‹ Études progressives d'un naturalisteChapitre 15 sur 24 · II. ANNOTATIONS ET ÉCLAIRCISSEMENTS · texte numérisé non relu

II. ANNOTATIONS ET ÉCLAIRCISSEMENTS

Première remarque embrassant quelques sujets de haute philosophie.

En me livrant à l’espoir d’établir que les séries animales et végétales de i’état actuel descendent, par voie continue de génération d’espèces respectivement conformes, des âges antédiluviens, et que la transmutation de leurs formes tient à des changements survenus dans les milieux «mâiants, je n’entends point en cela reproduire la pensée posée sans preuve et sans dignité dans leTelliamed. Bien que cette pensée ait été réagitée et admise de nos jours avec des développements nouveaux, soit dans la physique de Rœdig, soit dans fhydrographie de notre profond de Lamarck, elle tient toujours les esprits en suspens. Nos hommages et notre admiration pour les deux plus grands naturalistes de notre âge nous ont imposé cette réserve. Cependant le temps est venu que leurs dissentiments sur ce point doivent être examinés. Et en effet personne n’ignore que ce grave su jet de controverse a été décidé en sens contraire par Buffon dans les Epoques de la nature, et par Cuvier dans son éloquent Discours commençant ses Recherches sur les ossements fossiles.

« Bien que la Nature, avoit dit Buffon en 1778, se montre toujours et constamment la même, elle roule néanmoins dans un mouvement continuel de variations successives, d’altérations sensibles : elle se prête à des combinaisons nouvelles, à des mutations de matière et de formes-, se trouvant différente aujourd’hui de ce qu’elle étoit au commencement et de ce qu’elle est devenue dans la succession des temps. »

l’out au contraire, Cuvier développa en 1801 une suite de

GÉOLOGIE ET ZOOLOGIE

io5

propositions, dont l’objet fut de montrer que « la Nature a pris soin d’empêcher l’altération des espèces, de maintenir fixes les formes dans les corps organisés, de telle manière que les races actuelles ne puissent être des modifications de ces races anciennes que l’on trouve parmi les fossiles. »

Les qualités éminentes de l’esprit de Cuvier , la lucidité admirable de ses rédactions, etses précédents comme naturaliste classificateur, l’avoient enchaîné dans les formes aristotéliques. Il n’eut foi qu’à ce qu’il avoit observé lui-même; il ne prenoit confiance qu’au rapport des choses, celles-ci étant posées et consultées par lui à courtes distances pour leur manifestation d’affinité, parceque de tels rapports sont d’une déduction plus facile et plus sûrement avérée; enfin il crut à un monde ambiant unique et à tout jamais inaltérable, et conséquemment aux formes invariables de ce qui avoit été une fois produit : de là ses opinions sur la fixité des espèces. Et alors, s’il fut d’autres animaux au commencement des choses , Cuvier se dispensa de lier leur création antédiluvienne à la création actuelle. Il ne s’est identifié avec les temps passés qu’en raison des existences matérielles qu’ils ont léguées au temps actuel, n’en ayant ainsi accepté que les frêles débris qu’il avoit pu voir et palper. Mais enfin ces misérables débris, comme mon illustre ami a su en rendre l’actualité savante et profondément instructive !

Buffon, qui a précédé Cuvier, le complète pour tout ce qui nous reste à savoir touchant les révolutions du globe, pour tout ce que nous imposent de recherches leurs relations génésiaques à l’égard des êtres organisés actuels : son génie poétique , perspicace, platonique, s’en vint en quelque sorte prendre place à la droite du Très-Haut. Ce grand écrivain, dans sa hardiesse phi-

GÉOLOGIE ÉT ZOOLOGIE

losophique, puisa sa vue des mondes dans les rapports des choses, qu’il parvint à perceveir d’ensemble , parcequ’il avoit su les considérer à (grande distance de leur réciproque affinité. Le passé, le présent, l’avenir même, sont révélés à qui saisit 1 enchaînement nécessaire àe,9, faits. Voilà comment BufPon n’admit qu’une seule création, qui a eu ses phases d’existence, qui s’est traînée longtemps dans la débilité d’un premier âge , dont les progrès furent un jour à la fin marqués par l’apparition du genre humain , et dontles forces s’accrurent et s’accroîtront de mieux en mieux, au moyen de l’empire que l’homme s’en vint prendre et qu’il continuera de plus en plus à prendre à la surface de la terre.

S’élever au-dessus de cette fourmilière d’hommes qui s’individualisent et s’absorbent dans les soins de la vie matérielle; aborder de front toutes les données de l’univers dans le passé, dans le présent et dans l’avenir; enfin, penser à comprendre les rapports des choses, à les traduire et à les expliquer, c’est entrer dans le sein de Dieu : c’est s’y complaire avec appétence des brillants résultats de cette célèbre sentence, Rerum cognoscere causas ; c’est, par ce haut exercice de la pensée, engager plus avant l’humanité dans les routes du savoir , dans les fins de notre infinie perfectibilité. Tel fut notre Buffon , cet admirable et profond philosophe , dont les écrits, aussi bien que les travaux administratifs dans le Jardin du Roi , ont fondé l’école zoologique françoise, et dont on a dit avec justice : Majestati naturœ par ingenium.

