-Vieil ; Mémoires du Muséum d’Histoire Naturelle, tome 18, page 334.

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comme je le fais par le nom de valletoni^ au généreux donateur du morceau de Saint-Gérand.

Autour de ces objets, et mêlées à eux plus ou moins confusément, j’ai trouvé des parties d’un ruminant du plus haut intérêt (i), une portion de carapace attestant l’existence d’une tortue de la plus grande taille, et des ornitholiteb divers, principalement d’oiseaux échassiers et d’oiseaux nageurs. Il faut que

(i) Je ne pouvois sans cloute rencontrer un animal antédiluvien plus assurément nouveau eu e'gard à l’état présent de la science, marquant plus nettement sa nature ambiguë, car il prend place entre deux sous-genres; servant davantage la pliilosoplne des rapports naturels, puisqu’il continue la chaîne des êtres h titre d’un anneau de liaison; en arrivant mieux, comme argument, à mes prévisions de recherches, à cette pensée que les animaux antédiluviens sont plutôt redevables de leur capacité et de leur susceptibilité actuelles pour la chaleur à une différence dans la nature de leurs milieux respiratoires qu’au refroidissement du sol ; ce que d’ailleurs je ne mets pas ici en question. Mon Mémoire, traitant de l’influence des milieux ambiants pour modifier les formes animales, montre comment la quantité décroissante de l’oxigène, relativement aux autres composants de l’atmosphère, a pu forcer les surfaces cutanées des embryons, premier et principal siège des actes respiratoires , à s’ouvrir davantage, à gagner, dans une raison inverse du volume existant de l’oxigène, plus de profondeur, au moyen de plus larges anfractuosités dans le tissu cellulaire, et à acquérir, j^ar un accroissement dans l’intensité des effets, de plus en plus, le caractère d’ampoules et décidément de trachées , jusqu’à ce qu’enfin survienne dans le thorax une concentration des sinus respiratoires, et des arrangements de structure pour l’isolement des poches ou théâtres de respiration, appelés, suivant leurs qualités conditionnelles, poumons ou branchies.

Tel esteffectivement l’intérôtde notre nouveau genre, dremotiierium : il fait famille avec les mosclius, tenant lemilieu entrelesporte-muscs, auxquels joconserverai, ainsi restreints, le nom de mosclius , et les chevrotains, auxquels je rendrai, ce qui d’ailleurs a déjà été proposé dans le Dictionnaire classique d’histoire naturelle, l’ancien nom de Brisson, (ragulits. Je ne vois pas que ce nouveau genre ait possédé de longues canines supérieurement, comme ses congéhères de l’état vivant, et dont ceux-ci se servent pour gravir les montagnes. De cette circonstance, et de leur séjour dansleslieux riverains à des lacs ou rivières, puisqu’on trouve leurs dépouilles

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le nombre en ait été plus considérable dans l’ancien monde cjue dans celui que nous habitons. J’ai beaucoup trouvé de ces os d’oiseaux, et dans des terrains très variés: malheureusement

enfouies avec celles des crocodiles , je déduis la présomption que les dremotlieriurn vivoient dansdes plaines ou prairies. J’ai fait leur nom générique avec cette phrase, animal qui court, parceque, privés de cornes, de dents en couteaux , et généralement de tous les moyens de défense qui sont plus ou moins de ressource aux animaux , ils furent tenus d’être alertes à la fuite, c’est-à-dire de placer leur unique industrie dans la fréquence et la rapidité de leur course. Ces êtres furent ainsi des coureurs par excellence, d’où par allusion ce nom de dremotherium.

Sur ces éléments et le nombre des dépouilles que j’ai observées à Saint-Gérand-le- Puy, je me suis attaché à les étudier avec beaucoup d’attention. J’en ai remarqué de tellement différents pour la taille, que je ne doute pas qu’il n’y en eût plusieurs espèces. J’ai même tout lieu de penser que M. L’abbé Croiset en a compris quelques unes parmi ses cerfs fossiles de la montagne de Perrier ; espèces très exactement figurées dans son ouvrage.

