Archives parlemvnlaires, t, LXXVI, p. G^a
Tout le monde saisit l'allusion. La faction angloprussienne, c'était la faction de Brissot et de Carra, dont le procès allait commencer au tribunal révolutionnaire. La faction autrichienne, c'était la faction des Frey, des Proli, la faction que Dufourny et Fabre d'Éfflantine dénonçaient dans l'ombre, la faction qui allait former le noyau de la conspiration de l'étranger.
Sans doute, la plupart des arrestations opérées en octobre ne furent pas maintenues. GoUot d'Herbois et Hérault de Séchelles parvinrent à faire relaxer Proli et Desfieux. Maillard lui-même fut remis en liberté. Mais les défiances que Fabre d'Eglantine avait jetées dans l'esprit des gouvernants subsistaient. Hérault de Séchelles, le protecteur de Proli, fut éloigné du Comité de Salut public le 23' octobre, sous prétexte d'une mission dans le Haut-Rhin. Quand Chabot, traqué par Dufourny et dénoncé par Fabre d'Eglantine, ne vit plus, dans sa frayeur, qu'un seul moyen de se sauver : dénoncer ses anciens complices, les Delaunay, les Julien de Toulouse, et ses anciens amis, les Lullier, les Hébert; quand il alla trouver Robespierre le matin du 24 brumaire et lui dénonça le grand complot de corruption et de contre-révolution où il n'était entré, disait-il, que pour le mieux connaître et pour le déjouer, Robespierre, toujours sous l'influence de Fabre d'Eglantine, lui demanda si Proli, que Chabot n'avait pas nommé d'abord, n'était pas lui aussi du complot. Chabot
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répondit qu'il n'en savait rien, mais que Benoît, l'agent de Dclaunay et de Batz, l'avait voulu sonder sur sa façon de penser sur Proli et celle de ses beaux-frères sur le compte du même homme et qu'il lui en avait fait plusieurs fois l'éloge. Les comités, comme Robespierre lui-môme, furent si convaincus que la conspiration dénoncée par Chabot était la même que celle que Fabre d'Eglantine avait dénoncée plus d'un mois auparavant qu'ils ordonnèrent l'arrestation de gens que Chabot n'avait même pas nommés, comme Dubuisson, comme Desfieux, comme Pereira, et qu'ils confièrent à Fabre d'Eglantine en personne la mission d'aider Amar dans l'instruction de l'affaire ! Danton revenait immédiatement à Paris et cette fois la lutte décisive s'engageait contre le parti hébertiste.
Hérault de Séchelles et Collot d'Ilerbois n'étaient plus là pour couvrir les dénoncés de leur protection. Hérault était en Alsace, Collot à Lvon. A son retour, Hérault ne tardera pas à être englobé dans la conspiration. Quant à Collot, il a déclaré lui-môme aux Jacobins, le i" nivôse, que s'il avait tardé deux jours de plus à rentrer à Paris il aurait eu le même sort que Ronsin, que-Mazuel, que Vincent, que bien d'autres que Fabre d'Eglantid.e dénonça et fit mettre en arrestation. Nous ne voulons pas faire l'histoire de la conspiration de l'étranger, ni même l'esquisser. Cela nous conduirait bien loin et cette communication est
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déjà trop longue '. Mais on ne nous contestera pas, du moins nous l'espérons, quel rôle de premier plan Fabre d'Eglantine a joué dans les intrigues dont « la conspiration » fut l'aboutissant, et on comprendra peut-être mieux le terrible portrait que Robespierre désabusé a tracé plus tard du cynique intrigant, et on ne s'étonnera plus que ce « chef de faction » ait eu au tribunal révolutionnaire les honneurs du fauteuil. Ces honneurs étaient largement mérités.
1. On nous permettra de renvoyer le lecteur à notre livre : La Révolution et les Etrangers, Cosmopolitisme et Défense nalionale. Paris, 1918.