Comme vues à priori, les conceptions de Buffon sur les modifications nécessaires des formes animales avoient été entrevues par des esprits de sa trempe. Ainsi Bacon , dans son Nova Atlantis, recommande de tenter la métamorphose des organes, et de rechercher expérimentalement comment , en les faisant varier

GÉOLOGIE ET ZOOLOGIE

elles-mêmes, les espèces se sont diversifiées et multipliées. Ainsi Pascal lui-même avoit aperçu et n’a pas craint d écrire, dans un moment où l’obsession de la foi religieuse ne faisoit pas contrepoids avec les profondeurs de sa pensée comme physicien, que « les êtres animés n’étoient, dans leur principe, que des individus informes et ambigus, dont les circonstances permanentes au milieu desquelles ils vivoient ont décidé originairement la constitution. »

De ce qui précède il y a à conclure que voilà des théorèmes fermement posés. L’espèce n’est fixe et ne reparoît, dans ses formes, semblable à ses parents, que sous la raison du maintien de l’état conditionnel de son milieu ambiant; car, selon la portée et sous l’influence des variations de celui-ci, il n’est presque pas de changements qui ne soient possibles à son égard. J’ai consacré à la démonstration de ce principe et communiqué, en mars i83i , à l’Académie des Sciences, un Mémoire étendu qui a paru l’année dernière, et qui fait partie du douzième volume de la collection. Dans cet écrit et dans de plus anciens que j’y rappelle ( Sur les déviations organiques provoquées et observées dans nn établissement d’incubations artificielles : Mém.duMus.^ XIII, 289), je recherche les voies et moyens des métamorphoses des organes; et j’ai déjà beaucoup à m’applaudir du bonheur de mes premiers résultats. Car effectivement le moment est venu de fortifier les prévisions de nos illustres devanciers par des études courageuses, consciencieuses, et décidément satisfaisantes parleur caractère de l’à posteriori.

Les recherches du savant médecin M. Edward , membre de l’Académie des Sciences Morales et Politiques, au sujet du prêtée, sont, dans cette direction, aussi profondes qu’admirables.

io8

GÉOLOGIE ET ZOOLOGIE

Seconde remarque au sujet de la conformation crocodilienne.

Les crocodiliens, auxquels furent sans doute départis dans le monde antédiluvien toute autorité et la police des terrains lacustres, n’ont cessé d’être pour moi un sujet d’études et de méditations, en raison des lumières que je les crois appelés à répandre, aussi bien sur les faits de l’altération des formes animales que sur plusieurs points de la chronologie du globe. 11 importe donc que la zoologie les suive pas à pas dans les découvertes dont ils peuvent être l’objet, et c’est ce que la science fera d’autant plus sûrement que la nomenclature à y appliquer sera davantage perfectionnée. Voilà comment j’ai donné la plus grande attention aux crocodiliens récemment trouvés en Auvergne, et pourquoi je desire porter mon travail à leur sujet à toute la lucidité possible et de pensées et de langage, en les établissant à titre d’un nouveau sous-genre, sous le nom à'orthosaurus.

Ces crocodiliens aux mâchoires droites sont analogues, pour les formes de leur tête, aux espèces vivantes auxquelles le nom de crocodile comme sous-genre à part est resté en propre. Or c’est dans les pins récents terrains tertiaires qu’on les trouve; en cela ils diffèrent des crocodiliens que renferme le sol oolithique de la Basse-Normandie, lesquels jai déterminés et nommés Teleosaurus et Steneosaurus , et que mes descriptions font connoître comme plus voisins des gavials.

Les crocodiliens, qui, avec les tortues, sont placés en tête des reptiles, tiennent le milieu entre les degrés supérieurs et inférieurs de l’échelle des êtres. Leurs poumons commencent à acquérir une structure analogique avec ceux des mammifères ; d’où il y a lieu de supposer que c’est pendant que l’organisation

GÉOLOGIE ET ZOOLOGIE

eiitroit clans les voies d’une plus grande complication qu’arrivoient et se multiplioient les espèces de mammifères ; époque de transition, j’allois ajouter de progrès, durant laquelle se préparoient les circonstances nouvelles d’une autre sorte de monde ambiant et alloient surgir les aptitudes propres à amener le chef-d’œuvre d’une création successive et progressive. Car enfin que l’homme arrive, intervienne, qu’il soit, et tout va changer par la présence et les actes de ce maître puissant, prédestiné à adopter un autre mode d’exploitation de la terre; car ses qualités d’intelligence (mens agitai molem) vont, comme autant de ministres d’un grand pouvoir exécutif, servir les desseins de Dieu concernant la police de l’univers.