L’une des plus importantes pour la conservation de sa tête et pour le nombre des parties ostéologiques du reste du corps, que je trouve à lui rapporler, me paroît devoir former le type d’une espèce dont j’établirai les conditions spéciales et que j’appellerai feignoui. Je la consacre à M. Feignoux , géomètre-arpenteur à Cusset pi’ès Vichy, qui conservoit dans son cabinet de fossiles et de minéraux une tète presque entière, mais fort encroûtée. Ce crâne vient d’être débarrassé par notre habile sculpteur, M. Merlieux. Il compte maintenant au nombre des plus précieux objets de la collection d’ossemenls antédiluviens du Muséum , depuis le don que vient d’en faire son ancien propriétaire. J’ajoute, pour motiver cette consécration , que c’est à cet amateur aussi zélé qu’instruit que je suis redevable de l’indication des carrières de Saint-Gérand. Or on jugera de toute notre surprise (M. le docteur Giraudet m’accompagnant) quand nous eûmes, dès notre première tentative, recueilli le surplus de l’animal, ou du moins la plupart de ses os. Je décrirai sa mâchoire inférieure, son axis, son omoplate, la plus grande partie de la jambe de devant, davantage des pièces de la jambe de derrière; os du canon, astragale, calcanéum, phalanges, celles du sabot, etc. Ce ne fut que rendu à Paris et dirigé par l’inspection des squelettes de moschus, que je suis parvenu à connoître que tant de débris éparpillés coïncidoient ensemble.

On a trouvé aux Indes et publié en Angleterre des ossements de même sorte et très bien ramenés an genre moschut.

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pour nos déterminations les formes des oiseaux rentrent tellement les unes dans les autres, qu’on ne peut les ramener qu’à des familles en général.

J’ai donné aussi une attention particulière à des débris de carnassiers dont on trouve des dents molaires de taille très variée. De telles observations sont déjà dans la science; toutefois j’y reviens, parcequ’elles me portent à élever des doutes sur de certaines décisions touchant l’identité alléguée de plusieurs de ces dents. Et en effet j’ai lieu de croire qu’il a existé autrefois , dans la compagnie des grandes espèces herbivores, d’autres animaux carnassiers que les actuels , qui leur correspondoient par une taille semblable, et qui sont également perdus. Ainsi se régloit alors, comme aujourd’hui, le nombre de ces familles antagonistes, "produisant, par leur lutte, par des attaques incessantes, cette harmonie nécessaire et au maintien par toute terre et à la transmission d’âge en âge, de toutes les formes animales. De nouveaux genres seront donc établis, et seront sur-tout nécessaires pour introduire un meilleur ordre zoologique dans l’échelle actuelle, et subsidiairement pour faire mieux comprendre, par un exposé plus précis des faits organiques, l’accord et l’esprit des changements survenus dans la nature des terrains et des êtres qui y ont subsisté.

Telle est du moins la pensée avec laquelle je sympathise entièrement, la pensée du vénérable abbé Groiset, curé de Neschers , déjà jirécédeminent cité. Neschers est un village entre Clermont et Puy-en-Vélay. Pénétré de respect pour des travaux sans encouragement dans une commune isolée, ce fut comme président de l’Académie des Sciences, que je me rendis chez le curé de Neschers, pour le visiter dans son presbytère, vraie

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masure de village -, voulant rendre hommage à sa haute raison, à l’étendue de ses connoissances, et à la puissance de son enseignement touchant la zoologie antédiluvienne des bassins de l’Auvergne. Cette déclaration , je l’ai écrite et laissée, en tête d’un de mes ouvrages, au logis de ce savant ecclésiastique, dont les abords délabrés m’avoient préparé au spectacle de bien d’autres ruines, celles d’un monde qui a cessé d’être, d’une organisation puissante, éteinte, selon moi, pour n’avoir pu s’accommoder desconditions de notre actuel monde ambiant. Ces ruines d’une précédente création qui avoit rempli sa destinée, étoient là réunies, étiquetées et savamment coordonnées autour du portrait de Cuvier. L’abbé Croiset appeloit cela sa chambre à coucher, parcequ’il y repose aux heures du sommeil ; pour moi , je voyois dans ces révélations du passé , dans cette exhumation d’animaux qui avoient vécu avant l’homme, et qui peut-être en avoient préparé la naissance, les témoignages d’autant d’anneaux en série progressive et d’une filiation enchaînée ^ j’apercevois là les éléments d’un musée, donnant quelques faits, des dates au moins pour l’histoire chronologique du commencement des choses. L’abbé Croiset m’a dit avoir rassemblé dans cette cellule les vestiges d’à-peu-près cent espèces, lesquelles n’existent plus. Les animaux du genre cerf dominent par le nombre des espèces dans cette précieuse collection, et s’y manifestent par une grande variété de formes, quant à leurs prolongements frontaux.

