I. Séance du i5 juin
6 ÉlUDES ROBESPIERRISTES
confiés ». C'était un sentiment alors général. Jean-Jacques Rousseau avait montré dans le Contrat social qu'un peuple qui délègue ses pouvoirs à des représentants se donne en réalité des maîtres *. Montesquieu avait dit avec plus de force et de concision : « Quand le trésor public devient le patrimoine des particuliers, la république est une dépouille et sa force n'est plus que le pouvoir de quelques citoyens et la licence de tous ^ » .
L'idée qu'il fallait se prémunir contre la dictature irresponsable des représentants qui laissait tant de ressources à la corruption, cette idée était si profondément sentie qu'elle reparut à toutes les grandes crises qui prirent ainsi l'aspect de crises de moralité. Au plus fort de la lutte des Girondins et des Montagnards, le i^ mai 1798, Buzot, l'ami de M"^ Roland, dénonça les démagogues qui se servaient de la popularité pour parvenir à la fortune : « Avec des phrases que nous connaissons très bien depuis quatre ans, dit-il, il est très possible de tromper le peuple, de parler même de Sans-Culotterie et de piller le Trésor public en amassant une grosse fortune. 11 est tel homme qui aujourd'hui tient bonne table, qui a voiture et qui, avant le 10 août, avant la Révolution, n'avait rien, absolument rien. » Buzot conclut en proposant que tous