Je raisonne ici dans l’hypothèse posée par Pascal, savoir: (? que les êtres animés furent, dans le principe, des individus informes et ambigus. » De là, passant aux conséquences de cette grande donnée, l’on trouve traduite et révélée la série d’événements à laquelle il est ici fait allusion. Car qui dès lors n’aperçoit pas clairement qu’un enchaînement suivi et nécessaire se manifeste véritablement dans la disposition et dans l’apparition successive des corps et des actions s’y appliquant, puisque ce sont là tout autant d’actes de génération qui passent à leurs conséquences immédiates? C’est à faire dire que tout gît au fond dans le déroulement méthodiquement exécuté des matériaux dont dispose la Nature, dans un développement successif, susceptible d’être embrassé aussi bien dans l’avenir ( i ) que dans le passé, et ménagé

(i) J’ai mes raisons de penser que le savant et profond publiciste , Pierre Leroux , en rédigeant son brillant et philosophique morceau , placé en tête de sa Revue trimestrielle : de la Doctrine des progrès continus, a fait allusion à mes vues sur Ü avenir des choses et aux théories exposées dans le présent écrit de palæontographie, qu’il a

I lO

GÉOLOGIE ET ZOOLOGIE

en définitive pour que chaque chose arrive à son moment préfixe, C’est dans ce sens que l’on peut dire de la naissance de l’homme quelle fut de toute éternité dans les desseins de la Providence, toutefois pour n’apparoître qu’à jour prévu, et aussitôt que le monde ambiant à intervenir à cet effet auroit acquis toute la consistance et auroit été mis en possession des éléments conditionnels, afin que l’homme fût produit, c’est-àdire pour que ces éléments devinssent, comme formant ses parties constituantes et appropriées, capables de l’association, de la coordination et des relations harmoniques indispensables pour leur co-existence. Et, en effet, l’on demeure convaincu que cela est infailliblement dans la subséquence des faits nécessaires, sur cette seule réflexion; c’est qu’on est bien forcé d’admettre qu’il n’y a d’animaux possibles qu’en raison de l’essence et selon la nature des éléments ambiants qui s’organisent en eux.

Ma prédilection pour les études des crocodiliens tient donc à ce que, plus qu’aucune autre famille, ils fournissent d’admirables preuves , les preuves les plus explicites de la domination constante du principe de l’unité d’organisation, en n’y échappant jamais,

connues. Je cite de lui ces paroles remarquables et sous de certains rapports vraiment prophétiques:

i( Par un admirable synchronisme, toutes les découvertes contemporaines nous révélent le changement continu et la création incessante de l’univers ; comme elles nous révélent la perfectibilité indéfinie de l’humanité. Ici c’est l’école des anatomistes qui devance depuis long-temps la divinination philosophique, en prouvant la continuité des progrès dans la série des êtres. Là c’est une science presque nouvelle, la géologie, qui tous les jours renonce .à ses théories de cataclismes et de bouleversements pour expliquer par un développement continu la formation de notre globe. Assurément elle préexistoit à nos formules, à nos essais métaphysiques, cette belle synthèse scientifique , à l’aide de laquelle les naturalistes philosophes de l’école actuelle, essaient avec tant de succès d’expliquer l’animalité, etc.

GÉOLOGIE ET ZOOLOGIE

malgré tant d’occasions qui les y invitent, tant de prétendues et fortes anomalies dans lesquelles, à chaque observation, on croit apercevoir une velléité d’intervention, une menace d’un trouble de structure par conséquent. Les crocodiliens montrent très bien en définitive qu’ils sont un assemblage parfaitement harmonique de matériaux simples, fixes dans leur essence et doués originellement de leur raison d’affinités ( SOI attirant SOI ) ; d’où Yuniformité prescrite à la nature. Toutefois chacun de ces matériaux est appelé à sa part d’éventualité, lorsque s’opère une combinaison par un groupement de divers corpuscules; ce sont alors autant d’arrangements d’un ordre secondaire qui portent sur la position respective , sur des effets de proportion , de nombre et de formes des éléments composants. Et là est l’unique source où la Nature déploie toute sa puissance, tout le luxe de sa magnificence, en nuançant toute chose, en y semant le charme de la variété ^ et en s’y complaisant à l’infini.

Ainsi nous sommes toujours ramenés à la grande pensée , à l’àpriori si lumineux et si éminemment philosophique de Leibnitz : tout l’ordre de l’univers est accompli par la simultanéité d’actions des deux essences contraires. Vanité et la variété ; principes dans une lutte perpétuelle, cause d’animation de tout ce qui existe, et dualisme incompréhensible, sous l’empire desquels la matière tourbillonne et s’agitera sans cesse.

GÉOLOGIE ET ZOOLOGIE

Troisième remarque sur l'usage à faire des connexions nécessaires de la géologie et de la zoologie ( i).

La géogénie est le premier sujet du livre de M. Bûchez : il s’y propose de donner l’histoire ou ce qu’il donne comme l’histoire de la formation de l’écorce du globe^et des êtres vivants qvii l’ont habité.

