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De la loi d'attraction de SOI POUR SOI; pidncipe de philosophie naturelle , à substituer aux explications des vitalistes.
Maintenant reprenons les choses de plus haut. Nouveauté dans le sujet, leur liaison dans tout, et par-tout une pénétration si profonde, que c’est vraiment merveille, et difficultés, par conséquent, de ramener les esprits à une autre manière de les envisa{>er. Que de soins à donner à la netteté de l’expression! que de lucidité est là nécessaire!
Et d’abord l’on a mis en avant que l’on n’a su rien imaginer de mieux en faveur de la doctrine de vitalisme, ni trouver de meilleur argument que rimjiuissance de mieux produire pour l’usage social. Or c’est aborder ce point et réduire au néant cette argu-
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inentation que de produire les vues du présent article. Nous avons, tout eu commençant cet écrit, déjà répondu à cette pensée t[ue riiumanité, qui effectivement a dû se rendre sans cesse attentive à son intérêt et à son instinct pour la vérité des choses, n’avoit point dû agir avec une persévérance aussi soutenue sans une conviction, laquelle d’ailleurs a bien encore le droit de se prévaloir d’avoir été acquise dans les beaux jours d’une création soudaine et toute puissante pour la philosophie. Mais j’ai déjà fait remarquer, que l’on céda moins à la séduction d’un sentiment instinctif, qu’à la nécessité de se pourvoir au plus vite d’une règle de conduite. Que l’on ne parvienne point de plein saut à la vérité, l’on se fourvoie en s’engageant dans un océan de difficultés : mais c’est déjà se mettre en bonne voie pour faire cesser d’anciennes habitudes d’ignorance que de connoître ses besoins , d'y introduire un ]n’incipe de recherches, d’y jeter le germe d’un système, et d’être amené à un à-peu-près vrai : ce n’est le plus souvent qu’au prix d’un essai malheureux, mais transitoire , que l’on arrive enfin à quelque chose de net et de vraiment rigoureux; récompense réservée à un travail opiniâtre.
Tout à ces réflexions, j’ai compris l’empire qu’ont si long-temps exercé les théories des forces occultes, d’animation et d’emploi de moyens mystérieux et miraculeux. Il y avoitbien aussi au fond de tout cela une arrière-pensée voulue contre la vérité, un peu de mauvaise passion, c’est-à-dire tous les sentiments injustes de l’orgueil, de cet orgueil qui conseilloit à l’homme de se créer, de s’attribuer une plus haute et plus noble origine qu’aux choses répandues autour de lui, et sur lesquelles sa toute-puissance de savoir intelligentdevoit luiavoir donné une réelle prédominance.
Quoi qu’il en soit, cette dii ection et les effets qui en découlent
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étant imprimés aux choses et s’y trouvant aussi profondément enracinés, il n’est aujourd’hui que plus difficile, et peut-être impossible, d’entrer sans préjugés dans l’examen calme et réfléchide toutes les actions de la nature, et d’arriver sur les matériaux de runivers pour les voir en eux-mêmes et sans y mêler quelque ])eu de réflexions orgueilleuses sur la noblesse originelle de l’homme; aussi depuis 33 ans que mon esprit est incessamment poursuivi par de telles idées, je n’avois point osé (^joiblesse d'âme qui in affliqeoit) et je vivois dans la persuasion que je n’oserois jamais dire, après un laps de temps aussi long, ce que j’ai toujours considéré comme vrai, à l’égard de ce que je vais raconter.
Disons ingénument comment cette possession d’idées m’est advenue. Chacun pourra m’arrêter sur la route pour me condamner dans son for intérieur, ou du moins j’en vais donner à chacun les moyens (i).
(i) Admettant d’après le titre de ce paragraphe que j’en viens à fonder une nouvelle physiologie, je suis donc dans la croyance d’avoir fait une découverte. Si c’est après tant de siècles écoulés qu’il me fût réservé de la faire, elle avoit apparemment sa d ifficulté. Le mieux pour la faire comprendre, c’est d’en présenter l’histoire, d’introduire le lecteur dans les secrets de son enfantement et de faire que le lecteur jtige, au furet à mesure du développement des idées, du caractère plus ou moins rationnel qu’on auroit employé à cet effet. Tel est le but de la narration expositive que l’on va lire.
Car on s’ahuseroit étrangement si l’on venoit à supposer qu’on agit là en vertu de l’exploitation d’une grande pensée, qui n’auroitplus coûté d’autres efforts que ceux d’avoir été suivie et étendue. En pareille occurrence, l’on puise originellement et largement à une source inconnue; à l’inventeur du moins. C’est d’abord une idée qui vous saisit sous la révélation et l’impression d^un fait nécessaire, et que des facultés logiques vous portent à mener par embranchements, de rameaux en rameaux, enfin jusqu’à la branche la plus déliée et terminale.
Plus tard , arrivent les érudits, qui, riches d’une lecture étendue, ne manquent
La révélation du principe de \ attraction de SOI POUR SOI en tant que c’est une ordonnée universelle pour tons les cas d’affinités électives des choses, fut produite en moi à deux reprises différentes, en i8ot , et en 1827 : la première fois, dans les derniers
point de dire à l’auteur : » Votre principe d’attraction, vous l’avez pris par-tout, Il dans l’antiquité, comme chez les modernes; et il étoit naturel qu’étant devenu, Il sous la main puissante d’un Newton , une cause toute merveilleuse pour le lien Il des masses du grand univers planétaire, vous y ayez recousu , à un second moment, 11 des inventions quant aux détails des choses. »
J’admets ce raisonnement, et j’en accroîtrai l’importance, lorsque, rédigeant un article d’érudition déjà promis, je rechercherai où s’est souvent, chez de certains penseurs, rencontré le germe d’une partiedes vues du présent écrit. Mais quoi qu’il arrive, je suis toujours obligé de prendre pour moi, le mérite ou le blâme, mais surtout la condition de l’innovation du fait principal ; la théorie de soi pour soi Car s’il y a quelque part découverte, c’est là qu’elle se trouve: ce n’est pas le moment de s’en expliquer plus au long.
Cependant on demandera à cette théorie d’aller d’abord subir l’épreuve des grands calculs; où le Géomètre n’a point passé, il est convenu de ne rien concéder. Buffon s’est très vivement récrié contre ces prétentions des savants calculateurs, affirmant que leur rôle consiste à venir contrôler l’œuvre des hommes de génie, et soutenant qu’une idée-mère n’a jamais pris naissance au milieu des chiffres.
La pensée-mère de l’attraction planétaire, en la fondant sur la considération de masse et de distance relatives, n’est point née, mais fut vérifiée par le calcul, et l’a encore été de nos jours par les belles recherches de Laplace, appliquées aux irrégularités apparentes de la lune. Cauchy, maniant le calcul avec une puissance très grande de talent, n’invente point de principes, non plus que Liszt au piano,, que Paganini sur son violon. Leur talent, à tous trois, est immense sans doute: mais il est du même ordre. Ces hommes, d’une si puissante et si brillante exécution, étendent à l’infini les conséquences de leurs moyens desaisirdes rapports, qu’ils conçoivent et suivent sans rien omettre. C’est comme un fleuve considérable qui se ramifie de plus en plus, dont les subdivisions bien coordonnées et savamment combinées, sont gardées dans l’esprit, et qui, toujours aperçues et rendues dansleur ensemble, plaisent par la grâce, l’abondance et la lucidité de l’habile exécutant: ainsi fait le génie capable du souvenir instantané et de la poursuite persévérante de ces communs rapports.
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temps de mon séjour en É^^ypte, et, récemment, durant mes recherches sur la monstruosité.
Cette première fois, c’étoit quand je fus acculé sur la place d’Al exandrie, ce dernier morceau de la colonie qui nous étoit disputé, et que lesAnglois assiégeoient. Ils y procédoient par une j)luie de bombes très abondamment nourrie , afin de se dispenser de nous approcher de plus près.
Bien qu’il y eût là matièreà un spectacle très préoccupant, j’en fus soudainement distrait par l’apport que l’on me fit de deux poissons vivants, par la présence des deux poissons électriques de la contrée. L’un avoitété pris dans le Nil, le malaptérure, si/wrus electriciis; et l’autre, qui fut pêché dans le port d’Alexandrie , la torpille, raiatorpedo.
Cette réunion, que j’avois souvent désiré de rencontrer, et que plusieurs fois j’avois provoquée, mais qui cette fois fut fortuite, uniquement causée par la cupidité des pêcheurs et à cause de leurs anciens souvenirs, formoit un événement à portée, selon moi, d’un si puissant enseignement, qu’il me captiva exclusivement. Et en effet, que de raisons pour en être vivement occupé! J’y trouvois l’attrait de profiter d’une occasion qui ne se renouvelleroit plus pour moi, mais sur-tout l’inestimable avantage d’assister à la plus curieuse des expériences physiologiques, car celle-ci avoit pour producteurs deux espèces excessivement différentes. Pour que l’on conçoive ce point d’intérêt, je rappellerai que Liunée,dans ses premiers essais de classification, avoitrangé à part et sous le nom à'amphibia liantes^ les poissons cartilagineux, dont la torpille fait partie, et les poissonsosseux, le silure électrique étant l’un de ces vrais poissons. Or, j’inclinois tout-à-fait pour le sentiment de Linnée, et , de plus , cette autre réflexion préoccupoit
encore mon esprit; c’est qu’il y avoit grand nombre de raies et bon nombre aussi de silures; mais une seule raie, la torpille, et un seul silure, le raalaptérure, étoient électriques.
