I. Arch. nat., F
D'Espagnac n'allait pas tarder à être mis définitivement hors de cause. Le comité des marchés fut renouvelé et il désigna pour examiner son affaire un nouveau rapporteur, Julien de Toulouse*. Cet ancien pasteur protestant n'était dési- .gné par rien pour remplir ce rôle, sinon parce qu'on le savait en relations d'amitié avec l'accusé. Il prit séance au comité des marchés le 28 janvier et, dès le 3 1, il lui présentait un rapport très élogieux pour d'Espagnac. Le comité des marchés, après une résistance qui dura quinze jours, finit par se rallier aux conclusions de Julien.
La Convention entendit le rapport de Julien le 17 février 1793. Ce fut un blanchiment complet. De tous les marchés du même genre, ceux de d'Espagnac « étaient les moins onéreux à la République », « on ne saurait trop se hâter d'en assurer la prompte exécution ». D'Espagnac, non seulement n'avait pas profité des circonstances « pour avoir un plus bas prix, il en a donné un plus avantageux ». « Loin que d'Espagnac ait livré moins de voitures et de chevaux qu'il s'était engagé d'en fournir, il en a déjà livré deux fois plus. » Julien se gardait bien de faire connaître à la Convention les clauses précises des marchés du fournisseur, il se répandait en considérations vagues. Son seul argument consistait k dire
I. Voir la séance du i4 février sur le registre du Comité des marchés. Julien fut aidé par Ghàteauneuf-Randon.
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que d'Espagnac s'était engagé à faire traîner à ses chevaux et à ses voitures un poids plus lourd que celui que les autres fournisseurs avaient porté dans leurs traités, comme si, dans la réalité, la limite de charge se trouvait toujours atteinte. Mais Julien réservait pour la fin une considération qu'il jugeait infaillible. Il contestait le droit de la Convention à casser les marchés d'Espagnac, même si ces marchés étaient frauduleux. « La Convention ne peut être juge et partie, elle ne peut que renvoyer l'affaire devant les tribunaux. » Châteauneuf-Randon soutint les conclusions de Julien de Toulouse, puis Thuriot, un ami de Danton, proposa de décréter qu'il n'y avait pas lieu à accusation contre d'Espagnac. La motion fut votée sans débat. Quatre jours plus tard, l'abbé, décidément en veine, gagnaitun procès en répétition de à millions contre l'Etat*. Mais ce triomphe aurait-il un lendemain ?
La liaison de d'Espagnac avec Dumouriez était si notoire qu'au lendemain de la trahison de celui-ci, le i" avril 1793, le comité de Salut public décida de le mettre en arrestation comme complice. Ceci devenait sérieux. D'Espagnac se tint caché, placarda sur les murs une Lettre ouverte qui contenait sa justification et s'efforça d'intéresser de nouveau à sa cause l'aimable rapporteur qui l'avait blanchi six semaines auparavant.