‹ Études progressives d'un naturalisteChapitre 16 sur 24 · ATTRACTION DE SOI FOUR SOI · texte numérisé non relu

ATTRACTION DE SOI FOUR SOI

ou

CLEF APPLICABLE A L’INTERPRÉTATION DE TOUS LES PHÉNOMÈNES DE PHILOSOPHIE NATURELLE ;

Découverte faite a la suite d'études incessantes concernant les arrangements, les complications , les mouvements , et généralement toutes les actions des êtres organisés (i).

Ce fut, pour la première fois, dans ma Dissertation du Dictionnaire classique d'Histoire naturelle^ au mot MONSTRE, (pie j’envisageai faction moléculaire de la sorte et cpie je fattri- . buai à un principe, émanation et complément de la loi newtonienne, si heureusement explicative du système du monde. L’idéemère de ma vue nouvelle et que j’ai formulée dans fexpression, attraction de soi pour soi, me fut révélée à une époque pour moi de vive anxiété et d’ardentes investigations, pendant laquelle je con-

(i) Considérations applicables aux deux espèces de physique, ces deux espèces que l’on a définies et nommées, avant ce moment de les comprendre dans une seule pensée: l’une, la physique générale; et l’autre , la physiologie.

L’on se propose dans cet écrit, de restreindre, autant que cela se pourra faire, les applications de cette découverte aux faits, c{ue les doctrinaires vitalistes, qui ont toujours méconnu les cas de vive action dans toutes les parties de la matière, se trouvent avoir été induits à résolument affirmer que l’on pouvoit et que l’on devoit même, à l’égard des êtres organisés, recourir comme moyens d’explications, à la création de forces occultes, à un principe d’animation et à la supposition d’une chimie vivante, étrangère à toute généralisation quelconque ; spécialité, quiauroit reçu par conséquent le pouvoir de soustraire certaines productions au concours et aux attributs indéfinis des lois de l’univers.

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sidérois, sans y rien comprendre alors, l’association tératolo- (jique , la greffe si singulièrement phénoménale dé deux êtres adhérents et paroissant se pénétrer l’un l’autre.

Il n’y avoit alors d’attention que pour certains cas spéciaux de cette nature. Sans intérêt, hors de ces applications, comme sans induction pour chercher quelques traces d’analogie, audelà ou en-deçà , comment auroit-on pu soupçonner dans une spécialité aussi étrange une telle condition à généraliser ? Ce ne fut donc que quand mon esprit fut éveillé sur les circonstances phénoménales qui ramenoient, au milieu des plus grands désordres subis par l’organisation animale, des faits de règle, que, dis-je, ne pouvant penser que la Nature s’en vînt dévier de sa marche ordinaire, quelle toujours simple et uniforme, changeroit ses lois et comme de principes, pour vouloir des arrangements autres et produits uniquement au bénéfice de la monstruosité, je demandai aux faits normaux de l’organisation une même répétition dans ses procédés. J’espérai y rencontrer enfin le même mode défaire, mais déguisé jusque-là sons une apparence trompeuse et sans doute livré à des croyances d’explications abusives.

Cette prévision justifiée et après ce premier succès, je voulus donner à cette vue une racine plus profonde; et j’en vins à penser qu’il n’y avoit point, pour l’organisation animale, des matériaux et des régies qui lui fussent exclusivement consacrés, et qu’il n’existoit, pour des esprits superficiels, que des résistances apparentes, mais non réelles, aux lois d’affinité des corps bruts ; lesquelles ne pourroient manquer d’avoir leur cause dans un principe incompris d’arrangements constituant la disposition du tissu organique. Portant ainsi plus haut mon

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sentiment de recherches , je crus à une même règle, à une même puissance de la matière, établissant une même activité par-tout, en sorte que, si l'admirable machine (c’est ainsi que j’aurai dorénavant à désigner l’être organisé ) donnoit des faits isolés et en apparence contredits par des exceptions, ce seroit qu’à l’égard de la matière, il existe, ou bien quelques propriétés générales inaperçues, qu’un arrangement de fibres dans le tissu animal révèleroit, ou une loi de propagation des fluides à découvrir.

Ainsi se sont enfin généralisés dans mon esprit les cas de

vive action pour tous les corps, que je crois explicables par

l’aptitude qu’a la matière de s’attirer, si ses parties s’avoisinent,

en présentant, les unes à l’égard des autres, le caractère d’une

parfaite homogénéité.

