The Nineieenth Çentury ; june
elle ne voudra pas rester indéfiniment sous le coup de Wœrth et de Sedan, et, n'osant s'attaquer à ses voisins des Vosges, elle s'en prendra à ses voisins des Alpes. » — Ce qu'il y a de curieux, c'est que certains Français tiennent le même langage de l'Italie, lui prêtant des sentiments analogues. Écoutez-les : « L'indépendance italienne, disent-ils, s'est mal faite; le sentiment national en souffre. Elle a été le prix des victoires d'autrui, les Italiens n'y ont contribué que par leurs défaites; ils en gardent une blessure toujours saignante. La jeune armée royale brûle d'effacer Lissa et Custozza; il lui faut une guerre pour sacrer ses trois couleurs, et, comme vers l'Est le veto de Berlin lui barre le chemin, c'est à rOuest, sur le dos des Français, qu'elle compte faire ses preuves. »
Les deux raisonnements se valent ; mais, des deux, le plus faux n'est peut-être pas celui qui touche l'Italie. L'armée italienne a, elle aussi, ses velléités belliqueuses. Elle attend, avec impatience, le moment de signaler Yitalico valore. Elle aspire à se mesurer avec un adversaire digne d'elle. Cela est assez naturel, chez une armée. Les armées sont faites pour la guerre. Un pays qui laisserait la direction de sa politique à ses ofDciers ne demeurerait pas longtemps en paix. Entre l'Italie et la France, il y a toutefois cette différence que l'Italie, étant plus jeune et ayant, en quelque sorte, sa réputation à établir, est naturellement plus portée à souhaiter des luttes ou cueilUr des lauriers; ceux des
Scipion, des César, des Trajan ne lui semblent pas assez frais. La France, au contraire, est vieille; elle a, depuis trois ou quatre siècles, remporté bien des couronnes, elle sait ce que coûtent ces sanglants trophées; 1870 lui a appris que la guerre n'est plus une joute de tournois ou un assaut de salle d armes. Un blessé qui vient de subir une amputation ne va point, follement, provoquer des affaires gratuites. De toutes les imaginations qui puissent traverser les cervelles politiques, la plus bizarre peutêtre, c'est de se figurer la France moderne se lançant dans une guerre contre lltalie, comme un spadassin se jette sur un duel, par goût des émotions et par gloriole. Ce fantôme d'une invasion française, il y a des Italiens qui en ont été hantés. Et j'en sais qui, lors de l!occupation de Tunis, se sont persuadé que nous pénétrions dans la régence pour prendre la péninsule à revers. Ces mauvais desseins des Français, les plus ingénus y y ont cru. Les plus roués ont feint d'en avoir peur, pour monter l'opinion contre nous, et justifier leurs alliances et leurs armements.
Il faut le dire, à leur décharge, les Italiens ne sont pas seuls, en Europe, à se représenter la France comme un pays batailleur, toujours en quête d'aventures, à la façon des vieux Normands ou des vieux Gaulois. Les étrangers en sont demeurés, sur notre compte, à Louis XIV et à Napoléon, Quelle confusion des âges! Pauvre France, quel portrait, peu ressemblant, on s'en fait souvent au dehors 1 On se la figure toujours comme une
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amazone, brandissant la lance ou le javelot, une sorte de Clorinde ou de Bradamante, impatiente de repos. Autant vaudrait se peindre Tltalie contemporaine sous les traits d'une Armide langoureuse, tout entière à Tamouretàla volupté. Ultaliea singulièrement changé, la France aussi. On le sait pour le pays du Pastor fido : personne ne s'aviserait d'y chercher l'Italie de Goethe ou du président de Brosses. On lésait moins pour la France. Je me dis parfois que la France est, peut-être, aujour d'hui, le pays le moins connu de l'Europe, et cela, parce qu'étant le plus visité, il passe pour le mieux connu. Les étrangers s'assoient aux brasseries de nos boulevards, ils savent par cœur les refrains de nos cafésconcerts; mais cela, grâce à Dieu, n'est ni Paris ni la France. En réalité, dans notre Europe, devenue une forêt de baïonnettes, aucune nation n'est plus pacifique que la France. Elle n'a pas oublié l'Alsace-Lorraine : les vexations imposées par le conquérant au Reichsland et les canons de Metz braqués sur la route de Paris la forceraient à se souvenir. Elle n'a pas oublié le pays qui se souvient d'elle; mais en y songeant, elle se rappelle les maux de la guerre. Elle se plaît à compter sur les platoniques revanches delà Justice; elle cherche à se persuader que le règne de la Force ne sera pas éternel et salue, d'avance, l'avènement du Droit. Elle remet à l'avenir les revendications du passé, se disant que, après tout, les Allemands ont mis plus de deux siècles à lui reprendre l'Alsace, plus de trois siècles à lui arracher
Metz, et qu'il n'en faudra peut-être pas autant à la France pour rentrer dans ce qui fut son bien.