Les trois sciences cultivées de nos jours sous les noms de géologie, d’anatomie comparée et d’embryogénie, sont les trois grands faits sur lesquels s’appuient les développements de géogénie de l’auteur : la géologie lui présen te l’histoire des milieux dans lesquels lui apparoît , avec toute sa puissance , chaque terme du développement du germe animal • l’anatomie comparative montre vivants sous nos yeux des exemples de toutes ces formes passées, et l’embryogénie confirme le tableau de l’ordre de progression des formes animales, depuis la plus simple jusqu’à celle de l’homme , en nous faisant apercevoir tous les degrés d’organisation par lesquels chaque être doit passer pour atteindre son état définitif.

L’auteur caractérise ces trois grands faits ainsi qu’il suit :

1° La géologie comprend l’étude des terrains qui forment l’écorce du globe , et la recherche des débris des êtres organisés qui y sont enfouis. Elle exige donc l’interverttion de deux classes

(i) Ce qui m’a fourni une occasion d’écrire sur ce sujet, ce fut la nécessité dans laquelle je me suis trouvé, de présenter à l’Académie, le 7 octobre i833, dans un rapport, une notice assez étendue d’un ouvrage très important de M. Bûchez, intitulé : Introduction à (a science de P histoire, ou science des développements de Phuma~ nité. Je vais extraire quelques passages de ce rapport qui ont trait aux objets de géologie et de palæonfographie de ce mémoire, parcequ’elles m’en paroissent un complément nécessaire.

GÉOLOGIE ET ZOOLOGIE

de savants spéciaux, les minéralogistes et les zoologistes. M. Bûchez, qui se présente pour recueillir et pour comprendre dans une caractérisation plus générale les résultats nés du concours de ces deux ordres de savants, part de l’idée d’un succès déjà obtenu. Et en effet, il n’est bruit dans les ouvrages du genre que des hautes révélations que la zoologie auroit faites au profit de l’autre science, et que la géologie, avec toute confiance et docilité, se trouve avoir acceptées et adaptées aux principales bases <le ses théories. Pour moi, je ne partage pas l’idée qui a séduit M. Bûchez, et je pense, tout au contraire, que l’importation n’a jjas été aussi heureuse et aussi utile qu’on le croit généralement. Chacune des deux sciences seroit, suivant moi, restée sienne,sans se pénétrer de l’esprit de l’autre. On a donné et accepté, sans critique, des faits, en leur attribuant tantôt plus et tantôt moins de portée que de droit, et je n’en veux pour preuves que les deux citations suivantes :

1° La zoologie est venue dire aux géologues spéciaux : « Mes « animaux fossiles trouvés dans des régions tempérées sont , « quant à leur constitution, des êtres de zone torride; car j’éta- « blis, par une démonstration de leur structure, qu’ils sont dans « une complète analogie avec les animaux qui vivent sous la « ligne. )) Et aussitôt le géologue , acceptant ce fait sans hésiter, le systématise en concluant que les températures de la zone torride formoient autrefois la température constante du monde antédiluvien dans nos moyennes régions de l’Europe.

Le fait en lui-même n’est contesté de personne; mais n’en auroit-on pas trop étendu la portée? Qu’on s’en fût tenu à la stricte conséquence d’une telle révélation , il n’y avoit, dans le fait observé et promulgué, matière que pour l’énoncé qui suit :

GÉOLOGIE ET ZOOLOGIE

Il4

« La respiration des êtres organisés avant la naissance de l’homme « étoit sans doute plus ardente, comme exécutée dans un milieu « plus favorable à de grands développements excentriques, à « des excès dans la taille, dont les animaux vivant sous la ligne « présentent aujourd’hui des exemples. » Pour moi, ce n’est point là une hypothèse, et j’ai rédigé un mémoire pour fournir la démonstration de ce principe, que je considère comme un fait. La révélation zoologique ainsi restreinte à sa portée légitime, les géologues n’eussent plus eu besoin de chercher des causes à leur principal fait de haute température, soit dans l’appui d’un feu terrestre d’une activité énergique, soit dans l’hypothèse d’un changement dans la position de l’axe de la terre.

La zoologie est encore venue apprendre, après sa distinction, en deux sortes, des coquilles constituant les bancs calcaires, que les mers étaient voyageuses : on n’a pas prononcé ce mot, mais on a bien décidément raconté la chose, comme cela résulte de ce passage d’un livre dont l’autorité est imposante : (( Après avoir long-temps couvert ce pays (les environs de « Paris), et y avoir tranquillement déposé des couches diverses , « la mer l’a abandonné aux eaux douces, qui s’y sont étendues en « vastes lacs. A une époque plus récente, la mer a de nouveau « occupé son ancien domaine. » La zoologie n’avoit, d’après la distinction qu elle avoit faite des coquilles d’eau douce et des coquilles dites marines , que le résultat suivant à produire : « Il y a preuve qu’une où plusieure fois certains terrains ont « été submergés successivement par des eaux douces et des eaux « salées. » Avec cette réserve, où l’on se tenoit dans les seules déductions du fait en lui-même, l’on évitoit l’hypothèse que de grandes masses d’eau auroient quitté leurs profonds bassins pour

GÉOLOGIE ET ZOOLOGIE

aller au loin, contre l’action des effets de la pesanteur, immerger de hauts pays, gravir sur le sommet de nos moyennes montagnes, où sont effectivement des coquilles prétendues marines. C’est la propriété de l’eau tranquille de se saler après un long temps de non-agitation.