Par conséquent le seul pointa observer, l’instruction à puiser dans le fond commun des choses, c’étoit la tendance des molécules tenuesau devoir d’une affinité élective, jusqu’à ce que, sous l’empire de circonstances déterminées, advinssent leur rencontre de soi devant soi et subsidiairement leur définitive cohésion.

Combien de pensées successives, d’intéressantes observations, et de déductions de siècle en siècle, il a fallu à l’humanité pour en venir là! Mais celle-ci n’attendit pas quelle s’y appliquât séculairement, qu’elle reçût son instruction par le courant et la puissance du temps. Gela ne fut point praticable à l’origine des premières manifestations de la vie sociale, des premiers actes intellectuels : ce qu’on ne sut point, on essaya de le pressentir, de le découvrir même, et l’on fut, de cette manière, entraîné à demander à son imagination une prompte solution des mystères physiologiques de la vie ; de ce qu’il s’en manifestoit audehors. Il ne s’agissoit donc de rien moins, dans cette vivepréoc-

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cupation, que d’obtenir ipso facto et de vouloir pratiquement la connoissance de tous les faits d’activité et des principes de l’organisation. Et cette précipitation ne tenoit pas uniquement au caractère curieux et naturellement investigateur de l’homme : c’étoit presque, dès-lors, une obligation; car enfin, chacun se croit toujours compromis, du moins intéressé dans tous les enjeux des actions vitales : chacun entre à son tour dans la pratique des développements à produire et à nourrir en soi : c’est décidément sa propre personne que l’on trouve engagée dans ces sortes de tourbillons, où ne sont que profonds mystères. Ne devoit-on point autrefois, puisqu’il y avoit à cet effet une conduite à tenir, désirer savoir vite, afin de pouvoir promptement soustraire toutes les parties de sa substance corporelle aux chances de l’erreur?

Or tout cela se passoit ainsi dès l’aurore de la civilisation chez une nation vive, spirituelle, qui négligeoit le matériel des choses pour s’en tenir à leur manifestation extérieure. Pouvoit-elle, sous la pensée préoccupante de ses besoins, deviner que l’organisation des corps vivants, pour être appréciée, réclamoit l’observation de données si nombreuses, qu’il ne falloit rien moins que la lente investigation des siècles pour s’enquérir utilement des faits? Qu’ont voulu et imaginé les Grecs? c’est qu’en attendant que la construction de Yadmirable machine eût fourni à toutes les instructions désirables, et que la science pût devenir à son égard rationnelle, ils tinssent pour connu ce qui leur apparoissoit de cette œuvre admirable, ses actions, ses mouvements, ses relations, sa vitalité, ses combinaisons, ses intus-susceptions , sa capacité pour l’intelligence, et généralement sa manière d’être à l’égard de toutes les parties de son monde ambiant : ils supposoieut pouvoir s’en tenir à cet ensemr

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ble de scènes variées et tout expliquer d’après ces manifestations extérieures. C’est ainsi que fut combinée et produite chez les Grecs la physiologie, c’est-à-dire leur savoir pour l’explication du jeu des organes, et tout cela bit arrangé avant qu’ils eussent songé à l’anatomie, laquelle doit analyser et définir chaque organe.

La théorie physiologique du vitalisme prit donc nécessairement naissance chez les Grecs. Des habitudes se fixèrent, les explications alloient au plus près de la manifestation des actes ; tout se raisonna avec intelligence, et il n’y eut plus après que des disciples pour répéter: Ainsi l'a dit le maître.

Mais chez les Grecs eux-mêmes, la doctrine du vitalisme rencontra déjades adversaires; et des protestations,sur-tout dans les âges suivants, n’attendirent pas la venue des lumières, ni les données d’une autre doctrine en remplacement , pour se formuler dans de puissants arguments. Je m’y suis moi-même appliqué en 1 83 1, et j’ai en effet déposé dans une feuille hebdomadaire quelques réflexions que je crois utile de reproduire ici , et qu’une circonstance du mouvement social m’avoit suggérées contre l’entraînement d’alors, à l’égard de ce que l’on nommoit Théorie du vitalisme.