Je parlois tout-à-l’heure d’animaux carnassiers d’une organisation assez singulière pour devoir motiver l’établissement de nouveaux genres; l’abbé Croiset m’a communiqué cette idée, chez lui déjà ancienne, puisque l’un de ses jeunes collaborateurs

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en a faitlesujet d’une publication particulière (i). Les matériaux d’un tel travail existent depuis long-temps dans la collection- Groiset ; ce sont des parties de tête, et principalement des os maxillaires, oii les dents molaires semblent une répétition exacte des mêmes dents correspondantes chez les animaux du genre felis; mais il n’en est plus ainsi quant à l’extrémité du museau. A cause de toutes semblables dents molaires trouvées çàetlà etisoîées, l’on fut, dans le principe, persuadé que l’ancien monde étoit remplide lions, de tigres et de panthères, comme les nôtres; mais ce ne seroit que d’espèces analogues pour l’appétit carnassier et les habitudes sanguinaires. Car voyez combien elles diffèrent génériquement ; c’est au point d’offrir une combinaison nouvelle, un fait aussi curieux qu’inattendu au sujet des dents canines. Ainsi, à fégard des maxillaires inférieurs, la dent canine est remplacée par un intervalle évidé, qui laisse à distance, comme chez les rongeurs, les dents de devant et celles du fond des mâchoires. Ceci prend sa raison dans ce qui existe supérieurement. Une vaste canine, très longue et en même temps très comprimée, sort de la mâchoire d’en haut, et y demeure en dehors, saillante, toujours visible; singularité connue à l’égard des porte-muscs et des sangliers. Cette dent gigantesque glisse le long du maxillaire inférieur, qui par conséquent et pour cet effet n’oppose aucun obstacle, ou plutôt qui fait profiter, à la coordination harmonieuse d’une aussi singulière modification, l’extension démesurée en hauteur de sa symphise. C’est qu’en effet une dent de ce volume, d’une forme aussi nouvelle, et dans une position aussi anomale, ne pouvoit de cette façon intervenir, qu’elle

(i) Monographie de la montagne de Perrier, pi’ès d’Issoire, et de deux espèces fossiles du genre felis, par M. Auguste Bravard. Paris , 1828.

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ne réagît puissamment sur plusieurs portions du crâne. Ainsi lexigeoit le concert obligé des parties concurrentes : ainsi cèdent à une nécessité d’harmonie les composants de toute machine organisée, en vertu du principe, qu’une modification produite sur un point en impose de correspondantes ailleurs. C’est pour cela, que dans le cas qui nous occupe , comptant sur une ancienne modification pour en enfanter de subséquentes, ce ne fut point agir par un fâcheux a priori que d’attendre bien d’autres révélations confirmatives, "au fur et à mesure de la découverte des autres morceaux que la terre recèle dans son sein.

M. Cuvier a connu tardivement une de ces dents. On la lui avoit donnée comme mêlée dans le val d’Arno avec des têtes d’ours; et c’est sans doute sur ce renseignement qu’il se détermina à étiqueter un moule de cette dent, déposé dans les cabinets de la zoologie antédiluvienne du Jardin du Roi, sous le nom de dent d’une nouvelle espèce : ursus cultridens. Depuis lors, l’abbé C roiset y considère, ainsi que nous l’avons plus haut remarqué, les conditions d’un type particulier. Or il appartient à ce savant ecclésiastique, en possession du droit de priorité, de présenter la détermination de ce nouveau genre et d’en faire le nom ( i ).

