SECTION DEUXIÈME
Conclusions,
A ce moment, la lutte s’évanouit en vertu du principe, plus de combattants. Je considère en effet que le point litigieux en jjhysiologie touchant la génération des monotrêmes est comme abandonné, ou plutôt comme présentement éclairé : car je vois en faveur de sa solution , soit les nouvelles circonstances organiques traitées dans le précédent Mémoire, soit l’actuel accord des zootomistes, engagés dans l’altercation concernant la nature du / produit de la génération des monotrêmes.
Remarquez bien, je vous prie, que je ne m’occupe ici que des organes sexuels, et je pourrois au surplus comprendre dans cet énoncé le cas lui-même de la nutrition du sujet après naissance. On a vu plus haut que j’incline aux opinions des observateurs de visu en Australie, dans le point où ils affirment que la nutrition du premier âge est décidément lactifère. C’est chose sans doute bien singulière que les monotrêmes soient à-la-fois ovipares et mammifères. Mais je ne reviens point sur cette concession , au moyen de laquelle je me trouve être de l’avis que j’ai contredit ; je n’en reviens point, quoiqu’il me reste encore dans
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l’espritTjquelque prévention, et que j’en sois toujours à desirer des observations plus précises. Le moyen d’expulsion, du départ du lait, ne forme plus de difficulté, depuis que j’ai découvert et que j’ai ajîpris au sujet des Cétacés que les rôles sont changés entre les mères et les petits ^ que ceux-ci reçoivent le lait de eelles-là, et que les mères l’envoient de propre mouvement, et par une injeetion à laquelle elles pourvoient très facilement. La prévention qui me reste porte sur cette considération spéciale et d’une fort grande portée physiologique, savoir que la coexistence d’oviparité et de lactation {^nouveauté très curieuse dans î organisation ) me laisse en pensée la nécessité de conditions différentielles, lesquelles équivaudroient, selon moi, à la réalisation d’une essenee spéciale. Il y a iei matière à des recherches et peut-être à une déeouverte importante ; mais, pour eela faire, on devra se livrer à une autopsie sans prévention , et je veux dire sans la préoeeupation que, si du lait est donné par une glande, ce soit par la répétition d’une même délivrance que chez les mammifères.
Falloit-il se borner aux seules considérations de la Nature du produit femelle de la génération de l’ ornithorinque? Tels sont le point de vue et le titre de la dissertation de M. de Blainville.
Depuis la perte affligeante que nous avons faite du zootomiste le plus distingué de l’Allemagne , depuis que Meekel ne prête plus l’appui de son nom et de son talent aux opinions qu’il a émises sur les ornithorinques, la lutte s’est resserrée de nos jours entre MM. Owen et de Blainville d’une part, et moi de l’autre; ou plutôt elle cesse, non pas tout-à-fait encore dans les termes, mais dans ce qui forme l’essence du fait.
Car il est vraiment curieux, mais sur-tout il devient très irapor-
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tant pour la science, de montrer cpie la puissance des faits a parlé tellement haut, qu’il y ait aujourd’hui sur la (juestion principale concert de mouvements consciencieux, en même temps que de capacités ; qu’on ait été amené à une opinion commune, où m; soit plus pour la controverse qu’une nuance assez lé{>ère et peutêtre vraiment nulle au fond.
£”En ce qui concerne M. Owen, il a le premier remarqué et considéré sous son jour physiolo^iique la caroncule qui incise et fend l’oeuf par le dedans. Il a passé à l’opinion de l’ovo-viviparisme des monotrêmes, et il réserve et borne toute la force de son argumentation, à bien décrire l’imperfection du premier développement de l’ornithorinque, comme à s’attacher à établir que celui-ci se nourrit de lait. Sur ce point, il n’y a plus de contradicteur.
2° M. de Blainville, sans le secours de la découverte tardive de la caroncule nasale qui scie les coquilles d’œufs , en est venu sur l’ornithorinque à l’idée de M. Owen. J’ai lu quelque part qu’un raisonnement juste est une découverte : or y a-t-il élément de découverte dans les déductions suivantes?
<c D’après cela, l’ornithorinque seroit réellement un véritable «mammifère, dit M. de Blainville, page un mammifère
« vivipare, comme sont les pilifères ; mais en même temps le pro- « duit de la génération auroit quelque chose de l’œuf des ovitc pares par sa grosseur, au moment de sa séparation de l’ovaire , « et n’auroit pas de placenta ; d’où l’on voit que, sous ce rapport, te il formeroit un passage évident entre les vivipares et les ovi- « pares, comme cela a lieu par la considération de plusieurs au- « très points de l’organisation, et cela dans presque tous les au- « très appareils. »
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Je ne m’arrête point sur le premier membre de cette phrase, sur cette assertion que l’ornithorinque est un vrai mammifère vivipare, puisque cette déclaration est tout-à-fait détruite par les phrases suivantes, et leurs applications au classement de Fanimal , but principal des travaux de Fauteur. Or celui-ci, étendant et appliquant de nouveau sa pensée, dit qu’il y comprend Féchidné, si semblable à Fornithorinque qu’on a pu en faire deux espèces du même genre (cetoit arrivé à Home, et ce fut l’objet de mon premier article en i8o4 que de séparer ces animaux et de les ranger dans les deux g'enres depuis conservés , Fornithorinque et Féchidné), Et bien pénétré de sa pensée, M. de Biainviile ajoute là, que la distance des monotrêmes à l’égard des mammifères, c’est plus que celle d’une simple famille , et même que celle dun ordre , en sorte qu’il propose une SOUS-CLASSE. J’avois montré de mon côté cette extrême opposition dans les formes et proposé une CLASSE, ce qui rentroit dans les usages généraux de ne point admettre, ce qu’avoit fait Lacépéde en recueillant à cet égard le blâme des naturalistes, de ne point, dis-je, admettre un terme de plus entre les classes et les ordres. J’ai exprimé mieux aussi l’état d^intermédiarité de la famille des monotrêmes entre les mammifères et les oiseaux, et l’on arrivera là sans le moindre doute, parceque les masses veulent définitivement s’en tenir à ce qui est le mieux. Mais, dans tous les cas, l’on voit que, même sous le point de vue de la plus grande préoccupation de son esprit indiquée dès la première ligne (i) de son Mémoire, il n ’yapl US entre M. de Biainviile et moi qu’une nuance existant plutôt dans
(i) . . . Discuter avec toutes les précautions nécessaires la question de la place que doivent occuper l’Ornitîiorinque et l’Écliidiié dans la série animale.
