Voir notre étude précédente : Danton et Louis Comte
2. Voir dans Dard, p. 287, la liste des aristocrates auxquels Hérault s'est intéressé.
HÉRAULT DE SÉC II ELLES 24l
Il ne pouvait pas être plus sincèrement hébertiste qu'il n'avait été sincèrement feuillant. Il donnait des gages aux violents parce qu'il les croyait les plus forts. Hébertiste par calcul et par peur!
Louis Comte et Proli n'allaient pas tarder à apprendre à leurs dépens ce que valait la fidélité d'Alcibiade à son parti comme à ses amitiés.
Quand pour refouler l'assaut hébertiste, Dufourny et Fabre d'Eglantine imaginèrent de tourner la loi des suspects contre leurs adversaires et de les dénoncer comme « agents de l'étranger », Hérault s'effraya. Louis Comte est mis en arrestation le lo octobre, au lendemain d'une conversation qu'il avait eue chez Danton lui-même en présence du député Courtois son ami. Hérault, qui avait écouté complaisamment ses dénonciations contre Danton, se vantera plus tard, pour se faire pardonner des dantonistes, d'avoir contribué à son arrestation. Le 1 1 octobre, Fabre d'Eglantine fait arrêter Maillard, Rutledge, Proli, Desfieux. Hérault réclame Proli, mais « les larmes aux yeux », dira plus tard Saint-Just dans son.rapport du 27 ventôse. Pendant ce temps, Collot d'IIerbois, plus brave, tempêtait aux Jacobins et à la commune, protestait avec véhémence contre l'arrestation de Desfieux et le faisait relâcher ainsi que Proli du même coup'.
I. Um lettre signée Blandier, administrateur de police, et datée du 21^ jour du i^' mois (la octobre), invite le Comité de surveillance de la section Le Pelletier à laisser Proli chez lui sous la garde de deux gendarmes, à la suite d'une démarche de
MvTiiiEZ. — Conspiration. i6
M2 ÉTUDES ROBESPIEBRISTES
Fabre d'Églantine, habile psychologue et plus habile stratège, a pu juger par cet incident de la pleutrerie d'Hérault. Quelques jours plus tard il porte à une réunion de membres triés sur le volet des deux Comités de Sûreté générale et de Salut public un long et venimeux réquisitoire contre les principaux chefs hébertistes, qualifiés par lui d' « étrangers ». Et le réquisitoire est presque tout entier dirigé contre Proli et contre son protecteur Hérault. Fabre d'Églantine, qui sait que Collot d'Herbois est un homme, l'a soigneusement laissé de côté, n représente Proli, né à Bruxelles, comme le bâtard de prince de Kannitz. 11 insinue qu'il lui sert d'espion et il dénonce Hérault comme l'instrument de Proli et de toute sa cabale : « Comment se fait-il que Prôli et Desfieux, avec leur petit Coindre, l'agioteur et leur furet doucereux, aient excité aux Jacobins une sortie contre les nobles, quelque place que ces nobles occupassent à l'effet de les chasser de la République, si ce n'est pour mettre la peur au ventre de Hérault de Séchellcs, qu'ils avaient d'avance accaparé d'amitié ; si ce n'est pour ébranler la conscience d'Hérault, en le remenant à ses intérêts et sur son avenir, le tout pour mener Hérault et par lui le Comité
Hérault de Séchelles : a Nous attendons que les causes qui ont provoqué cette arrestation nous soient connues pour vous les communiquer et le citoyen Héravilt-Scclielles s'est chargé de les rechercher et de nous les faire parvenir « (Archives nationales,.
HÉRAULT DE SÉCIIELLES a/j.H
de Salut public et sa^oir tout ce qui se passe h ce Comité ? — Coiîiinont se fait-il que Prôli ait été déjà incarcéré comme homme suspect et que ce soit Hérault qui l'ait fait sortir? — Comment se fait-il que ce soit à cette époque que les agens de la cabale tous ensemble, Dubuisson, Pcreira, Coindre, Lafaye, etc., etc., soient arrivés ii Paris à point nommé, l'un de la Suisse, l'autre du Rhin, l'autre de Lyon, l'autre de Dunkerque, etc., etc.'? »
Les dénonciations de Fabre d'Eglantine impressionnèrent vivement le Comité de Salut public. Hérault devint suspect à la plupart de ses collègues, qui, pour l'écarter de leurs délibérations, l'éloignèrent, le 26 octobre, sous prétexte d'une mission dans le Haut-Rhin ^
Il se conduisit dans la Haute-Alsace en héber-
tiste. A peine arrivé ;i Belfoit, il destitue et arrête
le maire de la ville. Il fait fermer les portes et
procéder à des visites domiciliaires \ Partout il
s'entoure des clubistes les plus ardents, des amis
d'Eulocje Schneider-. Il casse les Comités de surveil-
lance, régénère les sociétés populaires, enferme
les suspects et les déporte à Langres. « J'ai ciéé.
1 . Pièces trouvées dans les papiers de Robespierre, Faction Proli. Hébert, pp. 76 à 81.