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La tragédie de Versailles produisit à Paris une pro* fonde impression de crainte et de douleur, à laquelle plusieurs membres de l'Assemblée nationale ne pu-^ rent résister. Ils n'avaient demandé à l'ère nouvelle cpie de sages r^rmes; imais quand ils virent que les factions et les meurtres étaient aussi de la révolution, ils quittèrent Paris.
Un des plus notables fugitifs, Lally-ToUendal, expliqua sa retraite par ces paroles :
d II a été au-ctessus de mes forces de supporter « plus long-temps l'horreur que me causaient mes « fonctions. Ce sang, ces têtes, cette reine presque c< égorgée , ce roi emmené en triomphe à Paris , au « milieu des assassins , et précédé dés tètes de ses « malheureux gardes-duni^orps ; ces perfides janis- « saires, ces femmes cannibales, ces cris de tow les ^ éi^êques à la lantertie /dans le moment où le roi est
« entré dans sa capitale y avec deux archevêques de « son conseil dans sa voiture de suite; un coup de « fusil que j'ai vu tirer dans une des voitures de la « reine (1) ; M. Bailly appelant cela un beau jour ; (( TAssemblée ayant déclaré froidement le matin « qu'il n'était pas de sa dignité d'aller toute entière « environner le roi ; M. le comte de Mirabeau, disant « impunément dans cette Assemblée nationale , que « le vaisseau de l'État, loin d'être arrêté dans sa a marche, s'élançait avec plus de rapidité que jamais « vers la régénération ; M. Barnave, riant avec lui, « quand des flots de sang coulaient autour de nous ; <c le vertueux Meunier échappant par miracle à dix- « neuf assassins qui voulaient faire de sa tête un «c trophée de plus ; voilà ce qui m'a fait jurer de ne m plus mettre les pieds dans cette caverne d'antro- « pophages. Tous les honnêtes gens et moi avons vu « que le dernier effort à faire pour le bien était à^ea
(i) « A l'endroit le plus élevé des Champs-Elysées, dîl le républicain Prudhommc, une mère, k côté de sa fille, tomba morte d^un coup de feu. On remarqua que ce fut au. moment où la voiture du roi passa devant cette femme. Les assistans virent bien que le coup n'était point adressé à celte infortunée. On en voulait à un autre personnage plu^ important dans l'ordre politique. La majorité des spectateurs pencha à croire qu'une main orléaniste avait mal ajusté son arme. Sur la place de la Révolution, il fut tiré encore deux ou trois coups de fusil ; ils furent attribués à la même cause. >* ( Histoire généraîe et impartiale des crimes eè des erreurs commis ffendant la Réi^luûon. )
« sortir. . . On bravei une seule mort, on en brave pluc< sieurs ^and elles peuvent être utiles ; mais au-* « ^une puissance sous le ciel , mais aucune opinion a publique ou privée n'a le droit de me condamner à « souffrir mille supplices par minute, et à périr de dét< sespoir et de rage au milieu des triomphes du crime. « Ils me proscriront, ils confisqueront mon bien; je « labourerai la terre, et je ne les verrai pas. »
Meunier fit de même; il quitta la présidence de l'Assemblée nationale pour aller chercher à Grenoble un Yepos quHl n'y trouva pas. Il rédigea, comme Lally - ToUendal , un Exposé de conduite ; mais , plus explicite que lui , il dénonça le duc d'Orléans. Cet écrit fut une des premières et des plus împoN tantes accusations contre la faction du Palais-Royal. L'enthousiasme de Meunier à accepter la révolution, sa probité , ses lumières , le poste éminent auquel iï avait été appelé , tout rendait imposant un pareil témoignage.
D'autres rumeurs avaient devancé la redoutable parole de Meunier. Depuis le 6 octobre , le nom du duc d'Orléans était si fatalement mêlé aux plus tristes récits, que les agitateurs comprirent qu'il serait prudent d'aller au-devant de la colère et des dénonciations, et qu'il fallait imposer silence aux accusateurs, tout au moins commander le doute dans les esprits incertains. C'est alors que, entre La Fayette et Mirabeau , se passa un étrange conflit. Ame indécise , amoureux de popularité , n'ayant de courage ni pour feire respecter la monarchie ni pour
On a rendu en langue étrangère rexclamation de Mirabeau, l'honnêteté française se refusant à traduire de semblables obscénités. Cette métaphore de mauvais lieu peint admirablement le génie du tribun et l'infemie de Philippe d'Orléans.
