PROJET DE DÉCRET
La Convention nationale, après avoir entendu son Comité d'instruction publique, sur la proposition faite par les géomètres et les astronomes nommés au rapport, d'ailopter une règle d'intercalation pour maintenir les saisons aux mêmes époques de l'année, décrète :
Article premier. — La quatrième année de l'ère de la République sera la première sextile ; elle recevra un sixième jour complémentaire, et terminera la première Franciade 2.
Art. 2. — Les années sextiles se succéderont de quatre en quatre ans, et marqueront la fin de chaque Franciade.
1. Cette dernière disposition était une innovation ; tandis que la correction de la quatrième année séculaire existait déjà dans le calendrier grèjrorien.
2. D'après le décret du 4 frimaire, comme la première année sextile devait être l'an III, la première Franciade, ainsi qu'il a été dit plus haut, était censée avoir commencé un an avant l'établissement de l'ère républicaine ; la seconde Franciade devait commencer avec l'an IV et se terminer avec l'an VII, et ainsi de suite. Le décret proposé faisait coïncider le commencement de la première Franciade avec le commencement de l'ère républicaine.
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Art. 3. — Sur quatre années séculaires consécutives, sont exceptées de l'article précédent la première, la deuxième, la troisième années séculaires, qui seront communes : la quatrième seule sera sextile.
Art. 4. — Il en sera ainsi de quatre en quatre siècles, jusqu'au quarantième, (|ui se terminera par une année commune i.
Art. 5. — Il sera annexé une Instruction au présent décret pour faciliter l'application de la règle qu'il renferme, et faire connaître les principes (jui en font la base.
Art. 6. — Tous les ans, il sera extrait de la Connaissance des temps, et présenté à l'Assemblée nationale, un annuaire pour les usages civils : calculé sur des observations exactes, il servira de t}q>e aux calendriers qui se répandront dans la République.
Art. 7. — La Commission d'instruction publique est chargée d'accélérer, par tous les moyens qui sont à sa disposition, la propagation des nouvelles mesures du teuips.
Elle est autorisée ù renouveler tous les ans la uo-
1. Le 19 floréal, cet article, tel que l'avait adopté le Comité d'instruction publique, était rédigé sous cette forme : « 11 en sera ainsi de quatre en quatre siècles, jusqu'au trente-sixième, qui se terminera par une année commune». Romme a indiqué, dans son rapport, que la correction devrait être faite, « pour plus de convenance », tous les quatre mille ans et non tous les trois nulle six cents ans, sans autrement s'expliquer. L'explication doit être cherchée dans le passage de son rapport (voir p. 32^) où il a montré que, si l'on prend pour base de calcul la première limite de l'année moyenne, le calendrier grégorien se trouve avoir intercalé un jour de trop au bout de trente-six siècles; et que, si l'on prend pour base la seconde limite, ce calendrier a intercalé un jour de trop au bout do quarante siècles. Gela revient à dire que Romme a jugé qu'il y avait plus de convenance à prendre pour base de calcul la seconde limite que la première, parce qu'on obtient ainsi une période de quatre mille ans, en rapport de symétrie avec les deux autres périodes de quatre ans et de quatre cents ans.
menclature des objets utiles qui doivent accompagner l'annuaire pour chaque jour, et sur lesquels il doit être fait des notices instructives pour l'usage des écoles 1.
On a vu que, le 19 floréal, le Comité d'instruction publique avait, non seulement arrêté l'impression du rapport et du projet de décret, mais qu'il avait, auparavant, discuté ce projet, l'avait amendé, et ensuite adopté pour être présenté à la Convention nationale. Dans le Comité, à ce moment, ne siégeaient pas moins de cinq éuêqaes 2; le membre qui y avait été plus particulièrement le champion de ce que nous appellerions 1' « anti-cléricalisme », M.-J. Chénier, venait d'en sortir; la tradition révolutionnaire n'y était plus guère représentée que par un ancien membre du Comité de salut public, Prieur (de la Côte-d'Or). Il s'y trouva néanmoins une majorité pour voter, en dépit des évêques qui
1. Ce dernier alinéa a une certaine importance, en cej qu'il nous montre que les noms de végétaux, d'animaux et i d'instruments agricoles, qui avaient été placés dans le calendrier pour l'an II, n'étaient nullement regai'dés comme faisant partie intégrante de l'annuaire, puisqu'on proposait de « renouveler cette nomenclature tous les ans »,. Ceux, qui, de nos jours, croient nécessaire de reproduire telle quelle la nomenclature de Fabre d'Eglantine vont donc à: rencontre des intentions de Romme et du Comité d'instruction publique.
2. Massieu, Grégoire, Villar, Wandelaincourt, et Lalande (de la Meurthe).
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faisaient soit ouvertement, soit sourdement, la guerre au calendrier républicain, les propositions deRomme et des illustres astronomes dont il était l'organe.
Eh bien, veut-on savoir comment l'un des cinq évoques a raconté ce qui s'est passé dans cette séance du 19 floréal? Voici ce qu'on lit dans les Mémoires de Grégoire, à l'endroit où il parle du calendrier républicain :
Ici s'intercale à merveille une anecdote plaisante concernant ce calendrier. Romnie, d'après ses calculs et ceux des astronomes qu'il avait consultés, découvrit ({ue dans trois mille six cents ans l'année ne devait pas être bissextile (sic); en conséquence, il vint au Gjmité, dont il n'était plus membre, nous faire un rapport sur cet objet et présenter un projet de loi. « Tu veux donc, lui dit quelqu'un, nous faire décréter l'éternité? » Je demandai rajourneraent à trois mille six cents ans, et rajournement passa. Romnie demanda qu'au moins, pour l'honneur de 1 astronomie, on imprimât le rapport : ce qui fut adopté i.
Faut-il s'étonner de voir, dans ce petit récit, l'inintelligence le disputer à la mauvaise foi ? Grégoire nous y a habitués. Dans ce rapport, où Romme a exposé avec une admirable clarté tous les éléments de la question, Grégoire n'a su voir qu'une chose : c'est que la dernière année du trente-sixième siècle de la République (ou du quarantième, d'après la rédaction définitive) ne recevrait pas de jour intercalaire. Et cette façon