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MICIIELET, QUINET, ET LA RÉVOLUTION

(T. II. p. 360.) « Le culte de la Raison excita un moment la curiosité populaire, qui manqua toujours au culte de l'Etre-suprème. Celui-ci, triste, sec, officiel, ne devait se maintenir que par la crainte ' ; l'autre figurait au moins le plaisir» (Ibid., p. 357.) « Une pierre brute, un bois vermoulu auraient eu sur les imaginations cent fois plus de prise qu'une actrice qui se dépouillait, une heure après, de sa divinité -. » (Ibid., p. 355.) « La pacification [de la Vendée, n'est devenue réelle que lorsqu'on a accordé aux Vendéens ce qu'ils demandaient, l'ancien régime dans la religion. Les révolutionnaires n'obtinrent un triomphe apparent [en Vendée[ qu'en renonçant à leurs propres idées pour se plier à celles de leurs adversaires, ce qui semble marquer que le catholicisme n'aurait pu être vaincu que par une autre forme du christianisme. » (Ibid., pages 255-250.) « Dans la loi. liberté des cultes; dans la réalité, interdiction de tous les cultes.

les cultes fut un mouvement essentiellement populaire et spontané, l'étude critique des faits le démontre.

1. La prévention aveugle ici Quinet. Quelque antipathie qu'en puisse avoir pour les idées religieuses et politiques de Robespierre, il est impossible, à moins d'y apporter un parti-pris peu philosof'hique, de ne pas constater que la fête du 20 prairial n'eut rien de « triste » ni de i sec », et qu'elle excita un enthousiasme universel.

2. Les révolutionnaires parisiens, Chaumette, Momoro et leur amis, le savaient bien, et c'est à l)on escient (voir cidessus, p. 44, l'extrait d'un article de Momoro dans les Révolutions de Paris) qu'ils avaient substitué une i femme vivante » aune « statue»: ils voulaient précisément éviter le risque de remplacer une idolâtrie par une autre. Gomment Qainet peut-il leur en faire un grief?

13i ÉTUDES RÉVOLUTIONNAIRES

D'où il est résulté que, sans pouvoir s'appuyer d'aucune Eglise, la Révolution les a eues toutes également contre elle. » (T. P'', p. 237.)

A propos de ces divers passages. Michelet, le 8 mai 1866, écrit ce qui suit à Quinet :

Entre vos sévérités parfois excessives pour les nôtres, une m'a été pénible : c'est le passage où vous dites que le seul mouvement où le peuple ait pris l'initiative, le cuUe delà Raison, organisé par le stoïcien Rojnme et par les mathématiciens auteurs du calendrier, « ne figurait que le plaisir »... Pourquoi une personne vivante, belle, austère, telle que j'ai vu de ces Raisons qui vivaient encore dans mon enfance, pourquoi eût-elle eu moins de prix, moins de dignité symbolique qu'un bois vermoulu ? Je n'accepte pas non plus que le catholicisme n'eût pu être vaincu que par une autre forme chrétienne... « La Révolution ne put s'appuyer d'aucune Eglise » : mais pourquoi? Parce qu'elle était une Eglise. (P. 302.)

Et en 1869, Quinet lui ayant objecté : « Je ne vois pas les dissidences dont vous parlez sur la religion et la politique; la religion de la nature est bien vaste, elle a plus d'une chapelle », Michelet répond par cette lettre décisive :

Mon cœur est immuable pour vous. Nos dissidences n'y feront rien; n'en doutez jamais... Sur la Révolution, nous différons. En quoi ? Surtout en ce que je vous marquais en 1866. Vous avez sans nul doute conservé cette lettre. Elle parlait du culte de la Révolution, non chrétien. C'est le point capital, sans parler des nuances politiques. Celle-ci n'est pas moins que le christianisme, que vous gardez, que je supprime. L'épaisseur du christianisme, rien de plus, riende moins; à travers, nous nous entendons. Je vous serre la main, et de cœur. (P. 325.)

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