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I. A. Aulard, Etudes et leçons, i'^ série, p. i

LA FORTUNE DE DANTON 6i

D' Robinet son meilleur, son unique argument. Il s'expliqua à plusieurs reprises, à la tribune de la Convention, sur le compte de ses dépenses secrètes comme ministre de la justice, compte qui fut très vivement contesté'. Il se disculpa aussi aux Jacobins. Ainsi, le i3 frimaire an II, comme des murmures s'élevaient au club contre lui : « Vous serez étonné, crie-t-il à ses accusateurs, quand je vous ferai connaître ma conduite privée, de voir que la fortune colossale que mes ennemis et les vôtres m'ont prêtée se réduit à la petite portion de biens que j'ai toujours eue*. » M. Albert Babeau, qui a écrit une intéressante étude sur Danton, sa première femme et ses propriétés, si bienveillant qu'il soit pour son illustre compatriote, ne peut s'empêcher ici de lui donner un démenti : « Danton n'était pas dans le vrai ».

Déjà, à la séance des Jacobins du 26 août 1793, Danton avait eu avec Hébert une explication orageuse. Il avait invité ses calomniateurs à aller vérifier chez son notaire l'état de sa fortune. « On y trouvera, disait-il, qu'elle consistait dans le remboursement d'une charge qu'il avait possédée. » C'était toujours le même système. Le journal du club résume ainsi la fin de son discours : « On prétendit qu'il avait assuré une fortune de

I. Voir plus loin notre étude sur les comptes de Danton. 3. Aulard, Société des Jacobins, t. V, p. 5^3.

i4oooooo à une femme qu'il a épousée depuis [depuis la mort de la première], parce qu'enfin il me faut des femmes, dit Danton : « eh bien, c'est tout bonnement doooo livres dont je suis propriétaire il y a longtemps ' ».

En août 1793, Danton était certainement plus véridique qu'il ne le sera au mois de décembre de la même année. Il ne disait cependant qu'une partie de la vérité. Nous sommes allés chez les notaires, comme il nous y conviait, et nous avons vu qu'il avait acheté sa charge à crédit et qu'au bout de six ans, sa fortune visible, constatée par actes authentiques, se montait au bas mot à plus de i5oooo livres en 1798.

Il n'est pas besoin d'insister longuement sur l'intérêt de ces constatations. Les apologistes de Danton rejettent sommairement et comme en bloc les témoignages des contemporains qui ont incriminé la moralité de Danton, pour cette raison péremptoire que l'accroissement de sa fortune s'expliquerait normalement par des moyens parfaitement avouables. L'examen critique auquel je me suis livré m'oblige à repousser une thèse qui ne rend pas compte de tous les faits. A supposer que Danton ait réussi à économiser en quatre ans sur le produit de son office de quoi

I. Aulard, Jacobins, t. V, p. 38o. On remarquera que, si Danton s'est réellement exprimé ainsi, sa tante Lenoir a joué le rôle de personne interposée dans la donation faite en faveur de sa seconde femme.

rembourser intégralement les sommes qu'il avait empruntées pour le payer, il reste à expliquer comment les 69000 livres du remboursement de cet office se sont multipliées pour devenir deux ans après i5oooo.

Si je ne me suis pas trompé, il faudra donc prendre au sérieux les accusations des contemporains, les examiner une à une et les confronter à leur date avec la conduite politique de Danton. Alors peut-être le mythe dantonien s'évanouirat-il ? Alors peut-être reviendra-t-on sur Danton à l'opinion qu'en eurent tous ceux qui l'ont connu ? Alors peut-être cessera-t-on de s'étonner que la Convention ait fait le silence sur sa mémoire dans son décret de réhabilitation du 1 1 vendémiaire an IV ?

Je ne peux pas songer, dans cette courte étude, à passer en revue les accusations de concussion dont Danton a été l'objet. Elles sont trop nombreuses. Il y en a une pourtant que je ne puis me dispenser de rappeler parce qu'elle emprunte à la personne de son auteur, à l'époque où elle fut formulée et à la nature du document qui la contient, une gravité terrible. C'est une lettre intime qu'écrivait Mirabeau à son ami La Marck, le 10 mars 1791.