D'Orléans avait souscrit à tout ce que La Fayette exigeait de lui. Sous le poids des plus terribles soupçons 9 exécré des royalistes, souffleté par La Fayette, conspué par Mirabeau, ce prince quitta la France dix jours après la journée du 6 octobre. Seulement il eût été facile de donner à son absence tous les semblans d'un exil$ le trop débonnaire Louis XVI aima mieux lui laisser les dehors d'une récompense.
Montmorin informa l'Assemblée nationale que lè roi venait de confier une mission aiï duc d'Orléans , et lui-même demanda ses passeports comme député, après avoir adressé à Louis XVI une lettre d'hypocrite soumission. Les partisans et les complices de Philippe voyant sa couardise , le laissèrent partir. Mirabeau garda le silence, non sans revenir à ses expressions favorites toutes les fois qu'il était question du duc d'Orléans, ce Bien loin d'avoir jamais demandé Philippe pour rùi, disait-il, je ne voudrais pasmêm£ de lui pour mon laquais. — Ne me parlez plus de cet homme, il a l'âme d'un laquais. » C'est en citant ces paroles qu'un écrivain moderne a pu dire, non sans quelque raison , que Mirabeau insultait les laquais et flattait le duc d'Orléans.
Philippe partit comme à la dérobée, seulement
accompagné de Laclos et de Clarke, secrétaires de ses commandemens. A Boulôgne-sur-Mer, un émissaire^ qui avait suivi sa voiture, ameuta le peuple en criant : « Ne laissez pas partir le prince , tout est perdu l y» Philippe fut arrêté. On députa des commissaires à l'Assemblée nationale, pour s'assurer si son passeport était en règle ; il fallut que le président attestât, par une lettre^ que l'Assemblée aviait consenti à ce départ.
C'était là une dernière tentative pour défendre lé duc d'Orléans contre les terreurs de son âme, une sorte de comédie dans laquelle le baron de Menou essaya de jeter quelques flatteries populaires, en demandant que, député de Crépy, le duc d'Orléans ne fût pas privé du droit de représentant, dont il devait compte à la nation.
ici se termine, en réalité, le rôle de conspirateur joué par le duc d'Orléans ; c'est à Boulogne, sur la grève de l'Océan , que viennent expirer les rêves d'ambition de ce prince. Dès ce moment, rendu à sa pusillanimité , à son étroit égoïsme , Philippe va rentrer dans la vie matérielle, et revenir tout entier aux grossiers instincts de sa nature dépravée.
Seulement, comme les fluctuations de son âme sont infinies, et que les ambitions se renouvellent sans cesse autour de lui , on le verra se hasarder encore au milieu des tortueuses voies de l'intrigue ^ toujours plus redoutable à sa faction que le pouvoir lui-même; toujours tenté de se jeter aux genoux du
roi , tant que le roi gardera quelque semblant d'autorité ; toujours prêt à livrer ses complices pour racheter sa vie; toujours un pied dans la couardise et un autre dans Thypocrisie.
