LE TIMOLÉON DE M.-J. CHÉNIER
ration des autorités municipales de Paris : Baudrais. Froidure, et deux de leurs collègues de la police, furent emprisonnés par ordre du Comité de salut public (,9 germinal). En même temps, Claude Payan était nommé agent national de la Commune en remplacement de Chaumette; et, le jour même de son entrée en fonctions, il écrivait à Robespierre la lettre suivante pour lui signaler la tragédie de Tiinoléon comme dangereuse :
Paris, le 9 germinal, l'aa 1' de la République française.
Je vous adresse, citoyen, la décision des administrateurs de police relativement à la pièce de Timoleon de Ghénier. Je vous prie de la lire avec attention ; la représentation de cette tragédie produirait, je pense, les plus mauvais efl'ets; les poètes se modèleraient sur Ghénier, et nous ne verrions plus sur le théâtre que des rois honnêtes gens et des républicains modérée. Belle leçon à présenter au peuple! idéaux exemples à lui donner !
Salut et fraternité. Payan.
Au citoyen Robespierre, membre du Comité de salut public ; en son absence, à son collègue Gollot, à Paris ^
Cette lettre, reçue par Robespierre puisqu'elle fut retrouvée dans ces papiers, n'amena pas. comme on eut pu s'y attendre, l'interdiction de la pièce. Les répétitions commencèrent; et dès le 16 germinal on put lire dans le Moniteur, à
1. Rapport fait au nom de la Commission chargée de l'examen des papiers trouvés chez Robespierre et ses complices, par E.-B. Courtois, le 16 nivôse an III. Pièce mi, p. -lii.
2o2 ETUDES REVOLUTIONNAIRES
la suite de l'annonce du spectacle du jour au théâtre de la République, ces lignes :
« En attendant Ja premiùre représentatiun de Timoléon, tragédie nouvelle à grands chœurs '. >•>
Mais lorsque le jour de la répétition générale, fixée au 19 floréal, fut arrivé, Claude Payan revint à la charge. En écrivant ce jour-là à Robespierre pour lui parler du projet de l'établissement d'une Commission révolutionnaire à Orange, il glissa dans sa lettre le paragraphe suivant relatif à Tiinoléon :
Ghénier invite toutes ses connaissances à aller voir jouer sa tragédie de Timolèon: je crois qu'il serait bien nécessaire que le Comité l'examinât avant d'en permettre la représentation ;elle peut devenir tr.!s dangereuse dans ces circonstances. . - L'auteur peut-il avoir mis dans sa pièce des sentiments révolutionnaires qui lui sont étrangers 3 ?
Payan n'était pas seul de son opinion : car le soir môme, au théâtre, son ami et compatriote le conventionnel Jullien (de la Drôme) fit entendre contre l'œuvre de Chénier une protestation véhémente. C'est le Journal universel d'Audouin,
1. La musique des chœurs de Timolèon avait été composée par Méhul.
2. Les points suspensifs sont dans le rapport original de Courtois : soit que Courtois ait voulu indiquer qu'il supprimait ici un passage, soit que ces points n'aient qu'une valeur de ponctuation et proviennent de Payan lui-même.
3. Courtois, Rapport, etc., pièce (.ix h. — La lettre n'est pas datée; mais Payan y dit, plus loin, qu'il a entendu la veille, avec attendrissement, le rapport de Piobespierre sur la fête de l'Etre-supréme : elle a donc été écrite le 19 lloréal.