Et en effet, deux ouvrages considérables venoient de paroître , l’un d’eux embrassant les plus hautes questions de la physiologie ; tous deux écrits avec savoir, logique et puissance de pensées, mais tous deux inspirés diversement et contraires l’un à l’autre sous le point de vue de la doctrine des forces vitales. L’un de ces ouvrages a pour titre : Lois de l'organisme vivant, par M. Fourcault (i), médecin à Houdan (Seine-et-Oise) ; et l’autre : P/^5io/ogie comparée, par M. Isidore Bourdon, habile médecin placé à

(i) Ce n’est point que je recommande spécialement les combinaisons auxquelles

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la tête d’un des ])lus importants établissements d’eaux thermales de la France. Je rappelle ces publications contemporaines et récentes, comme fournissant une preuve que les opinions contradictoires des doctrines physiologiques sont tou jours en présence.

M. Fourcault, poursuivant avec autant d’énergie que de persévérance ses recherches physico-chimiques, dont il a enrichi la science médicale, rejeta totalement l’emploi et les explications des forces vitales; et j ai au contraire trouvé dès le début du livre de son savant antagoniste, la profession de foi sur le vitalisme que fait connoître la phrase suivante : « Tous les êtres vivants résistent aux lois d affinité des corps bruts , et les composés qu ils forment sont dus à d autres lois que celles par qui s'opèrent les mixtes de la chimie.^')

L’importance de ces grandes questions est aujourd’hui de mieux en mieux comprise : les esprits s’y portent avec ardeur ; on hésite moins, et peut-être même les forces des deux partis se dessinent-elles assez bien pour que fon puisse apercevoir quelles se balancent. La controverse n’en devient que plus utile ; car où placer ee qu’on en pourroit considérer comme la pierre angulaire( i) ?

IM. Fourcault est arrivé: l’absence de quelques idées intermédiaires s’y fait sentir; aussi ce que j’entends louer dans ce physiologiste, c’est lajusicsse et la force de son esprit, qui l’ont préservé de la fausse route où les vitalistes sont engagés. Car, quant à M. Fourcault, déplorons qu’un homme de cette trempe d’esprit n’ait reçu de la fortune que la charge d’occupations médicales dans un lieu bien trop circonscrit pour sa capacité.

(i) J’avois ici placé une notice pour rappeler d’importants travaux faits dans l’esprit de ces recherches; elle viendra plus utilement ailleurs. Car, quand je me suis décidé à ne citer que les deux ouvrages précédemment nommés, je ne m’étois proposé, pour plus de commodité, qu’à me donner les moyens de restreindre à deux termes opposés, mais nettement formulés, les débats de la discussion suivante.

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J’ai, tout au commencement de cet article, suffisamment fait coniioître mon sentiment personnel pour que je n’use plus d’aucun ménagement, comme je l’avois fait dans une autre circonstance. D’abord je ne me dissimule point qu’en me tenant aux seuls raisonnements logiques qui y ont été employés , j’ai fort peu, presque rien à signaler à l’égard de certains esprits aussi capables comme observateurs que convaincus par l’exercice et le savoir de la méditation ; mais, au sujet de leurs antagonistes, les redites ne sont point de trop. Leurs principes sur l’action des forces vitales deviennent la base des conseils qu’ils sont appelés à donner comme médecins, et leurs erreurs alors sont un malheur qui pèse sur la société.

Le mieux seroit d’arriver, sans autre déduction, aux conditions des promesses du titre du présent Mémoire, c’est-à-dire de se porter, de plein saut, à une théorie nette et radicalement démonstrative, qui puisse être de suite opposée et substituée aux erreurs de l’enfance de l’humanité. Mais n’y auroit-il à faire intervenir ici que son caractère d’étrange nouveauté, et bien d’autres susceptibilités qu’il est inutile d’énumérer à présent, j’ai pensé que d’abord il falloit attaquer les anciennes idées sur le lieu même de leur terrain, et démontrer que , ne pourroit-on jamais trouver quelque chose de mieux à produire, les opinions qui ont régné dans la science sont et doivent être abandonnées, parcequ’il est possible d’établir qu elles sont en soi sans racines réelles, ou mieux tout-à-fait erronées.

En cherchant cette position , je rends excusables, désirables même, tous mes efforts pour une explication meilleure ; j’appelle sur eux une bienveillante attention.

Ainsi, je vais commencer par rechercher ce qu’il y a, ou de

i32 doctrine du vitalisme inadmissible.

vrai, ou seulement de spécieux dans l’ancienne manière d’entendre et de mettre en pratique la théorie du vitalisme.

