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I. Illyrine, an VIII, t. III, p

a. Voir l'article Camille Desmoulins et d'Espagnac dans les Annales révolutionnaires d'oct-déc. 19 16.

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Ce fut d'abord une fourniture de fusils, puis l'entreprise des chevaux et voitures nécessaires aux charrois des armées. Par le traité passé le 3i août 1792 avec Servan, il s'engageait à fournir pour l'armée du Nord 2 000 voitures à deux roues attelées de deux chevaux chacune. L'argent pour acheter chevaux, harnais et voitures était avancé par la République à raison de 53o livres en espèces par cheval, ^5 livres par harnais, 620 livres par voiture, La somme ainsi avancée se montait, pour ce seul marché, à 3 660 000 livres. Les rations des voituriers, le fourrage des chevaux était fourni par l'État. D'Espagnac touchait 7 livres 10 sols en argent pour chaque voiture, 600 livres pour ses conducteurs, etc. Il déposait un cautionnement de 6/io 000 livres chez le notaire Chaudot. Le cautionnement était formé par 4oo actions de la Compagnie d'assurances sur la vie que lui avait délivrées Clavière le 10 septembre 1791 '.

Dès la fin de septembre 1792, la Compagnie Masson-d'Espagnac (Masson était le valet de chambre de l'abbé) avait à fournir aux armées 19660 chevaux. Au début de 1793, ses engagements montèrent à 33 000 chevaux, loooo chariots ou charrettes, 26000 harnais.

Le député Dornier, qui sera chargé plus tard

I. Arch. nat. W5i5 et W 827. Ce n'est pas d'aujourd'hui que les ministres des Finances président des Conseils d'administration. Le girondin Clavière était déjà dans ce cas.

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d'un rapport sur les marchés d'Espagnac, les appréciera sévèrement et émettra l'avis que le ministre de la guerre Servan n'avait pu les signer que moyennant pot-de-vin. « Voilà donc, dira-t-il, des effets immenses appartenant à la nation, puisqu'ils sont payés de son argent, remis entre les mains de la Compagnie Masson, non pour les régir et gouverner, mais pour les louer à la nation à un prix plus fort encore que si les effets eux-mêmes eussent été la propriété de cette compagnie. A-t-on jamais fait un marché aussi absurde ? » Avec une précision irréfutable, Dornier montre que les prix payés à d'Espagnac étaient doubles ou triples des prix acceptés par les autres fournisseurs : « Il est prouvé que les prix des charrettes à deux roues attelées à deux chevaux est porté, par la Compagnie Masson, à 620 livres en espèces et n'était portée par la Compagnie Jaume qu'à 242 livres 10 sols en assignats et que les chevaux payés à d'Espagnac à raison de 5oo à 53o livres en numéraire, n'étaient payés à la même compagnie qu'à raison de 890 livres en assignats, d'où il résulte que, soit que l'on considère les fournitures, soit que l'on considère le prix de l'entretien, il y a près de 5o millions de perte pour la République sur ces trois marchés seulement (les marchés du 3i août et du 27 septembre 1792 avec Servan et celui du 19 février 1798 avec Beurnonville). » Une armée que Jaume servait avec 2000 chevaux en exigeait 4 470 avec

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d'Espagnac. Là où Jaume touchait par an 2468760 livres en assignats, d'Espagnac encaissait 12 357 276 livres en numéraire.

C'étaient des profits licites. D'Espagnac en avait d'autres. Il se dérobait aux revues et ses effectifs n'étaient jamais complets. Au 3i décembre 1792, il aurait dû avoir i3 3o5 chevaux aux armées, il n'en avait que 6 538. Dornier calculait qu'en supposant ses effectifs au complet, d'Espagnac ne pouvait pas dépenser, pour les entretenir, plus de i5o2o5o livres par mois en assignats, tandis qu'il recevait de la République, pour ce même objet, 5 4435o4 livres en argent. Le député Rivière renchérira sur Dornier et prouvera que la Compagnie Jaume, qui fournissait l'armée du Midi, coûtait six fois moins que la Compagnie d'Espagnac*.

D'Espagnac fournissait l'armée de Belgique qui venait de remporter la grande victoire de Jemappes. L'aventurier Dumouriez, qui la commandait, reconnut tout de suite dans l'entreprenant abbé un homme digne de sympathie, capable de le comprendre. Au lendemain même de Jemappes, il lui empruntait 3ooooo livres métalliques pour les besoins de l'armée et il lui remettait en paiement des traites sur la Trésorerie nationale. D'Espagnac, ayant ainsi obligé le

I. Le rapport de Dornier a été publié dans les Archives parlementaires. Le rapport de Rivière est aux annexes des procès verbaux de la Convention, Le 2*^87 (6/6. nat.').

