CHAPITRE VI DANTON ET L'OR ANGLAIS
Plus les archives sont explorées et plus la figure de Danton, embellie par la plus contestable des légendes, reprend sa physionomie réelle, telle qu'elle était apparue aux contemporains, une physionomie sinistre et équivoque.
Notre ambassadeur à Londres, La Luzerne, écrivait au comte de Montmorin, notre ministre des Affaires étrangères, dans sa dépêche du 29 novembre 1789, les phrases suivantes: « J'ai dit (au duc d'Orléans, alors en mission extraordinaire à Londres) qu'il y avait à Paris deux particuliers anglais, l'un nommé Danton et l'autre nommé Paré, que quelques personnes soupçonnaient d'être les agents les plus particuliers du gouvernement anglais... je ne sais si on a fait des recherches pour savoir s'ils existaient réellement à Paris l «
1. Cette .'tude a d'abord paru dans les Annales révolutionnaires de mars-avril 1916.
2. Texte cité par 0. IIavard, Histoire de la Révolution dans les ports de guerre, t. II, p. 79-80.
Matiiuz. — Conspiration. o
l3o ÉTUDES ROBESPIERRISTES
A cette date, Danton était encore profondément inconnu. Son nom n'avait guère dépassé l'enceinte du district des Cordeliers. La presse l'ignorait. La façon même dont notre ambassadeur s'exprime à son sujet est des plus curieuses. 11 croit que Danton, qu'il prononce sans doute à l'anglaise Dantonne, est un sujet anglais. Il est remarquable qu'il lui associe le nom de Paré, son principal clerc. Tout ce qu'il sait au sujet de ces deux individus, et il le sait au point de l'affirmer sans circonlocutions diplomatiques, c'est qu'ils sont soupçonnés « d'être les agents les plus particuliers du gouvernement anglais », et il demande au ministre de faire une enquête à leur endroit.
Danton connaissait parfaitement la langue anglaise. Il se réfugiera en Angleterre, en août 1791, quand il sera inquiété pour sa participation à l'émeute du Champ de Mars. Il avait des amis de l'autre côté de l'eau. Il garda constamment le contact avec eux. En octobre 1792, son demifrère Recordain, fils du second mari de sa mère, habitait Londres et lui écrivait des lettres en anglais, pour lui prouver qu'il faisait des progrès dans la connaisance de cette langue.
Un historien anglais, M. Alger, qui s'est occupé spécialement de ceux de ses compatriotes qui ont été mêlés à la Révolution française, nous apprend que le cousin de Danton, Mergez (qu'il écrit à tort Merget), le même qui fut le secrétaire de Dumouriez, si j'ai bonne mémoire, se maria en Angle-