Ceci aperçu, c’est progresser dans des voies inconnues, c’est poser un nouveau fait pour la révélation d’un principe d’un enseignement puissant; c’est enfin marcher à la conviction qu’il est pour la composition et l’assiette de toutes choses dans l’univers, un système de modifications incessantes, sous l’ordonnée des-

(i) J’apprends que M. le curé de Neschers s’est fixé sur la détermination et les noms suivants :

espèce. Steneodon megantereon.

ir espèce. Steneodon cultridens.

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quelles se sont successivement débattues et définitivement établies les deux zoologies, Fancienne et Factuelle. Ainsi sont là les raisons de ces formes spéciales qui différencient les animaux et les plantes des divers âges de la terre , et sur-tout l’explication de ce fait, rendue de plus en plus évidente, savoir : que chaque sorte de formes spéciales et diverses sort de l’emploi d’un même fonds de matériaux comme aussi d’un assujettissement fixe à des lois pour leur arrangement respectivement similaires. Je me flatte d’arriver de cette manière à la démonstration que les deux zoologies se suivent sans lacune ni interruption, comme engendrées l’une de l’autre, et à la suite de modifications survenues sous Faction du temps ([); elles auroient subi chacune l’influence des changements que chaque sorte de milieux ambiants auroit d’abord subis d’âge en âge ; changements qui se -trouvent constituer le mouvement général de l’univers. Là donc apparoissent, obscurément sans doute, des éléments regrettables pour leur défaut de clarté, leur degré et leur caractère d’insuffisance, mais toutefois d’une acquisition désirable et bien profitable, puisqu’ils tendent à verser quelques lueurs dans Findéfiniment longue et

(i) Depuis que ceci est écrit, j’ai continué mes investigations sur ce sujet et j’ai eu occasion, en août i834, de présenter plusieurs mémoires consécutifs, formant le développement et l’essai de démonstration que je viens d’indiquer. J’ai fait précéder ces mémoires du titre suivant :

Mémoire pour établir c[ue le principe de l’unité typéale de l’organisation contient des éléments révélateurs et de domination, d’après lesquels, c’est un de leurs faits conséquents que les séries animales et végétales dépendent, par voie continue de génération, d’espèces respectivement conformes ; lesquelles placées sous l’empire des circonstances et milieux ambiants des âges antédiluviens, habitoient alors la terre, et qui, par suite de la modification survenue dans ces causes, se sont modifiées avec et comme celles-ci et puis éteintes, pour toutes ensemble définitivement disparoître.

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profonde nuit oii se trouvent plongés pour nous les faits de la jeunesse delà terre, puisque parla, ou du moins parie savoir que nous pouvons y appliquer, se révélent avec sûreté quelques idées d’époques distinctes et vraiment appréciables de la vie de l’univers.

Je puis citer à l’appui de ces réflexions plusieurs nouveaux faits de mes récentes recherches : ce sont de bien curieux débris de crocodiles. J’ai trouvé des parties de ces reptiles parfaitement caractérisées dans le calcaire empâté d’hélix, de paludines et de petits crabes’, qui constitue à Saint-Gérand le terrain indusien; et de son côté, l’abbé Croisetm’en a fourni d’autres, qu’il a découvertes dans le calcaire marneux du mont Gergovie (i), près de Clermont. Le grand intérêt de ces morceaux tient, selon moi , à ce que ces nouveautés crccodiliennes, d’une part, ne rentrent point dans les formés qui m’ont fait établir les genres steneosaurus et teleosaurus, et d’autre part ne se rapprochent point non plus des crocodiles actuellement vivants, dans un degré d’une identité générique. Quelques échantillons frustes, trop rares et parconséquent incomplets et insuffisants, laissoient toutes ces questions dans

(r) M. Domnando, auquel la géologie est redevable d’écrits d’un grand intérêt, et qui voyage aujourd’hui dans FAsie mineure , .et M, Tribert, très zélé amateur et membre de la Chambre des Députés, m’ont constamment accompagné et aidé dans mes recherches et excursions autour de Clermont, chez Fabbé Croiset, etc., etc. M. Domnando visita seul Gergovie, dont il me rapporta etme donna pour la collection publique deux masses d’ossements fossiles , l’une contenant l’arrière-partie du bassin d’un grand oiseau, et Fautre une portion de vertèbre de mammifère.