Interrogez le grossier successeur de Louis XIV et de Napoléon, le suffrage universel; hésitant et divisé sur presque tout le reste, il est unanime dans sa répulsion pour la guerre. C'est le moins belliqueux de tous les souverains. A côté de lui, Louis-PhiJippe était un coureur d'aventures. Il lui a fallu des années pour pardonner le Tonkin à Jules Ferry. Ses courtisans le savent, et tous, autour de lui, font assaut de sentiments pacifiques : gauche et droite renchérissent Tun sur Fautre, lui faisant mêmes promesses. De la Meuse à la Garonne, les programmes électoraux sont un hymne à la Paix. Il faut les souvenirs de l'invasion et les fanfares de Ja triple alliance pour décider le Français à supporter les charges militaires. S'il en veut à FAllemagne, c'est surtout de ce qu'en s'installant à Metz et à Strasbourg, l'Allemand Fa condamné à monter, éternellement, la garde sur les Vosges.
Et le général Boulanger, qu'en faites-vous? nous crient nos voisins. A Rome comme à Berlin, on était enclin à prendre les succès du général pour une manifestation belliqueuse. N'était-ce pas, semblait-il, l'explication la plus simple, peut-être même la plus honorable pour la France? Elle n'en est pas moins erronée. Il y a eu bien des ingrédients dans cette mixture hétéroclite qu'on appelle le boulangisme; il y avait de la fatigue, du dégoût, du mécontentement ; il y avait un
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désir d'autorité, avec la défiance des autorités traditionnelles ; il y avait le vieil instinct monarchique, mêlé à des préjugés antimonarchiques ; il y avait le goût des démocraties pour les personnalités bruyantes, le besoin des peuples de s'incarner dans un homme, le plaisir des foules à s'ériger des idoles qu'elles brisent ensuite, l'étemelle anthropolàtrie des masses qui, faute de dieux à adorer, s'en font à leur image; il y avait de tout dans ce mélange, mais s'il y entrait quelque grain de chauvinisme ou d'ardeur guerrière, c'était à dose infinitésimale. Les électeurs du général Boulanger étaient pour la paix. Son panache rassurait les bonnes gens; ils y voyaient volontiers le paratonnerre de la guerre. Les masses ont des naïvetés colossales. Pour nombre d'ouvriers ou de paysans, Boulanger imposait à Bismarck ; le général était le seul homme capable de tenir en respect le chancelier.
Qu'on prenne nos gouvernants, nos ministres et nos politiciens, libéraux, opportunistes, radicaux, socialistes même, ils sont tous pacifiques, par situation, autant que par goût et par conviction. Ce ne sont point des généraux avides de gloire à conquérir. Ils savent que pour d'autres fronts seraient les lauriers des batailles. Le seul homme qui eût osé jeter la France dans une guerre est enterré à Nice; c'était un ami de l'Italie, il s'appelait Gambetta. Ses successeurs ou ses rivaux à la tête des divers groupes parlementaires ne rêvent que de batailles à coups de votes, de guerres de partis, de cam-
pagnes électorales. Absorbés dans leurs luttes intestines, ils ne connaissent qu'une conquête, celle du pouvoir et des places. République, constitution, revision sont les étendards sous lesquels ils se rangent. Si leurs querelles n*ont pas encore détruit l'administration et Tarmée françaises, nous le devons, pour une bonne part, aux menaces du dehors. Les revues de Rome et de Berlin nous tiennent en haleine; les clairons de l'étranger rappellent au Palais-Bourbon qu'il y autre chose que des questions électorales: elles lui remettent en mémoire, avec les périls de la France, la solidarité nationale.