Si, par ces réflexions, je contredis la pensée de M. Bûchez quant à sa croyance d’un grand perfectionnement des théories géologiques, en revanche je lui apporte cette compensation que, par ces exemples cités , j’appuie merveilleusement la pensée principale de son livre. Le temps est venu, dit-il quelque part, qu’il ne faut plus s’en tenir à des spécialités scientifiques : toutes les sciences sont à-la-fois nécessaires pour s’éclairer mutuellement, et pour en porter le reflet sur tout l’œuvre de philosophie humanitaire.

Comme M. Bûchez a pris confiance dans les faits zoologiques desquels il lui paroissoit résulter que les chaleurs actuelles de la zone torride avoient été, à l’origine des choses, le constant état de température de nos climats médians de l’Europe, il a cherché une hypothèse qui répondît, par son importance, comme cause, aux révolutions considérables dont il croyoit apercevoir des traces profondes à la surface du globe; or son hypothèse est que le globe subit périodiquement un changement de position ou une révolution sur lui-même, telle qu’il en résulte que deux points de l’équateur deviennent pôles , et que les pôles deviennent deux points de l’équateur.

Alors arrive une suite de démonstrations des faits partiels que l’auteur s’applique, selon moi, avec plus d’esprit que de bonheur, à ajuster à sa donnée principale. Celle-ci admise, le fond des mers est facilement mis à nu , les eaux salées voyagent et gagnent

GÉOLOGIE ET ZOOLOGIE

le haut de moyennes montagnes ; il explique ainsi les mouve» raents d’eau et de galets, les brusques changements de température, l’existence des grands chaînons montagneux, etc. Enfin, donnant crédit et accordant ainsi une grande part au système du feu central, il est aussi conduit à une théorie d’électro-magnétisme.

Je m’arrête sur l’accumulation de ces diverses preuves, dont le moindre inconvénient est une série d'à-priori non suffisamment justifiés. Notre travail, dit M. Bûchez, pourra paroître hardi philosophiquement , il l’est .bien davantage scientifiquement. Cependant ce qui sous ce dernier rapport le rassure, c’est la pensée que, dans les sciences, ce sont les hypothèses qui amènent les découvertes. Et ailleurs, il lui arrive de dire que l’hypothèse la plus simple est bien près de fournir le mot de l’énigme, sur-tout si, tout en possédant le mérite de la simplicité, elle se rapporte en outre à l’expression de la cause inconnue qui conduit les révolutions par lesquelles notre globe a passé.

A ce moment de mon extrait, puis-je me permettre d’ouvrir ici une parenthèse (1) pour dire, à l’appui de ce sentiment phi-

(i) J’engage à considérer les réflexions et les explications de cette parenthèse comme si elles étoient la suite et formoient le complément de mon article Palæontographie. Avant de penser à la publication du présent écrit, j’avois recueilli des notes pour cette suite, et les voulois donner aux lecteurs de la Revue. Cependant ce n’ëtoit pas occasionellement, et dans Yà-parle d’une note, que je me proposois de produire ce grave sujet de mes longues méditations. Ce n’est rien moins qu’une théorie complète , laquelle , si je ne me trompe , embrasse et lie heureusement les faits principaux de la géologie. Et en effet, je n’invoque point seulement la ressource d’une hypothèse simple, je me sers de toute la portée d’un fait général, qui fut constamment et qui demeure toujours flagrant pour causer, produire et continuer la vie des choses à la surface du globe terrestre, pour servir de principe d’animation à tous les êtres organisés, et amener leur rapide consommation : ce fait général est

GÉOLOGIE ET ZOOLOGIE

losopliique, que j’ai imaginé une hypothèse unique et de caractère simple, qu’ainsi je l’ai conçue telle que l’exige M. Bûchez? Elle me paroît du moins vraiment et heureusement explicative des révolutions du globe, du développement des deux diverses zoologies, de l’engendrement de l’une par l’autre, de manière qu’il soit manifeste, et, je vais plus loin , qu’il soit décidément démontré que les races actuelles sont le produit de la même création continuellement successive et progressive, et qu elles sont réellement descendues, par une filiation non interrompue, des anciennes races aujourd’hui perdues; j’ajoute de races cjui, si, par l’effet d’un retour miraculeux, une résurrection les rendoit à l’improviste , ne reparoîtroient que pour s’anéantir de nouveau , le milieu ambiant d’aujourd’hui ne devant plus fournir les conditions suffisantes à leur respiration. Mon hypothèse s’en tient à supposer l’existence d’un fait qui est constamment sous nos yeux , à admettre les conséquences éprouvées et connues, du rassemblement des corps organisés, l’absorption de l’oxigène de