C’en fut assez pour me distraire de tout le brouhaha du siège, pour m’engager à subordonner à l’examen de ma fjuestion de philosophie naturelle, tous les évènements militaires, et le jet des bombes, etles incendieslocaux, et les surprises des assiégeants, et les cris plaintifs des victimes succombant dans la lutte; et malgré ce qu’avoit d’étourdissant ce spectacle et d’inquiétant sa pénible éventualité, je restai sous l’impression, et, je crois pouvoir ajouter, sous le charme des scènes d’électricité dont je devins assidûment l’expérimentateur : et y intervenant avec une bien vive ardeur, je fus pris d’une fièvre de travail qui m’a tenu durant trois semaines (i), jusqu’au jour de mon embarquement , que je
(1) Durant le cours de cette ardente préoccupation, je trouvai du temps, ei je pus réussir dans une néj>ociation bien grave. On se disposoit, après la reddition de la place, à spolier la Commission des arts de ses richesses personnelles, collections, dessins et manuscrits. La Commission, T'ouiier à sa tête, arrivoit aux a ttérages d’Alexandrie, où elle fut momentanément consignée en quarantaine; elle fuyoit les désastres militaires du Caire, et retomboit dans ceux dirigés et accrus par l’impéritie du général Menou. Libre d’agir, je me dévouai pour défendre mes amis menacés, eux et leurs trésors intellectuels. Fourier m’en prioit et craignoit toutefois la préoccupation ardente de mes[ travaux. 11 prit confiance en tnoi, et les récits des derniers événements du siège, dans le Livre des Victoires et Coiiqtiêtes, etc. , et principalement dans le magnifique et nouvel ouvrage qui reproduit l’Histoire des François en Égypte ( De7iam et Delamarre , éditeurs, et L. Reybaud, rédacteur) , font mention de mes efforts et de l’beureuse issue de ma négociation.
Abandonnés par notre général , et livrés par un article de la capitulation, nous allions être soumis à une exécution militaire. Un antiquaire, M. Hamilton, y poussoit , voulant pour lui et pour sa nation nos riches portefeuilles , que cet Anglais qualifioit déjà du titre de dépouilles opimes. Hamilton fait de dernières démarches : les ordres sont rigoureux; l’armée sera retenue. Ma dernière réplique est celle-ci;
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fus, à cause de mon frère [Marc- diitoine Geoffroy) commandant du génie, autorisé à effectuer sur le bâtiment qui ramenoit en France et les hommes et tout le matériel de Farmée du génie. Qu’il me soit permis de citer les bons amis et compagnons de mon frère, aujourd’hui les généraux Bertrand , Dode, Michaux et de Ponthon , lesquels m’accueillirent avec une touchante bonté.
Cette lièvre causée par un excès de méditations et de travail, ( je ne pouvois goûter qu’une heure ou deux au plus de sommeil durant les vingt-quatre delà journée), cette fièvre effraya à un tel point mon frère, qu’il me confia aux soins de mon honorable ami et collègue, le baron Larrey. Ce fut une crise qui eut ses phases d’exaltation, durant lesquelles les grandes satisfactions de l’esprit ii’avoient point préservé le corps d’abattement et d’exténuatimî : mes traits s’altérèrent et je fus dans un danger imminent. Car il mefallut, dans ce court intervalle de trois semaines, repasser dans mon esprit soixante-quatre fois tous mes souvenirs des scieiicesjà cause de soixante-quatre formules hypothétiques , c|ue je me mis en devoir d’examiner, et de comparer ensemble.
Les manifestations phénoménales de mes deux poissons m’avoient amené à dépasser le cercle de leurs considérations, à con-
Hamilton, vos baïonnettes' n' entreront que dans deux jours dans la place; nous leur livrerons alors }ios personnes; mais d’ici là, ce que vous demandez sera détruit. Notre sacrifice va s’accomplir. Nous brillerons nous-mêmes nos richesses : c’est à de la célébrité que vous visez. Eh bien! comptez sur les souvenirs de [histoire: vous aurez aussi bridé une bibliothèque dans Alexandrie,
Notre profond désespoir fit péripétie, raconte l’historien. Mamihoii frémit , son visage en fut bouleversé.,.. Il nous servit depuis en ami dévoué et affectueux.
Fourier reconnut que sans la disposition aux vives émotions, dans laquelle les spéculations de mon esprit m’avoient placé, je n’eusse jamais produit ces accents, qui entrèrent si avant dans l’ame de notre cauteleux spoliateur.
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dure d’elles aux actions nerveuses et, de ces faits de l’aninialité, à toutes les productions phénoménales du monde matériel. Savoir est si doux, quand on est posé sur une série de déductions qui apparoissent dans l’esprit avec le caractère d’une parfaite lucidité, qu’il ne m’arrivoit plus en pensée, qu’un éclat de J)ombe pouvoit instantanément précipiter dans l’abyme et moi et mes documents; ou plutôt je m’étois mis dans la situation d’en finir avec calme à l’égard de mon voyage et de toutes choses pour moi sur la terre, changeant en préoccupations attachantes quelques moments de sinistres appréhensions. Et pouvoit-il en être autrement? Quand les sciences n’amènent point ceux qui les cultivent àdes vuessordidementintéressées, et qu elles ne créent point des hommes à métier qui recherchent exclusivement des honneurs et des distinctions sociales, elles portent à de telles impressions. Je remplis un devoir de sincérité et d’honnête homme dans le soin que je prends en racontant cet événement de ma vie, et en me montrant posé un instant sous l’action presqu’exclusive de mes sens intérieurs : c’est livrer un fait d’une information scientifique que de faire connoître que mes sens extérieurs avoient, en effet, été momentanément à demi paralysés. Ce ne fut donc qu’à la suite de ces opérations de l’esprit, qu’à peine j’avois été le maître de gouverner, que le principe de l’attraction de SOI pour SOI me fut révélé, et qu’il s’est trouvé définitivement former la plus haute conséquence de mes vues et de mes aperçus sur toutes les branches des sciences; vues que j’ai recueillies en tel nombre, que je n’essaie point d’en présenter l’énumération.
Les choses à ce point et à mon retour en France, d’autres devoirs y réclamèrent mes soins. Il ne m’y fut plus possible de songer à faire connoître l’enchaînement de cesidées. Refroidi d’ailleurs par
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plusieurs mois déjà écoulés, j’écoutai quelques conseils; et moimême, j’eus à craindre d’éprouver la même mésaventure qui arriva à Goethe, lors de la publication d’un de ses livres.
Ce {jrand homme, étant dans le milieu de son âge, à 4o ans , est pris de dégoût sur le spectacle qu’il s’exagère des menées démagogiques de la France en 1790. 11 prend soudainement le parti de renoncer à ses travaux comme poète, moraliste et écrivain philosophe, et il se rend dans une campagne écartée, en Italie, oii il s’enferme. Ce ne sont plus les fictions sublimes et toutes les gracieuses idées de ses premières compositions, qui l’occupent dans sa retraite, mais les réalités plus sérieuses et les rapports des choses dans la contemplation des plantes vivantes. Et, comme il avoit assez exactement suivi, à l’âge de 16 ans, les leçons de son professeur de Leipsick, le célèbre botaniste Lud^ wig, chez lequel il avoit demeuré au titre de pensionnaire, il mit à profit dans sa solitude les souvenirs de cet âge. Goethe en fut réduit là pour se procurer (juelque distraction : mais son esprit progressif ne trouve pas seulement des soulagements de lame dans cette contemplation de la Nature, il s’arrête sur les formes des végétaux : il conçoit les rapports de Tune à l’autre; il y aperçoit le principe d’une transformation, et arrive enfin à l’idée que dans le spectacle si varié de tant de végétaux, quelque chose de constamment uniforme y domine sans cesse. C’est la théorie de l’unité de composition organique pour les fleurs, qu’il se trouve avoir imaginée ; et sans trop se rendre compte du savoir ou plutôt du j)eu de savoir de son temps, Goethe écrivit ses pensées en aphorismes et pour lui tenir un jour lieu d’élément de souvenirs: [)uis il y prit goût et il les imprima et les publia sous le titre de : Essai sur la métamorphose des plantes.
La forme étrange de ce livre, encore plus que le fond des idées, lit qu’on ne comprit point ce grand écrivain : il n’avoit encore donné aucune garantie comme naturaliste; et il lui arriva de recueillir des improbations, dont quelques unes allèrent juscpi’à l’offense. Il n’y avoit point de cerveaux préparés pour la combinaison de ces idées : ce ne Lut que vingt-sept ans après, lorsrpie Decandolle eut donné la connoissance des idées intermédiaires et eut amené les botanistes à la conception et aux déductions logi- ([ues de ces belles études, que l’on connut et admira plus tard l’ouvrage publié par Goethe en 1790 : Decandolle donna effectivement, en 1817 , un premier livre analogue : De la symétrie et de la métamorphose des plantes , puis en 1826 une addition à ces idées dans son Organographie végétale.
De tels souvenirs étoient faits pour me donner à penser : je réprimai donc, étant rendu en France, ma première impression, .le sus faire le sacrifice de ce qu’à tort ou avec raison je consi dérois comme une vue féconde par sa généralité et de ce que je m’étois accoutumé à appeler une loi universelle , laquelle exposeroit l’appréciation et donneroit la raison de l’affinité propre aux molécules, le feroit enfin dans de certaines conditions données.
Je n’avois ni l’aplomb par l’âge, ni les trésors d’intelligence, ni les admirables chefs-d’œuvre du jihilosophe allemand à invoquer pour en imposer à l’opinion. Si j’avois commis la faute de parler de choses pour lesquelles il n’y avoit encore dans la société ni préparation, ni éducation, je me serois exposé aux memes disgrâces, et je n’aurois pas eu comme l’auteur de Faust, la ressource de m’en relever par d’admirables écrits ; je pris la résolution de n’aller chercher de juges nulle part. Moi, seul contre tous, je m’exposois à ce que chacun se prît à me répondre : Je ne
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pense point comme VOUS. Or, coaraiitces chances bien hasardeuses (moi contre tous), c’eût été aller au devant d’une telle réponse, tout naturellement prévue à l’avance. Je pris donc la résolution ou d’attendre des temps plus favorables, ou, ce qui devenoitplus simple et plus facile, de me taire à jamais.
Cependant ces temps prévus pour offrir quelques chances de succès, m’apparurent en iSay: occupé que j’étois de recherches spéciales, de travaux sur la monstruosité, je crus distinguer des cas enfin donnés par la nature, où mon système d’idées n’encourroit plus le reproche d’une existence métaphysique, n’auroit plus à se prévaloirdu seul mérite dedéductions logiques seulement bien suivies : car il alloit revêtir une forme en quelquesortematérielle. La Nature m’avoit apparu prise sur le fait : tout devenoit oculaire; l’affinité de soi pour soi seroit cette fois montrée au doigt et à l’œil. Les monstres doubles me procuroient cette évidente démonstration.