La France a donné au monde de magnifiques et coûteux gages de ses intentions pacifiques : ses Expositions universelles. A travers tous les incidents soulevés sur notre frontière, pendant que nos voisins ne cessaient de réclamer, de leurs Parlements, de nouveaux fonds pour armer contre nous, la République française construisait des galeries gigantesques pour loger les industries, les œuvres d'art, les machines, tout le matériel pacifique du travail contemporain. Je ne sache pas que jamais peuple ou gouvernement ait donné, à la paix, en face de tels périls, une telle marque de confiance. Quelques-uns uns prenaient ce sang-froid pour de la témérité ; plus d'un étranger annonçait que ce serait d'autres fêtes qui célébreraient le centenaire de 1789, et que, si les voisins de la France venaient la visiter, ce ne serait pas en curieux, pour contempler la tour de 300 mètres. Eh bienl en face de ce Champ de Mars,
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indéniable garant de nos sentiments pacifiques, on va répétant, à Rome comme à Berlin, que si la guerre n'a pas encore éclaté, TEurope le doit à la triple alliance. Sur l'un des arcs de triomphe élevés, pour l'empereur Guillaume, à Castellamare, on lisait, il y a quelques mois : Pace imposta, paix imposée. — ifenzogna! crient, à la face de l'Univers, la tour Eiffel et le palais des machines. Jamais plus menteuse légende ne s'est étalée sur les monuments de l'adulation officielle. On n'impose pas la paix aux pacifiques.
La triple alliance fait profession de garantir la paix ; On pourrait dire qu'elle la compromet. Nous ne voulons pas mettre en doute la sincérité des trois puissances; mais leurs démonstrations pacifiques ont une odeur de poudre. Le seul fait d'une alliance de trois États militaires a quelque chose d'inquiétant. Elle coupe l'Europe en deux; elle semble inviter à une contreligue. Elle oblige les puissances indépendantes à ranger, elles aussi, leurs bataillons en ligne. Et, de fait, jamais les craintes de guerre n'ont été plus fréquentes que depuis la conclusion de cette ligue de la paix. Chaque été, et au cœur même de l'hiver, on a vu les peuples et les gouvernements, réveillés par des alarmes soudaines, se demander si les armées n'allaient pas enfin s'entre-choquer. Au poids sans cesse croissant des charges militaires qui pèsent sur notre malheureuse Europe, la triple alliance a ajouté le fardeau des inquiétudes qui paralysent les affaires. Celte paix qu'elle se vante de
nous conserver, elle nous en a gâté les fruits ; elle nous rend malaisé d*en jouir, en nous la montrant plus précaire que jamais. « Profitez de la paix, semblet-elle nous dire, pendant qu'elle dure encore : pour la défendre, nous avons aligné des millions de soldats tout prêts à marcher; pour la rendre plus sûre, nous allons encore augmenter nos régiments et nos batteries. »
Les discours les plus pacifiques prononcés en brandissant Tépée et applaudis avec des hourras ont quelque chose de peu rassurant. C'est Tair qui fait la chanson, dit un de nos proverbes. Il est difficile de nier que le ton et les allures des souverains ou des ministres des États alliés aient quelque chose de provocant. C'est un défi qu'ils semblent parfois porter, à leurs voisins de l'Est ou de l'Ouest. En entendant leurs toasts ou en lisant leurs notes, on songe, involontairement, à ces forts de la halle qui vous montrent le poing, en disant: «Viens-y! »
Si, malgré les nuages amoncelés à l'Orient et à l'Occident, la guerre n'a pas encore éclaté sur l'Europe, à qui l'Europe le doit-elle? Aux deux puissances signalées comme les perturbatrices du continent : à la République française et au tsar russe.