la diminutioti de l’air vital, eu égard aux autres parties constitutives de l’atinosphère. Ainsi ce qui se passe sous nos yeux actuellement, ce qui dans nos réunions publiques, après plusieurs heures d’assistance, nous procure une perception vive et décidément incommode, forme les nouvelles et fâcheuses circonstances de notre milieu respirable; ceci, qui est là en petit, se passe en grand dans l’océan des fluides élastiques, où nous sommes des atomes nageants. Dans les vaisseaux fermés de nos salles de réunion s’accomplit, comme dans l’atmosphère, la même action phénoménale, sauf que dans l’atmosphère la toute-puissance et l’universalité de ce grand phénomène caractérisent un fait de développement planétaire , en faisant vivre et grandir l’écorce de la terre. Or, ceci aperçu, ce ne sont plus que des combinaisons simples, et plus ou moins nettement perceptibles pour l’esprit humain , que les séries de milieux ambiants qui ont précédé le milieu actuel, que leurs facultés génésiaques et leur activité modifiante. Fions-nous au temps et au principe de idée-progrès pour espérer les plus heureuses révélations, les solutions les plus satisfaisantes , touchant ces points de philosophie naturelle.

GÉOLOGIE ET ZOOLOGIE

Il8

l’air par ceux-ci , la soustraction , ou mieux le changement en parties solides, de ce fluide élastique , qui laisseroit ainsi les autres composants de l’atmosphère abandonnés à des effets d’augmentation proportionnelle. C’est par cette cause constamment active qu’auroient été produits, avec leurs caractères de différences, tous les milieux ambiants qui successivement doivent satisfaction à chaque cycle géologique, doivent par conséquent soumettre toutes les formes animales à une mutation correspondante, à des effets certains de modifications sous l’action du temps; changements qui constituent seuls le mouvement général de l’univers. Cette cause, je l’ai déjà indiquée dans mon Mémoire sur l’influence des milieux ambiants, etc. , lu devant l’Académie en i83i , et qui forme le cinquième des mémoires du douzième volume de notre collection.

Réaumur a calculé ce qu’il y avoit de coquilles amassées dans un plateau pierreux, voisin, en Touraine, de sa maison d’habitation, et en a évalué la masse à i3o millions de toises cubes : que l'on fasse une semblable supputation pour les autre bancs coquilliers, et l’imagination ne peut que s’effrayer du volume prodigieux des coquilles produites depuis la naissance des mollusques , et de l’épaisseur que les dépouilles de ces animaux ont donnée à la croûte du globe. Or, en dernière analvse, toutes ces coquilles se réduisent, à très peu de chose près, à du calcium saturé du principe comburant, c’est-à-dire à de la chaux , terre, en très grande partie, formée d’oxigène‘concret.

Tel est donc l’important résultat de cette discussion. Ce n’est point une supposition gratuite, mais un fait, dont il restoit seulement à connoître la portée pour l’étendre à l’explication (jue je propose; c’est un fait remarquable par le caractère de sa

GÉOLOGIE ET ZOOLOGIE

simplicité et par sa puissance, réalisant un développement continu, successif dans ses phases, et progressif dans le temps ; c’est enfin une donnée nouvelle, un principe de plus pour la géologie : car, en ne prenant les choses qu’à partir de l’existence des mollusques, de la formation des terrains faits avec les dépouilles calcaires de ces animaux, c’est là une donnée de variations qui agit régulièrement, et l’on peut ajouter, une cause vraiment providentielle qui amène à point, à jour nommé, soit des extinctions, soit des créations, parmi les corps organisés. Des races s’anéantissent dans le sein de milieux ambiants alors réformés, et de nouveaux êtres succèdent à ces races originelles; ils en dérivent, et s’en distinguent par suite d’altérations sur quelques points de leurs organes, toutes modifications plus ou moins considérables qui les font aptes à supporter les autres et nouvelles conditions des milieux respiratoires , où ne se trouve en rien affectée cette force de vie qui signale l’éternelle jeunesse de la Nature.

La géologie n’avoit guère admis qu’une considération du même rang dans sa croyance touchant le feu central et les diverses sortes de températures terrestres qu’elle en déduisoit; mais ce n’étoit vraiment là qu’une considération secondaire et de la plus foible influence, eu égard à l’importance phénoménale qui résulte de la diminution proportionnelle de l’oxigène, c’est-à-dire eu égard à un changement fondamental dans la composition des divers milieux, au sein desquels et par le moyen desquels les fonctions de la vie sont possibles et s’exécutent.

