‹ Études révolutionnaires: Philippe d'Orléans-ÉgalitéChapitre 2 sur 9 · IT · texte numérisé non relu

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C'est dans Tespace de temps compris entre Texil de Villers-Cotterets et le mois d'octobre 1789 que se retrouvent les traces d'une conjuration £aite pour substituer sur le trône de France la branche d'Orléans à la branche atnée des Bourbons , tout au moins pour usurper le pouvoir au moyen d'une régence ou d'une lieutenance-générale du royaume.

Se faire citoyen au lieu de rester prince , accueillir toute théorie nouvelle , propager toute idée révolutionnaire, fronder la cour et la feire attaquer par des journaux et par des pamphlets, organiser le trouble, soudoyer la rébellion et l'émeute, ouvrir au Palais -Royal un asile à tous les hommes ostensiblement déclarés contre le roi, ou qtti cherchaient dans les vicissitudes d'un avenir nouveau quelque chance à leur ambition, quelque prétexte à leuï' rancune , se créer par l'intrigue et par la corruption

un parti dans l'Assemblée nationale, g^gi^^r le mi^ nistère , voilà quel était le plan des conspirateurs pour atteindre le but que nous venons de signaler.

On vit dès lors le duc d'Orléans , renommé pour sa sordide avarice , étaler tout à coup y au milieu d'un rigoureux hiver, une charité de fectieux avec un appareil d'ostentation qui sied mal à la vraie bienfiai-^ sance. Ce prince, qui naguère affichait pour l'opinion publique le plus insolent mépris , semblait se plier aux exigences du devoir, et mendier la popularité avec autant d'affectation qu'il en avait mis autrefois à la renier.

Il est vrai que ces nouveaux dehors n'étaient pas si bien gardés qu'on ne vtt de temps à autre percer l'hypocrisie sous l'écorce de la générosité.

Les Mémoires du temps fournissent plus d'une preuve que les actes de bien^sance du duc d'Orléans, proclamés avec affectation dans toutes les feuilles du jour, étaient feux ou exagérés, soit dans leur importance , soit dans leur durée , et que le dépit et l'avarice du prince finissaient toujours par l'emporter sur les calculs de l'ambition.

Les États-Généraux étant convoqués , le duc d'Ôr-' léans fit rédiger, pour ses représentans aux bailliages, des instructions, résumé de toutes les exigences du moment. La liberté individuelle, la liberté de la presse , l'inviolabilité du secret des lettres , le droit de propriété , le consentement et le vote de l'impôt par les contribuables , le retour périodique des Ëtats^ Généraux, la responsabilité des ministres, une égale

répartition de l'impôt, la consolidation de la dette publique , la réforme de la législation civile et cri^ minelle , et le divorce , . voilà quel était le code politique proposé par le duc d'Orléans pour la rédaction des cahiers de ses bailliages. On trouve dans ce Ma^^ nifeste les élémens d'une monarchie constitution-^ nelle plutôtqueles germes d'une république, comme l'ont prétendu plusieurs historiens; mais à coup sûr, si le duc d'Orléans n'eût attaché son nom qu'à des tentatives révolutionnaires de ce genre, le divorcé excepté, ce nom fût resté digne de souvenir.

Les royalistes pensaient autrement , eux qui dans les actes du duc d'Orléans ne cherchaient que l'intention et ne voyaient que le but; mais au lieu de lutter de patriotisme avec ce prince , qui gagnait le peuple par la flatterie, la noblesse par l'intrigue , et la nation par son amour des réformes et de la liberté, ils restèrent dans l'inaction, impassibles spec^ tateurs de leur ruine , étalement cloués à un passé qui croulait de toute part.

On crut avoir raison par dés épigramiùes et par . d'innocentes combinaisons des maux qu'on prévoyait sans les bien définir toutefois. Pendant que les cour^ tisans riaient des populacières allures du duc d'Or* léans , les plus habiles pensaient maîtriser l'avenir en rapprochant ce prince de Louis XVI par le mariage de M"« d'Orléans avec le duc d'Ângouléme^ fils du comte d'Artois. La fierté de Marie-Antoinette fit échouer ce projet, et Louis -Philippe revint au Palais-Royal ayant au cœur une haine de plus.

Plusieurs sortes de personnages se partageaient le conseil et dirigeaient les projets du duc d'Orléans : c'était, en première ligne, cette portion de la noblesse française hostile à la cour par suite d'intrigues qui remontaient en grande partie au règne des favorites de Louis XV. Le duc d'Aiguillon, le duc de Liancoùrt étaient de ce nombre; Lauzun, duc de Biron , et quelques autres seigneurs , complétaient ce groupe de mécontens et de séditieux ; mais peutêtre ceux-là n'étaient "• ils pas dans les plus intimes secrets du duc d'Orléans.

