‹ Études révolutionnairesChapitre 9 sur 76 · Moniteur du 13 ventôse an II · texte numérisé non relu

Moniteur du 13 ventôse an II

2. Voici le texte de l'arrêté pris le 4 septembre 1793 par le Conseil général de la commune :

« Sur le réquisitoire du procureur delà commune, le Conseil arrête qu'il sera nommé une commission pour visiter tous les jardins compris dans les domaines nationaux, vendus ou à vendre, affermés ou non affermés, afin de s'assurer s'ils sont en produit utile ou non. Tous les citoyens qui ont des jardins sont invités à les faire cultiver et ensemencer de légumes et autre choses nécessaires à la vie. Les mômes commissaires se rendront au département à l'effet de l'inviter, au nom du bien public, à faire mettre en cul-

autrement : des avis furent envoyés dans les sections de Paris pour qu'on ^dressât la liste des jardins qui faisaient partie des biens nationaux, anciennes propriétés du clergé, des émigrés, des condamnés, et qui restaient incultes et improductifs. Le Comité de salut public, s'inspirant de l'exemple donné par les magistrats parisiens, prit lui-même le P"" ventôse un arrêté ordonnant de planter des pommes de terre dans les carrés des jardins des Tuileries et du Luxembourg", jardins qui ne dépendaient ni de la commune ni du déparlement, mais du ministre de l'intérieur K

ture, et affermer par petites portions, les immenses jardins compris dans les domaines nationaux. La Convention sera invitée à faire mettre en culture utile, au profit des hôpitaux, le jardin des Tuileries, qui jusqu'à présent n'a offert aux yeux que des massifs, inutiles aliments du luxe des cours. » {Moniteur du 1 septembre 1793.)

Le lendemain, dans cette séance célèbre de la Convention où les Jacobins vinrent demander à l'assemblée de « placer la terreur à l'ordre du jour », et où, au nom d'une députalion du peuple de Paris, conduite par le maire et le Conseil général, le procureur de la commune donna lecture de la fameuse adresse relative à la formulion de l'armée révolutionnaire, Chaumette communiqua à la Convention l'arrêté pris la veille au sujet des jardins des biens nationaux, et lui demanda de décréter que le jardin des Tuileries serait consacré à la culture des plantes nécessaires aux hôpitaux. Le vieux Dusaulx, député de Paris, un des membres les plus modérés de l'assemblée, appuya chaleureusement cette proposition, et s'écria: « Je deirande que les Champs-Elysées soient, en même temps que les Tuileries, convertis en culture utile ». (Moniteur, ibid.) La Convention, qui avait à s'occuper d'autres mesures plus urgentes, ne rendit pas de décret à ce sujet.

1. Voici cet arrêté, cité par Georges Pouchet dans son étude Les sriences pendant la Terreur :

« Le Comité de salut public arrête que le ministre de l'intérieur donnera les ordres nécessaires pour faire plan-

Il se trouva, parmi les commissaires des sections, des gens qui outrepassèrent leurs pouvoirs par ignorance ou par excès de zèle. Il y en eut qui, au lieu de se limiter, comme ils en avaient reçu le mandat, à dresser l'état des jardins appartenant à la nation *, prétendirent mettre en

ter des pommes de terre dans les carrés du jardin national des Tuileries et dans les carrés du jardin du Luxembourg. Signé au registre : Barére, Carnot, C.-A. Prieur, Saint- Just, Collet d'IIerbois, Gouthon, Robespierre, Lindet. Pour extrait : Barére, Gollot d'Herbois, Carnot. » (Archives nationale, F17, carton 1222.)

Thouin, professeur de culture au Muséum, fut chargé de l'exécution de l'arrêté. Aux Tuileries, on planta les pommes de terre le long de la terrasse des Feuillants, dans le courant de ventôse, en protégeant par des treillages l'espace ainsi cultivé. Le 12 prairial, la (Convention décréta « qu'il serait mis à la disposition du commissaire des administrations civiles jusqu'à concurrence de 12,500 livres pour pa}'er les frais de culture, treillage, plantation, récoltes et autres, nécessaires pour l'exécution de l'arrêté du Comité de salut public en date du l"' ventôse, concernant les terrains propres à mettre en culture dans les jardins des Tuileries et du Luxembourg ». (Procés-verbal delà Cou vention, t. XXXVIII, p. 23!.)

Il faut ajouter, pour qu'on ne se méprenne pas sur les vues du Comité de salut public, qu'en même temps il préparait, avec Tiiouin et avec l'architecte Hubert, des mesures pour l'embellissement de ce même jardin des Tuileries : transfert dans ce jardin des orangers du Baincy, de l'isle- Adam, de Meudbn et de Saint-Cloud, et construction d'une orangerie; transformation du parterre en groupes d'arbrisseaux garnis de monuments de sculpture ; érection de trois fontaines monumentales; création de })Osquets avec fontaines jaillissantes; agrandissement de la terrasse en avant du jardin, pour y placer des orangers, des statues, des vases et des îjustes, etc. Ce plan d'embellissement est minutieusement exposé dans les trente articles de l'arrêté du 2r. floréal an IL

1. Les limites du mandat donné aux commissaires des seclions sont indiquées dans l'adresse du Conseil général aux sections, du 18 ventôse, qu'on trouvera à la page 30.

réquisilion des jardins particuliers, et contraindre les propriétaires à transformer leur parterres en potagers. Le 17 ventôse, un citoyen nommé Georget vint se plaindre à la commune des mauvais procédés auxquels il avait été en butte de la part des commissaires de la section du Xord, qui lui avaient intimé l'ordre d'arracher les arbres de son jardin et de faire ensemencer tout le terrain en pommes de terre et en haricots. Or comment les réclamations de Georget furent-elles accueillies ? quelle fut l'attitude de Chaumette ? Ouvrons le Moniteur. Voici ce qu'on y lit, dans le compte-rendu de cette séance du Conseil général :

L'agent national (Ghaimette) s'élève avec force contre les citoyens qui, pur un zèle mal entendu et une ignorance profonde, détruisent tout, bouleversent tout, et qui, dit-il, arracheraient un arbre pour planter un chou; ces êtres qui dénaturent les meilleures intentions, et font détester la Révolution par la manière dont ils exécutent les mesures les plus salutaires.

Sur ces observations et celles du citoyen maire (Pache), le Conseil général arrête qu'il sera fait une adresse, en forme d'instruction, à l'etfet d'obvier aux abus dont on se plaint, pour être affichée et distribuée aux sections ^

Voilà comment Chaumette a fait arraciier Jes arbres des jardins de Paris.

L'adresse demandée, rédigée par un membre de l'administration des subsistances, fut lue dès le lendemain au Conseil général, qui l'adopta et

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