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tout-puissant général, pouvait dormir sur les deux oreilles. Des revues inopportunes ne viendraient pas' faire le compte de ses chevaux et voitures.

Mais il y avait à la Convention un homme qui veillait avec probité et désintéressement sur les finances de la République menacées de combien d'assauts ! Le grand argentier Cambon commença l'attaque à la fois contre Dumouriez et contre d'Espagnac son protégé.

On était au mois de novembre 1792. De toutes parts affluaient les plaintes et les dénonciations contre les fournisseurs. Prieur de la Marne, de retour d'une mission à l'armée de l'Argonne, dénonçait, le !"■ novembre, les souliers de carton qui ne duraient pas ilx heures. Cambon faisait chorus : « La Révolution, disait-il, a atteint tout le monde, excepté les financiers et les partisans. Cette race dévorante est pire encore que sous l'ancien régime. Nous avons des commissaires ordonnateurs, des commissaires des guerres, dont les brigandages sont épouvantables. J'ai frémi d'horreur lorsque j'ai vu, pour l'armée du Midi, des marchés de lard à 3^ sous la livre. » Le grand journal démocratique. Les Révolutions de Paris, appuyaient les campagnes de salubrité. Dans son n" 176 (17-24 novembre 1792), il attaquait sans ménagement d'Espagnac et ses pareils et dénonçait leurs protecteurs qui étaient des députés : « N'a-t-on pas vu, disait le journal, Fabre

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d'Eglantine, quatre jours après son entrée à la Convention, faire le fonds de 3oooo livres pour une fourniture de souliers ? »

Le 20 novembre, l'honnête Pache, qui avait succédé au ministère de la Guerre à Servan, présenta à la Convention plusieurs paires de souliers, des chemises et des bas livrés aux magasins de Strasbourg par le juif Jacob Benjamin. Les souliers étaient de la plus mauvaise qualité, les chemises aussi grossières que la toile d'emballage, les bas n'étaient qu'à deux grains au lieu de trois. La Convention, indignée, nomma une commission d'enquête pour examiner tous les marchés.

Dumouriez avait réclamé le privilège de passer lui seul et directement tous les marchés pour l'approvisionnement en tous genres des armées placées sous ses ordres. Il prétendait ne plus à dépendre de la Trésorerie nationale. Il voulait avoir sa caisse à lui qu'il administrerait à sa guise. En attendant il invitait Pache à faire payer à d'Espagnac les Sooooo livres, montant des traites qu'il lui avait signées. Il l'avertissait qu'il venait de passer de sa propre autorité un marché de fournitures avec le banquier bruxellois Simon, prête-nom de d'Espagnac.

Cambon se fâcha. Le 22 novembre il dénonça les irrégularités commises par Dumouriez, les bénéfices scandaleux de d'Espagnac qui volait sur les fournitures et jouait à la bourse : « Il faut que le maniement des deniers publics ne soit con-

fié ni à cet abbé d'Espagnac, ni même au général ; car plus un général a de succès et plus il est important qu'il n'ait point de maniement de finances et qu'il soit assujetti à des règles strictes. »

Lecointe-Puyraveau déclara que les marchés d'Espagnac portaient un caractère évident de lésion et de fraude. Jeanbon Saint-André s'étonna que la République employât (( un être aussi profondément immoral que cet abbé d'Espagnac, un homme dont la mauvaise réputation a couru dans toute l'Europe, un homme contre lequel le cidevant parlement de Paris a été sur le point de faire exécuter un décret de prise de corps, un homme qui a participé aux dilapidations de son protecteur Galonné ; enfin celui que trois députations de la Convention avaient dénoncé au ministre Servan pour des faits très graves ». L'évêque constitutionnel Thibaut, député du Cantal, ajouta cette anecdote : « Il y a sept à huit jours que j'ai rencontré, à Paris, l'abbé d'Espagnac se promenant dans un très brillant cabriolet. Il était vêtu en uniforme. Il se donna la peine de me parler. Je lui demandai quel nouveau métier il faisait ? — J'ai une commission pour le roulage de l'armée du Nord, me dit-il, et il ajouta que c'était une très grande spéculation à laquelle il comptait bien faire sa fortune. » Après un nouveau réquisitoire de Cambon qui insista sur la nécessité de débarrasser Dumouriez « des