Quel a été « l'ange de la paix » ? ainsi que s'exprimaient les mystiques, à la chute de Napoléon. Les Italiens nous accuseraient de railler si nous disions que c'est M. Crispi. L'ange de la paix, s'il en est un, au siècle du démon des armements, c'est l'empereur Alexandre III. Il a plus de droit à ce titre que son grand-oncle
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Alexandre I^, et il peut en tirer plus d'honneur. Pour le mériter, il lui a fallu dominer de naturels ressentiments, et, ce qui coûte le plus au maître incontesté de cent millions de sujets, il lui a fallu se résigner, à la face du monde, â d'apparentes défaites. Mieux que l'Auguste de Corneille, il peut dire qu'il est maître de lui, comme de son vaste empire. Les échecs de sa diplomatie en Bulgarie, l'orgueil impérial lui conseillait de les couvrir par un appel à la force. Alexandre Alexandrovitch a résisté aux excitations de son peuple. Il a fait la guerre et il en a rapporté l'horreur de la guerre. Comme le jeune Louis XIV, après la journée des Dunes, il a visité les champs de bataille, il en a contemplé le spectacle et senti l'odeur. Le souvenir des carnages de Bulgarie ne l'a point quitté. Heureux les peuples dont le souverain a la mémoire moins courte que le jeune Louis Xiy, et honneur à l'autocrate qui ose être un homme ; mais n'y a-t-il pas quelque chose de mélancolique à songer que, cent ans après 1789, l'Occident affaibli par ses divisions, ne doit la paix qu'aux instincts pacifiques d'un autocrate?
Les Italiens ont montré, jusqu'à ces dernières années, peu de sympathies pour la Russie. Ils sont trop voisins des Slaves pour ne pas se défier du grand empire slave. Comme puissance continentale, l'Italie confine aux Slaves de l'Autriche, sur les Alpes et sur l'Adriatique. A Goritz, à Trieste, en Istrie, en Dalmatie, les Italiens de l'empire austro- hongrois sont en lutte avec des
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Slaves ; on comprend que l'Italie soit en garde contre le spectre du panslavisme. Comme puissance méditerranéenne, elle se soucie peu de voir les Russes atteindre les bords de la Méditerranée. Elle trouve qu'il y a déjà assez de concurrents sur les deux bassins du grand lac. Elle se dit que, le jour où les Cosaques viendront à baigner leurs chevaux dans les flots de la mer Egée ou du golfe d'Alexandrette, le massif empire du Nord, pèsera, de ses cent vingt millions d'habitants, sur les rivages du Levant. Tout cela peut être vrai ; mais ethnographiques ou géographiques, les défiances que soulève, contre rimmense empire, son immensité même, il faut bien reconnaître que Fempereur Alexandre III n'a rien fait pour les exciter. Sa politique extérieure s'est distinguée, par sa modération et par sa correction. Si la diplomatie impériale a recouvré quelque ascendant sur plusieurs États d'Orient, c'est en les rassurant sur ses intentions. Les organes de la triple alliance n'admettent point volontiers que l'influence de l'Autriche à Belgrade, à Sofia ou à Bucarest, puisse diminuer, sans que les chances de la guerre en soient accrues. Les luttes d'influence sur le Balkan sont inévitables; la Russie a bien su se résigner à des mécomptes, pourquoi l'Autriche et l'Allemagne ne feraient-elles pas comme la Russie? Le meilleur moyen d'assurer la paix de l'Europe par la paix de l'Orient, c'est de respecter l'indépendance des États indigènes. Ds veulent être eux-mêmes ; l'Occident n'a qu'à les y encourager.
Si nous voulions juger les Italiens comme trop d'entre eux nous jugent, nous dirions que les sentiments pacifiques du roi Humbert et de ses ministres peuvent être moins forts que leurs difficultés intérieures. On suppose souvent, au delà des monts, que le gouvernement français se jettera dans une guerre pour échapper à ses ennemis du dedans. Mais si les gouvernements dans l'embarras né reculent point devant des diversions aussi criminelles, qui nous garantit que Tltalie ne recourra pas, elle-même, à ce périlleux remède, car la péninsule a, elle aussi, ses malaises, ses souffrances internes, d'autant plus graves qu'elles tiennent à ses conditions d'existence, à la rapidité de sa croissance, à sa complexion encore mal formée.