Encouragé par ce fait, qui devra saisir tous les esprits sans prévention, je me suis trouvé ramené à mes vues de 1801; lesquelles furent trente-trois ans incessantes à mon esprit, lesquelles durant trente-trois ans me firent éprouver le supplice de Tantale. Disons, comme je l’ai fait plus haut au sujet de l’apparition de mes deux poissons électriques, disons comment je fus amené à croire, pour d’autres motifs que les premiers, à une action universelle et phénoménale quant aux molécules: car enfin plus de théorie à dévelojiper, mais un fait à dégager du sein des théâtres de l’organisation ; un fait visuel à apporter sous les yeux du corps. Je rentrois de cette manière dans le devoir circonscrit d’un observateur de la Nature; et, arrivé à ce point, je ne suis plus que dans l’exploration de l’idée principale du pré-
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sent écrit; je n’ai plus à en sortir, et par conséquent je ne m’écarterai point de ces pures questions, à débattre, touchant la prétendue doctrine du vitalisme.
Or, voici comment m’advint pour la seconde fois l’idée, comment me fut révélé, par des cas spéciaux de l’organisation des animaux, le principe de l’attraction de soi pour soi. Mes premières études sur la monstruosité, sur celle que l’on distinguoit avant moi sous la qualification de monstruosité par défaut ^ étoient achevées. Je croyois, pour passer de là aux monstres doubles, n’avoir qu’à m’étendre sur une suite de chapitres analogues. Mais point: j’ai voulu saisir un principe commun; je me suis épuisé inutilement en efforts. Et sans plus perdre de paroles et de temps pour rendre compte des fluctuations de mon esprit, j’arrive au dénouement de ma -recherche.
Une heureuse inspiration m’engagea à m’enfermer et à aller méditer solitairement dans une partie retirée de mes appartements; j’y avois fait porter les livres de ma bibliothèque qui étoient enrichis de planches sur la monstruosité. J’y plaçai donc ouverts et comparativement pour l’oeil Aldrovande, Ambroise Paré, Licétus, le recueil des époux Régnault, etc. Je n’avois encore en idée que le pressentiment, qu’en feuilletant et comparant soigneusement entre elles toutes mes planches, j’en viendrois à distinguer les fausses figures des véritables. Jene fus pointfrustré dans cet espoir : car il me fut effectivement facile de distinguer ('U deux lots, chacun étant rangé d’après sa nature d’origine, toutes ces productions bizarres, les unes comme provenant d’enfantements monstrueux, et les autres que je jugeai créées par des cerveaux malades et fantastiques, ou qui avoient puisé leurs motifs dans les rêveries tliéogoniques des premiers âges.
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Mais ce à quoi je n’étois point préparé, ce fut de remarquer parmi les produits de naissance monstrueuse des monstres doubles , f[ui tous avoienl leurs parties accouplées dans un ordre constamment le même^ ce qui me parut introduire un principe d’arrangement au milieu des déviations les plus révoltantes , les ])lus confuses en apparence.
Ces curieux aperçus, je les ai déposés dans le Dictionnaire classique d’histoire naturelle, au mot Monstre , d’où ils ont passé dans un livre qui demeurera dans la science, et qui, pour l’étendue, Tordre, l’importance et l’abondance des faits, prendra le rang d’un ouvrage classique sur la matière : cet ouvrage est de mon fils , devenu mon collègue dans l’Académie des seienees.
Or il m’a paru dans cet ouvrage, sa Tératologie^, avoir si bien compris , extrait et formulé mes vues sur le principe de l'attraction de soi pour soi, que je me garde de rien changer à cette rédaction, et que je l’emploie tout entière, et comme il suit :
«Plusieurs anatomistes de diverses époepies,se livrant à l’examen de quelques cas de monstruosité double, avoient été frappés (i) des rapports remarquables de situation et de connexion qu’offroient, fun à l’égard de l’autre, les deux sujets réunis. Mais c’est dans ces dernières années seulement, qu’on a accordé à ces rapjîorts toute l’attention dont ils sont dignes, et que cet esprit philosophique et généralisateur, qui forme l’un des caractères éminentsdel’époque actuelle,a conduit à ])uiserdansleursétudes
(i) On lit les deux vers suivants dans une longue pièce faite sur un monstre né à Paris en lySo , pièce que l’on trouve toute entière dans le tome III des Histoires prodigieuses :
Opposita oppositis spectantes oribus ora, <
Alternasqve mamts , alternaque crura pedesque.
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un lésultat de la plus grande importance. La régularité de la disposition que présentent entre eux deux sujets réunis, n’est point, ainsi que l’ont cru ([uelques auteurs, une circonstance rare, individuelle, caractéristique pour certains monstres, et les rendant remarquables entre tous les autres; mais elle est constante, commune à tous et se ra])porte à un fait de premier ordre, qui, dans sa haute généralité, embrasse en quelque sorte, à titre de corollaires, tous les autres faits de la monstruosité double. Les deux su jets qui composent un monstre complètement ou partiellement double, sont toujours unw par les fiices homologues de leurs corps; c’est-à-dire opposés coté à côté, se regardant mutuellement, ou bien ado.ssés l’un à l’autre. Chaque partie, cliaque organe chez l’un, correspond constamment à une partie, à un organe similaire chez l’autre. Charpie vaisseau, charnue nerf, chac[ue muscle, placé sous la ligne d’union, va retrouver, au milieu de la complication apparente de toute l’organisation, le vaisseau, le nerf, le muscle de même nom, appartenant à l’autre sujet, comme, dans l’état normal, les deux moitiés, primitivement distinctes et latérales d’un organe uniipie ou médian, viennent se con joindre et s’unir entre elles et sur la ligne médiane, au moment voulu ])ar les lois de leur formation et de leur développement. » TÉRA- TOLOGIE Isidore Geoffroy Saint-Hilaire. ( i).
Qu’il me soit permis d’insister sur les conséipiences des faits relatés et élucidés dans le. passage qu’on vient de lire. Ils contien-
(i) Ce passage est extrait de V Introduction , page 21 : le second volume est terminé, et va être livré à l’impression. Ainsi sera complétée et terminée par un très jeune naturaliste, une œuvre tout-à-la-fois nouvelle et éminemment utile. Le nom de cette science, sa portée, ses principes puisés à l’école pliilosopliicjue de notre actuelle zoologie, et , je crois, le .savoir et la clarté apportés dans la rédaction, formeront de la TércdoloyîeWxn des bons ouvrages de l’époque.
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nent toute une doctrine ; et bien qu’il ne manque point d’esprits ardents pour continuer à faire bonne .{^lierre aux tliéories généralisantes, je prends décidément conseil des sentiments que signale l’épigraphe de mes livres^ utilitati ; et m’inquiétant peu des dangers de ma position, je ne reculerai devant aucune difficulté, sur-tout s’il s’agit de donner une déclaration sincère. Or, ce qu’il me convient présentement de faire, c’est d’examiner, même minutieusement, tous les corollaires, et, faut-il ajouter, le mérite lui-même des explications suivantes.
Car voilà déjà un premier but qui est atteint. Les monstres doubles ne présentent point une pixiduction merveilleuse, c’està-dire, n’apparoissent pas sans nousprofiter comme explication. Un principe général préside à leur formation et s’y manifeste oculairement. Effectivement, je crois impossible de se refuser à ce résultat, cette thèse se trouvant après moi et longuement et très clairement discutée par mon digne et studieux interprète. Car, qui jiourroit contester, sur le vu de ces faits, que toutes les parties greffées dans les accouplements des diverses parties, soient toutes ensemble, et chacune devant chacune, je ne dis pas seulement attirées, mais décidément conjointes, et certes très nécessairement conjointes? Chaque moitié du double monstre est un foyer. De ces deux foyers ou centres d’action, sortentdeux courants allant l’un sur l’autre, c’est-à-dire un afflux réciproque de fluides, de liquides, d’éléments déjà tissés :et si j’ai recours au mot soi pour exprimer d’ensemble toutes les dépendances de chacun des systèmes ou de chacune des deux moitiés du double monstre, n’est-il point évident que SOI du demi-monstre A, apparoissant devant SOI de l’autre moitié B, amène toutes choses similaires à se porter en présence? Le sentiment de l'attraction de la matière
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pour elle-ineme, acquis démonstrativement ])ar les admirables calculs de Newton, est dans tous les esprits; et pour qu’il dût s’étendre en outre aux choses de minime volume, cette démonstration seule de 50i pour 50i manqnoit. Or, j’entends par-là que si deux corps compo.sés d’éléments divers arrivent de deux foyers différents, clieminant réciproquement dans le sens de leurs courants et, en suivant chacun la direction de ses lignes, étant opposés dans leur rencontre, portant chaquesystème au-devantdel autre, de mêmes nerfs et de mêmes tuyaux vasculaires sur mêmes points à leurs tranches terminales, ils sont, chacun à chacun, exactement semblables, en sorte que tous, travaillant réciproquement pour leur proj)re compte, sont de même dans le devoir comme dans la nécessité de s’abandonner directement aux résultats de l’attraction de soi pour soi. Chaque point moléculaire ne. compte vraiment que sur soi et ne prend que de soi fait et cause dans cette rencontre par affrontement ( et qu’on me permette l’usage de ce nouveau mot pour rendre le cas de deux rameaux de même rang, dont tous les points extrêmes, et exactement similaires, arrivent à un contact mutuel) (i). Gomme je comprends ceci, chaque
(i) J’ai composé le mot affrontement, en en prenant la racine dans le blason, sens analogique et acception tout ensemble. On y faisoit emploi de ce terme, dans le cas de deux animaux en regard, et dont on disoit qu’ils s'affrontoknt.
Dans les phénomènes, où la matière passe à d’au(res formes, l’on voit agir dttix conrants marchant l’un sur l’autre , en iaff routant. Les deux afflux, à cause de leur affrontement, s’attirent, du moment que les molécules dont chaque effluve est composée, menées les unes au-devant des autres, forment autant de points se correspondant et tout-à-fait similaires. C’est comme cela qu’il existe des courants élea trifjues, voltaïques, électrico-magnétiques , etc. De tels fluides sont la matière même des corps dont ils émanent , laquelle retourne à son état primitif d’expansion ou de substance élastique. On a voulu à tort y trouver une matière propre d’électricite, et à ces corps une capacité pour l’électricité, toutes choses déduites de théories spéciales.