« Il faut que je vous voie ce matin, mon cher Comte. La marche des Talon, Sémonville et compagnie est inconcevable. Le Montmorin m'en a appris et je lui en ai appris hier des choses tout

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à fait extraordinaires, non seulement relativement à la direction des papiers [c'est-à-dire des journaux] qui redoublent de ferveur pour Lafayette et contre moi, mais relativement à des confidences et à des motions particulières du genre le plus singulier. Et par exemple, Beaumetz, Chapelier et d'André ont dîné hier in seci-etis, reçu les confidences de Danton, etc., etc., et, hier au soir, ont fait, en mon absence, à l'Assemblée nationale, la motion de démolir Vincennes pour se populariser . Ils refusent de parler sur la loi des émigrants, de peur de se dépopulariser. Ils demandent à M. de Montmorin une proclamation du roi qui annonce la révolution aux puissances étrangères, pour ■so. populariser, etc., etc. Danton a reçu hier 3oooo livres et j'ai la preuve que c'est Danton qui a fait faire le dernier numéro de Camille Desmoulins... Enfin, c'est un bois. Dinons-nous ensemble aujourd'hui ? — Y serontils ? Leur parlerez-vous à part?' — Enfin, il faut nous voir.

« Je vous renvoie votre mandat : i° parce qu'il est au nom de Pellenc, chose dont je ne me soucie pas; 2" parce que Pellenc est malade, à ce qu'il dit, et qu'ainsi il n'irait pas chez M. Samson. Or, mon homme part. Il est possible que je hasarde ces 6 ooo livres-là. Mais au moins, elles sont plus innocemment semées que les 3oooo livres de Danton. Il y a, au fond, une grande duperie dans ce bas monde à n'être pas un fripon... »

Cette lettre intime, qui n'a été publiée qu'après i85o par M. de Bacourt, nous fait assister en quelque sorte à lu distribution des fonds dont la liste civile arrosait les journalistes et les parlementaires pour semer la division dans le parti patriote et le réduire à l'impuissance. Le correspondant de Mirabeau, le comte de LaMarck, est le favori de Marie-Antoinette. Depuis le mois d'octobre 1790, Mirabeau reçoit une mensualité régulière de la cour. Il dirige avec La Marck et avec le ministre des affaires étrangères, Montmorin, l'équipe d'écrivains et de parlementaires qui servent sa tortueuse politique. Il a sous ses ordres Talon, Sémonville, Pellenc, Danton. Il dîne avec eux. Il s'entend avec les députés Beaumetz, Le Chapelier, d'André qu'il a détachés peu à peu du parti patriote. Dans la lettre citée, il se plaint de leur indocilité. Il trouve qu'ils ont trop peur de se compromettre, il se plaint qu'ils refusent de parler contre la loi sur les émigrants, il regrette qu'on les paie si cher pour si peu de besogne. Il soupçonne des trahisons. Il nomme un de ces agents stipendiés qui ne gagne pas son argent. Il nomme Danton, Danton qui vient de toucher 3oooo livres et qu'il soupçonne d'inspirer contre lui Mirabeau, des attaques dans la feuille de Camille Desmoulins ^ Il met en garde

I, Dans leur n° 64, Les Révolutions de France et de Brabant avaient inséré un long et ^-irulent article où il était établi que le roi aurait dû s'opposer à la délivrance de passeports à ses

Mathiez. Robespierre. 5

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''La Marck. Il lui conseille de mieux surveiller son personnel d'espions, d'agents provocateurs, pour lesquels il afifecte d'ailleurs un profond mépris.