Nous aurions bien des choses, nous Français de la
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Iroisiùme république, à envier à l'Ilalie : ce n'est pas seulement son beau ciel, la variété et Tindividualité de ses vieilles cités ; ce sont des biens plus substantiels, que nous avions perdus, avant qu'elle les connût, et que nous ne retrouverons peut-être jamais. Elle possède, cette Italie, affranchie depuis un tiers de siècle, une monarchie libérale vraiment moderne, une dynastie nationale et populaire, aujourd'hui incontestée ; un roi qui a succédé à son père et qui en est le digne élève ; une reine, dont la beauté, la grâce, l'intelligence ont été une force pour le trône. Elle a, cette Ilalic, patrie du carbonarisme et de Mazzini, une constitution, un statut accepté de presque tous les Italiens ; on n'y entend réclamer ni revision ni constituante. Ses ministres ne sont peut-être point de plus grands hommes d'État que les nôtres, mais le pays a une meilleure assiette politique, ce qui vaut mieux que l'éloquence d'un Guizot ou d'un Gambetta.
Un Français est attristé en passant du Palais-Bourbon aux tribunes de Monte-Citorio. Des deux parlements, c'est le plus vieux qui semble le plus novice; c'est lui, à coup sûr, qui est le plus turbulent, le plus bruyant, le plus enfant, le plus gamin ; c'est à Rome qu'on trouve le plus de sérieux dans la discussion, le plus de compétence dans les affaires, le plus de dignité dans la tenue et dans les joutes oratoires. Ce n'est point que le parlementarisme italien n'ait, lui aussi, ses défauts et ses mécomptes. Le Sénat y a encore moins d'influence et d'autorité qu'en
France. A la Chambre, les bancs des députés sont d'ordinaire vides. En dehors des grands jours, les orateurs n'ont d'auditeurs que les huissiers et les sténographes. On a vu, au cours d'une discussion, demander la parole, par télégramme, de Naples ou de Florence. Chose plus grave, les partis sont en décomposition ; la gauche et la droite ont été mêlées et défaites par le transfontiisme de M. Depretis, repris, à son compte, par M. Crispi. Mais la reconstitution, le groupement rationnel des partis y serait peut-être plus facile qu'en France ; Des grandes puissances du continent, l'Italie est celle où la liberté politique est le mieux entrée dans les mœurs. C'est là, pour un État moderne, un primato qui vaut bien la gloire des armes. Cette supériorité, ritalie la doit moins au génie ou au patriotisme de ses hommes d'État, les Cavour, les Ricasoli, les Minghetti, qu'aux traditions de sa dynastie et au sens pratique de son peuple.
Voilà bien des avantages pour le jeune royaume. Malheureusement les nations ne vivent pas de politique ; les hommes d'État ont tort de l'oubher. La situation économique de la Péninsule est loin d'être aussi bonne que sa situation politique. C'est là le côté faible du pays ; il a grandi trop vite ; il en a gardé une sorte de maigreur, de gracilité de formes ; il n'a pas eu le temps de prendre du corps. La politique l'a çurmené, elle lui a demandé des efforts excessifs, sans tenir compte de ses forces.
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On pourrait dire de l'Italie qu'elle est la victime de la triple alliance; et comme son gouvernement y tient, comme il en a, plusieurs fois, déjà, resserré les nœuds, et qu'il lui serait, aujourd'hui, malaisé de s'en dégager, on peut craindre que, n'en pouvant supporter indéfiniment les charges, la jeune monarchie ne soit pressée d'en tirer parti et se trouve entraînée à un coup de tête. Elle s'est préparée, à grands frais, à une guerre que personne ne veut lui faire; la guerre ne venant pas, la grande guerre continentale du moins, que fera l'Itahe ? C'est une opinion assez répandue que les puissances de l'Europe ne peuvent toujours continuer à augmenter leurs armements ; que l'heure viendra où, n'ayant plus la force ou la patience de supporter la paix armée, elles préféreront les chances de la guerre. Je ne crois pas, quant à moi, que cette heure soit proche; n'importe, s'il est un pays qui plie tfous le faix, c'est l'Italie. La France, l'Allemagne, môme la Russie et l'Autriche- Hongrie peuvent, longtemps, supporter ce trop lourd fardeau ; elles en souffrent, elles en sentent la gêne dans tous leurs membres; elles ne sont pas obUgées de demander grâxîe. Des cinq puissances continentales, l'Italie semble celle qui pourra tenir, le moins longtemps, à ce jeu écrasant.