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point moléculaire de la tranche s’abandonne avec d’autant plus d’efficacité aux conséquences de son propre besoin d’attraction , que tous les points voisins sont là, chacun pour son propre compte; en sorte que c’est une conspiration universelle avec une
pour chaque lot de faits observés; il ne faut voir là, qu’un fait général, le même dans son ensemble, varié et spécifique en raison de la nature des corps qui y interviennent: des décompositions s’établissent sur un point; et subséquemment, et en conséquence, des formations arrivent sur un autre, dès que s’est opéré V affrontement de deux effluves et que la loi de soi pour soi est mise en demeure de régler les nouveaux arrangements à intervenir. Il ne faut pas oublier que la matière n’est douée que d’une seule qualité iubérente à sa nature, seule essentielle, seule efficiente, douée d’attraction pour elle-même ; les éléments de même sorte s’attirent et un nouveau corps solide en résulte, qui quelquefois, s’il est éminemment combustible, se brûle, dès sa formation , avec étincelle. Dans le cas où dans une des effluves il existe des particules qui ne rencontrent point leurs homologues dansl’aulre effluve, la loi de soi pour soi en dispose, en refoulant ces particules hétérogènes au profit du récipientgénéral des choses, le monde ambiant; c’est dans ce cas qu’il y a répulsion, autre sorte de fluides en rébellion apparente : et il n’est cependant qu’un seul phénomène, les répulsions et les attractions étant toutes deux, mais sous leur raison spéciale, soumises à runique loi générale , celle de soi pour soi.
Il devenoit d’autant plus nécessaire d’apporter cet ordre , et ce sentiment unitaire dans la contemplation des affinités s’exerçant à très courte distance, que le savoir s’y multiplioit et que les observations, en fournissant de nouvelles manifestations, faisoient recourir à un accroissement de théories spéciales explicatives pour le besoin d’uncas unique, etexplicatives en tombant chaque foisdansdes inventions de forces occultes, auxquelles la physique des corps bruts recouroit, précisément au moment même où celle des corps vivants cherchoit à s’y soustraire. Car ce sont des forces occultes admises que ces êtres de raison qui reviennent dans le langage, matière de ^électricité, électrolytiqiies , électro-chimiques , affinités électives, etc. Que d’efforts dans cette direction, sur-tout en Angleterre , où de belles recherches recommandent les grands noms de Faraday, de Weatscone, etc.
Encore quelques moments, nous n’aurons qu’une théorie pour tous les affrontements de la matière soumise phénoménalement à l’action de doubles courants, et une seule solution, la lumineuse et simple explication de soi pour soi, s’appliquera aux besoins des deux physiques fondues dans une seule.
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tendance marquée, pour arriver à s’approcher de plus en plus et en venir à la même fin.
Mais si s’approcher de plus en plus paroît la conséquence logique de ce concours de données, il devient facile en con sultan tles théories et les calculs du maître en cette matière, de remplacer cet aperçu laissé dans l’indécision par quelque chose de précis et de véritablement déterminé; carl’attraction se manifeste en raison directe des masses et inverse du carré de la distance. Si au point initial où le phénomène entre en jeu, l’attraction parvient dans son premier degré d’intensité ; dans le moment suivant , cette intensité devient de plus en plus considérable , de sorte que la résultante de ces efforts soit une définitive cohésion.
L’on n’a point songé à appliquer ces déductions de la théorie générale à beaucoup de cas spéciaux observés dans les laboratoires des chimistes, où il sembloit qu’on rencontroit au contraire plutôt une disposition à des répulsions, à des séparations constantes, qu’à des attractions manifestes et qu’à des effets de jonction; aussi a-t-on eu recours dans chaque occasion à des théories et explications particulières, d’où sont venüs les dires d’affinité bien connus dans la science. En y regardant de plus près et en cherchant conformément aux conséquences voulues par la théorie, il est probable que l’on eût évité de con'sacrër la supposition toute gratuite que c’étoit en vertu d’aptitude ou affinité dans chaque occasion spéciale que A se portoit plutôt sur B que sur tout autre élément, C ; et selon moi'^^je le crois très fermement, l’on fût au contraire parvenu a un énoncé net et général, si l’on eût pris le soin de distinguer, soit le cas d’uné approche par affrontement, soit celui de l aup'e approche paiycofoiemeuif,’ I on
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auroit pu attribuer dans la distinction de cet examen , là le fait d’une cohésion , et ici la résistance qui prive d’union.
Mais peut-être que je me hâte -trop de faire usage de la loi de SOIjpour SOI, de cette clef bonne aux deux physiques ; clef se composant de mon principe, au moyen duquel j’en viens à expliquer de la même manière les cas de vive action , soitdans les ani maux , soit dans tous les corps inanimés.
Pour le moment, bornons-nous aux conséquences qui nous sont fournies par l’histoire des monstres doubles. Là sont des faits mis sous nos yeux, aussi bien sous ceux du corps que sous ceux de l’esprit. Il est manifeste que chez ces monstres, l’association des membres ne s’est opérée qu’en vertu de la similitude des parties, à cause de soi chez un sujet ayant rencontré soi sur l’autre ; ajoutons que sortant du spectacle de ces faits, dits irréguliers , nous rencontrons jla même chose dans l’organisation normale, dans l’accouplement des deux moitiésde cliaqueanimal. Or, le même système d’arrangementsétant donné avec une telle précision, il est inévitable que nous venions à n’y voir autre chose qu’un effet de la loi de soi pour soi : et à présent ce n’est plus conclure théoriquement, mais vraiment regarder, mais acquérir june connoissance oculaire, celle enfin où des parties homologues sont en présence, et cèdent tout naturellement, pour la raison de leur essence primitive, originelle, à leur effet d’attraction ou de vive action de la matière pour elle-même ; mais n’oublions point le principe de notre règle; cela est du moins, tout; autant que-^-les corps manifestent leur présence par affrontement ( I ).
(i) Cherchons dans un autre exemple le sens étymologique et l’explication scientifique du mot ajfrontemmt.
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Ainsi les calculs et les appréciationside tout genre, découverts par Newton (masses et distances relatives) sont là applicables, et par conséquent ceci anéantit tout prétexte de recourir à, des effets miraculeux, à des forces occultes, à l’animation ou puissance vitale, c’est-à-dire, à tout le cortège de sentiments des vitalistes. L’étude de l’organisation entre ainsi dans des voies nouvelles , et elle tombe tout aussi sûrement et tout aussi savamment sous la main algébrique des mathématiciens), que le peut faire tout autre sujet, où se rencontreroient des actes aussi compliqués dans leur développement : par conséquent, c’est là qu’est le critérium de ces aperçus de règle, de coordination et de convenances harmoniques et où se recéloient les inconcevables mystères dé toute machine admirable. Tant d’harmonies si bien maintenues!, tant d’accord dans les choses, où chaque condition nécessaire arrive si à propos, (celle-ci allant s^engréner à merveille et cellelà fournissant des crans comme ménagés à l’avance,) étoient desmotifs suffisants pour frapper vivement l’imagination et pres- (}ue la plonger dans une sorte d’extase. Conséquemment, quand autrefois l’on considéroit une aussi grande naerveille que celle du démêlé heureux de ces effets au sein de parties si multipliées
Retirez de la masse d’un fourneau incandescent un bloc porté au ronge, et déposezle sur une grille de fer. Celui-ci étant alors privé sur tous les points de sa surface du l>énéfice de V affrontement., il ne tarde pas à s’éteindre, parceque de cette unique niasse enflammée, ou de ce foyer à un seul rayonnement, il n’échappe qu’un seul courant de rayons calorifiques: c’est le contraire qui arrivera, si vous approchez du corps enflammé un autre corps combustible etque tous deux s’a/^nfent. Deux masses rayonnantes se trouvant en présence, fournissent à deux effluves qui marchent l’une sur l’autre: il en résulte la formation d’un corps solide, du carbone est réformé ; mais ce carbone ne manque point, au sein du milieu atmosphéùque, de se brûler instantanément et de produire aussitôt lumière et chaleur. „
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et si compliquées, rien ne ma iiquoit à l’étonnement de l’observateur : et ne soyons plus surpris que les plus modérés des théoriciens ne s’avouassent pris au dépourvu par fignotum des physiologistes, et ne fussent tentés de concession dans bien des cas: je veux dire, tentés de céder aux formules "d’animation et de miracles où se retranchoient bien des systèmes. Dans la nouvelle doctrine, ce sera plus intelligible, car ce sera chose tout-à-fait simple; puisqu’il tombe tout naturellement sons le sens que l’attraction de soi ])Our soi ne puisse jamais faillir. Chaque substance reste nécessairement dans son devoir d’aller chercher sa semblable, et vice versâ se trouve aussi en mesure de fournir à sa carrière d’affini té élective : la matière ne fait là qu’accomplir un devoir qu’elle tient de son essence.
La monstruosité touche à toutes ces questions de l’organisation des êtres vivants, pour l’éclairer et même pour y porter des jets de haute philosophie. Ainsi, Montaigne (i) s’occupant d’un enfant monstrueux qui présentoit les caractères de mon genre hétéradelphe [àe\i\ êtres, Id tête en moins chez l’un), fait cette réflexion : Les monstres ne le sont point a Dieu. Idée d’un grand sens. Car là où Pline n’avoit aperçu qu’un élément pour cette stérile remarque, miracula nobis., Montaigne voyoit un acte de création satisfaisant, à sa manière au maintien des régies : rien là ne compromettoit l’ordre et la composition de l’univers. L’harmonie préétablie des choses n’y étoit point intéressée, et ce n’étoit point un vrai miracle d’organisation qu’une œuvre ainsi arrêtée dans une partie de ses développements. Les monstres, que Chateaubriand (2) réprouve comme privés de quelques unes deleurs
(1) Essais, liv. II, chap. 3o.
(2) Génie du Christianisme, liv. V, chap. 5'.’'
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Causes finales, comme autant d’éeliantillons des lois du hasard, expliquant à des athées ce que devient la création sans le doigt de Dieu, ne sont pour Montaigne qu’une utile révélation de degrés à part d’organisation : ces ébauches sont à consulter comme autant de moyens d’études offerts à la foiblesse de notre intelligence, comme autant de combinaisons plus simples, tenues en réserve, pour doter l’homme de plus de lumières.
Oh ! si la monstruosité ajoute, à ces raisons de la venir étudier, et le jèt scientifique et les documents explicites et oculaires de la loi de soi pour soi, combien les vues d’un grand homme, combien la pénétration de son génie par un tel don de clairvoyance dans l’avenir des faits nécessaires, honorent l’humanité en raison de ces rares exemples d’intelligence phénoménale !
