I. Moniteur
3i2 ETUDES ROBESPIERRISTES
le chef reconnu du parti populaire. Un seul orateur patriote depuis la mort de Mirabeau pouvait lui être comparé, c'était BarnaA^e. Mais Barnave est impopulaire depuis qu'il s'est prononcé après Varennes pour le roi parjure. Barnave quitte les jacobins au lendemain du massacre du Champde-Mars. Robespierre reste au club, l'anime de son énergie et l'empêche de se dissoudre, lors de la scission des Feuillants. Sous la Législative, il fit des jacobins son quartier général. Il y jouit d'une influence croissante, prépondérante même, qu'il doit à sa clairvoyance et à sa sincérité autant qu'à son génie oratoire. 11 démasque courageusement les intrigues des Girondins prêts à sacrifier l'intérêt de la France à leurs combinaisons ministérielles. Plus courageusement encore il s'élève contre leur politique belliqueuse au bout de laquelle il aperçoit la dictature militaire. Il se mesure à diverses reprises avec Brissot, avec Guadet, avec les meilleurs orateurs de la Gironde et il a le dessus. Il fait craquer le mince vernis patriotique qui recouvrait les ambitions de ses adversaires. Les jacobins sont conquis. Ils répandent à des milliers d'exemplaires les discours de Robespierre contre la guerre. Les Annales patriotiques de Carra déclarent que ces discours « respirent la plus sublime éloquence ». U Orateur du peuple de Fréron ajoute que ce sont « des chefs-d'œuvre d'éloquence qui doivent rester dans toutes les familles pour apprendre à ceux qui
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naîtront que Robespierre a existé pour la félicité publique et le maintien de la liberté ». Camille Desmoulins écrivait à son père au lendemain de l'un de ces discours que Robespierre « avait fait fondre en larmes non seulement les tribunes des femmes mais la moitié de l'Assemblée ».
Dans ce printemps de l'année 1792, la popularité de Robespierre est telle qu'un jour, aux jacobins, son rival Guadet l'accusa d'être devenu, « soit ambition, soit malheur, V idole du peuple » et l'invita sérieusement à se condamner à l'ostracisme'. Robespierre répondit dédaigneusement et ironiquement que ce serait un excès de vanité à lui de s'imposer l'ostracisme, car l'ostracisme était la punition des grands hommes et il n'appartenait qu'à M. Brissot de les classer.
Ne pouvant contester les merveilleux succès oratoires de l'Incorruptible, on a dit qu'il n'était pas un orateur complet, comme Saint-Just ou Couthon qui, eux, savaient à la fois agir et parler. 11 y a dans ce jugement beaucoup d'exagération. Robespierre a été autant et plus que Danton l'homme du loaodt. C'est lui qui, dans la fameuse adresse du 25 juillet qu'il rédigea pour les fédérés, traça le programme de l'insurrection. C'est lui qui, au lendemain du 10 août, inspira la Commune de Paris et vint dicter en son nom les mesures que la Législative fut forcée d'adopter. Il