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agioteurs intrigants qui le circonviennent », la Convention décréta que Malus, commissaire ordonnateur en chef, Petit-Jean, payeur général de l'armée, et d'Espagnac seraient tous les trois arrêtés et traduits à la barre pour répondre aux accusations portées contre eux. Le même jour, 22 novembre, la Commission des Marchés, instituée l'avant-veille, se réunissait et décidait d'examiner immédiatement les marchés d'Espagnac. Le député Quirot lui soumettait, le 3o novembre, le texte des questions qui seraient posées au fournisseur par le président de la Convention ^

Tout autre que d'Espagnac ne se serait pas senti très rassuré dans une pareille conjoncture. Mais l'abbé était un audacieux. Il savait Dumouriez derrière lui. Il pouvait compter sur des concours aux Jacobins et jusque dans la Montagne de la Convention. Il n'éprouva aucun trouble.

Dès le 25 novembre, Dumouriez dénonça comme « un crime contre la loyauté française » l'arrestation de ses agents ordonnée par la Convention et le refus de la Trésorerie d'acquitter les traites de d'Espagnac : « Quand j'arrivai à Bruxelles, la caisse de l'armée ne contenait pas plus de loooo livres. La Compagnie Masson et d'Espagnac m'a fait des avances dont j'avais grand besoin et l'on fait mettre en état d'arres-

I. Voir, aux Archiues nationales, le registre des procès-verbaux de la Commission des marchés. A F^^ 19.

tatipn ceux qui ont été si utiles ! On me peint comme entouré de fripons et d'intrigants ; on déshonore sans les entendre des hommes qui ont sauvé l'armée ! »

Cambon et ses amis ne relevèrent pas le défi qui leur était lancé. Ils craignirent sans doute, s'ils poussaient le conflit à fond, de priver la République d'un général indispensable.

Dumouriez envoyait Westermann à Paris à la tête d'une députation de patriotes brabançons qui allaient appuyer ses demandes auprès de la Convention. Westermann écrivait que si Dumouriez, après Jemappes, n'avait pas manqué de numéraire, l'armée autrichienne aurait été complètement défaite. Sa lettre, lue le 3o novembre, fit une impression telle que la Convention décida séance tenante d'envoyer en Belgique cinq commissaires : Camus, Delacroix, Gossuin, Dubois- Crancé et Danton, pour faire une enquête.

Westermann se présenta le lendemain avec d'Espagnac à la barre de l'Assemblée. Il commença par annoncer une victoire que Dumouriez venait de remporter devant Liège. Le côté droit applaudit. Kersaint proposa de féliciter Dumouriez. Sur la protestation du côté gauche, on décida seulement de féliciter l'armée. Mais comment, après une victoire, frapper les agents de Dumouriez ?

Interrogé par Barère qui présidait, d'Espagnac fit moins figure d'accusé que d'accusateur. Barère

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lui reprocha le prix des fusils qu'il avait livrés. Il répondit qu'après le lo août, le Conseil exécutif lui avait demandé des fusils à n'importe quel prix et qu'il s'en était procuré difficilement en Angleterre. Il invoqua à cet égard le témoignage de Danton qui ne dit mot*. Il prit à son tour l'offensive, exposa les services qu'il avait rendus à la patrie dans le besoin. Il avait prêté du numéraire à Dumouriez. Il avait révolutionné la Belgique, fondé à Mons le comité révolutionnaire belge avec Walkiers, Balsa, de Rael et DignefFe, organisé le club de Bruxelles : « J'ai présidé les clubs des sociétés de la liberté dans un pays où le fanatisme des prêtres et le parti de Van der Noot les menaçaient, mais mes pistolets dans ma poche et mon nouveau bréviaire à mes côtés... m et, ce disant, il montrait son épée. Barère n'insista pas- La cause était gagnée. Tallien s'écriera, le surlendemain aux Jacobins, que « si l'on eût cédé au premier enthousiasme que d'Espagnac avait produit, on lui aurait accordé les honneurs de la séance ». Tout ce que Cambon put obtenir, c'est que d'Espagnac et Malus seraient maintenus en arrestation jusqu'à ce qu'une solution définitive intervînt sur leur marchés. En attendant la Convention ordonnait le paiement des traites tirées par Dumouriez.

I . Danton était présent. Il ne partit pour la Belgique qu'après la déposition de d'Espagnac.