Or , est-il bien certain que les doubles-monstres nous aient fourni Futile révélation de la loi universelle? Je vois cette réponse écrite dans tous les exemplaires qui en font un événement de tératologie. Il n’y a d’accouplement de plusieurs membres, que dans le cas, où, dechaquefoyer producteur, ces membres se portent les uns sur les autres par affrontement.il n’y a non plus, chez les êtres réguliers, d’association d’organes, que si deux organes venant de deux côtés op])Osés, et arrivant par affrontement, en créent de nouveaux sur la ligne médiane, où toujours ces produits sont le résultat de deux moitiés. Ainsi nous passons successivement des monstres, de ces manquements aux lois générales , avoit dit Aristote, de ces caprices de la nature, ludibria suivant Pline,
à un état constant, régulier et nécessaire dans les êtres normaux. Mais je vaisplus loin, cet état de choses est en toutet par-tout, non plus seulement chez les êtres organisés, mais dans toutes les productions de la nature dite inanimée; c’est dans l’essence de toutes
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choses et chez toutes choses. J’ai rendu ce résultat rnanifeste aux yeux du corps dans les doubles associations des parties, accouplées dans les animaux, soit tératologiques, soit réguliers. J’établirai un jour la même chose à l’égard des oeuvres non-organisées, par une démonstration qui frappera aussi les yeux de l’esprit. Je dois aujourd’hui m’en tenir aux êtres organisés : ils sont i’ohjet spécial de ce mémoire.
Mais, dira-t-on, comment croire qu’une chose, annoncée présente par-tout, ne soit pas même soupçonnée après tant de siècles passés sur la vie des choses? Je n’explique point cela ; c’est à moi seulement de prouver que c’est un fait certain. Et j’y vois si peu de difficultés, que je suis tout prêt à prendre pour l’épigraphe de cet écrit, et à signer cette déclaration; aut totwriy mit nihil.
Je dois laisser pour un moment la seconde moitié de ma loi de soi pour soi; car c’est déjà avoir assez fait en sa faveur pour sa démonstration, que de l’avoir montrée en travail dans tous les organes qui se conjoignent par l’apport des parties similaires. Au sujet du premier mot de la proposition, attraction^ c’est maintenant le point de croyance le plus universellement établi en physique: tous les corps s’attirent, déclarent aujourd’hui tous les livres élémentaires; et l’on cite, à l’appui de ce dire, la célèbre expérience de Gavendish , où cette attraction réciproque modifie la chute des corps graves, quand on y oppose la présence de deux boules de plomb, qu’on fait osciller autour d’un pendule.
Geoffroy ( i ) conçut et préconisa ce principe ; il n’osa employer le
(i; Deux frères de ce nom furent admis dans l’Académie des sciences. Il est ici question du célèbre chimiste, Étienne FrançotV, lequel succéda à Fagon comme professeur de chimie., aq .Jardin du roi. Ses thèses inaugurales, comme médecin,
mot attraction^ et il crut qu’on feroit un accueil plus favorable à son idée en ne parlant que de rapports : ainsi il recommanda son principe d’affinité élective, fondé sur ce que toutes les fois que deux substances qui ont quelque disposition à se prendre (une avec l’autre se trouvent ensemble , s il en survient une troisième qui ait plus de rapports avec (une des deux^ elle sf unit en faisant lâcher prise a (autre ( i ).
Nevrton, non suffisamment satisfait de sa magnifique et solennelle démonstration de (attraction à l’égard du système planétaire, en rechercha de plus une cause dans ce principe ; Natura est sibi semper consona ^ la nature est par-tout semblable à ellemême.
Maupertuis, qui le premier, après un demi-siècle, importe en France le principe newtonien , imagine que , par-delà sa féconde et admirable explication au sujet des phénomènes célestes, il en faut faire encore application à plusieurs de ceux (jui s’observent sur la terre et notamment à la formation des corps organisés; ce qui fournit à Voltaire (^Dialogue sur la génération) quelciues reinar(\ues critiques et quelque peu satiriques, sur la portée de (attraction , celle-ci étant employée a former un enfant dans le ventre de sa mère.
répandirent sur lui un très grand éclat. Dans la première,ilétablit que tout médecin philosophe doit être mécanicien-chimiste; et dans la seconde, d’une plus piquante originalité, Aîi a vermibus hominum ortus , mterîtus, il fit événement, même parmi les dames, qui réclamèrent et qui obtinrent qu’on leur fît connoître par une traduction textuelle les nouvelles, vues du jeunedocleur Geoffroy. Nicolas Andry en prit le soin et donna à sa traduction ce titre ; Si t homme a commencé par être ver?
Mon aïeul, qui habitoitla province, étoit admis chez les frères Geoffroy, dans chaque voyage qu’il faisdit à Paris , au titre d’un parent éloigné.
'>(l)^Mémoires de l’Académie des Sciences de Paria, année lyiS.
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Je pourrois multiplier ces citations, et sur-tout les étendre aux savants de l’époque actuelle, sur lesquels la pensée de Yattraction, à l’égard de toutes les manifestations que font connoître les théories de l’électricité, galvanisme et magnétisme, devient une idée indéfiniment admise : mais je réserve ce sujet pour le développer plus amplement dans la suite.
Par ce qui précède, nous sommes amenés i reconnoître que le seul point mystérieux de l’organisation a tenu jusqu’à ce jour à l’ignorance , où nous avons été , que cliaque particule de la matière restoit toujours, à l’égard de nous comme observateurs et de nos actes malgré la ténuité de ces particules , un composé de plusieurs éléments. Cette composition multiple fournit ainsi une ordonnée, qui prescrit des devoirs à l’arrangement de ces corpuscules. Car, étant tous mis ensemble et dans un récipient commun , comme des grains de blé dans un sac, il en résulte un rassemblement nullement phénoménal dans ses effets : seulement alors les corpuscules introduits se côtoient les uns à l’égard des autres : les points similaires n’arrivent point par conséquent au contact chez l’une des graines à l’égard de l’autre ; et aucune cause excitatrice ne survenant du dehors, pour solliciter à la décomposition , en ses éléments constituants, chac[ue corpuscule ou chaque graine, chacun garde son caractère d’individu, inhérent en lui d’ajirès les droits de son essence primitive : car il n’est, à sa portée, aucun courant de fluides électriques, galvaniques, ou autres , qui puisse venir troubler l’état d’inertie. voulu par cette disposition des choses.
Qu’au contraire il soit question de mettre en bourse, ou dans des moules pour ce préparés, des points moléculaires non composés de parcelles différentes, comme des corpuscules métalliques,
ceux-ci s’abandonnent aussitôt à Faction de la loi de soi pour soi , à leur attraction mutuelle : car la raison de leur distance réciproque disparoît, quand celle des masses respectives reste seule déterminative: et cette seconde influence étant seule en pouvoir de manifestation , on sait ce qui advient, on connoît le fait de cohésion évidemment produit par le principe de l’affinité de soi pour soi. Viendra plus tard une explication à donner, et très facile à donner, de l’écartement des molécules métalliques durant la fusion: écartement dû lui-même à Faction de la loi de soi pour soi. Attendons sur cela, parceque nous ne pouvons exposer nos idées que les unes après les autres.
Gela posé, plaçons-nous, pour voir naître l’admirable machine, et pour la voir fonctionner dans des exemples très simples, au point de vue de la condition d’essence de notre loi universelle, il est évident que cette condition est donnée par une complication préalable. Il faut une machine à double effet : il faut quelle soit constituée pour fournir à Faction de deux courants qui marchent l’un vis-à-vis de l’autre. Car alors il sortira de deux foyers, en plein exercice et avec même pouvoir d’action, deux effluves capables d’en apporter les molécules en affrontement les unes au-devant des autres ; ceci produit, la loi d’attraction de soi pour soi fait le reste. Malg^ré la très grande composition des diverses sortes de matériaux sortis de chaque foyer, il y a si nécessairement coordination pour chaque masse, que les molécules de même sorte arrivent face à face les unes au-devant des autres et que cet état de choses constitue l’arrangement que nous avons reconnu et clairement montré dans les faits tératologiques chez les êtres doubles.
De la nécessité que, pour obtenir un corps organisé, il faille
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une macliine à double effet, il suit qu’un être organisé commence par un événementde naissance; car les deux composants sont tenus de préexister à l’avance: le dépérissement de 1 un de ces composants ou des deux à la fois détruit la macbine et amène la mort.
Ce sont tous ces motifs de conviction , que j’avois dans l’esprit dès les premières années du 19*^ siècle, qui m’ont encouragé à donner les études métaphysiques de mon premier paragraphe, à les écrire avec fermeté et comme avec autorité, et à les imprimer en partie dans le premier n” de la Gazette médicale, année 1 83i .
Il falloit expliquer à un physiologiste distingué , comment j’avois conçu des idées qui me pri voient de rendre compte de son livre, qui m’empêchoient de souscrire aux principales propositions servant de fondement à son ouvrage. Je n’attaque jamais personne; et si l’on me voit souvent sur la brèche, c’est qu’à titre de novateur, de personnage non toujours compris, et sans doute en raison parfois de quelque défaut de clarté , ( si ce n’est pas alors vis-à-vis d’un sentiment d’ignorance présomptueuse , ) je dois souvent me défendre.
Provoqué à rendre un compte public de la Physiologie comparée, de M. Isidore Bourdon, je ne pouvois entreprendre ce travail et m’y livrer à ces charmes d’indulgence et d’encouragement, qui sont dans les habitudes de ma vie (i). Mais sur-tout je
(i) Pouvois-je en effet produire la notice publique et approbative qui m’étoit demandée? Et la dédicace du livre qui m’avoit été faite m’obligeoit-elle au point de me porter à laisser passer inaperçue la profession de foi physiologique qu’on vient de lire, et qui ouvre l’ouvrage à la seconde page? J’ai fait les plus ardents efforts pour dédommager l’auteur du pénible refus dont je souffrois dans mon cœur. Mes lettres , du ton le plus amical, furent mal reçues, et l’auteur s’est depuis écarté de moi. Je le regrette et le regretterai toujours; mais des convictions aussi
préférois me taire à user de ménagements, s’il falloit aborder (]nelc|ues observations eritiqnes sur le fond des idées. Car effectivement je ne poiivois accorder ma sympathie à une théorie les êtres organisés n existent quen vertu et sous lu raison d'une résistance décidée aux lois de l'affinité des corps bruts; et qu ils forment des composés , dus à d autres lois que celles par qui s'opèrent les mixtes de la chimie. »
La nature ne peut faillir; ses lois ne sont en effet qu’une expression généralisée de tous les cas observés à son sujet.
