I. Rapport d'Elie Lacoste, p. i
DANTON ET LOUIS COMTE lOI
pauvre Comte ne put pas s'expliquer sur les accusations de Lacoste'.
Que Comte ait été lié avec le policier Ozanne, la chose n'est cependant pas invraisemblable. Il en a lui-même convenu dans une des lettres qui sout aux archives. Ozanne s'assit à ses côtés sur les bancs du tribunal révolutionnaire.
Qu'il ait donné à dîner à Michonis, rofïicier municipal qui se compromit dans l'alTaire de l'œillet, nous n'avons sur ce point que le témoignage de Lacoste.
Impossible aussi de vérifier si réellement Comte eut des conférences à Turin avec le comte d'Artois et à Paris avec le « Tyran » !
?kîais Comte s'est expliqué sur sa prétendue richesse dans une lettre du 1 1 prairial, antérieure de (juelques jours à sa condamnation : « Dans le peu d'interval qui ont existes (sic) entre mes différentes missions, j'ai logé à Paris à l'auberge du Saint-Esprit près le tourniquet Saint-Jean ou à la
T. Michonis déclara le 39 prairial : « Au mois de germinal dernier, Ozanne me fit part que Comte lui avait dit qu'un prisonnier détenu comme nous à La Force avoit des faits importants à révéler pour la sûreté de la République et offrait d'en faire la déclaration, s'il obtenait sa grâce et celle de sa femme. Le devoir d'Ozanne étoit d'en instruire l'accusateur public. Il l'a fait et comme il étoit imnortant de mettre Armand (c'est le nom du prisonnier) hors d'état de nier ce qu'il avoit avancé en lui faisant répéter devant un second témoin, il me choisit pour cet effet. Tels sent les motifs des deux fois que j'ai mangé avec Comte; auparavant je ne l'avois jamais vu ni connu. » Les chemises rouges, Paris, an VII, t. II, pp. 219-320.
iiKsison de France meublée, rue Saint-Thomas du Louvre. J'y ai toujours vécu isolé et économiquement... j'ai existé avec une pension de i ooo 1. que me faisoit, en vertu d'un traitté, mon épouse détentrice de mon bien, à laquelle j'ai joint une somme de 8à 9000 1. provenant de la vente d'un moulin, du recouvrement de plusieurs créances arriérées depuis 1781 et d'une somme assez considérable que mon épouse a été obligée de me compter, indépendamment de la pension, j'ai df'pensé la majeure partie de cette somme pour la Révolution, à laquelle j'espère pouvoir faire encore de nouveaux sacrifices... »
Le dernier sacrifice de Comte fut celui de la vie. 11 monta sur l'échafaud avec Admirai, Cécile Renaud, Michonis, Ozanne et bien d'autres.
.le me demandais, en commençant, pourquoi Danton quitta Paris pour Arcis-sur-Aube deux jours après que Louis Comte, son dénonciateur, lut arrêté par le Comité de Sûreté générale. Danton, à celte date, en était-il déjà à redouter la dtuonciation d'un agent subalterne ? Ce qui préoccupait Danton, c'était peut-être moins cette dénonciation que l'opinion qu'avaient du dénoncé Billaud Vareune et Robespierre. Si ce que dit Comte est exact, cette opinion n'était pas bonne et Danton se serait dès ce moment répandu en récriminations amères contre ses anciens amis qui dirigeaient alors le Comité de Salut public.
DAXTOX ET LOUIS COMTE Io3
Quoi que l'on pense du fond de 1 affaire, et il est bien difficile d'avoir en ces matières des certitudes, il faut retenir qu'au moment où Danton quitte Paris pour Arcis, au début d'octobre lygS, il se sent déjà suspect et que l'accusation de royalisme sous laquelle il succomba était déjà lancée contre lui jusqu'au sein des Comités de gouvernement au moment même où elle s'étalait dans les colonnes du Père Ducltesne. 11 le savait et, au lieu de faire tête- à l'accusation, il fuyait devant elle.