C'est à Choderlos de Laclos, secrétaire de ses commandemens , que Philippe avait réservé cet honneur. Choderlos était connu du monde libertin par son livre des Liaisons dangereuses, roman fameux dans lequel l'écrivain a fait preuve d'une désolante connaissance des plus noirs replis du cœur humain. Taciturne et rêveur, d'un caractère hypocondriaque, Choderlos n'était pas fait pour la bruyante société de Philippe d'OrléanSy si d'autres pensées plus secrètes^ plus amies de l'ombre et de l'isolement, ne l'eussent attaché à la fortune de ce prince.

Tous les historiens de l'époque , M"*« de Genlis la première , témoignent de la fatale influence que cet homme exerça sur l'esprit du duc d'Orléans.

Après Laclos venaient Sillery, comte de Genlis, vieux sybarite, proxénète du prince; Valence, gendre

de Sillery, fils du duc d'Orléans et de M"« de Mon^ tesson, personnage que son ineptie même rendait dangereux; Mirabeau et Sieyès, que Robespierre appelait la taupe de la révolution.

A leur suite se pressaient la phalange des encyclopédistes et des philosophes , les pamphlétaires , les journalistes, la plupart vendus ou à vendre; Duport, conseiller au Parlement j Camille Desmoulins, tête ardente, spirituel écrivain et tribun de carrefour; Brissot, homme de corruption; puis enfin des agitateurs de tout rang et de tout pays : c'était le marquis de Saint-Huruges , à la face de taureau , au regard hébété, qui ameutait la populace avec une voix de Stentor, et qu'une canne levée faisait plier et se taire ; un comédien nommé Grammont ; Fournier, un américain ; Rotonde , un professeur de langue italienne. Tous ces hommes tenaient par quelque lien au Palaii-Royal ; ceux qui n'arrivaient pas jusques aux salons attendaient sous les portiques ; ceux qui ne péroraient pas dans les secrets conciliabules ameutaient le peuple dans le jardin, organisaient l'émeute, brûlaient des mannequins, celui de Brienne, par exemple, ou de La Fayette, comme on avait brûlé déjà celui de l'amiral Keppel après le combat d'Ouessant. Chacun avait son rôle dans le drame, les hommes de conseil comme les hommes d'intrigue, les écrivains comme les hommes d'action.

C'est ainsi que la conspiration du Palais -Royal étendait de tous côtés ses ramifications d'autant plus puissantes qu'elle s'appuyait sur les instincts popu-*

laires, sur les généreuses passions du moment et sur les espérances de toute une nation*

Ce dut être pour la femille royale un cruel oii-« trage j et pour le peuple une heureuse flatterie , que le jour où le duc d'Orléans, député de Crépy-en- Valois, se sépara du cortège royal à la solennelle séance d'ouverture desÉtats-Généraux, pour prendre place parmi les députés nobles du bailliage qui l'avait nommé (1).

(i) C'est à l'aide d'ane sapercherie que le due d'Orléans avait été nommé député. Au moment des élections, le comte de Limon s'était rendu à Crépy comme pour visiier les bâlimens du prince, mais en réalité pour combattre la résistance des électeurs de la noblesse, qui ne voulaient pas se mettre en opposition avec la cour en nommant le duc d'Orléans. Le comte de Limon s'y prît si adroitement qu'il fit élire le duc d'Orléans, en persuadant aux électeurs que ce prince n'accepterait pas. Mais, peu de temps après, on vit avec beaucoup d'étonnement Louis-Philippe venir luimême à Crépy remercier et prêter serment.

Le duc fut aussi nommé député par la noblesse de Paris, mais il opta pour la modeste élection du bailliage de Crépy* C'était un mérite populaire de plus.

Louis XVI avait désiré que les princes de sa famille ne se fissent pas élire aux Etats - Généraux. (?était une faute, car l'assemblée se trouvait ainsi sous la main du duc d'Orléans et de Necker, lequel, écartant de cette manière toutes les hautes influences, restait seul au milieu ans partis pour s^en servir contre le roi.

Les clameurs sympathiques qui accueillirent cette démarche redoublèrent encore lorsque peu de jours après , dans les malheureuses dissidences qui précédèrent la réunion des trois ordres ^ le duc d'Orléans se montra un des premiers à entraîner la noblesse vers le tiers-état. Toutefois, il fout dire que si elle n'avait eu que l'autorité de la parole et du courage du duc d'Orléans pour sacrifier sa préséance , la noblesse fût restée dans sa chambre, et eût attendu le tiers au lieu d'aller à lui.

Pendant que les trois ordres délibéraient, chacun de son côté , le clergé attendant quil y eût un vain^ queur pour se faire un allié (1), on avait préparé au duc d'Orléans un discours pour demander la réunion de la noblesse au tiers-état.

