DERNIÈRE CONSIDÉRATION
J’avois cru conclure avec et dans ma lecture du 20 octobre : je suis revenu sur ce sujet pour répliquer h M. Owen ; ce qui m’a fait produire et intituler ce troisième écrit: Encore d’autres considératmis.
Mais en vérité, il falloit peut-être s’y attendre : pouvoit-on effectivement se flatter d’en finir aussi promptement avec un animal que le premier observateur à son sujet, notre vénérable et sagace Blumenbacb, avoit, il y a4o ans, avec un tact admirable, détaché de toutes les combinaisons zoologiques, en lui imposant le nom à’ ornitliorincus paradoxus? Blumenbacb n’eut d’abord qu’une dépouille sous les yeux ; c’étoit un animal à poils, très certainement un mammifère dans sa pensée. Mais l’animal lui parut en outre demi-oiseau, ou du moins formé avec un bec d’oiseau; de là ce premier nom , ornithorincus. Mais comme si ce n’étoit point encore l’avoir suffisamment signalé, pour faire passer chez les naturalistes le sentiment qui remplissoit son ame, l’illustre chef delà grande Université allemande ajouta le qualificatif
APPKNDICK.
))ara(l6xtis, ayant sans doute voulu annoncer aux hommes une nouvelle révélation extraordinaire livrée à leurs éternelles disputationes , leur préparer un loyer nouveau d’interminables paradoxes, et leur fournir enfin une raison d’en venir à modifiei' leurs idées sur les limites dans lesquelles ces totalités d’organisation mises à part, ou les êtres vivants, se trouvoient renfermées, lit c’est quand ce grand maître, (jui m’honora de sa tendre amitié, qui assista à Paris et contribua par ses conseils à mon (dection comme membre de l’Académie des sciences , m’eut inspiré ses hautes pensées sur le caractère de toute-puissance et d'ingéniosité de la Nature, que j’ai vu plus tard se former un noyau de naturalistes, soumis par habitude aux décisions des précédents classificateurs, et venir entrer dans l’arène, afin d’y rendre cette sentence : Nature, tu ne passeras pas outre.
Animé de la pensée contraire, j’aurois donc été excusable de m’être bien vivement récrié contre le refus qui m’a été intimé, d’abord illégal (c’étoit attenter aux droits de mon professorat, la conservation administrative de l’objet m’étant dévolue), puis refus non moins contraire aux convenances qu’aux usages de la science; contre ce refus , ai-je dit, qui me priva de la faculté de voir et d’étudier pour mon compte le magnifique exemplaire, conservé dans la liqueur, Vornilhorincus Instrix (Home), l’échidné (Cuvmer), récemment arrivé. Une corvette de l’état, La Favorite , le capitaine de frégate Laplace en étant le commandant, avoit apporté de la terre de Diemen ce précieux objet, qui me fut, avec tant de prestesse et d’habiletc, soustrait.
J’ai, dans les temps, rendu compte, du nombre et de l’importance des richesses scientifiques déposées au jardin du lloi par ce bâtiment de l’Etat, dans les Annales Maritimes et Coloniales, cahier d’octobre et île novembre i832;et je ne me reproche point d’avoir placé dans une note, page 608, des plaintes douloureuses au sujet de ce refus. J’ai dit , pareeque je le croyois alors ainsi , que le chirurgien de la corvette m’avoitparu comprendre, attachantdu prix à l’apport deceprécieux échidné,etavoir voulu contenter l’une des plus grandes nécessités scientifiques du moment; mais il négligea depuis de nous mettre à même d’être fixés à ce sujet sur plusieurs points principaux de la philosophie naturelle. Et cette occasion offerte, me suis-je écrié, nous écliapperoit-elle! Tant de faits , de l’ordre le plus élevé , seroient-ils donc inutilement réclamés par la science! Enfin ces lumières, d’ime si haute portée, demeureroient-elles sans emploi , sous le boisseau!
Cequ’ily a de vrai aujourd’hui même à ce sujet,c’est que j’ignore ce qu’est devenue cette pièce, dans quelles mains elle a passé ; si elle est restée entière, où si elle a été frappée et fragmentée par le scalpel, dans le but étroit d’y aller chercher quelques renseignements zoologiques, quand de bien plus importants, anatomiques et physiologiques, étoient si vivement désirés au profit de la haute science.