L'arbre se reconnaît à ses fruits, a dit l'Évangile. Les fruits de la poUtique italienne sont amers. Comparez l'Italie de la triple alUance, à l'Italie hbre de 1878: le rapprochement est instructif. Au début du règne du
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roi Humbert, la monarchie unitaire était, après vingt ans d'eflforts, parvenue enfin à l'équilibre du budget, à ce fameux .parreggio, qui était comme la terre promise, où les plus illustres de ses hommes d'État avaient eu tant de peine à la conduire. Depuis longtemps, son budget est, de nouveau, retombé en déficit; il ne se solde qu'avec des emprunts de plus en plus onéreux ; l'équilibre n'est plus, pour elle, qu'un paradis perdu dont le démon des armements lui défend la porte. Aux premières années du roi Humbert, l'Italie abolissait le cours forcé, elle supprimait les impôts les plus lourds ou les plus impopulaires, le droit sur la mouture, le madnato, prélevé sur la polenta du pauvre ; dix ans plus tard, M. Crispi était contraint de proposer de nouvelles taxes, dure nécessité pour un homme qui, pendant vingtcinq ans, n'a cessé de réclamer la réduction des impôts.
Naguère encore, alors que l'Italie était liée à la France par un traité de commerce, l'agriculture du royaume était prospère, les exportations toujours en croissance ; aujourd'hui le traité a été dénoncé, les plaintes sont générales, la misère s'étend, les paysans du Midi ont faim, les contadini de Lombardie s'agitent. Pour évaluer ce que la triple alliance coûte à l'Italie, il n'y a qu'à consulter les statistiques officielles. En aucun pays, ce service n'est conduit avec plus d'intelligence. Les étrangers curieux de mesurer de combien a reculé l'Italie n'ont qu'à compulser les documents italiens.
Il est intéressant de comparer l'Italie à elle*même ; il
ne Test pas moins de la comparer à autrui. Un fait frappe entre tous. Depuis une quinzaine d'années, il est peu d'États de TEurope, monarchies ou républiques, dont les fonds n'aient bénéficié d'une hausse considérable. Au milieu de la hausse générale des valeurs d'Etat, les rentes italiennes ont été presque seules à baisser ou à demeurer stationnaires, ce qui, devant la hausse universelle, revient au même. Tandis que le crédit de la France, de FAutriche-Hongrie, des pays Scandinaves, de la Russie, sans parler de l'Angleterre, de la Belgique, de la Hollande, de la Suisse, de l'Egypte, s'améliorait d'une manière continue; tandis que la plupart des États européens procédaient à de fructueuses conversions, les ConsoUdés italiens retombaient au-dessous du pair, qu'il promettaient de dépasser, il y a peu d'années encore. Le grand phénomène de la diminution du taux de l'intérêt, qui affecte tous les États civilisés et allège tous les budgets, semble ne pas avoir atteint l'Italie. Et cette remarque ne s'applique pas, uniquement, aux fonds de l'État italien, mais à la plupart des valeurs italiennes : chemins de fer, banques, sociétés financières, mobilières ou immobilières. Ce fait seul montre que les capitaux internationaux, français, anglais, hollandais, belges, allemands même, n'envisagent pas la triple alliance comme une garantie de sécurité et de prospérité pour l'Italie. Les capitaux ne font guère de politique, surtout de politique sentimentale ; ils ne connaissent guère les sympathies et les antipathies nationales ; ils
sont positifs, ils sont défiants; ils redoutent les risques. S'ils se sont éloignés de l'Italie, c'est que la politique italienne a excité leurs appréhensions.
Que représente, pour les capitaux, Tintimité de la maison de Savoie et des Hohenzollem? Elle représente deux choses : au dedans, des charges budgétaires ; au dehors, des chances de guerre. La politique d'union étroite avec Berlin a ainsi porté un double coup aux finances italiennes. Il semble qu'une alliance conclue en vue de la paix doive avoir pour effet de mettre un pays à l'abri des charges de la guerre en lui assurant, en cas de péril, le concours des États alliés. Or, en Italie, l'alliance allemande a produit des effets tout opposés. Au lieu de permettre aux Italiens de diminuer leurs dépenses militaires, elle les a contraint à les accroître sans cesse, pour se mettre au niveau des exigences de Berlin.