La chambre était pleine , et le duc d'Orléans se mit à foire sa harangue. A peine eut -il prononcé quelques phrases, que le marquis deMontrevel, trouvant qu'il foisait chaud , s'écria : a Ouvrez les fenètrès! » A cette soudaine exclamation , Philippe crut qu'on s'apprêtait à le jeter par là fenêtre; il pâlit et se trouva mal. En le déshabillant , on le trouva plastronné de plusieurs gilets, dont un en peau de renne : — c'était le 17 juin.

Malgré cet incident, qui réveilla les épigrammes d'Ouessant et de l'ascension aérostatique, le duc d'Orléans, après la réunion des trois ordres, fut nommé président de l'Assemblée nationale. Comme

<f) Paroles de M. «he Lally-ToHendal.

on savait d'avance qu'il n'accepterait pas , ce n'était qu'un prétexte arrangé pour sa modestie.

« Si je croyais, dit-il à l'Assemblée, pouvoir remtt plir la place à laquelle vous m'avez nommé , je la a prendrais avec transport; mais, messieurs, je se- « rais indigne de vos bontés si je l'acceptais, sachant a combien j'y suis peu propre. Trouvez donc bon, a messieurs, que je la refuse, et ne voyez dans ce « refus que la preuve indubitable que je sacrifierai (( toujours mon intérêt personnel au bien de l'Ëtat.»

Ici finit le rôle d'apparat joué par le duc d'Orléans au sein de l'Assemblée nationale , et commencent dans Paris les révoltes ensanglantées que dominera le nom de ce prince.

Déjà l'histoire veut que, au milieu du rigoureux hiver pendant lequel il étalait ses fastueuses aumônes, le duc d'Orléans ait cherché dans une infernale spéculation les moyens de compenser ses sacrifices, de s'enrichir outre mesure, et de soudoyer en même temps des artisans de révolution. A cette époque , les environs de Paris avaient été ravagés par la grêle au temps de la moisson ; la récolte était mauvaise dans le reste du royaume. Alors, à la faveur d'un édit d'exportation obtenu du Parlement, les blés accaparés dans toute la France furent transportés en Angleterre, d'où ils ne revenaient que selon les progrès de la disette , ou les vues secrètes des accapareurs. Un banquier nommé Pinet était à

la tète de cette entreprise. Mais les Mémoires du temps ne sont j)as d'accord sur le nom de ses complices. Les uns ne voient dans Pinet qu'un agent des monopoleurs^ fermiers-généraux, ministres et financiers qui, depuis 1730, avaient formé une association pour l'approvisionnemei^t des blés sur les marchés de France, association long-temps tenue secrète, qu'on appela pacte de famine, et dont la révélation avait coûté vingt-cinq années de captivité à son auteur, le Prevot de Beaumont; d'autres af firment au contraire que Pinet n'a été qu'un ins trament de la cupidité et des machiavéliques combinaisons du duc d'Orléans.

Le 29 juillet 1789, Pinet fut assassiné. Les circonstances de sa mort sont mystérieuses comme l'avaient été les entreprises des dernières années de sa vie. Au milieu des troubles de juillet, Pinet effrayé, c'est Bertrand de MoUeville qui raconte ces détails, avait confié au duc d'Orléans son portefeuille, contenant quarante millions de valeurs. Ce portefeuille avait été mis en sûreté au Rincy, où Pinet vint le chercher peu de temps après, non sans en avoir déjà plusieurs fois sollicité la restitution. Le duc d'Orléans donna à Pinet une voiture à sa livrée pour le ramener à Paris. Arrivé dans un petit bois appelé le Vesinet, la voiture fut cernée par des hommes embusqués dans le bois, Pinet fut frappé à mort, dépouillé et laissé baigné dans son sang. Le lendemain on trouva ce malheureux qui avait encore un souffle 4e vie ; il ne proféra plus qu'un mot : « Mon porte-

feuille y mon porte- feuille y» et il expira (1).

D'autres scènes avaient préludé au meurtre de Pi-

(i) Berlrand de Moileville, t. iv, p. loo. — Cet hislorieD ajoute à ce récit les particularités siiivantes :

« Cette catastrophe 9 qui dérangea la fortune d'un trèsgrand nombre de personnes, fut mise sur le compte du duc d^Orléans; mais on n'avait pas de preuves, et on tenta inutilement pendant deux ans tous les moyens possibles de s'en procurer. A la fin , quelques-uns des principaux créanciers découvrirent, au mois d'octobre ou de novembre 17919 un valet-de-cbambrç quç le duc d'Orléans avait congédié* et qui était à son seryice k l'époque de la mort de Pinet ; ils s'adressèrent à lui, et lui offrirent de grandes récompenses s'il voulait leur procurer les renseignemens dont ils avaient besoin. Après bien des négociations, ils conclurent leur marché avec lui, et en obtinrent des confidences qu'ils payèrent fort cher; mais, pour qu'elles pussent leur être utiles, il fallait qu'il consentît k en déposer en justice, et il y répugnait infiniment par la crainte, disait-il, que le dqc d'Orléans ne le fit assassiner ou empoisonner. On espérait cependant l'y déterminer à prix d'argent ; mais cet homme disparut tout- à- coup, et ne laissa aucune trace de sa fuite. Les créanciers présumèrent qu'il avait vendu son silence au duc d'Orléans, qui avait sans doute exigé qu'il sortît du royaume. Je fus instruit de ces détails dans les premiers jours du mois de mars 1793^ par un des créanciers, qui vint me demander si, en qualité de ministre de la marine, je ne pourrais pas leur procurer les moyens de faire chercher ce valet-de-chambre en Angleterre, et de l'y faire arrêter. Je lui répondis que tout ce que je pouvais faire était de charger le consul de France à Londres de s'informer si cet homme y était arrivé; mais qu'avant tout il fallait qu'ils {ne donnassent son nom, son signalement exact, et la date

