‹ Etudes robespierristesChapitre 29 sur 87 · Œuvres de Danton, Paris · texte numérisé non relu

Œuvres de Danton, Paris

3. Sur la vénalité de Danton, dans la Revue de Paris du i«' juillet 1857.

rent par nécessité politique, et les prêtres réfractaires, leurs ennemis. Il les confond tous dans une même haine violente et mystique.

Dans ses premiers volumes, écrits avant le coup d'Etat, alors qu'il était chef de division aux archives, Michelet garde encore quelque mesure en parlant de Robespierre ; mais, dans les deux derniers (VI et VII) qu'il composa à Nantes, tout près de la Vendée, dans l'amertume de sa révocation, il charge Robespierre de tous les péchés d'Israël. La préface de son tome VI est un virulent réquisitoire où sont mises en œuvre toutes les rapsodies girondines et thermidoriennes. Robespierre n'est plus qu'un inquisiteur qui étouffe la France avec le « boa constrictor » des mille sociétés jacobines. Michelet persiste cependant à l'appeler un grand homme.

Par ses attaques contre Robespierre, Michelet servit la légende beaucoup plus encore que par ses appréciations sur Danton. Son élève et son ami, l'universitaire Arsène Danton, n'avait pas manqué de l'intéresser à la cause qui lui tenait à cœur ; mais il y réussit assez mal. Michelet reçut communication du plaidoyer des fils de Danton puisqu'on peut lire dans son tome IV : « La fortune de Danton, dont j'ai sous les yeux un détail authentique (dont j'userai au temps de son procès), semble avoir peut varié de 1791 à 179/i. Elle consistait en une maison et quelques morceaux de terre qu'il avait à Arcis, qu'il agrandit

LA LEGENDE l) Ai\ TUi\ lEA i\ E i^iâ

un peu et que son honorable famille possède encore aujourd'hui' ». 11 est visible que même sur la question de fortune Michelet n'affirme pas. Il lui semble ! Cette hésitation se comprend puisqu'il reste convaincu des relations de Danton avec la Cour et avec le duc d'Orléans.

Racontant la fameuse scène du 21 juin 1791 aux Jacobins, dans laquelle Danton accusa Lafayette d'avoir favorisé la fuite du roi, Michelet s'exprime ainsi : « Lafayette connaissait Danton ; il savait que, trop docile aux exemples du maître, aux leçons de Mirabeau, il était en rapports avec la Cour. Il n'avait pas vendu sa parole qui, évidemment, ne cessa jamais d'être libre ; mais, ce qui est plus vraisemblable, c'est qu'il s'était engagé comme brai'o de l'émeute, pour une protection personnelle contre les tentatives d'assassinat, une protection analogue à celle des brigands d'Italie. Qu'avait-il reçu? On l'ignore ; la seule chose qui semble établie (sur un témoio-nage croyable, quoique celui d'un ennemi [Lafayette]), c'est qu'il venait de vendre sa charge d'avocat au Conseil et qu'il avait reçu du ministère bien plus qu'elle ne valait. Ce secret était entre Danton, Montmorin et Lafayette ; celui-ci avait sur lui cette prise ; il pouvait l'arrêter court entre deux périodes, lui lancer le trait mortel. Ce danger n'arrêta pas Danton. Il vit du

Page 1