Si un pareil document était produit contre n'importe quel autre révolutionnaire, il emporterait du coup la conviction, il ferait cesser toutes les polémiques. Mais, quand il s'agit de Danton, la balance où on pèse les témoignages n'est plus la même. On a contesté l'importance de la lettre de Mirabeau. M. Eugène Despois ne la trouvait pas assez explicite. Il n'y voyait qu'une • injure grossière et gratuite lancée par Mirabeau dans un moment de dépit. M. Robinet veut croire que Mirabeau ne parlait que par ouï dire, qu'il se faisait l'écho de potins, de cancans. Il suppose que Mirabeau croyait Danton sous l'influence de Lafayette, et il échafaude là-dessus des raisonnements très peu clairs.

Louis Blanc a pris la peine de faire aux arguties des blanchisseurs à tout prix de Danton cette réplique qui clôt le débat : « Comment M. Despois a-t-il pu s'aveugler généreusement au point de supposer qu'en constatant, dans une lettre toute confidentielle à l'homme de la Cour, M. de La Marck, d'une part le fait de l'argent reçu par

tantes, Mesdames, qui venaient de partir pour Rome: a Non, Sire, vos tantes n'ont pas le droit d'aller manger nos millions en terre papale, etc. » Cet article contrariait la politique de Mirabeau qui s'opposait à toute loi contre les émigrants.

Danton et, d'autre part, le fait de ses engagements non remplis, Mirabeau avait tout simplement entendu jeter à Danton l'injure la plus sanglante que pût rencontrer sa plume, c'est-à-dire le nom de vendu, et cela pour se venger d'un article de Camille Desmoulins dirigé contre lui Mirabeau et dont il croyait Danton l'inspirateur ?

« Quoi, Mirabeau, voulant se venger de Danton, n'aurait trouvé rien de mieux que de l'insulter, en s'écriant, lui qui s'était vendu : « il s est « vendu ! » Et devant qui aurait-il prétendu insulter de la sorte Danton ? Non pas devant le public, mais devant l'agent des ventes de ce genre, M. de La Marck. Et il ne lui serait pas venu un moment à l'idée qu'il ne pouvait bafouer ainsi Danton, sans se bafouer aussi lui-même et sans offenser par dessus le marché l'homme auquel il s'adressait ? En vérité, tout cela est absolument inadmissible, et je m'étonne que M. Despois ait pu avoir recours à une explication aussi extraordinaire, quand l'explication vraie est si claire et se présente si naturellement. De quoi s'agit-il ? Danton a fait faire à Camille — du moins Mirabeau croit le savoir — un article où sont vivement attaqués Chapelier et Beaumetz, avec lesquels Danton est censé s'entendre et Mirabeau lui-même. Là-dessus Mirabeau, qui est au courant des engagements de Danton avec la Cour, s'indigne de les voir violés de la sorte ; il entre

en fureur et contre la duplicité de Danton, et contre la bêtise de la Cour, qui emploie si mal son argent, et il écrit ab irato au comte de La Marck : « Danton a reçu hier 3oooo livres et « j'ai la preuve que c'est lui qui a fait faire le « dernier numéro de Camille Desmoulins... C'est « un bois. » En d'autres termes : « Est-ce pour « qu'on nous attaque et qu'on m'attaque que vous « payez les gens? Ceux qui prennent votre argent « vous trompent, ils vous volent. » C'est si évidemment là le sens de la lettre de Mirabeau qu'un peu plus bas il ajoute à propos des 6000 livres qu'il doit dépenser dans l'intérêt de la cour : « Il est « possible que je les hasarde. Mais, au moins « elles sont plus innocemment semées que les « 3oooo livres de Danton. »

Je ne crois pas qu'on puisse rien objecter à cette démonstration lumineuse de Louis Blanc.

Danton était donc, en ce mois de mars 1791, comme Pellenc, comme Talon, comme Sémonville, un agent de la liste civile. Nous nous expliquons facilement maintenant qu'il ait pu acheter tant de biens nationaux avant le remboursement de sa charge. C'est le 2/4 mars 1791, juste i5 jours après qu'il a reçu les 3oooo livres dont parle Mirabeau, qu'il achète la ferme de Nuisement, pour /i8 200 livres, cette « métairie », dont il parlera plus tard avec simplicité.