Le 21 octobre y un ingénieux écrit sorti de k plume de Peltier^ l'un des rédacteurs du journal royaliste les Actes des apôtres , révéla publiquement ce que depuis quinze jours chacun répétait tout bas^ Mirabeau , Choderlos die Laclos et Agnès de Buffon jouaient le principal rôle dans cette brochure^ trop véridique pour n'être qu'un pamphlet y et qui avait nom Domine saUmm fac regem! Le duc d'Orléans y était tour à tour appelé un Bourbeux-Bourimn^ Philippe-le-Rouge^ ou, par antiphrase, Philippe-le-Bon. Après avoir raconté les secrets de la trame ourdie par le Palais-Royal y le spirituel libelliste ajoutait :
« Je ne crains pas de le dire : ils avaient désiré a la mort physique ou politique du roi. Vous sentez a que y dans un tel état de choses y la {^armacie du « nouveau club eût aisément travaillé Monsieur, « Proscrit avec sa race y le comte d'Artois ne les in- « quiétait plus ; la régence formée y on n'eût pas <c manqué de Mathans pour nous délivrer du jeune « Ëliacin : le pis-aller^ au surplus y était de ramener « au Palais-Royal les beaux jours de la Fillon et du « cardinal Dubois. Nous avions précisément, dans la « vertueuse association de Duroveray, de Glavières, « de Brissot, de Laborde, de banquiers étrangers^
« tout ce qu'il nous fallait pour nous ensevelir dans « les chiffons de Law. La fin du dix-huitième siècle le eût égalé son commencement ; et les débris de cette tt nation légère, de bourreaux transformés en zé- « phirs, allaient une seconde fois expirer sur un lit €t de roses.
« i Mais quand le peuple de Paris vit le roî
« des Tuileries , au diable le roi des halles ! »
L'écrit de Peltier eut un prodigieux succès , et né fit que concentrer davantage sur le duc d'Orléans les récens et tristes souvenirs dès journées d'octobre. Une enquête était inévitable i on parut s'y résigner, et ce fut au Châtelet de Paris que le comité des recherches de l'Hôtel-de-Ville confia le soin d'informer sur les attentats de la matinée du mardi 6 octobre.
L'enquête commença donc : elle fut longue, active; de minutieuses investigations jetèrent une terrible lumière sur certains côtés des évènemens accomplis depuis les premiers jours de la révolution. C'est dans cette procédure judiciaire que sont révélées les ténébreuses excitations à la révolte ^ les manœuvres employées pour porter le duc d'Orléans à la lieutenance^énérale du royaume, à l'époque de la prise de la Bastille ; les espérances du Palais - Royal , les indiscrètes confidences de Mirabeau , la trame des journées d'octobre y et la présence du duc d'Orléans au palais de Versailles à l'heure du massacre des gardes-du-corps. Tous ces témoignages, réunis dans un groupe de soixante dépositions environ , forment un faisceau de preuves d'autant plus redoutables,
qu'ils sont foits sous la foi du serment, et que, en supposant même certaines dépositions empreintes d'animosité ou d'exaltation politique , il ne faut pas oublier que , s'il se rencontre souvent dans une instruction judiciaire assez de condescendance et de faiblesse pour innocenter un accusé , il est rare de trouver des témoins qui ne reculent pas devant u e inculpation affirmative : les personnes qui ont l'habitude des affaires criminelles n'ignorent point cela. Lorsqu'un témoin y placé dans toutes les conditions requises pour confesser la vérité , dit : « J'ai vu, j'ai entendu, j'étais là, » souvent plusieurs témoignâmes négatifs ne détruisent pas la valeur de cette assertion (1).
