Arch. nal. WS/Ja. La lettre est inédite
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citoyenne d'Estat, chez laquelle je demeurais, rue Caumartin, avait fait brûler beaucoup de papiers pendant la nuit. On l'a svir le champ arrestée et, après un interrogatoire de cinq heures, où elle a déclaré que ce qu'elle avait brûlé était une lettre de Dumouriez qui était imprimée, on lui a rendu la liberté. Cet imprimé était vraisemblablement une des lettres que Dumouriez a écrites au sujet de ma compagnie, qui a servi à ma justification, et que j'avais livrée à l'impression parce qu'elle contenait les détails techniques de ce qu'il fallait de voitures pour chaque bataillon et que nous pouvions avoir souvent besoin de produire cette lettre.
Au reste, cela importe fort peu. Je saurai ce que c'est quand je serai libre, mais ce ne peut être que cela, si c'est de Dumouriez, ou quelque chose de très indifférent, si ce n'est pas de lui.
Mais ce qu'il importe beaucoup que vous sachiez, c'est que Marat était l'âme du Comité, quoiqu'il n'en soit pas ; que l'interrogatoire a manifesté un acharnement horrible contre moi et le désir extrême que l'on a de me confiner à l'abbaye ; c'est qu'un des membres, que la citoyenne d'Estat ne connaît pas, mais qui s'est intéressé à sa jolie figure, lui a dit en propres termes : Savez-vous que, dans ce moment, il est affreux d''aller à Vabbaye ?
J'étais sur le point de m'aller constituer moi-même prisonnier pour terminer plus promptement cette affaire, lorsque j'ai appris ce que je vous marque ici.
Vous concevez que je n'ai plus été aussi empressé de me découvrir. Il m'a paru évident que, reconnaissant mon innocence, on trouve plus simple de me faire massacrer.
Voilà donc le prix des sacrifices sans nombre que j'ai faits à la Révolution ! N'est-il pas étrange que je ne sache pas où '■eposer ma tête dans ma patrie, lorqu'il n'y a pas un coin de l'Europe où je puisse la porter en sûreté, à cause de mes opinions révolutionnaires P
Mais ce n'est pas le moment de vous fatiguer de mes dolentes réflexions.
Allons au fait.
J'ai fait placarder ma justification. Je vous y cite avec confiance sur un fait dont vous devésvous rappeller, c'est que, lorsque Dumouriez quitta ce pays, j'étais si éloigné de le croire tramant contre nous que j'étais persuadé que, s'il ne trouvait pas jour à tenter l'entreprise de Hollande, il enverrait sa démission.
Quoique mon innocence soit démontrée dans mon placard justificatif, j'ai écrit au Comité de salut public que je ne demandais pas mieux que d'être gardé à vue ; qu'ainsi l'on constitua (sic) près de moi des gardes qui fussent chargés de se transporter avec moi partout où j'aurais besoin de me transporter ; mais que je demandais en grâce de ne pas être confiné dans une prison où il me serait impossible de suivre mon immense entreprise ; ce qui ferait autant de tort à la république qu'à moi. Je n'ai pas encore reçu de réponse.
Est-il possible qu'on me refuse? Je ne puis le croire. Des mesures de salut public attentatoires à la liberté des citoyens ne sont tolérables qu'en tant qu'elles sont indispensables. Ce principe ne peut être contesté. Or, dès que la mesure que je propose équivaut à celle que l'on veut employer, celle qu'on veut employer n'est plus indispensable. La prison est un châtiment, et la prison où l'on médite de vous assassiner est sûrement quelque chose de pis. On aurait donc eu tout au plus le droit de me faire subir cette peine, avant que la levée des scellés eut fait connaître mon innocence.
En un mot, il est certain que je ne puis rester en prison que si je suis destiné à être livré à un tribunal ; mais, pour être livré à un tribunal, il faut qu'il y ait au moins prétexte à un décret d'accusation, qu'on le produise ce prétexte ! j'en défie, mais si j'ai tant de droits comme simple citoyen, j'en ai de particuliers comme
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fournisseur. Comment peut-on laisser à ma charge tous les événements d'une entreprise aussi considérable que la mienne, lorsque l'on m'aura rélégué dans une prison où je n'aurai de communication qu'avec les réflexions sinistres qu'elle m'inspirera !
Au reste, je ne sais pourquoi je fournis des motifs de me defTendre à un cœur et un esprit tel que le vôtre.
Je ne sais si je me suis trompé, mais je vous avoue que ma confiance en vous est sans bornes ; jamais homme ne m'a subjugué plus rapidement que vous et s'il est vrai qu'il ait jamais dû exister de ces attachemens simpathiques que le premier moment décide, assurément celui que nous avons conçu l'un pour l'autre est de ce genre. La franchise de vos procédés, la perspicacité de votre esprit et la chaleur de vos sentiments m'ont frappé, du premier jour que je vous ai connu, à un tel point que j'ai désiré, sur le champ, devenir votre ami, ce que vous avez fait depuis pour moy ' ne m'a plus permis de douter que je n'eusse pour vous autant d'attraits que vous en aviez pour movet que je vous avoue que je vous ai, dès ce moment, buriné dans mon cœur, comme l'homme sur lequel je devais le plus compter !
Oui, j'y compte, et c'est au point que si je vous savais arrivé ce soir, je me présenterais demain au Comité, et, quoique je naye pas encore été assez heureux pour être à même de vous obliger, comme beaucoup de lâches qui siègent près de vous et restent muets à mon égard, je suis convaincu que, sans avoir vu ma deffense, je suis déjà justifié à vos yeux, vous ne me croyez pas capable d'une trahison ; au reste, je ne vous demande qu'une grâce, c'est que, si j'ai le malheur d'être arretté avant que vous soyez de retour et que notre septembrisure soit ordonnée, vous vouliez bien accepter d'être l'exécuteur
I . Souligné sur l'original au crayon rouge, sans doute par Fouquier-Tinville, ainsi que les phrases suivantes en italique.
testamentaire de quelques dispositions que je vais faire et qui vous seront remises par quoiqu'un qui m'est très afTidc. Adieu, je fais copier cette lettre pour que le double vous soit envoyé à Orléans si vous v êtes encore. Justifiez ma mission et rappelez-vous quelquefois d'un homme dont l'âme était digne de la vôtre. Adieu.
Marc-René Sauuguet d'Espagnac.
Si vous ne pouvez pas revenir, envoyez-moi une lettre par quelqu'un de vos amis et adressez le tout sous le couvert de la citoyenne Bouilhet.
La confiance que d'Espagnac avait mise en son digne ami le Montagnard Julien de Toulouse ne fut pas trompée. Julien accourut d'Orléans'.
D'Espagnac, peu après la lettre qu'il avait écrite, put sortir de sa cachette sans être inquiété et vaquer de nouveau à ses affaires. Dès le mois de mai il avait reconquis la faveur du Comité de Salut public, à supposer qu'il l'eût jamais réellement perdue. Non seulement on ne parle plus de l'arrêter, mais on le protège ofïîciellement contre les dénonciations répétées dont il continue d'être l'objet.
Le citoyen Merian, colonel des hussards noirs du département du Nord, avait fait cesser le service des charrois de la Compagnie d'Espagnac. Le comité des marchés transmit la plainte de d'Espagnac au Comité du Salut public qui donna