Notre profond physicien Fourier a traité la question des températures terrestres. Or il a principalement insisté sur l’influence de l’interposition de l’air pour modifier les effets de la chaleur à la surface du sol. « Les liquides, a-t-il remarqué, la conduisent

GÉOLOGIE ET ZOOLOGIE

très difficilement, et en rendent la distribution de plus en plus uniforme, de telle sorte que tout cliangement de température ne sauroit se produire qu’avec une extrême lenteur. »

Mais je me hâte de fermer ma parenthèse, en réclamant toute indulgence pour l’avoir autant prolongée, et, je crains qu’on n’ait raison de lé penser, pour l’avoir faite si hors d’à-propos.

Je reviens au livre de M. Bûchez ; sans doute il devoit à la question des révolutions du globe à travers les siècles toute l’attention qu’il lui a donnée; car la géologie est un de ses trois grands faits pour l’explication de son système de genèse universelle.

Il ne donne pas une attention moindre à ses deux autres grands faits. Car l’anatomie comparative, ainsi qu’il l’expose très judicieusement, présente un tableau presque indéfini de formes animales , quand l’embryogénie reporte sous nos yeux les premiers efforts de la création quant aux animaux, rend visibles actuellement tous les premiers actes de la puissance créatrice, en montrant dans les évolutions de l’être au sein de sa mère la marche progressiveconstamment suivie durant les siècles jusqu’à l’avènement de la naissance de l’homme.

I II est difficile de ne pas accorder sa sympathie au résumé de toutes ces parties, que je crois devoir rapporter textuellement : « On connoît manifestement que les premiers animaux sont « uniquement des analogues à l’égard de ceux dits aujourd’hui « invertébrés, puis ensuite, des poissons, des reptiles, et enfin « des mammifères. On reconnoît que les premiers végétaux sont « des acotylédons, des monocotylédons, puis enfin des dicotylé- (( dons. L’homme est plus moderne que toutes ces créatures. De c' cet examen il résulte donc que la force de la vie végétale et

GÉOLOGIE ET ZOOLOGIE

(( animale a été en croissant sur le globe depuis les premiers « temps jusqu’à nos jours, et que la formation de chacun de ses (t termes a été le fait d’une période géologique, qu’on pourra un « jour déterminer; il résulte encore de l’étude combinée des « débris et des terrains, unie à celle des conditions connues de (( l’existence particulière de chacun d’eux, la possibilité de re- (( construire approximativement et de peindre les diverses (( époques de la terre. )>

Quatrième remarque au sujet des études de la géologie, pouvant ' faire excuser et tolérer certaines vues à priori.

Je me suis étendu longuement sur l’ouvrage de M, Bûchez dans l’article précédent : toutefois je n’ai point cru y procéder avec légèreté, bien que quelques personnes pussent ainsi le penser. Je m’explique donc ici à ce sujet.

Au point où en sont venues les choses concernant les études de la géologie, il y a trois manières de les considérer, et conséquemment trois classes de savants qui s’y consacrent. Une première , qui affirme que toutes les notions acquises se réduisent à peu de choses et qu elles ne profitent guère qu’à des systèmes, lesquels sont bientôt et successivement renversés par d’autres non moins romanesques. Chez de tels géologistes, à quoi sert de plus ou de moins savoir? Ceux-ci doivent uniquement payer dü esprit; et feu M.... ne s’y est point épargné. Mais c’est que, pour quelques uns, la géologie n’est qu’un prétexte pour en imposer, pour être menée commeune affaire, et pour devenir une occasion et le but de profits et de célébrité.

Une seconde classe se fait au contraire remarquer par des travaux consciencieux : et quand je vois les Dufresnoy, les Hély dé

GÉOLOGIE ET ZOOLOGIE

Beaumont, et leur loyal et si savant antagoniste, M. Constant- Prévost, multiplier les voyages, se rendre assidus aux investigations les plus ardues, et en rapporter des vues étendues, des documents habilement généralisés, je comprends que la géologie entre dans une bonne voie de recherches, et qu elle prenne le rang d’une science tout aussi exacte qu’il étoit désirable quelle le devînt.

Une troisième classe , sans avoir droit aux mêmes hommages que ces habiles géologues, est encore appelée à rendre d’importants services : celle-ci est composée de quelques esprits systématiques, qui, là oîi l’observation devient impossible, y suppléent par des données analogiques. Pourquoi ne serois-je point touché et reconnoissant efforts ywits dans cette direction? Ceci donc m’a porté à m’étendre sur les pensées géologiques de M. Bûchez.

Et je conclus également et j’éprouve la même sympathie poulies rédactions semblables à celles du mot antédiluvien de l’Encyclopédie pittoresque. La géologie des premiers âges nous est soustraite, et nous sommes forcés de la reconstruire par supposition et sur de bien frêles données, quand c’est demandé par des esprits curieux et exigeants. La genèse des choses et quelques lueurs répandues sur l’origine des institutions humaines par la Genèse de Moïse, si souvent consultée et même encore invoquée avec autorité, voilà ce qui a fait le fond de l’article antédiluvien: l’auteur de cet écrit, s’y juge lui-même, se voit soumis à de cruels mécomptes et craint toujours de n’avoir eu qu’à bâtir sur le sable. Et cependant, avec quelle habileté ce savant géologue aborde d’aussi grandes questions, reconnues insolubles ! et quelle ardente et généreuse philosophie il en fait découler!