En cette année 1791, Danton jouait souvent le rôle d'un agitateur ultra-démocratique, il pous-

sait facilement aux mesures extrêmes, il attroupait le peuple autour du carosse de Louis XVI pour l'empêcher de se rendre à Saint-Cloud faire ses pâques, lui donnant ainsi le prétexte indispensable pour colorer sa fuite prochaine. La question se pose de savoir dans quelle mesure les surenchères dantoniennes faisaient partie de cette politique du pire que Mirabeau conseillait à la Cour et dans laquelle il voyait le salut de la monarchie.

Ainsi le problème de la fortune de Danton conduit à bien d'autres problèmes. Le temps n'est pas encore venu où on pourra dire que l'histoire de la Révolution est faite.

En réfutant à fond cette calomnie, nous croyons avoir nous aussi apporté notre pierre au monument que Paris prépare à Danton.

A. AuLAKD, i4 janvier 1889.

On a incriminé souvent et très vivement à l'époque la gestion financière de Danton au Ministère de la justice. On a dit qu'il avait empli ses poches et celles de ses amis. Les accusateurs ne sont pas seulement des faiseurs de mémoires, mais des collègues de Danton, des hommes qu'il coudoyait au Conseil exécutif ou à la Convention, des membres de son propre parti. Ils n'ojit pas formulé leurs griefs derrière le dos de l'accusé et après coup. Ils l'ont mis sur la sellette à la tribune> et, si la Convention, après plusieurs débats

I. Cette étude a d'abord paru dans les Annales révolutionnaires de mai-juin et juillet-septembre igiS.

contradictoires, après avoir entendu l'accusé dans sa défense, s'est refusée à condamner, elle s'est refusée aussi à absoudre.

A cette aurore du régime parlementaire, la responsabilité ministérielle n'était pas encore un vain mot. La Constitution de 1791 avait stipulé que les ministres étaient responsables « de toute dissipation des deniers destinés aux dépenses de leur département » (Section IV, art. 5) et qu'ils étaient tenus « de rendre compte de leur emploi » (art. 6). Les premières Assemblées avaient exigé de tous les ministres, à leur sortie de charge, un compte moral et financier de leur gestion. La Législative avait réglé la procédure à suivre par le décret du 26 mars 1792 qui ne laissait que quinze jours au ministre sorti de charge pour présenter son compte'.

La reddition des comptes des ministres ne fut pas une simple formalité. Leurs mémoires furent examinés avec soin sur pièces justificatives. Ainsi, à la séance du 2^ octobre 1792, Borie fit un rapport sur les comptes de Beaulieu, qui avait été ministre des contributions publiques avant le

I. C'est ce décret que le girondin Larivière rappela, à la séance du 18 octobre 1792, en attaquant Danton. 11 n'est pas exact, comme on l'a dit, que le décret, allégué par Larivière, n'eût jamais existé que dans son imagination. Voir aussi les décrets antérieurs des 27 avril 1791, 29 novembre 1791 et 10 mars 1792. Sur la Responsabilité ministérielle sous la Révolution voir nos articles de L'Œuvre des 7 février, 1/4 fé>Tier, 32 février et 2 mars 19 16.

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lo août. La Convention refusa d'approuver ces comptes et en ajourna l'examen*.

Danton donna sa démission de ministre de la Justice, le 21 septembre 1792, le jour même où se réunissait la Convention. Il garda cependant ses fonctions jusqu'à la nomination de son successeur et il continua, quelques jours encore, de siéger au Conseil^.

Le 6 octobre, il adressa à la Convention le compte de son administration^. C'était un compte à la fois moral et financier. Dans une première partie, il exposait comment il avait fait exécuter les décrets qui étaient dans ses attributions et, dans une seconde, il donnait l'emploi d'une somme de cent mille livres qu'il avait touchées pour dépenses extraordinaires^. On y lisait entre autres choses :

« Remis à M. Santerre pour payer les piques faites dans les sections, trente mille livres...