Il y a deux grands États en Europe dont, depuis une quinzaine d'années, la gestion financière a été singulièrement défectueuse ; l'un est l'Italie, l'autre est la France. Les deux nations sœurs se ressemblent, par plus d'un trait de famille ; toutes deux ont un train dépensier. Mais, entre elles, il y a une différence : la France a une richesse accumulée et une capacité d'épargne que ne possède pas sa voisine. La France est encore assez riche pour payer les fantaisies ou les folies de ses gouvernants. Si l'État français est prodigue, le peuple français est économe. Tandis que l'État s'endette et s'appauvrit,
les particuliers ont continué à s'enrichir et à épargner. La crise agricole et industrielle, le phylloxéra, la chute du Panama n*ont pas empêché la France d'accroître ses réserves. Le gouffre financier que son gouvernement s'est amusé à creuser sous ses pieds, la France a encore, malgré tout, de quoi le combler. Quelques années de bon gouvernement y suffiraient. Si la richesse est un des premiers éléments de la puissance des États, la France reste encore, — pour combien de temps, hélas? — une grande puissance.
L'Italie, aussi, veut être une grande puissance ; elle en a le droit, et eUe en a les éléments ; à une condition, c'est qu'elle ménage ses forces. Or, de l'avis de ses meilleurs amis, ce n'est point ce qu'elle a fait, depuis quelques années. Sous prétexte de se fortifier dans le présent, elle s'est aflfaibUe pour l'avenir. Où la conduira cette politique ? se demandait M. Gladstone ; à la puissance ou à l'impuissance? to power or to impotence^ L'Italie, ajoute le représentant du Midlothian, est encore an infant slate; chez cet État enfant, ce qui doit devenir des os n'est présentement que cartilage. Et, reprenant la môme pensée, sous différentes formes, M. Gladstone comparait l'Italie aux chevaux qu'on fait courir trop jeunes et qui sont contraints de renoncer au turf, après avoir perdu le prix. Ce. qui menace la péninsule, c'est le mal le plus grave qui puisse frapper la jeunesse, un arrêt de croissance. U y a quelques mois, à Rome, je contemplais, avec tristesse, sur l'emplacement des vertes
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murailles de cyprès et de lauriers des villas d'autrefois, de massives maisons à cinq ou six étages, aux murs de briques blanchis à la chaux. A ces espèces de casernes ouvrières, il ne manquait guère, pour être habitables, que des fenêtres et des toits. C'était tout un quartier dont la construction était suspendue, faute d'argent. Je me demandais, en cherchant, dans la boue des nouvelles rues, le tracé des ombreuses allées de quelque ancienne villa, si ces lourdes bâtisses inachevées, élevées par un syndicat en faillite, sur les jardins d*un prince romain, devaient être le symbole de Tltalie moderne.
Combien différente eût été la situation de Fllalie si, au lieu de s'enctialner à Berlin et à Vienne, elle eût gardé les mains libres! Elle n'accablerait pas ses paysans d*impôts pour affermir le joug de l'Allemagne sur r Alsace-Lorraine et assurer à l'Autriche l'annexion de la Bosnie-Herzégovine. N'ayant pas déclaré son choix, elle se verrait recherchée et courtisée de tous. Une guerre surviendrait, qu'elle pourrait faire ses conditions et réaliser, à bon prix, son alliance ou sa neutralité. Les bénéfices de la guerre sont aléatoires, ceux de la paix, certains.
Une Italie libre eût mis largement à profit la paix précaire des dernières années. Elle en eût profité pour augmenter ses ressources en diminuant ses charges, pour donner à ses finances, tendues à l'excès, l'élasticité
LA FRANCE, l'iTALÏE ET LA TRIPLE ALLIANCE. 173
qui leur manque, en un mot, pour élargir et fortifier les bases de sa puissance.