net. Quelques jours avant Fouverture des États-Généraux, la populace avait pillé les magasins de Réveillon et d^Henriot, manufacturiers du faubourg Saint-Antoine. Parmi les figures patibulaires mêlées au peuple dans cette journée , la première de la révolution où le sang ait été répandu, la police signala plusieurs paysans de Villers-Cotterets. Le duc d'Orléans s'était montré avec sa famille sur le théâtre de l'émeute, et l'air avait retenti de vivat (1). Ces deux circonstances accréditèrent contre le duc d'Or-^ léans de nouvelles accusations, qui furent répétées jusque dans la chambre de la noblesse. A cette occasion, un député, le marquis de Laqueille menaça de dénoncer aux États-Généraux les fauteurs des désordres et de les faire punir. — « Punir ! et comment ? » demanda le duc d'Orléans. — « Par la honte, monseigneur, » répondit le marquis de Laqueille. A ces mots, d'Orléans sortit de la salle (2).

Ce fut pour adresser aux journaux sa justification.

c( La vérité, écrivit-il, ne tardera pas à être con- <( nue ; je sais qui sont les véritables auteurs de l'éa meute dont on veut me rendre coupable ; je les <c connais, je réclamerai contre eux la justice du roi, a je les dénoncerai, je les traduirai aux États-Géné-

précise de s^ disparutîon. Je quittai le ministère peo de jours après, sans avoir revu ce créancier, et je n'ai plqs entendu parler de celte affaire. »

(i) Prudhomme, Histoire générale et impartiale des erreurs fi des crimes commis pendant la résolution»

(:j) Procédure criminelle instruite au Châlelet de Paris.

« raux pour qu'ils y soient jugés; je solliciterai pour « eux la plus rigoureuse justice; enfin, je prends « l'engagement solennel d'imprimer, de rendre pâte blique ma dénonciation. »

Malgré la solennité de cet engagement, le duc ne dénonça personne, et la procédure commencée contre les émeutiers du faubourg Saint-Antoine fut ensevelie dans le mystère. Ce n'est pas la première fois qu'on verra ce prince se livrer à de vaines jactances, et affîcher publiquement une indignation dont il riait ensuite avec ses amis.

L'histoire hésite à admettre des accusations si graves et si nombreuses. Que serait-ce donc, s'il nous fallait montrer le duc d'Orléans cloué au poteau des meurtriers vulgaires et des voleurs de grand che* min, entre deux sicaires subalternes, Coffiné et Poupart de Beaubourg, comme nous le représentent quelques chroniqueurs de l'époque? Les rumeurs de la foule constituenirelles toujours la calomnie historique, surtout lorsqu'elles sont transmises sous Tautorité des auteurs contemporains, témoins des mouvemens et de l'impression des masses? Si large qu'on puisse feire la part de l'innocence et de l'apologie, n'existe-t-il pas dans ces accusations un certain fond de vérité dont les mystérieuses traces , d'abord incomplètes ou perdues, se retrouvent ensuite? S'il n'est pas de réputation historique à l'abri de la calomnie, on trouve difficilement une exception à cette règle des révélations posthumes et des secrètes cor-^ relations de Terreur avec la vérité.

Et d'ailleurs, commeut les plus sinistres croyances ne se seraient-elles pas accréditées contre Philippe d'Orléans, quand on savait à quels hommes le Palais- Royal donnait droit de bourgeoisie, et de quelles agitations ce lieu était le théâtre?

Le 14 juillet la Bastille fut prise; M"»« de Genlis conduisit ses élèves sur les décombres de ce monument féodal, et le soir venu, elle se mêla, avec eux, aux frénétiques &randoles des femmes du peuple dans le jardin du Palai&-Royal. C'est de ce lieu qu'étaient partis les démolisseurs, excités par l'éloquence de Camille Desmoulins. En même temps , le buste de Necker, ministre que le roi venait de remercier, et le buste du duc d'Orléans , sortis comme par enchantement des groupes populaires, avaient été portés en triomphe dans les rues de Paris, et salués par une foule en délire. — Ce jour-là, le duo d'Orléans eût été roi s'il l'eût voulu. Il n'osa pas : c'est en révolution surtout que l'occasion perdue ne se retrouve jamais.