En me renfermant autrefois , comme tout-à-l’heure , § I, dans les limites d’une discussion métaphysique, je me bornai à m’en tenir à douter; car d’autres lois que les lois générales, c’étoit vraiment inadmissible.
Au point où me voici arrivé, j’ai pris cette opinion que les lois sur l'organisation animale ne viendroient point baisser pavillon devant celles trouvées au sujet des corps bruts, mais (|u’elles expliqueroient au contraire la plupart des obscurités de la physique et de la chimie.
Pour penser à dégénéraliser les principes qui émanent véritablement du tableau de l’univers, lesquels des philosophes, qui se contredisent au sujet des deux ordres d’idées, abaisseront un drapeau de supériorité sur leurs antagonistes? Laquelle des deux classes d’observateurs obtiendra la victoire? Car évidemment si toutes deux se contredisent respectivement sur les faits, l’erreur «St dans l’un ou l’autre camp. Qui cédera? le physiologiste ? Il affirme qu’il a réuniaux études de son genre celles des propriétés
anciennes et aussi profondes que les miennes, dévoient me rendre inflexible; et elles m’ont ainsi contraint aux faits pratiques de cet adage: Amiens Plato, sed mugis arnica veritas.
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de la matière comme on les enseigne dans la physique générale. Ou bien le chimiste? celui-ci n’a peut-être pas la même allégation à présenter : car il n’a sans doute point médité à l’avance sur l’autre section de la science universelle, sur celle qui s’occupe des admirables machines^ que jusqu’à présent on tenoit pour animées et pour réglées par d’autres lois. '
Ces réflexions me servent de transition pour montrer comment, en l’absence de la science qui un jour paroîtra la mieux appropriée à interroger les corps au sein de leur plus grande activité, la force d’esprit et le savoir, chez Kepler et Newton, surent triompher de la position de ces grands hommes, des obscurités de leur temps à traverser. Et voyons en effet comment, ne traitant ([ue d’un point de la philosophie naturelle et n’étudiant que rarrangement, les mouvements et les rapports des seuls corps |)lanétaires, ils sont parvenus à en déduire les principes d’une jdiysique rationnelle. C’est que déjà il étoit évident que les astres existoient comme s’ils étoient faits en vue les uns des autres. La marche de ces corps dans l’espace étoit compassée : Kepler conçoit à cela une cause à déduire, à rattacher à la physique; et il se livre à de nombreuses et bien curieuses spéculations, que son maître, Tycho , déclare vaines et lui conseille d’abandonnnr. xVu nombre de ces spéculations sont les rapports que Kepler entrevoit, à titre d’un fait nécessaire, entre les révolutions des corps [)lanétaires et leurs distances respectives, rapports qu’il suppose devoir être constants et déterminables. Tycho interdit à son élève de se livrer à la folle entreprise d’oser pénétrer les premières causes de la nature. Cejjendant pourquoi ce maître , d’ailleurs habile et esiiinable,viendroit-il déclarer que ce qu’il ignore sera atout jamais inconnu à l’homme, que ce qui est, dans la réalité , observable.
n’obtiendra pas, du temps, son heure et son moment propices pour être observé? Bailly a justement remarqué que les résistances de Kepler, et sa persistance dans la folie de ses spéculations, l’ont, heureusement pour lui et pou mous, conduit à faire la découverte de ses lois immortelles.
De l’obéissance des corps planétaires sous un même commandement, de leur marche si exactement concertée et vérifiée par les plus savants calculs, Kepler conclut que, pour placer dans la même subordination tous les mondes, soleils, planètes, satellites de planètes et comètes, il devoit exister une force tractoire : et après un travail spécial sur la lune, son esprit comprend tous ces faits, qu’il étend à l’idée de faits universels, lesquels il nomme enfin pesanteur; car il arrive décidément à ce corollaire : La pesanteur est la loi universelle de la nature.
La pomme tombée devant NevYton, si l’anecdote est vraie, ramène les pensées deee grand homme sur le même sujet, sur la lune, qu’il suppose, à son tour, retenue autour de la terre par un fait de pesanteur terrestre , d’où de proche en proche les relations des planètes autour du soleil; puis... etc.; mais je m’arrête dans le développement des idées progressives de l’immortel astronome , dans la craintede gâter, par mon très pâle etinsuffisantassentiment à d’aussi hautes pensées , le récit d’une gloire qui a dépassé toutes les gloires attribuées jusqu’ici aux autres hommes. «
Par l’action d’aussi puissants génies et de leu rsheureuxet savants successeurs, la philosophie naturelle s’épuise, ou à-peu-près, dans la contemplation des champs de l’univers planétaire. Cependant les idées à retirer de ces études parlent si hautement à l ame, qu’à peine songe-t-on à des faits analogues qui se })assent ou doivent ainsi se passer sur la terre. Elles s’y rencontrent, ces mêmes merveilles. Mais elles y sont en petit : avons-nous dit.
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Prenez au hasard un corps org-anisé; ou faites mieux, allez étudier Tune des espèces du groupe des animaux vertébrés.
Là aussi sont des arrangements, des mouvements et des t^pports à étudier philosophiquement; car c’est dans le petit monde de l’animal, comme dans le monde planétaire. Les choses y sont variées, et toutefois faites aussi en vue les unes des autres, pour demeurer également soumises à des régies de subordination. C’est le même cours d’instruction à recommencer dans le genre des corps indéfiniment petits. A-t-on pensé à ces rapports? a-t-on songé à en profiter pour annoncer dignement là grandeur, la simplicité et la magnificence de toutes les choses en l’univers?
Or, ceci a occupé, avant les temps d’études et par conséquent avant le savoir matériel et détaillé des faits, le plus grand des révélateurs des pensées divines, Newton : Newton lui-même est devenu un instant et à cet effet zoologiste, et voici dans quelle occasion .
Il donnoit la dernière main à son traité d’optique, quand , sans doute pour se complaire dans le bonheur de l’achèvement de ses ouvrages, quand, entrant en méditation sur la simplicité et l’harmonie des lois qui régissent l’univers sidéral , insistant sur le caractère d’uniformité et les rapports du système planétaire, son esprit fut soudainement saisi d’une idée à laquelle il n’étoit nullement préparé par des antécédents. Des hauteurs des cieux, où son ame reste encore livrée aux grandes considérations qui l’a voient plongé dans un long ravissement. Newton s’abat à la surface du globe , et c’est parcequ’il croit y entrevoir quelques uns des grands desseins qui l’avoient jusques-là captivé. Une inspiration lui vint au sujet des animaux; et son espoir d’y rencontrer la même harmonie que parmi les mondes errant dans l’espace, luifait jeter ce
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cri : Oui certainement les animaux sont également soumis a un même mode duniform ité ( i ).
Comment se fait-il que Newton , penseur à cet égard avant qu’il y eût savoir humain sur cette matière, eût conçu les rapports des deux modes d’uniformité, et que cet esprit , si vaste et si éminemment généralisateur, eût fait de ces vues deux pensées isolées, sans songer à les fondre dans une seule d’une application universelle? Ce mot universel n’auroit rien coûté peut-être, et avec moins de droits alors, à imaginer, et eût été sans doute ici promulgué par un Kepler. Mais c’est peut-être que Newton, succombant sous le faix du prodigieux enfantement qu’il venoit de produire, opjiressé sous l’excès de la grandeur de sa pensée, auroit craint d’en compromettre la dignité s’il avoit a ttaché trop d’importance à un sentiment a priori. Autrement il eût trouvé à plus admirer encore, en pénétrant plus avant dans les fins de la création, en y apercevant des rapports plus étendus, et sur-tout en y découvrant un grand caractère d’indéfinies harmonies et d’universelle simplicité; haute manifestation qui devoit découler de ce nouveau point de vue, puisque c’est au sujet de la matière sans exception , que les massessoientaggloméréesdansun volume immenseon subdivisées au contraire jusqu au plus extrême degré parcellaire, qu elles
(i) Laplace avoit été si frappéde ces reflexions de Newton et de leur coïncidence, après plus d’un siècle qu’elles avoient été faites, avec l’esprit nouveau de la zoologie, qu’il prit la peine de m’en communiquer le passage qu’on trouve vers la fin du Traité de l’Optique. Sans doute que, conçues en 1704, et dans un temps de profonde ignorance touchant les animaux, ces vues furent instinctives, comme le sont toujours pour le génie des faits nécessaires. Que d’années écoulées jusqu’à celles où Laplace recueillit ces paroles mémorables : Idemque dici possit de uniformitate illâ , quod est in corporibus animalium, etc. — Similiter posita omnia, in omnibus ferè anîmalibtis.
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soient enfin plaeées à de très grandes distances ou viennent à se rencontrera d’infiniment petites , finalement pour s’approcher et se confondre au terme d’une cohésion définitive. Et je ne crains point de reproduire la même pemsée: c’étoit au sujet de toute la matière, qu’il falloit obtenir la caractérisation et l’idée nette de sa nature intime, et arriver enfin à la cause de toute chose ; cause (dierchée par Kepler, laquelle ne devoit consister que dans un fait d’essence ou de propriété. Ainsi se montre le caractère d’activité incessante de la matière, toutes les fois qu’elle est devant elle-même ( soi devant soi ).
L’astronomie, par un acte de miraculeuse inspiration, seroit donc venue, plus d’un siècle avant les temps d’un savoir précis , faire une incursion dans une science qivi ne s’est faite, qui ne se fera que de nos jours. Que la -physiologie , amenée sur les choses ])ar sa sœur aînée douée d’une instruction plus solide, /a zoologie , ([lie la physiologie arrive à son tour sur l’astronomie pour lui apporter aussi le bénéfice de ses recherches, de ses comparaisons spéciales, et la mettre de même en voie de perfectionnement. Pourquoi n’en seroit-il point ainsi? Mais àce moment nousdevons prévenir d’une chose, ce ne pourra jamais se faire, en recourant à la physiologie d’hier, encore toute chargée des langes de sa longue enfance. Mais que nous puissions prendre exemple sur la science, à-peu-près achevée, des corps planétaires, ce sera procéder dans de telles études avec sévérité ; car, rejetant toutes les notions irréfléchies, et sans racines, des forces occultes, nous en viendrons à repousser toute croyance d’animation indéfinie, comme absolument indéfinissable ; nous pourrons nous présenter en ligne , après avoir déposé le fatras des vitalistes, leur cortège d’idées incompréhensibles, leur échafaudage romanesque aussi insensé
f|ue nommé à contre sens. Alors, et seulement alors, les deux physiques marcheront d’accord, ou plutôt se fonderont en une seule, la science des faits que l’oii observe dans l’univers.