Mon gendre, M. le docteur Bourjot-Saint-Hilaire, professeur d’histoire naturelle au collège Bourbon, est allé, comme faisant partie du congrès géologique d’août i833, voir, quelques jours après moi, en Auvergne, les mêmes lieux et les mêmes personnes : il m.’a rapporté certains documents qui ajoutèrent aux faits de mon premier voyage.

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l’indécision: les objets que j’ai rapportés de mon excursion donneront au contraire toute satisfaction à cet égard.

Ainsi j’ai heureusement rempli le but principal de mon voyage, lequel avoit en vue la connoissancede quelques ossements crocodiliens , autres que ceux qui se ramènent sur les formes du gavial, et qu’on rencontre si abondamment dans le calcaire oolithique de la Basse-Normandie et dans de semblables terrains en Angleterre. Je cherchois parla des matériaux pour continuer mon ouvrage déjà avancé sur le.s antiques crocodiliens, seulement en partie publié dans les Mémoires de l’Académie des Sciences, et que je ne puis terminer sans la connoissance des pieds; observations que je n’espère plus compléter que par un voyage à Oxford. Et combien j’ai à m’spplaudir de mes derniers succès! car pouvois-je m’attendre à la bonne fortune que ce seroit propriâ manu^ et au sein même du théâtre de tant de bouleversements se reportant à une antiquité aussi reculée, bouleversements réglés d’ailleurs et rendus fixes actuellement, que j’obtiendrois d’aussi précieux matériaux, et c[ue je joindrois au mérite de leur possession l’avantage inestimable d’avoir pu étudier sur place leur gisement, les relations des couches pierreuses qui les renferment?

Ces arrangements qui bordent et caractérisent les bassins de l’Auvergne, ces roches indusiennes de Saint-Gérand , j’en ai rapporté des échantillons recueillis spécialement dans un intérêt zoologique ; mais ils sont aussi appelés à prendre utilement place dans nos salles de zoologie. La plupart des ossements de ma récolte sont engagés dans leur gangue : or il suffiroit de cette’^circonstance pour donner la connoissance de leur provenance comme terrain: en outre une partie de ces ossements étoit encore enveleppée dans un sédiment arénacé qui se désagrège en cédant

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SOUS le doigt; ceux-ci, d’une conservation admirable, donnent donc beaucoup mieux les caractères de leur structure, que beaucoup de leurs analogues, anciennement trouvés, et principalement que ceux qu’il faut aller fouiller dans la pierre gypseuse.

Je me borne pour le moment aux renseignements de cette notice; il faut du temps pour développer, dessiner, déterminer et décrire toutes ces richesses; mais cela fait, je mettrai de l’empressement à communiquer à l’Académie et les matériaux et les résultats de ces nouvelles études.

Ce que je crois cependant devoir encore ajouter au sujet d’aussi importantes questions scientifiques, c’est que presque toutes les carrières que j’ai visitées contiennent des ossements fossiles, en même temps que des coquilles déposées dans l’eau douce : telles sont celles du Vernay , fréquemment visitées par le savant docteur Giraudet; celles de Gannat, qui fournissent d’excellents matériaux aux constructions de Randan pour les embellissements du palais de S. A. R. madame Adélaïde; telles sont encore les carrières de Roulade près d’lssoire,etdeGergovie près de Clermont, d’où proviennent les richesses de la collection- Croiset. Par conséquent quelle source immense d’instruction est là, existe dans ces anciennes formations animales, dans ces témoignages d’une vieille zoologie, laquelle s’est tout entière abîmée dans les anciens lacs d’eau douce de ces contrées volcaniques! Comme ces sujets d’observation dépassent pour le nombre ceux déjà trouvés dans la montagne de Montmartre, il ne manque, pour que ces nouvelles richesses jouissent de la même célébrité que les anciennes, que des observateurs aussi dévoués. Croyons que les encouragements de l’Académie sauront les y faire naître et les multiplier.

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