(i) Voici les noms des témoins qui ont déposé contre le duc d'Orléans dans la procédure instruite au Châtelet de Paris :
Le marquis de Laqueuille, maréchal -de-camp et député; Guillaume Curtins, peintre et sculpteur* Marie-Joseph Régnier, bourgeois de Paris ; Charles-Nicolas de Vîllelongne, commissaire au comité militaire de la ville de Paris ; Louis* Joseph Girin de la Morte, capitaine d'infanterie ; Louis- Duval de Grandmaison, avocat au Parlement de Paris ; Nicolas Bergasse , membre de l'Assemblée nationale ; Claude de (a Fisse, docteur régent de la Faculté de médecine de Paris; Joseph de la Chèze, lieutenant-général de la sénéchaussée de Martel, et membre de l'Assemblée; François-Henri de Virîeu, colonel du régiment d'infanterie de Limousin, et membre de TAssemblée; Tailhardal de la Maisonneuve, conseiller, procureur du roi à Riom, et membre de TAssemblée; Louis-Henri de Longuève, avo-
En réfléchissant d'ailleurs aux circonstances qui dominaient l'instruction de cette procédure , on voit
cat du roi aa Châtelet d'Orléans, et membre de PAssem-f bJée; Lefrançois de Rosnet; Jean-CharJes Rousseau, mai* ire fopdeur à Paris; Jean-Henri Simon, grayeur du roi el du duc d'Orléans; Charles Turpîn, lieutenant- criminel au pré$ldialde Blois; Anne- Marguerite Andelle, veuve Ravet, ouvrière en linge ; Lambert de Frondeville, président à mortier an Parlement de Normandie, et membre de l'Assemblée; marquis de Foucauld-Lardimalie, membre de l'Assemblée; Georges - Antoine Eudrion de la Corbière, commissaire-général des Suisses et Grisons : Pierre Loustant, domestique de M. la Corbière; Jean-Baptiste Cosnier, docteur en médecine à Paris ; Antoine Flamion, avo^ cat an Parlement; Jeanne Martin, garde-malades;* Jean Dîot, prêtre du diocèse d'Amiens et membre de l'Assemblée; marquis de Raîgecourt, capitaine au régiment des dragons d'Angouléme et député suppléant de Nancy ; Léon de Bouthilier, colonel du régiment de Picardie, et membre de l'Assemblée; marquis de Digoine, membre de l'Assemblée ; Jean-LouisBoisse, garde-du-corps; vicomte de Mirabeau; César de QuîUermy, procureur du roi à Castelnaudary, et membre de TAssemblée ; Charles de Laville : Georges BurkofTet, maître de harpe; Maret Daubanconrt, garde-dU' corps du comte d'Artois; vicomte de la Châtre; membre de l'Assemblée; François-Jacques Gueniffrey et Aatoine Eudeline, domestiques du vicomte de la Châtre; André Quence, cocher; Jean-Jobert, domestique; Jeanne Bes* son, femme Tillet, traiteur h Versailles; Gabriel Morlet, sculpteur à Paris; Alexandre Brayer, tapissier à Versailles; Jean Duval de Nampty, capitaine au régiment de Flandre; chevalier de la Serre, brigadier des armées et chevalier de Saint-Louis; Germain-Roch Galland, commis au bureau de
qu'il est impossible de rencontrer un milieu plus défavorable pour une accusation. Les meurtres dont la révolution s'était souillée , depuis sa naissance, avaient jeté dans les esprits la terreur et la crainte; accuser la révolution en révélant les excès qu'elle avait commis , les attentats qu'elle semblait protéger, c'était donc volontairement s'exposer à d'inévitables proscriptions. A ce moment aussi, le nom du duc d'Orléans était plus que jamais redouté, car. on croyait ce prince capable de tous les crimes, et
la marine; Georges Duprez, prélre du diocèse de Besançon ; Brujas de Maison -Blanche, aumônier de la maison di| roi; Corne- Beaiipoil, comte de Saint- Aulaire, lieutenantcommandant d'escadron des gardes-du-corps ; Nicolas Guerouit du B^rvlile, garde-du- corps; Marie-Louise Pierret, gouvernante; Jeanne Mongier, femme Cailleaux, concierge; Joseph Pommier, prêtre du diocèse de Saint-Flour; Joseph de Miomandre de Ghâteauneuf, officier au régiment de Turenne ; Charles de Rebourceaux, garde*du-corps ; Garnier Dwal, secrétaire du prince Edouard; Charles Laimant, inspecteur de la ménagerie du roi; Pierre Bouché, domestique de Charles Laimanu
Les dépositions de ces témoins sont recueillies dans la procédure, sous les n°' 332, gS, 5, 79, 4-8» 49i 3, 55, 1^5, i4o, 17, 126, i55, 211, 180, 207, 162, 236, 186, 54, i77« 119, 267, 271, 290, 237, 82, lie, 2o4, 161, 168, 2i4, i46« 149, 157, 376, 338, 127, i32, i33, i36, 254, ^56, 365« 382, 217, 88, 226, 272, 36, 47, i58, 128, 344, 358, 46, 38i, 362, 317, 35t, 352.