Cependant, sous un certain rapport, il paroîtra utile de conserver, comme classification, les faits en deux groupes; les uns qui sont maintenus à l’état simple, et qui, dans le monde ambiant, passent et s’en vont presque à l’insu des observateurs; ([ue par conséquent des circonstances amènent, quand d’autres circonstances les reprennent pour les lancer dans d’autres amalgames. Voilà ce qui en est, quant à la pliysique des corps bruts. Ceux-ci ne naissent ni ne meurent pas a]>solument; à la bonne heure. Mais comment alors appellerez-vous leur apparition et leur transmutation , ou leur disparition ?
Tout différemment sont les autres faits à l’état composé, qui peuvent, quels qu’ils soient, recevoir à bon droit le nom admirable machine. Voyons-Ies comme autant d’espèces qui apportent en elles ce caractère d’une double ou multiple personnalité et qui sont, d’abord, les deux moitiés dont chacune, être simple, préexiste à leur jonction : elles se fondent dès-lors sur l’essence, sur les manifestations et sur le faire intelligent d’un dualisme dans les choses. Celles-ci astreintes aux conséquences de leur préexistence, à une nécessité de rapports, à des régies de coordination, opèrent un double ou multiple système; et alors il y a nécessairement, ou du moins il peut se rencontrer dans ces composés, en vertu de leurs entités primitives et diverses, des raisons de vouloirs ou de résistances. La loi de soi pour soi règle ou accommode tout cela durant le jeu des machines : n’allons pas plus loin, car ceci demanderoit une explication spéciale.
C’est ce que Etienne-François Geoffroy, en 1718, avoit aperçu
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dans ses études touchant les corps bruts ou les mixtes de la chimie^ c’est-à-dire ce qu’il disoit devoir s’accommoder ensemble sous la raison des affinités électives.
Dès qu’il n’y a qu’un vaste laboratoire, oii tout se confectionne, où le savoir humain puisse aller puiser (l’immense laboratoire de la nature), et où il ne se trouve de prise que pour une seule science, embrassant les âges, les espaces, tous les corps grands et petits, et ajoutons, chaque sorte de manifestation à toute distance, il faut bien qu’il ne puisse aussi se rencontrer sur le terrain qu’un seul observateur, ( j’entends pour l’esprit à y apporter,) qu’une capacité unitaire et généralisante; c’est le moyen que, seul, il n’en tienne que mieux retenus dans un seul anneau les fils de sa pensée, et que celle-ci reste toujours une et décidément bien centralisée. C’est au sein de ces réflexions que j’ai puisé le fait d’essence de mon,, principe de Ywiité de composition organique , lequel a été assez fortement contrôlé, pour n’en avoir que mieux acquis son droit d’admission dans la science.
Maintenant, qu à la suite de ces explications, il ne soitplusde difficultés à distinguer, à l’égard des deux ordres d’observateurs, les physiciens proprement dits et les physiologistes, c’est le cas de répondre à la question posée plus haut : qui cédera des deux?
S i! y a un physiologiste digne de ce nom par un grand savoir, celui-là arrivera se mettre à la tête de la science. A lui sans doute cet honneur, car son instruction doit grandir en raison du nombre et de la complication des faits soumis à son insj^ection , comme aussi ses ressources pour un jugement sûr.
Mais l’on a au contraire tout arrangé pour que, socialement et usuellement, cela ne soit point ainsi. On a formé des académies en beaucoup de lieux, dans le but de l’avancement des sciences;
des subdivisions ont été imaginées pour l’encouragement de chaque sorte d’inventions ; et la science tenue d’interroger la nature dans ses faits les plus admirables, 'dans ses actes les plus compliqués, a été la première omise. La section la plus nécessaire, celle appelée à se dévouer synthétiquement à toutes les découvertes à faire, la physiologie, n’a point fourni de rameau à l’arbre encyclopédique dans l’Académie de Paris. Point de section pour elle , attendu que toutes les sections en pleine prospérité se cantonnent soigneusement dans leur spécialité, 'en sorte (|ue tout reste en demeure. Il faut que les réclamations (i)nous arrivent du dehors, qu elles sortent du sein de la littérature, impuissante aux considérations de nos détails, mais qui n’en signale que mieux avec son sens droit et sa perspicacité synthétique cette fâcheuse aberration de nos institutions. Ainsi il a paru cette même année une Revue du progrès scientifique et littéraire à Paris, et le principal but d’un des auteurs, Charles Didier, a été de réclamer contre la non-inscriptiort de la physiologie dans les cadres tracés pour les divisions du savoir attribuées à l’Académie.
Or, pour comprendre tout l’à-propos de cette réclamation, il faut savoir embrasser tout l’avenir de la nouvelle science physiologique. On croit généralement qu’il n’est besoin pour en former le domaine que d’y renfermer tous les corps nommés jusqu’à ce moment êtres organisés,. Mais il n’en sauroit être ainsi : l’ensemble de l’univers admet bien d’autres êtres, avec même conduite phénoménale, même curieuse complication, qu’il faut aussi classer auprès des premiers, qui ont caractère et droits de même parenté, qui participent à toutes les causes du même empire, comme à tous
(i; On trouve cette réclamation, article , dans un livre où l’on considère les accroissements de Paris au 19' siècle: Paris moderne.
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procédés engendrant semblablement des admirables machines : et c’est sous ce rapport que j’invite à y comprendre ces produits de l’industrie humaine qui se joignent aux êtres organisés, qui aussi ont leur sorte de viabilité , qui vivent à leur manière et qui de toutes façonssont gouvernésdans leurs actes vraiment physiologiques, comme sç conduisent les êtres organisés donnés directement par la nature. Car c’est toujours la nature qui donne ceuxlà, mais à la seconde main, mais en vertu de l’aptitude qui est en nous de copier et de reproduire ses œuvres.
Or j’entends ici parler de toutes les machines de l’électricité. Est-ce que la pile galvanique n’est point une admirable machine? Et j' en dis autant de tous ses dérivés et de toutes les autres constructions faites d’après le même principe. Ces admirables machines naissent et meurent à leur temps marqué , naissent quand la main de l’homme leur confère un caractère de dualisme semblable à celui d’un animal, et elles meurent ou après l’usure de leurs matériaux ou à cause d’un trouble apporté dans les rouages.
Il est doue une classe d’êtres intermédiaires entre ceux qui sont dits corps bruts et l’autre section, les êtres animés y tels sont tous ceux qui jouent et fonctionnent comme toutes les machines d’électricité. Et là sont si évidemment des ustensiles aux actions vitales^ là se trouvent véritablement réalisées d’autres machines admirables créées de main d’homme, tellement que sans avoir été suivies par une suite de pareilles déductions, l’on a fait un nom conforme pour l une d’elles. On connoît l’expérience de M. Nobili , ayant reçu le nom de palpitations du mercure sous faction de la pile galvaui(pie. Un gi and nombre de figures apparoissent dans cette expéiieuct' et s’y succèdent rapidement, du moment que l’on a
FONDANT UNE NOUVELLE ÉCOLE PHYSIOLOGIQUE. i8l
placé clans une soucoupe cie l’eau, du mercure et un certain sel. Cet amalgame cpie la pile galvanique individualise, en lui procurant son principe animé, en le soumettant à une condition donnée d’existence propre, s’agite effectivement par des mouvements isochrones, de systole et de diastole on pourroit dire , se gonflant au centre, reprenant ensuite sa première étendue à la circonférence et montrant des formes chaque fois variées, mais toujours régulières : ce sont de vraies palpitations à la manière du cœur, s’écrient instinctivement, à la vue d’un tel spectacle, des physiologistes à vues larges. Or ce cri, je l’ai ouï moi-même de la bouche de M. Coste, dans un moment de notre assistance commune à la répétition de cette expérience.
Viendrai-je à citer l’expérience de Serrulas? elle rentre dans le caractère de la précédente. Qu’une tige de fer ait l’une de ses extrémités plongée dans une réunion de fluides, eau , mercure et potassium, le mercure s’agite tout autour de la tige immergée, et la plupart des molécules métalliques fuient du centre à la circonférence , en suivant une courbe parabolique, quand les autres les croisent en se précipitant de la circonférence vers le noyau , lequel forme ainsi un point de centre à l’appareil.
Dans ces expériences, qu’a bien voulu reproduire sous mes yeux l’habile et excellent feu Le Baillif, les conditions inhérentes à la nature des matières employées, retiennent les produits sous des formes déterminées, comme s’ils étoient renfermés dans des enveloppes propres.
Là sont des existences successives, mais bien réelles, quoiqu’inslantanées : elles continuent d’être ou de vivre tant qu’il est fourni à leur alimentation. Ce sont réellement des corps vivants, au même titre que les animaux et les végétaux : car une de leurs plus
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gfrandes différences, ne consiste effectivement que dans la mesure ^ du temps, que dans de^plus courts intervalles accordés à leur viabilité.
