‹ Études progressives d'un naturalisteChapitre 6 sur 24 · SECTION PREMIÈRE · texte numérisé non relu

SECTION PREMIÈRE

Annotations.

1° M. de Bîainville s’est plu à revenir plusieurs fois sur la remarque que je n’avois point par moi-même disséqué un ornithorintjue , et j’en avois cependant publié les faits de génération \

SUR LES MOiNOTRÉMES.

que j’en avoisseulementaccepté les figures, et que c’est à M. Laurillard, surveillé pour cela par M. Cuvier, que l’on devoit les travaux qui ont fourni la matière des dessins de M. Huet.

Or, pour dire les choses avec une exactitude rigoureuse, cela ne s’est point passé ainsi.

J’avois entrepris un travail com])aratif et complet des organes sexuels chez tous les vertébrés : plusieurs de mes Mémoires avoient déjà été publiés. M. Cuvier, au courant de mes travaux, m’offrit de lui-même, avec une grâce parfaite, de mettre à ma disposition les deux sexes de l’ornithorinque qui lui appartenoient en propre, l’un comme le tenant de la munificence de sir E.Home, et l’autre qu’il avoit acheté de ses deniers. Mais il mit à sa générosité une condition ; c’est que, voulant étudier par lui-même les organes, je m’interdirois de les sortir de place, de les étudier en les détruisant ‘absolument; et que, pour avoir cette garantie, il souhaitoit que son collaborateur, M. Laurillard, tînt le scalpel. Mais d’ailleurs je suis resté le maître de faire porter l’outil partout où ce me paroissoit utile, et M. Cuvier, qui ne sa voit point donner d’une main et retenir de l’autre, ne voulut point assister à nos dissections, et se contenta d’en apprendre les résultats. M. Laurillard agit vis-à-vis de moi avec l’aimable facilité de son caractère. On le peut questionner sur cela.

Et aussi, que devient le reproche de n’avoir point suffisamment pénétré dans la profondeur de plusieurs parties ? j’ai fait ce qu il m’a été possible de faire; je devois sur-tout, par de la discrétion, répondre aux procédés obligeants dont M. Cuvier se plut alors à me combler.

LTn autre reproche me fut adressé , c’est celui-ci , et que je tiens le plus à écarter de moi, pour qu’on ne puisse point m’accuser d’un

HISTOIRE CRITIQUE, ET CONCLUSION

procédé peu loyal à l’égard de Mcckel. M. de Blai m ille dit bien que j’ai affirmé, dans ma dissertation, avoir employé le scalpel de M. Laurillard et les crayons de M. Huet en iSaS : mais qu’il pens(‘ que c’est en i Say , et il le croit, sur ce qu’alors l’antliologie de Florence s’en est venue déclarer savoir que les ornitliorinques étoient ovipares^ idée qui alloit aux miennes, et pour lesquelles je me suis hâté de faire faire quelques reclierclies d’anatomie. Or voici ce qui m’afflige au sujet de cette inexactitude : Meckel a publié son livre de l’ornitliorinque en i8a6, et moi, ma dissertation en iday ; j’aurois donc voulu gagner une marche sur Meckel, et me donner une priorité qui ne m’appartenoit pas.

Mais je prouve jusqu’à l’évidence la réalité de mes assertions. i“ Je soumets à l’Académie les dessins originaux de Huet, tous signés et datés [Huet^ i823 ) : point de surcharge sur ces signatures et dates. 2“ Les dessins de Huet arrivoient, quelques jours après leur confection, à l’enregistrement dans les procès-verbaux du Muséum, et je produis encore une pièce signée du secrétaire de l’administration, qui porte en substance que Huet a fourni ses dessins sur l’ornithorinque, les 3o juillet 1822, 18 février, 6 mai et i4 octobre de l’année 1828. Ces dates sont extraites de registres authentiques et présentent un caractère de certitude notariale.

J’invoque un autre souvenir à ce sujet, celui de M. Knox d’Edimbourg, qui correspond avec les savants à Paris, et qui en garde bonne mémoire. Ce profond anatomiste me vint visiter en 1823. Il avoit écrit sur la glande venimeuse de l’ornithorinque ; il s’intéressoit à tous les faits concernant les monotrêmes, et il m’annonça qu’il venoit de quitter à Londres M. Meckel, qu’il l’avoit trouvé en possession d’ornithorinques dans la liqueur, ayant reçu sa confidence qu’il disséqueroit ces animaux. M. Knox

SUR LES MONOTRÉMES.

fut frappé du nombre des faits et de la beauté de ma planche au sujet des organes sexuels alors déjà gravée, et il en emporta un exemplaire. C’est alors que je l’informai que, désirant étendre ces recherclies d’organisation sexuelle sur les raies etîes serpents, je n’étois point pressé de faire paroître mon travail. Je tenois à savoir comment Meckel apprécieroit sous le point de vue de sa détermination l’emplacement canalisé fait avec les prolongements des oviductes et situé au-devant du détroit du bassin. Home et Cuvier a voient donné chacun une décision différente ; ayant admis une troisième opinion, je m’attendois que Meckel, (juin avoit point la clef, que me donnoient des études anciennes et mes recherches acquises de toutes parts, arriveroit sur les choses ])Our les voir mammalogiques, qu elles n’étoient pas , et ( I u’il se fourvoieroit. Or, toutes mes prévisions se sont réalisées.

2° Dans le Mémoire de M. de Blainville, page 385, je trouve rapportée une longue note de moi, dans laquelle mon honorable confrère déclare avoir beaucoup à reprendre, mais où je ne vois rien d’établi que logiquement et d’après l’autorité des faits qui nous étoient alors livrés de l’Australie. Et M. de Blainville luimême, s’est-il fait difficulté pour rapporter, comme l’ayant rencontré dans Meckel, le cas tératologique, duquel il résulte que des oiseaux se sont trouvés vivipares par suite d’œufs incubés dans leur oviductus?

3° Eh quoi! ce n’étoit point à invoquer au nombre des inductions d’oviparité de l’ornithorinque, m’oppose-t-on page 3qo, cet amas de coquilles vu dans les nids des mères? Mais pendant que cette objection étoit formulée contre moi à Paris, l’observation étoit reprise dans l’Australie, et en revenoit avec une nouvelle assurance d’exactitude.

HISTOIRE CRITIQUE, ET CONCLUSION

4° Telle est encore cette autre objection, page 402, tout aussi peu fondée. Comment comparer les cæcums des appareils glanduleux des échidnés avec les cryptes de même forme des musaraignes, uniquement de ce qu’ils sont beaucoup plus petits et d’ailleurs odoriférants? Mais ce qui fait perdre à cette remarque toute sa valeur, c’est que, depuis cette objection mise en avant, j’ai trouvé d’autres cæcums analogues plus grands, comme sans trace d’odeurs, chez les rats d’eau.

Page 1