En de pareilles matières , on ne rencontre que bien rarement

GÉOLOGIE ET ZOOLOGIE

roccasioii de puiser à des sources aussi sûremen t, que j’ai été à même de le faire quand j’ai donné ma vue géologique sur la vallée du Nil. Or, il y a vingt-quatre ans que , dansV Introductionmise en tête de ma Zoologie égyptienne, j’ai placé ce fruit satisfaisant de mes observations.

D’une part, les prêtres de Memphis ouvrirent leurs plus anciennes chroniques à Hérodote, où ce philosophe connut, à titre de souvenirs historiques, l’ensablement lent, mais incessant, de la vallée du Nil 5 et d’autre part, l’aspect des lieux suffisait seul pour fournir la même révélation à un explorateur instruit.

La chaîne qui sépare l’Égypte de la mer Rouge est formée de granit à son milieu, de grès dans les parties adjacentes et de calcaire au-delà': cette chaîne, long-temps parallèle à la vallée du Nil, la coupe à son extrémité méridionale. Le banc de grès se montre déjà dans le voisinage d’Edfou, et sa dernière rupture semble indiquée à Gebel-el-Selseleh, où deux éperons de la montagne resserrent en cet endroit le fleuve, et en rendent la navigation périlleuse. Le milieu de la chaîne s’aperçoit ensuite plusieurs lieues plus loin, àSyène, où tout le sol est de granit. Et là exista long- temps un barrage qui obligea les eaux de se verser à l’ouest. Car à quelle autre cause pourroit-on attribuer l’existence de ces fameuses oasis, de ces heureuses contrées, dont la fertilité forme un si grand contraste avec l’aridité des déserts environnants? Disposées les unes à la suite des autres, elles sont une preuve de la prospérité de l’ancienne Libye; elles forment autant de jalons répandus sur le cours d’un ancien lit du fleuve. C’est que plus anciennement la vallée actuelle consistoit en un long sinus baigné par les eaux de la Méditerranée. »

, iVoi'?) ih:]

> -tFKF'niS^vma i.-:;.; (. ,•, : A^A

'i'yaî!-» • î

'3ii Ü(.>i/'.!>;i;({i .

ypf[fV/ iX

< ) "''Ijfi iO'i

-fii'F b. ■■'^■

îiî lî ni-. ')r(‘is44\i

lr/t'.> .{i f/i)

U: . ■lint’i,

\l:iAr

n.^i yb oB? un

xxa^ÂAA.

a;;!. ' ni;

-lin; 'ink|

>yiùéi J fi' >'!•;;

!tj) riô ;-!p

rti-, ‘ F.uni'd’.'

y'jj':!' f] ,j,

H >;> p/îtjpi'

loiâiq ;>:! ISO ^n.u

; ôyiiJniiiO'iiIji i-AJd'.y'ivx

vrsDÎÎ , S'.iyf ‘:'i jfîî;''i) lr> {j'h f;

• ■ ■ \‘thrü<ifû. ■sir'>h; '<}:q/'') «u fjni^fïlévm mi’u'V:; !;i

’li.n i.] -. k- înp ^nu;ji['> -

- »{;;> ;,;h\i V‘''Vu-.; r::rrh^‘: 'm-' utiir .. snMil!.;; ' f!v:»;!.x; Ji'u/iy '

.■ i>-0:lir£(^ sA 1 ^ > • .^ î:> ■ : 7,^rf t-Mïrf :;vkî:' ■

. tVücîîK):) fii

.;i üai • .'Cftl ài':- ' KfPp

'>■•; '■’'!> :ïi%u

■ ■{X','. '! £.iÇ!i î i 1 îii ‘,'1 i . ...1,- ji i.((.jiiii^j l'jt ^1

.'f y ipimyi- . /' •)! fXK'.l) -fî!

•'ifv'yfidofn

^ X ;i;> A' ayiipA

-ni- n'difcF--:

'■■' ■ -.î ..F ’.f'j') il' .;-. ; 'i 'it'i ;■>(•: ";

' 'Abyla'y :: ■

Fi(k;yv<'/ ï*. . i Fl yvi ;,'-.

y!r)f>' <> iji;t

■i vn o'5,( j af v’ r ^ apj,: ' sV (;v*,3.f;;î i? sp ri^ , / , j ; A- i-.pq..:i b A bi f ;

f3!:>. înMiiïi; JFi:Mtmii!)b;fîyj|ife-;^'j«;ljy; '. ; ' ;^(jeo'iM

ÿup ;j .yvu'jB kindr^

F-îdifW ■;;; ■

', \ ■ / . >, cSi.ïvb. ; -;p- .

Page 1