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Malgré qu'il fût théoriquement en état d'arrestation*, d'Espagnac parut le lendemain, 2 décembre, aux Jacobins et y prononça non seulenient sa justification, mais un réquisitoire violent contre Pache et le Conseil exécutif qui, à l'en croire, accaparaient les blés de Belgique. Il menaça de prendre la plume pour dévoiler l'intrigue des ministres. Des applaudissements très vifs accueillirent cette menace et les applaudissements recommencèrent quand d'Espagnac eut ajouté qu'il expliquerait tous les mystères : « et moi-même j'ai passé dix ans de ma vie à expliquer des mystères que je n'entendais pas ! » Il avait fort adroitement reproché à Roland de répandre en Belgique des brochures antimontagnardes et il avait pris soin de déclarer qu'il réservait de l'occupation dans son entreprise aux bons Jacobins.

La cause pourtant n'était pas encore complètement gagnée. Le lendemain Hassenfratz, qui faisait partie du directoire des achats que d'Espagnac avait accusé la veille, lui répondit aux Jacobins avec virulence : « Je me crois honoré d'être calomnié par d'Espagnac... » Hassenfratz révéla que Malus avait fait payer 2 millions des approvisionnements que lui, Hassenfratz, aurait achetés pour I 200000 livres. Bentabole et Tallien

I. On ne mit les scellés sur ses papiers à son domicile, rue Danjou Ville l'Evêque, que le 6 décembre 1792, à 3 h. i/a. (Archives de la Préfecture de police, section du Roule.)

Mathiez. Robespierre. 11

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appuyèrent Hassenfratz et les Jacobins applaudirent, ayant Tair ainsi de se déjuger.

Cependant Dumouriez, plus que jamais, couvrait ses agents. Dans une lettre du 2 décembre, lue à la tribune le 5, il menaçait de donner sa démission : o S'ils sont coupables, écrivait-il, c'est par mes ordres. Je demande à partager leur sort... Le départ de Malus, la perte de cet administrateur actif et intègre a produit sur l'armée des effets pires que la perte d'une bataille... »

Les Girondins prenaient hautement parti pour le général factieux. Barbaroux et Buzot rejetaient toutes les fautes sur Pache qu ils traitaient d'incapable et de désorganisateur. Un membre, qui n'est pas désigné par son nom dans le Moniteur, comparait la conduite de Pache 'envers Dumouriez à celle de Louvois envers Turenne !

Dès lors, la cause était entendue. Le i5 décembre, la Convention décidait, sur la proposition de son comité militaire, que Malus sortirait de l'abbaye et serait simplement gardé à son domicile par deux soldats-citoyens. Le i8 décembre, la même faveur était accordée à d'Espagnac. Le 20 janvier 1793, Lecointre, au nom du comité de la guerre, proposait de remettre Malus en liberté et de le rendre à ses fonctions. Cambon avait encore le courage de protester. Malus, disait-il, a passé des marchés exorbitants. Il a payé le mouton II sous I liard la livre en numéraire. Il a acheté la farine, à [\b livres le quintal quand elle

LABBÉ DESPAGNAC lOS

se vendait 3o. Cambou enfin montrait la menace de la dictature militaire : « J'ai vu avec peine Dumouriez dire : ou Malus sera mon commissaire ou je ne servirai plus. » Mais l'Assemblée ne voulait pas se priver des services du vainqueur de Valmy et de Jemappes ! Camus, qui revenait de Belgique, excusa Malus qui fut remis définitivement en liberté.

D'Espagnac restait soumis à l'enquête. Dumouriezne lui manqua pas. Pendant le séjour qu'il fit à Parisdu i*' au 26 janvier 1798, il intervint à plusieurs reprises en faveurdu fournisseur, aux affaires duquel on disait qu'il était personnellement intéressé. Il eut avec Cambon une entrevue à la table de d'Espagnac*. Cambon déposera plus tard que Dumouriez n'avait pas seulement essayé de le gagner à ses plans financiers mais à ses projets politiques : « Dumouriez lui dit qu'on avait trop fait le 10 août, qu'il voulait une constitution par laquelle la tête et la queue ne commandassent Tjas^ », autrement dit, qu'il fallait rétablir la monarchie constitutionnelle. Cambon resta intraitable. Une seconde conférence qui dura six heures dégénéra en dispute.

Mais Dumouriez fut plus heureux auprès du Comité de défense générale où dominaient les

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