Bonaparte et Mirabeau avaient le secret de cette maxime: Bonaparte fit le 18 brumaire, et Mirabeau voyant arriver Louis. XVI à Paris au milieu du bouiliQnnement révolutionnaire qui suivit la prise de la Bastille, s'écria : « Celui qui a conseillé cette dé*^ « marche au roi est un hardi mortel, sans cela Paris « était perdu pour lui. » — Je n'attribue ces paroles, ajoute l'historien qui les cite, qu'à la « singulière sa- « gacité de Mirabeau ; il connaissait le parti du duc çf d'Orléans, et pouvait penser qu'il aurait profité dq

a la circonstance pour s'emparer de la capitale* Si « le parti du duc d'Orléans était capable de former ce ce plan, il fut déconcerté par la visite soudaine du <K roi, qui réchauffe toute l'affection du peuple (1). »

Il n'eût tenu qu'au duc d'Orléans que le roi ar<rivât trop tard à Paris ; mais ce prince n'entrevit les avantages de sa position que pour regretter plus tard de n'en pas avoir profité.

Dans les conciliabules de Passy et de Montrouge, où se réunissaient les membres du conseil secret du duc d'Orléans, Choderlos de Laclos, Valence, Sillery-Genlis, Sieyès et Mirabeau, un plan habile avait été préparé; il s'agissait de foire des troubles de Paris un prétexte d'intervention pour le duc d'Orléans. Ce prince devait se présenter au roi, l'avertir du danger de la situation, s'offrir pour intermédiaire entre la nation et l'autorité, et réclamer en retour le poste de lieutenant - général du royaume.

Philippe d'Orléans accepta le rôle qu'on lui fed- 8ait, mais le cœur lui feillit lorsqu'il Mlut payer de sa personne. Dans la matinée du 15 juillet , le duc se présenta effectivement à Versailles, et s'informa du baron de Breteuil s'il était possible de parler au roi. Le ministre répondit que Sa Majesté ne voulait voir personne, mais que le prince pouvait lui écrire, ou, s'il aimait mieux, lui adresser sa lettre à lui,

(i) Soiwemrs sur Mirabeau, par Etienne Du m ont de Ge^ nève, p. iî5.

baron de Breteuil, qui la mettrait sous les yeux de Louis XVI. Le duc préféra ce dernier parti; mais au lieu de réclamer la lieutenance- générale du royaume^ et de réciter le thème qu'on lui avait appris^ il se contenta de prier le baron de Breteuil de solliciter pour lui la permission de passer en Angleterre, où il avait Tintention de se rendre, disait-il, si les affisiires prenaient une tournure fôcheuse (1).

Une fois encore le fantôme de la peur était apparu au duc d'Orléans; et cependant, s'il se fût montré, il eût trouvé le peuple paré des couleurs de sa maison : le bleu, le rouge et le blanc avaient remplacé la cocarde nationale ; c'était là toute une révolution. On avait déjà l'étendard, on n'attendait plus que le chef, mais le chef avait disparu. Le peuple garda les couleurs pour de plus glorieuses destinées ; les émeutiers allèrent aux meurtres, et l'Assemblée nationale à la révolution.

Le duc d'Orléans ne parut pas dans l'explosion des grandes fureurs populaires dont le Palais-Royal et la place de Grève étaient le théâtre, mais on le retrouve dans la nuit du 4 août, au sein de l'Assemblée nationale , excitant à l'abolition des titres de famille et des droits seigneuriaux. Les souvenirs de cette nuit ont été placés sous une invocation patriotique; le désintéressement anima, il est vrai, quelques généreux sacrifices, mais les regrets de

(i) Bertrand de Molleville, Mémoires, — Procédure crimi-nelle instruite au Chàteîet de Paris.

Fabbé Sieyès, perdant la dîme de ses abbayes ^ le dépit que montrèrent plusieurs complices de cette démolition féodale, ont laissé percer quelques soupçons sur les secrets motifis de cette ferveur d'égalité, préparée dans un souper par le duc de Liancourt , le duc d'Aiguillon et Philippe d'Orléans.

Ame ardente , caractère fecile , homme de plaisirs et de volupté, Mirabeau s'était donné à la révolution moins par haine d'un régime dont il avait subi les rigueurs que par amour de la popularité , du mouvement et du bruit. Ce n'était pas le renversement de la monarchie qu'il demandait , c'était une tribune pour sa fougueuse éloquence, dont il n'avait que faire dans le calme de l'État.