La procédure instruite au Châtelet de Paris, fut imprimée chez Baudouin, par ordre de T Assemblée nationale.
même de soudoyer des sicaires pour la satisfoction de ses vengeances particulières. Ajoutez à cela que l'or, les promesses, les menaces, les intrigues, tout était mis en œuvre pour séduire les témoins , pour les épouvanter, et empêcher que la vérité ne vtnt éclairer de si lamentables souvenirs. On tentait la corruption jusque dans le sein du tribunal même. L'historien Montjoie cite à ce propos une lettre écrite d'Angleterre par Choderlos de Laclos au comte de Latouche^ lettre digne de l'auteur des Liaisons dangereiLses , et qu'on voudrait croire apocryphe , bien que Montjoie certifie l'avoir littéralement copiée sur l'original (1).
Les orléanistes ont parlé de l'audace du Chàtelet à instruire cette procédure; il ce fout étonner au contraire que, dans un semblable moment, le Ghâk telet ait eu le courage d'élever à la vérité un monu^ment judiciaire aussi imposant, et que, sous l'empire des préoccupations que nous venons de dire , il se soit rencontré des témoins assez courageux pour accuser Philippe, duc d'Orléans.
L'instruction du Ghâtelet dura huit mois. Trois cent quatre-vingt-dix-huit dépositions pont rassemblées dans cette immense procédure, à laquelle manqua cependant un important témoignage, celui de la reine. Le Chàtelet avait envoyé des commissaires ayx Tuileries pour recevoir sa déposition; elle ré-
(i) hUsiotre fh la conjuration de Louis'-Phî/tppc d* Orléans, t. U.
pondit ces immortelles et trop magnanimes paroles : « J'ai tout vu , j'ai tout entendu, j'ai tout oublié. »
En dénonçant au Gh&telet les crimes du 6 octobre, le comité des recherches, où dominaient Voidel et d'autres amis du duc d'Orléans , avait conservé l'espoir que cette procédure ne serait qu'une affeire de forme, et que le Châtelet, auquel les élémens d'instruction n'arrivaient que difficilement, rendrait une ordonnance de non-lieu , ou bien ferait tomber les rigueurs de la justice sur quelque obscur et misérable accusé ; mais ce tribunal avait autrement la conscience de ses devoirs. Il le montra bien par sa fermeté à braver les entraves de toute nature qu'on jetait à travers Finstruction criminelle; peut-être servait-il aussi de cette manière les exigences de la cour et les secrètes pensées des contre -révolutionnaires.
Gomme on ne put réussir à intimider les juges ni à les corrompre, onles voulut contraindre au silence, tout en essayant de quelque moyen pour faire ajourner la conclusion de la procédure. Le jour où le Châtelet s'assembla pour entendre, toutes les chambres réunies, la lecture de l'instruction judiciaire, Voidel, vice-président du comité des recherches, manda à l'Hôtel-de-Ville le procureur du roi et le rapporteur de l'ai^ire. Par ce moyen, on espérait interrompre la délibération ; mais le Châtelet se déclara en permanence, et les juges prirent l'engagement de ne pas se séparer sans avoir rendu une sentence. A rHôicl-de-Ville , les prières et les menaces re-
commencèrent lorsque les magistrats eurent fait connaître que l'enquête touchait à sa fin , et que la conclusion en allait être soumise à l'Assemblée nationale. D'abord on voulut représenter aux juges l'inopportunité d'une pareille résolution dans un moment où les passions étaient allumées encore ; puis j voyant l'inutilité de ses prières, le comité des recherches finit par évoquer les populaires vengeances sur la tête des juges, en rendant le Châtelet responsable des attentats qui pourraient le frapper.
Rien ne put ébranler la conscience des magistrats : ils avaient comme un pressentiment que la dernière heure de l'antique magistrature était venue , qu'il fiallait attendre la mort sur les sièges fleurdelisés , tout au moins laisser un souvenir de leur courage et de leur impartialité. Les juges se retirèrent, abandonnant le comité à sa stupeur, et s'en furent achever, avec leurs collègues , la lecture du rapport sur les affaires d'octobre.
Il ne restait plus au Palais-Royal qu'une dernière ressource, celle de cherc|^er l'impunité du crime dans le crime lui-même t