Examen de quelques considérations métaphysiques ^ a opposer aux principes, eux-mêmes métaphysiques^ de la doctrine du vitalisme.

La vie fut d’abord considérée par l’homme dans sa manifestation chez l’homme et les animaux. Comprise d’une manière générale, la vie est le résultat d’actions concertées à l’égard d’un corps formé de plusieurs parties, qui àpparoissent comme faites les unes pour les autres, et qui doivent cette apparence à leurs rapports mutuels et au concert qui en résulte. Des objets placés les uns vis-à-vis des autres et dans des rapports mutuels, constituent ainsi un arrangement systématique. Cet état de choses, que nous rencontrons chez les êtres vivants, a fait imaginer le nom de système organique, productions organisées, pour tout corps en qui de tels arrangements se voient. Or tenons-nous-en pour l’instant à cette notion ; et, pour juger en soi cette unique circonstance , cherchons à écarter de nos souvenirs tout ce qu’il y a de faits, tout ce qui existe, en notre pensée, de considérations qui s’y rapportent, comme les autres propriétés des êtres, propriétés essentielles et indivisibles qui compliquent l’être vivant par excellence, et qui nous ont fait admettre plus haut à son égard le nom di admirable machine.

Essayons, pour les apprécier en elles-mêmes , d’embrasser les manifestations de la vie dans des exemples dont toutes les conditions nous sont révélées, comme dans le facile examen de simples machines construites par la main des hommes.

ÉTUDES MÉTAPHYSIQUES. l33

Soit la composition d’une montre dont je m’établis l’observateur, en m’accordant, par hypothèse, que j’ignore sous quelle influence toutes ses parties agissantes exercent leur mouvement. C’est donc, dans l’hypothèse admise, une machine également merveilleuse , et bien digne d’occuper au plus haut degré les facultés de mon esprit; car là sont beaucoup de pièces faites avec différents métaux, de forme, de grandeur et d’un usage très divers. Une main savamment créatrice se reconnoît à I habile disposition de ces matériaux, puisque, d’une pièce à l’autre, ils se correspondent ; telles dents pour tel engrenage. Là donc est un système organisé ; j’alloisdire, là sont de véritables organes, entendant sous ce nom, dans sa plus haute acception, toute partie d’un tout étant d’une structure régulière et arrangée afin d’entrer en fonctions avec d’autres parties aussi prédisposées de même ; car ici ce ne sont pas seulement des relations mutuelles, une convenance réciproque de tous ces matériaux , qui captivent l’esprit ; évidemment une répartition intelligente en a fait des parties propres à agir pour un but commun. A leurs mouvements harmoniques on voit que ce sont les pièces nécessaires d’un ensemble indivisible. Or, si dans ces rapports sont les conditions de l’individualité, j’observe donc un individu organisé.

Je vais plus loin; car il y a faits manifestes pour que je croie à un individu, non pas seulement organisé, mais qui est de plus vivant , tant que durent le jeu et l’harmonie de toutes ses parties . entrées en action : et, au contraire, à un individu frappé de mort, si j’ai brisé ou soustrait une ou plusieurs de ses parties , de même que si j’en ai paralysé l’action par l’introduction intempestive d’un ou de plusieurs corps étrangers.

Tels sont sans doute les résultats d’un premier examen, telles

DOCTRINE DU VITALISME INADMISSIBLE

(le premières impressions pour un observateur qui considère une machine aussi compliquée qu’une montre, si, conformément à l’hypothèse précitée, il ne sait rien des causes d’action ou de mouvement de cette machine.

Ne pouvant remonter à ces causes, il n’aura d’espoir que dans une marche rétrograde; il reviendra à ces pièces déjà examinées, pour les réétudier dès leur extraction de la mine, pour juger des faits de leurs successives transformations. Or, ce qui est d’abord de fessence de ces éléments, ce qui constitue leurs primitives propriétés, c’est d’être soumis à la gravitation, et même d’une manière plus marquée que toutes les autres parties du sol. Cependant ce n’est point ce fait général de la force de la gravitation (i), que manifestent toutes les pièces ouvragées d’une montre, alors qu’elles sont mises en mouvement.