Il feUait des tempêtes à Mirabeau : pour les produire , le choix des élémens lui était assez indifférent , car il méprisait également les hommes de tous les partis ; mais quand il eut vu la révolution marcher et grandir à sa voix , lorsqu'il eut compris l'hésitation et la débonnaireté du pouvoir, qu'il eut feit sur l'Assemblée souveraine l'essai de sa puissance et de son autorité , il prit en pitié cette monarchie qui ne savait pas se défendre. Examinés de près , les rouages du gouvernement lui parurent si fragiles, si usés , qu'il prit idée de les briser et de les remplacer par un système nouveau. Pour l'aider à cet œuvre, un homme se trouvait dans les conditions voulues : c'était le duc d'Orléans ; Mirabeau se rap-

prochadelui. Philippe d'Orléans réalisait assez bien pour le bon peuple , dont Mirabeau se moquait , le nouvel ordre de choses rêvé par le tribun.

Ce prince tenait à Tavenir par la révolution , dont il avait accepté toutes les idées ^ au passé par les liens qui l'attachaient à la fomille des Bourbons. Le duc d'Orléans une fois maître ou roi par l'interventiim du tribun ^ c'était le tribun qui réellement eût possédé le pouvoir. Il Mlait tout le prestige de cette raison pour engager Mirabeau à poursuivre les tentatives que la pusillanimité du prince avait déjà fait échouer, d'autant que Mirabeau connaissait la nullité de Philippe , la faiblesse de son caractère et l'abjection de sa vie. Il disait de lui qu'au moral on ne devait rien lui imputer, parce qu'il avait perdu le goût et qu'il ne sentait plus la différence du bien et du mal (1).

Sous la puissante pensée de Mirabeau, la conjuration s'était agrandie : une activité nouvelle avait animé les conciliabules de Môntrouge et du Palais- Royal , pendant que dans l'Assemblée nationale on concentrait les oppositions et qu'on cherchait à gagner les esprits.

Ce fut , dit Rivarol , vers le milieu du mois de septembre , pendant la délibération sur l'hérédité du trône, que la faction orléaniste démasqua sa pensée. À peine la succession par ordre de primogéniture était-elle prononcée, que le député Rewbell

(i) Sowenirs sur Mirabeau^ par Etienne DumonK

fit observer que ce décret appelait au trône la branche espagnole au préjudice de la maison d'Orléans. Mirabeau et quelques membres de la minorité de la noblesse se joignirent à Rewbell pour demander que la question fût nettement tranchée contre les Bour-^ bons d'Espagne; et Sillery, qui par hasard avait dans sa poche le traité d'Utrecht , se mit à lire à haute voix l'article de la renonciation de la branche espagnole, et déposa le traité sur le bureau. La discussion fut longue , orageuse ; elle dura quatre jours. Jamais au congrès d'Utrecht les ennemis de Louis XIY n'avaient mis plus de barrières entre les couronnes de France et d'Espagne ; jamais la jalousie de l'Angleterre et celle de l'Empereur ne s'exprimèrent comme la faction d'Orléans.

A voir l'ardeur des débats , on comprenait bien que l'Assemblée nationale résistait de bonne foi, et que la faction d'Orléans était embarrassée de l'Escurial plus que de Versailles ; mais enfin le sentiment des défiances l'emporta sur les intrigues de l'ambition. L'Assemblée décréta l'hérédité du trône, sans rien préjuger sur l'effet des renonciations (1).

Au milieu des louanges dont on s'efforçait de relever le patriotisme et les vertus du duc d'Orléans , un député fit remarquer avec quelle délicatesse ce prince s'abstenait de paraître à l'Assemblée depuis qu'on y agitait ses intérêts : sur quoi un autre député supplia très-plaisamment d'observer que le roi d'Espagne avait la même délicatesse (2).

(i) Mémoires de Rharol, p. 228 et saiy. (2) Idem,

Ce fut après cet échec , lé premier que Philippe d'Orléans eût subi dans l'Assemblée nationale , que le Palais-Royal revint aux projets si tristement avortés deux mois auparavant. Déjà l'indiscret et l'impatient Mirabeau avait laissé percer, en présence dé ses collègues , les plans d'usurpation concertés poui' le duc d'Orléans ; il eii avait parlé à Bergasse , à La Fayette et à Meunier, président die l'Assemblée. Gommé ce dernier paraissait épouvanté de ces révélations : « Bonh&mme que vous êtes , répondit le tribun, je suis aussi attaché que vou^s à la royauté; mais qu'importe que nous ayons Louis XVII au lieu de Louis XVI? et qu'avons -nous besoin d'un bambin pour nous gouverner (1)? i»

Peu de jours auparavant, c'était encore à Môunier 5 à Bergassé et à Duport , que Mirabeau avait en passant jeté quelques paroles de séduction. « illfe^sieurs, leur disait-il, j'ai rencontré hiet soir M. lé duc d*Olrléàns; à qui j'ai dit : Monseigneur, vous ne poupiz pas nier que nous puissions apoir bientôt Louis XVII j et si cela n'était pas ainsi, vous seriez au moins lieUtenant-général du royaume. Le due d'Orléans m'a répondu, messieurs, des choses fort aimables, a

Pendant que Mirabeau allait sondant les dispositions de l'Assemblée nationale , et quêtant des voix pour le duc d'Orléans , on préparait , d'un autre côté, les signes et les emblèmes d'une royauté nouvelle ,

(i) Procédure criminelle instruite uu Chàtelet de Paris.

on promettait de For au nom de ce prince , on envoyait aux soldats des prostituées j pour les gagner à sa cause.