Payé pour gratification extraordinaire d'usage à la fin de chaque trimestre à tous les employés dans les bureaux du ministère de la Justice, seize mille cinq cent quatre-vingt-dix livres...

I. Archives parlementaires, t. LII, p. 643. 3. Jusqu'au 1 1 octobre inclus, dit M. Aulard. Etudes et Leçons. 4"= série, p. 248.

3. Le 6 octobre, la Convention avait nommé François de Neufchateau en remplacement de Danton. Il refusa et, le 9 octobre, Dominique Garât fut nommé. Il ne prit séance au Conseil que le 13 octobre.

4. M. Aulard a publié ce compte in-extenso. Etudes et Leçons, i'* série, pp. i42-i48.

LES COMPTES DE DANTON ^i

Prix (les meubles achetés pour l'appartement occupé par M. Robert, chef des secrétaires particuliers, d'après l'estimation faite par un tapissier, deux mille quatre cent livres ^..

Pour frais de circuhiires et affiches dans Paris, quinze cents livres^, etc. »

Le total des sommes dépensées par Danton sur les fonds des dépenses extraordinaires s'élevait à 68 68d livres. 11 avait reçu looooo livres sur ce chapitre. Il déclarait avoir en caisse 3i 3i6 livres.

Après avoir entendu la lecture de ce compte, la Convention le renvoya à l'examen de son comité des finances.

Dès le 10 octobre, c'est-à-dire seulement quatre jours après, Mallarmé fit un rapport au nom du comité des finances et rappela que, le 28 août précédent, à la nouvelle de la prise de Longw^y, la Législative avait mis à la disposition des ministres une somme globale de deux millions, dont un million pour dépenses extraordinaires et un mil-

I . Ce Robert, qui s'était distingué après la fuite à Varennes comme un ries plus ardents républicains, était, comme Lebrun, ministre des Affaires étrangères, un journaliste liégeois réfugié en France. Il avait contracté de nombreuses dettes pour faire vivre son journal le Mercure National. Danton le fit nommer de la Convention. Pour faire de l'argent, il eut l'idée de devenir marchand de rhum et fut dénoncé par sa section, en septembre 1798, comme accapareur. M. Aulard a raconté l'aventure de Robert Rhum dans un article sympathique à l'accusé.

3. Etait-ce là les frais d'affichage du Compte rendu au peuple souverain, ce placard sanguinaire où Fabre d'Eglantine provoqua et justifia les massacres de septembre P

lion pour dépenses secrètes. Il exposa ensuite que les sommes devaient être fournies, partie par la Caisse de l'extraordinaire et partie par la Trésorerie nationale, ce qui avait pour résultat « une division dans la comptabilité contraire à la clarté et à la surveillance qui doivent y régner »^ Et il conclut qu'à l'avenir la Trésorerie nationale fût seule chargée de la comptabilité des deux millions de dépenses extraordinaires et secrètes.

Mallarmé s'était exprimé en termes généraux, le sévère Cambon n'eut pas la même réserve. Il s'exprima en termes fort vifs à l'égard du Conseil exécutif et du ministre de la Justice : « Pour éclairer l'Assemblée, il ne sera pas inutile de lui rendre compte de l'emploi de ces deux millions. Le conseil exécutif les avait reçus pour les employer en masse. Mais, par un arrêté subséquent, cette somme a été divisée entre cinq ministres par portions égales de 4ooooo livres. Il n'a rien été attribué au ministre des Affaires étrangères parce qu'on a cru suffisants les fonds qui lui restaient. En dwisant ainsi la î^esponsabilité, on a atténué la confiance de la Nation. Je fis alors observer au Corps législatif qu'il était inutile de donner des fonds pour des dépenses secrètes aux ministres de la Justice, de l'Intérieur, de la Marine et des Contributions publiques. Mes raisons ne prévalurent pas alors. J'ai voulu savoir si ces deux mil-

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