Si l’on trouve que dans ces déductions , toutes ramenées et rattachées à un centre commun, ou au principe de l’attraction de soi pour soi , se rencontrent véritablement toutes les appartenances d’un système parfaitement lié, on ne refusera pas sans doute à la zoologie et à toutes ses conséquences physiologiques, l’avantage d’une utile correspondance à l’égard de l’astronomie, celui de se montrer à son tour réaction naire et réciproquement officieuse Car on a vu plus haut avec quels sentiments de gratitudenous avions accueilli l’appui que Newton s’est trouvé avoir porté aux études de l’organisation animale, grâces à son aperçu d’une uniformité constante. Par-tout où il y a forme et arrangement des choses, le principe de Newton, attraction de la matière pour elle-même, est devenu la clef des sciences physiques ; service immense, ainsi compris par Lagrange, et qui a inspiré à ce grand géomètre ces pensées de noble émulation et de prévisions, quant à l’avenir; savoir, qu’au bonheur d’avoir inventé les lois du seul monde à découvrir, étoit attaché l’apanage exclusif de la plus belle des gloires (i). Or ce grand principe ne seroit-il point cependant en- ^ -
(i) Le ge'néral en chef de l’armée d’Orient, Bonaparte, eut, dans les dernières heures qu’il a passées dans ses jardins d’Ezbékich au Caire, et quand il y attendoit la fin des préparatifs de son départ pour la France, une conversation que l’intérêt de ces moments critiques, le grand nom de Newton qui y étoit mêlé, et le caractère des interlocuteurs, rendent sans doute très remarquable. Monge, Bertholet et les généraux destinés à s’embarquer attendoient dans ces jardins qu’on leur donnât le signal du départ. Ce signal se fit attendre; et pour dissimuler l’impatience qu’il en éprouvait, le général en chef imagina une causerie, dont les reparties entroient dans son plan. Plusieurs personnes qu’il laissoit au Caire après son départ, une
core susceptible d’extension ? Et alors s’il arrive à notre zoologie de doter la révélation newtonienne d’un complément de pensées, qui
dame entre autres, l’entouroient, mais sans taire partie du cercle des causeurs. La conversation fut souvent interrompue; il disoit un mot qui provoquoit une longue réponse, et ne l’écoutoit point en son entier; car, dans ce moment du départ, ii avoit un mot d’amitié à adresser à chacun des groupes qui l’entouroient. Néanmoins la conversation fut grave et remarquable par sa tendance unitaire; en voici le précis, autant que je puis le résumer de mémoire.
Bonaparte prit ainsi la parole: «Nous avons du loisir, Monge: passons ce temps U a faire de la philosophie, et pour y fournir matière, je vous raconterai mes pensées K de premier âge. Le métier des armes est devenu ma profession : ce ne fut pas de mon «choix, et je m’y trouvai engagé du fait des circonstances. Jeune , je m’étois mis «dans l’esprit de'devenir un inventeur, un Newton. — Que dites-vous, général! ré- « pliqua Monge, vous ne connoissez donc point le mot de Lagrange: Nul n atteindra « à la gloire de Newton, car il ?i’j avoit guhm monde à découvrir. — Oh ! qu’o])posez- « vous là, M. Monge? l’ami Bertliolet, profondeur (i) dans le savoir du jeu des affi- « nités, au sujet des molécules principes, non sans doute, Bertliolet n’est point de « votre avis. Qui a fait attention au caractère d’intensité et de traction à très courte «distance des actions des particules, dont nous sommes témoins journelle- «ment? Monge, cela est-il trouvé? Vous, Monge, ou votre Newton, l’auriez-vous « trouvé? Or, voyez : cela ne seroit-il pas plus beau, plus grand, mais sur-tout plus « profitable à la société, qu’une spéculatio’n philosophique? Newton a résolu le pro- « blême du mouvement dans le système planétaire; c’est magnifique pour vous au- « très gens d’esprit et de mathématiques ; mais que moi , j’eusse appris aux hommes «comment s’opère le mouvement qui se communique et se détermine dans les « petits corps, j’aurois résolu le problème de la vie de l’univers. Et cela fait comme «je l’ai supposé, j’eusse dépassé Newton de toute la distance qu’il y a entre la ma- « tière et l’intelligence. Par conséquent, il n’y a donc rien d’exact dans votre mot de « Lagrange. Le monde des détails reste à chercher. Voilà cet autre monde, et c’est le « plus important de tous, que je m’étois flatté de découvrir. D’y penser , j’en suis « toujours aux regrets: d’y penser me fait mal à l’ame ! »
Cette conversation est à-peu-près textuellement rapportée, à Poccasion d’un article Magnétiseur dans le Constitutionnel du l\ septembre i834. J'eh connoissois les particularités pour les avoir ouïes.
Je me suis rappelé ces mots remarquables, quand , deux années après le retour de
(i) Historique-, usuel dans des moments d’épanchement.
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accroîtroità son importance, elle viendroit sans doute largement payer le service qui a été le sujet de la remarque précédente: car enfin l’addition d’un membre de phrase, seroit-ce même très peu de chose, acquiert du prix en raison du haut lieu où se place cette addition.
Je vais terminer par cette considération cette section de l’exposé de ma loi universelle.
Newton, non le premier pour l’idée-mère, mais le premier pour avoir consaeré le fait par une démonstration rigoureuse, a découvert le rapport des parties de l’univers sidéral, et donné le principe de leurs mouvements. Il a posé comme la loi des choses, que les corps S’ATTIRENT réciproquement ou GRAVITENT les uns sur les autres. Ceci ne seroit qu’une opinion, si la révélation de l’ordonnance du système planétaire ne reposoit sur une certitude mathématique, et si elle ne tenoit ce mérite des appartenances de la théorie newtonienne, je veux dire, des rapports planétaires d’après la raison directe des masses, et inverse du carré de la di-
Ronaparte, il arriva au premier consul, de prouver que cette idée fixe l’occupoit au sein des affaires de l’Europe, et qu’il en donna une preuve en fondant par décret une récompense de 60,000 fr. pour le savant qui , de son temps, viendroit à montrer la justesse de cette vue de sa première enfance. Laplace a laissé dire et courir dans le monde que ce fut sur son conseil que le premier consul avoit décidé d’accorder aux sciences ce noble encouragement. J’ai , dès cette époque, fait connoître cette anecdote ; d’où elle se répandit.
Pendant quelques mois, il ne fut question aux Tuileries que de la pile de Volta , depuis peu, connue en France. Des expériences furent faites et plusieurs fois renouvelées avec cette machine admirableile premier consul en fit construire une, sur une très grande échelle: elle fut depuis envoyée et est restée déposée à l’école polytechnique. Bonaparte crut un instan-t que cette invention améneroit la découverte qu’il avoit rêvée dans sa jeunesse. Personne ne comprit sa pensée, et le métier des armes et la politique de la France l’appelèrent sur de nouveaux champs de bataille.
Stance, comme en outre de plusieurs autres propositions analogues qui s’y ajoutent. Or, voilà ce bonheur noblement envié par Lagrange : voilà quelle fut cette haute intelligence accordée à un seul homme sur la terre, et à célébrer dans tous les siècles à venir.
Cependant ici Newton n’a point été absolu dans son dire : ce colosse de gloire, qui comprenoit son avenir et qui savoit ce que lui vaudroit d’hommages une explication des mouvements planétaires reposant sur la certitude mathématique, étoit resté indifférent à la recherche des causes : il lui avoit suffi du fait d’une explication universelle, d’un fait aussi admirablement que savamment démontré. Deux hypothèses, comme dénominations, alloient également aux conséquences de ses calculs, V attraction et la gravitation. Mais comment les a-t-il confondues dans une même pensée? Le second de ces termes est sorti de toutes les langues , car c’est dès l’enfance des sociétés qu’on,avoit vu des corps graves tomber à la surface de la terre, et que l’on avoit admis le mot pesanteur , ainsique tous les dérivés du langage s’appliquant à cette idée; il n’appartenoit au contraire qu’à un savoir réfléchi d’inventer et de comprendre le mot attr action. L>es deux termes, grammaticalement parlant, ne sont point synonymes. Pour les. calculs de Newton , ils peuvent se suppléer, et s’expliquer réciproquement; mais ceci n’est qu’un résultat de circonstance, qui n’altère point le sens primitif de ces mots.
Et je fais cette distinction pour comprendre le point où en étoit venu Kepler à ce sujet. A cet homme d’un génie divinateur, et qui marche dans l’obscurité des temps et des choses en s’y éelairant par les lumières inspiratrices des faits nécessaires, la recherche des causes sourioit; car sa philosophie avoit jdus de
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fermeté que chez Newton, parcequ’il étoit plus résolument ^énél alisateur. Or, il ne pouvoit attribuer à la matière qu’une seule proj)nété, et tout ce qu’il venoitde puiser clans le savoir astronouiicjue, l’avoit amené à proclamer cet axiome, généralisé à l’égard (le l’astronomie comme en géologie : La PESANTEUR la loi universelle de la nature.
Ici Kepler a eu le tort de ne pas comprendre, cpi’ainsi énoncée la pesanteur ne pouvoit être conçue que comme une force oc- (‘ulte; c’est un fait pour nous, hommes d’un si petit volume, et haljitant au contraire un corps planétaire d’un volume immense; et alors , quand nous nous portons observateurs à la surface de la terre de ce cas de la pesanteur, nous ne voyons à côté de nous que des corps fort petits relativement à notre planète. Avant donc c]u’il lut un sens attaché au mot attraction, et sur-tout avant (|u’existât la règle de Newton heureusement explicative du phénomène, la règle de la raison directe des masses , la pesanteur étoit (^Kepler) {généralisée dans un sens absolu, et ce fut une erreur; mais c’éloit un fait dans le sens relatif. Tous petits corps graves tombent sur des corps graves d’un plus grand volume.
Ce (]u’il y a de vrai, et ce qui auroit sans doute été accueilli par Kepler, c’est que l’attraction est le fait primitif, est le fait CAtJSE, est le fait d’essence de la matière. Deux corps identiquement semblables et de même volume se portent l’un sur l’autre, avec une même force accélératrice : si l un est plus volumineux, celui-ci reste stationnaire relativement à l’autre beaucoup plus petit: c’est à ce dernier à faire tous les frais de la course.
\ oilà du moins les conséquences de ma loi : attraction de soi pour soi. H n’y a point de pesanteur, ceci entendu dans un sens absolu; et la sève du bas des arbres monte à leur cime; ce qui
il’auroit point lien, si l’exercice de Faction de la pesanteur étoit • jirescrit dans tous les cas.
C’est par-là, comme je le disois toiit-à-Flieure, que je souhailois terminer quanta présent l’exposé physiologiquedes considérations qui s’appliquent à mon principe de loi universelle. Si donc la zoologie, qui avoit conçu le système unitaire des formations et du mouvement en toutes choses, peut faire reposer son complément d’instruction sur une plus juste appréciation des termes usuels en astronomie {^attraction et gravitation") et qu’elle se trouve de cette manière donner à l’astronomie Futile conseil de n’admettre qu’une seule explication et sa seule forme convenable de langage, Faftraction de. soi pour soi y les deux sciences se seront mutuellement étayées et éclairées.