Mais les profondeurs ou se tissait la trame de ces complots n'étaient pas si bien fermées que la lumière ne se ftt par quelque ouverture. Un de ces misérables payés pour les meurtres qu'on méditait s'était écrié, dans un état d'ivresse , qu'il égorgerait la reine; puis revenu à lui, il avait raconté comment il s'était en g£^é à commettre ce crime (1). Un soldat du régiment des Trois-Ëvéchés avait voulu se tuer, dans un moment de désespoir, en maudissant Philippe d'Orléans (2). Une autre fois, c'étaient des députés qui, se rendant à l'Assemblée, avaient entendu de sinistres propos. ËnfiU) de tous côtés se révélaient les indices d'une vaste conspiration, et le nom de Philippe d'Orléans semblait invisiblement présider à une vaste organisation de révdite et de meurtre.

Dès le mois de septembre ces com{dots étaient connus de la cour et du ministère. De toutes parts les avis arrivaient aux défenseurs du roi, mais la hr talité semblait avoir frappé la monarchie d'impuissai^e et de fiaiblesse.

La Fayette, commandant la milice parisienne , n'avait pas été le dernier à pénétrer le secret de ces criminelles intrigues. Vers les derniers jours de sep-

(t) Procédure eriminelk instruite aa Châtelet d^ Paris. (a) Moniteur f n® ^^.'^Provédure criminelle instmile au Châtelct de Pans,

.( 67 ) tembre, il écrivait à M. de Saint-Priest qu'on avait excité les grenadiers à marcher sur Versailles, mais que cette velléité était détruite par quelques mots qu'il leur avait dits , et qu'il ne lui était resté de la connaissance de ce projet que l'idée des inépuisables ressources des cabaleurs (1).

Dans le vertige qui emportait tous les esprits vers des extrémités opposées, à l'inertie du pouvoir ou à l'agression révolutionnaire, on ne songea même pas à s'enquérir des cabaleurs ni à s'emparer de ces inépuisables ressources qu'avait devinées La Fayette ; aussi Mirabeau promenait-il tranquillement son insouciance de désorganiteur, préparé d'avance aux complots dont il connaissait les secrets, riant de tout, de la royauté qu'attendaient les gémonies, des héros que saluait la foule , et de lui-même , digne représentant , disait-il , de la canaille qui l'avait élu«

C'est ainsi qu'on arrive à ce drame qui a gardé dans l'histoire le nom de journées des 5 et 6 octobre*

Pour donner au duc d'Orléans le pouvoir qu'on lui destinait , il était nécessaire de forcer le roi à uu acte qui l'eût compromis aux yeux du peuple, ou mis dans la nécessité de fuir devant la révolte. Que le roi quittant Versailles se fût retiré dans une place forte du royaume, à Metz, par exemple, et l'on eût profité de cette occasion pour déclarer la patrie en

(i) Procédure rAmineîlc înstrtdte au Châtdtt de Paris*

àanger, et pour investir le duc d'Orléans de Tautorite royale.

Il est impossible que Louis XYI ne comprît pas cela. Quelque triste que fût la partie qui se jouait à Versailles et à Paris , l'abandonner ^ c'était la perdre ; aller planter la tente royale sur la frontièrede France, c'était coujf^ér lé royaume en deux et organiser la guerre dvilè, la guerre de Paris contre une pro-^ vince.

Paris sans roi ëùt pris un chef au Palais-Royal , d^autant que rien n'est fecile à tromper comme le peuple en révolution : les audacieux le mènent , les intrigans le dupent. Si les conseillers de la couronne avaient réellement formé le projet de transporter à Metz le siège du gouvernement, c'était une grande faute. Vrai ou supposé, secret espoir de la cour ou machiavélique invention, ce projet n'était pas moins au Pàlais-Royal le principal texte des Gatilinaires et le moteur le plus puissant de l'exaltation géné^ raie , parce qu'une semblable pensée blessait le sentiment national des hommes qui ne demandaient à la révolution que de constitutionnelles réformes, et qu'elle servait en même temps de prétexte à ceux qui voulaient détrôner le roi.

Bientôt tout favorisa les manœuvres des conspira^ teurs. Â la fin de septembre, le pain manquait à Paris, et la femine devenait ainsi un puissant auxi^ liaire aux, excitations et aux alarmes qui chaque jour allaient croissant ; le roi refusait ou faisait attendre jWk sanction à plusieurs articles constitutionnels pro-

mulgués par l'Assemblée ; enfin , un repas que te» gardes -du-corps donnèrent à Versailles le premier octobre, fête où la famille royale vint exciter par sa présence l'enthousiasme et la fidélité monarchiques, fut dénoncé au peuple de Paris comme un attentat ki la liberté.