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nos expressions que dans l’essence de la pensée; j’emploie le mot classe^ et il introduit la modification sous-classe , locution réprouvée par nos grandes notabilités, Linneus et Cuvier.
Les ovules ou les corps jaunes de la grappe ovarienne tiennenl quelque chose^ de t œuf des ovipares par leur grosseur au moment de leur séparation; et M, de Blainville se fonde, pour dire cela , sur l’observation directe de Home, Hill etMaule; à quoi il ajoute que le grand diamètre qu’il a observé soit de l’orifice, soit du canal de la trompe, confirme cela; et c’est lui-même qui conclut que chez ces animaux Fovule contenu dans t ovaire arrive a un degré de développement plus considérable, p. or, j’ai toujours été de cet
avis, et je m’en étois autorisé pour dire que c’étoit cela qui formoit chez ces animaux un caractère précis et affirmatif dans sa portée d'oviparité : c’est le fait des oiseaux qui est en cela répété.
M. de Blainville, toujours dans sa déduction que j’ai citée plus haut, dit point de placenta; et moi, de répéter, autre caractère ayant précision et portée d’oripa/’ifé.
M. de Blainville fait remarquer p. dyo qu’en 1804 , je m’étois borné à ne donner le nom de monotrême qu’à l’égard d’un ordre de mammifères. J’aurois donc agi avec versatilité en élevant depuis à la proportion d’une classe cette même famille; ce fut en effet vers la fin et non encore dans le texte du second volume de ma Philosophie anatomique ; alors j’ai cru à un plus large intervalle entre les mammifères et les monotrêmes, comme vient tout récemment d’y croire à son tour M, de Blainville; et je l’ai fait, ne devant agir et n’ayant agi alors qu’avec discrétion et sous l’autorité des faits. Ce fut ce qui me porta en 1809 à blâmer mon collègue M. de Lamarck, avec lequel j’ai toujours vécu dans la plus parfaite intimité, d’avoir profité de mes épanchements et de mes
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communications pour placer dans la Philosophie zoologique le ]>ressentimentque les monotrêraesforrneroient un jour une classe à part : aucun fait nouveau n’avoit été révélé dans la science depuis i8o4; et alors c’étoit par un à priori abusif, mais aujourd’hui justifié avec bonheur, que M. de Lamarck avoit écrit. Si l’on renonce au principe que les faits deviennent propres à ceux qui en fournissent une démonstration rigoureuse, je suis tout disposé à reporter avec M. de Blainville à M. de Lamarck la satisfaction de ce bien petit avantage, l’honneur de ce mérite; et dans tous les cas, je dois me défendre de versatilité; j’ai marché régulière- , ment et avec les faits qui se multiplioient, je suis devenu progressif dans mes jugements.
Voilà donc la lutte des trois zoologistes, jusqu’alors si partagés, qui finit, puisque les voilà tous trois arrivés au même point, exactement venus à voir de même.
Mais un dernier fait reste à décider, et ce fait est de la plus haute importance; c’est de savoir que conclure de l’accord si bizarre, de l’association si nouvelle des deux fonctions oviparité et lactation. (Test donné aujourd’hui de tous les côtés comme un fait; et nous n’avons rien de mieux à faire que de l accepter, car c’est toujours impérieusement que viennent nous affronter les faits, tout inconcevables qu’ils se présentent à notre esprit. Le seul point donc à (considérer, c’est ce que veulent de nous en application à la classification les cas de tératologie constatés chez les monotrêmes, mais que je m’interdis de dire la plus étrange des anomalies par honneur pour la philosophie, par respect pour les décrets de là Providence. Les deux fonctions oviparité et lactation deviennent, (Uî grandissant fanomalie des monotrêmes, en repoussant ce groupe si loin de celui des mammifères, une quantité exception-
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nelle si forte, qu’il n’y a plus moyen d’attacher les monotrêmes ou aux mammifères, ou aux oiseaux, et qu’en définitive, c’est le cas de déclarer les monotrêmes les sujets d’une classe à part, d’une cinquième et nouvelle classe à ajouter aux quatre divisions de l’embranchement des vertébrés.
Or, cela fut ma conclusion, du moment que j’ai eu connu la conformation des organes sexuels des monotrêmes; je les avois compris dans leur essence, car ils ne pouvoient fonctionner que conformément à ce qu’ils étoient.