‹ Etudes révolutionnaires, première-[deuxième] sérieChapitre 13 sur 79 · Archives nationales, ADviii, 10, liasse Fêtes nationales · texte numérisé non relu

Archives nationales, ADviii, 10, liasse Fêtes nationales

ter révénement inouï qui venait d'avoir lieu :

Pour célébrer le triomphe que la Raison a remport.^ dans cette séance sur les préjugés de dix-huit siècles, le Conseil général arrête que les musiciens de l'Opéra sont invitée à venir, décadi prochain, exécuter /'Offrande A LA Liberté, rfei;a/j^ l'image de cette Divinité des Français, dans l'édifice ci-devant dit l'Eglise métropolitaine; que l'administration des travaux et établissements publics de la municipalité fera toutes les dispositions convenables pour cette fête; qu'elle aura lieu à dix heures du matin ; qu'elle sera annoncée au bruit du tambour et du canon; et que la députation du département de la Nièvre est invitée à y assister.

Et sur l'observation faite, que les musiciens de la garde nationale doivent se réunir, décadi prochain, au Lycée des Arts, pour y exécuter les plus rares morceaux de musique, le Conseil général arrête que ces citoyens seront invités à changer leur destination et à se réunir dans le lieu désigné pour la fête patriotique.

Le Conseil général nomme les citoyens Peyrard et Lemit, deux de ses membres, commissaires pour rédiger un projet de fêtes civiques à célébrer en l'honneur de la Liberté, dans le courant de chaque mois *. Les artistes sont invités à leur communiquer leurs vues sur cet objet.

Qu'est-ce que cette Offrande à la Liberté, dont parle le procès-verbal, et que les musiciens de POpéra sont invités à venir exécuter à Notre-Dame?

VOffrande à la Liberté, représentée pour la première fois à l'Opéra le 30 septembre 1792,

■ 1. Cette phrase montre bien qu'il s'agissait, à l'origine, dans la pensée des organisateurs de la fête du 20 brumaire, de créer des fêtes civiques, des « fêtes de la Liberté s, pour remplacer les fêtes de l'Eglise, et non d'inaugurer un «c culte de la Raison b.

était une « scène lyrique », dont l'idée était venue à Gardel, maître de ballet de TOpéra, et à Gossec, au moment du gfand élan qui, en août et septembre 1792, fit courir à la frontière des milliers de volontaires. La circonstance qui lui donna naissance est racontée dans une note manuscrite signée De la Barre e^i datée de septembre 1833, qui se trouve dans un carton de la Bibliothèque nationale ^

Les acteurs de l'Opéra, sortant de présenter une pétition à l'Assemblée législative ^, étaient allés dîner dans un restaurant à la porte Maillot, en compagnie de quelques musiciens, entre autres Gossec et Méhul, et de Gardel, maître de ballet à l'Opéra. Au dessert, les acteurs Lays et Chéron se mirent à chanter des airs patriotiques, ce qui attira bientôt la foule des promeneurs sous les fenêtres ouvertes. Un des spectateurs demanda à Lays et à Chéron de chanter la Marseillaise, que venait d'apporter à Paris, le 30 juillet, le bataillon des fédérés de Marseille, et qui était tout de suite devenue populaire. (( Lays et Chéron sortirent; on avança des tonneaux vides sur lesquels ils montèrent et chantèrent cette hymne. Quand ils en vinrent au couplet Amour sacré de la patrie, spontané-

4. Cette note a été signalée par M. Julien Tiersot et publiée par lui dans son livre Rouget de Lisle, son œuvre, sa vie (Gh. Delagrave, 1892), p. 394.

2. La note manuscrite parle de la Convention et non de l'Assemblée législative ; c'est une erreur, puisque la Convention tint sa première séance le 20 septembre 1792.

ment, tous les spectateurs se mirent à g-enoux et chapeau bas. Gardel dit à Gosse c : c( Il y a dans « cette scène de quoi faire quelque chose pour « l'Opéra ». Gossec répondit qu'il était à sa disposition, et qu'on n'avait qu'à lui faire un programme, ce qui fut exécuté sous le titre d'O/frande à la Liberté. »

Le scénario de V Offrande à la Liberté est des plus simples \ « Le rideau se lève sans prélude instrumental, dit M. Julien Tiersot ^. et l'on voit accourir un citoyen (Lays), qui jette l'alarme au milieu d'une fête en s'écriant que la patrie est en danger. Il chante les couplets populaires à cette époque : Veillons au salut de Vempire. Pendant ce temps, la population s'attroupe, les jeunes g-ens s'encouragent mutuellement à défendre la Liberté,

Seule divinité que le Français révère,

et dont la statue est dressée au milieu de la scène ; et Lays alors attaque la Marseillaise. A chaque strophe le peuple lui répond par le cri Aux armes! Après le quatrième couplet, les chanteurs se retirent un instant ; des enfants vêtus de blanc s'avancent autour de la statue de la Liberté, s'inclinent et brûlent des parfums devant elle. Dans le fond, de longs accords s'élèvent : un chœur à cinq voix, accompagné pianissimo par l'orchestre, chante lentement,

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