Pour venger cette insulte , une armée de femmes, d'hommes en jupons et d'hommes armés de haches, de fusils , de sabres et de piques , se dirigea sur Versailles. Un nommé Maillard, et la Liégeoise Théroigne de Méricourt , en habit d'amazone et la plume au chapeau, commandaient cette cohue.

L'épopée de Versailles a été trop souvent écrite, pour que nous fassions un nouveau récit de ces saor glantes journées. Des tentatives de meurtre contre la famille royale ; de hideuses femmes demandant à manger le cœur de Marie-Antoinette ; une lutte dé^ sespérée à la porte de la chambre de cette reine infortunée, entre quelques gardes-du-corps baignés de sang et la s^uaguinaire populace ; des gardes massacrés,, puis décapités par un bourreau à longue barbe, qui demandait du tabac aux passans, en homme qui fait son métiep de coupe-tête avec une grande tranquillité d'âme ; des têtes promenées au bout d'une pique; des femmes à la coiffe parée de chairs mu-. tilées ; la royauté, les pieds dans le sang, des siens^ marchant vivante encore, mais vaincue et humiliée, au lugubre convoi de ses funérailles, voilà quels souvenirs ces deux jours ont laissés dans l'histoire.

Ce qui nous appartient ici, c'est le nom de Phi-

Est-ce de Versailles ou de Passy que le duc d'Orléans écrivit à Tune de ses fidèles créatures ce laconique billet, daté du 6 octobre 1789 ; « Courez iite, mon cher, chez le baiiquier. . . ; quU ne délivre pas la somme..,; l'arge^ ne^t poitU gagné; le buamot pU encçre! »

C'est le comte Real, ministre de la police bous l'empire^ qui le premier a révélé cette étrange missive,^ dans une note d'un puvrage commandé au conven tionnel Barrère ^ par Napoléon. Le comte Real avait ^\\ en main cette lettre y bien connue dans Paris, ajoute-tril (1).

Voilà donc )e secret des meurtre^ du 6 octobre^ tout entier révélé ! On a massacré des gardes-du-; corps, on a souillé de. sang et d'horribles profena-r tiens le palais de Versailles ; mais ni le roi ni le. daupbin n'ont été, tués ; on n'a point mangé le cœur de la reine; le coup est n^ancpé, le maiçr^otyit encore,/ -^ Ne délivrez pas. l'argent l

C'est ici que l'historien s'arrête épouvanté. A voir, l'énormi^ des crimes, il se^blç qu'aucune créature, humaine n'en ait pu coneevoîr la pensée ; et l'on se demande si qç n'est pas ua réye du lemp$ passé (m. quelque hallucination fatale. . Puis, il; fi^ut bie^. admettre que, toute une époque n'a pu ^e, tromper ainsi 4ans ses accusations, que plusieurs homqaes témoin^^ de ces journées homicides ont irépété, devait Diauj

(i) Conduite des princes de la maison de Bourbon durant la réi^olutiou, rémigrai ion et le consulat.

soas la ftâ du serment : J'étais à Versailles , j'ai vu les chosesdont je vous parle; que Philippe d'Orléans a laissé de sa complicité d'irrécusable^ traces écrites de sa main, signées de sa main : alors il ne reste plus qu'à maudire cet homme, et qu'à jete^ .un. regard de douleur sur cette monarchie si impuissante et si faU ble, qu'elle n'avait même pas le courage de faire payer cher au duc d'Orléans la vie qu'il lui arrachait.

Mirabeau se montra peu dans ces sanglantes journées. Le 5 octobre, il avait été vu dans la foule, avec un grand sabre sous le bras, affectant de paraître se tenir en garde contre des dangers qui ne pouvaient l'atteindre ; le lendemain , quelqu'un le reconnut qui se cachait au milieu du régiment de Flandre. Du reste, il n'avait rien perdu de sa tranquillité d'âme ni de son ironie habituelle. Que la populace hurlât ses cris de béte fa^ve, ou que la roy^iuté demandât merci aux bourreaux , le cynique tribun se jouait de tout, du malheur comme du crime. Après avoir sanctionné à la tribune les excès populaires par sa fougueuse éloquence et ses semblans d'enthousiasme , il se plaisait à montrer dans l'intimité le revers de sa morale politique. « Le peuple a besoin qu'on lui fasse faire de temps en temps le saut du tremplain. — Au lieu d'un verre (J'eau-de-vie, on en a donné une bouteille , » disait-

il au Genevois Dûment, le soir du 6 octobre (1).

C'est en ces termes que Mirabeau révélait, en les

excusant, le complot et les désordres de la journée.

{%) SouQâidn sur Mirabeau, faLt Etienne Damoiit.

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