Concluant sur cette apparence, seule ressource pour les raisonnements c|ui n’ont pas, comme dans l’hypothèse admise, une base plus solide, en viendrons-nous à prononcer sur ces faits, ([u’ils choquent notre raison, et qu’ils sont inadmissibles à titre de contradictoires? Pour un si foible effort de notre esprit après cette première observation, faudra-t-il s’en prendre à la Nature, l’accuser de changements désordonnés, la dire enfin prodigue de lois qui se contredisent? car s’il nous faut conclure au sujet des faits de la proposition que nous examinons, nous avons vraiment sous les yeux un corps organisé, que de certaines allures montrent en résistance aux lois d’affinité des corps bruts.

Dans cette suite de raisonnements je n’ai fait que suivre pas à

(1) Je serai conduit par le développement dans le paragraphe suivant à attacher un sens plus précis et plus rigoureux aux mots force de gravitation : je m’en sers ici dans l’esprit et selon l’acception que l’usage a fait admettre.

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pas les opérations mentales du physiologiste attaché à la théorie des forces vitales; n’est-ce pas cela qu’il a posé en fait, cela même qu’il affirme dans la proposition rapportée ci-dessus?

Ici faisons une distinction nécessaire : ce sont deux choses différentes que l’essence de la vie et le fait qui approjtrie les organes aux fonctions vitales. Un charron voudra établir des roues de carrosse : il en prend les matériaux dans du bois d’orme ou de frêne. Il est évident qu’en façonnant son bois, il n’en change point la nature, les propriétés fondamentales. Seulement il dispose ses matériaux pour être prêts à de nouvelles formes, et, à cause de ces formes qu’il leur impose, pour que ces matériaux conviennent à l’usage auquel il les destine. Le bois garde son essence ])remière, tout en acquérant de nouvelles propriétés, le principe de quelques facultés de plus, les conditions, qui en feront un instrument propre à rouler autour de son axe. Qu’une impulsion soit donnée à cette machine, elle est vivante à sa manière et tant que persévère cette force imprimée. Dans la machine faite et dans l’impulsion à lui imprimer, sont deux choses différentes.

Cependant, continuons, et ne prenons des actions de l’horloger que celles qui sont d’application à notre thèse. Cet artiste prodigue les trésors de son intelligence, afin de placer dans toutes les parties de son œuvre des conditions de dépendance réciproque, de relations et d’enchevêtrement, afin de l’établir avec le caractère de l’individualité ou de l’unité, afin d’y imprimer de l’accord et de l’harmonie. Or, qu’est-il apporté de plus dans cette œuvre? un principe qui en devient lame, des rapports nécessaires qui en font un système coordonné, une prédisposition par^ tout, qui amène la machine à fonctionner comme un être organisé vivant.

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De ces remarques que conclure? Ce travail intelligent de l’artiste, en convertissant en rouages des métaux sortis bruts du sein de la terre , n’en a point changé la nature : avant comme après la transformation de ces matériaux, ils avoient et continuent d’avoir toutes les qualités des corps bruts, toutes celles des mixtes ou composés de la chimie. Seulement ils sont élevés à un degré supérieur de valeur et de capacité, alors qu’ils sont confectionnés pour un but assigné. Ce ne sont plus des corps bruts proprement dits, car ils ont été habilement ouvragés ; mais, quoique organisés, ils ont retenu toutes les propriétés inhérentes aux corps bruts , toutes celles de leur première siluation. Ici se doit encore placer la remarque que leurs métamorphoses ne les rendent plus propres à de tels anciens usages, mais à d’autres; c’est la conséquence de leurs nouvelles formes, d’un second âge dans le cours de leur existence. Ainsi, également parvenus dans cette seconde époque aux formes précises d’un organe, tous ces matériaux n’attendent plus qu’un motif d’entrer en jeu, qu’une impulsion quelconque pour l’activité vitale, à laquelle les ont rendus propres et les ont destinés tant de mesures antécédentes.

La machine est-elle en mouvement, ce ne sera point une ré- Si5^anceà laloide la pesanteur qu elle manifestera. En effet, laloi delà gravitation s’exerce néanmoins, tantôt d’une manière absolue à l’égard des corps en repos , et tantôt en raison composée pour les corps, qui sont sollicités au mouvement par une impulsion imprimée. La lune ne tombe point sur la terre, où l’appelle la force de la gravitation, parcequ’elle est tenue, en outre, de satisfaire à la force d’impulsion. Que l’on ne soit point attentif à cette dernière circonstance, faudra-t-il déclarer cet astre en état de résistance à l’égard de la terre ? Nullement , sans doute. Et en effet , que, privé

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