Que les Italiens nous permettent un rapprochement qui n'a rien d'injurieux pour leurs compatriotes. Comparez l'Italie à la Russie, dont elle a pris la place dans la triple alliance. Entre les finances des deux États, il y a plus d'un trait de ressemblance. Toutes deux, la massive Russie et la svelte Italie, sont retardées dans leur développement par le poids des impôts et la lourdeur de la dette qu'elles traînent après elles ; toutes deux ne peuvent guère emprunter qu'en recourant à l'étranger. Il y a peu d'années, les fonds italiens étaient cotés au-dessus des fonds russes ; et c'était justice, car, par tous les éléments de la civilisation, le jeune royaume était en avance sur le colosse slave, et, par sa situation géographique, il semblait moins exposé à la guerre. Aujourd'hui, les fonds russes ont dépassé largement les fonds italiens. Qui a renversé la balance? La triple alliance, encore plus que les aventures africaines. Pendant que l'Italie armait, avec ostentation, pour le compte de Berlin et de Vienne, le tsar, tout en maintenant ses armées sur un pied formidable, savait inspirer confiance dans ses intentions pacifiques. Avec l'aide des capitaux français, il procédait, en dépit des attaques de Berlin, à de vastes conversions, allégeant d'autant ses finances. Ce qu'ils ont fait pour l'empire autocratique, les capitaux français étaient tout prêts à le faire pour l'Italie libérale. Que leur eût-il fallu pour cela?
La foi dans les déclarations pacifiques de la Consulta. Un pays qui voit son voisin armer, contre lui, regarde naturellement à lui confier ses économies.
Lltalie a été durement atteinte par la dénonciation du traité de commerce avec la France. Tout a été dit, des deux côtés, sur cette rupture, inégalement préjudiciable aux deux pays. Celui qui devait y perdre le plus est celui qui en a pris Tinitiative. Avec le courant protectionniste qui envahit l'Europe ; avec la répugnance contre les conventions conmierciales soulevées, chez nous, par le traité de Francfort; en face des souflrances de Tagriculture et de la viticulture françaises; devant les défiances suscitées, de ce côté des Alpes, par les alliances de l'Italie, le traité de commerce ne pouvait être renouvelé qu'à force de prudence et de patience. Le tort du gouvernement italien a été de ne pas le comprendre. Pourquoi l'Italie a-t-elle dénoncé un traité dont le renouvellement lui importait dix fois plus qu'à la France? Par amour-propre, pour ne pas s'exposer à être prévenue par la France, comme si les vignerons de la Pouille et de la Sicile ne valaient pas une satisfaction de vanité. De même, dans les négociations pour un nouveau traité. Le gouvernement italien a voulu l'emporter de haute lutte; il a prétendu imposer sa méthode, faire accepter comme base de négociations le tarif général de M. EUena, tarif de guerre, dressé ad hoc, spécialement contre nous. Le procédé eût-il été légitime, c'était à l'État le plus intéressé au traité à se montrer le
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plus coulant. Le ministère italien a bien voulu, après coup, se départir de ses premières exigences, mais il était trop tard. Ses procédés avaient indisposé l'opinion française. En d'autres circonstances, l'intérêt politique, le désir de nous concilier Famitié de nos voisins eût pu faciliter la conclusion d'un traité. Il en avait été ainsi, en 1881 ; mais comment, en 1888, la politique y eût-elle aidé ? Pendant qu'elle était en négociations commerciales avec la France, l'Italie resserrait, avec ostentation, les nœuds de l'alliance allemande.
Or, il est difficile d'entrer avec fracas dans une ligue, contre un pays, et, en même temps, de conclure, avec ce pays, une alliance commerciale. Un traité de commerce avec les amis de l'Allemagne semble à beaucoup de Français un jeu de dupe. Ils se représentaient mal les Italiens réclamant, dans une dépêche, l'accès de notre marché, et dans une autre, assurant à nos adversaires le concours de leurs armées. Pour le grossier bon sens de nos bourgeois, ce sont là combinaisons bien subtiles. Si les Italiens ont besoin de débouchés, disent nos Lorrains et nos Bourguignons, qu'ils en cherchent auprès de leurs alliés, les Allemands. — L'Allemagne, par malheur, est peu disposée à sacrifier ses intérêts ou ses préjugés économiques à l'amitié de ses partners d'outre-mont. L'alliance italo-prussienne n'a pas valu à la péninsule de larges concessions commerciales. L'Allemagne est réputée l'alliée de l'Italie, et ne fait rien pour alléger les soufifrances de l'agricul-
ture italienne ; elle se contente d'occuper, sur les marchés de la péninsule, la place enlevée à l'industrie française. L'Allemagne, dans ce litige commercial, est' \e ter tins gaudens; c'est tout profit pour son industrie, aussi bien que pour sa politique.
Il serait déraisonnable, à l'alliée delà Prusse, de nous demander plus de souci de son bien-être que ne lui €n témoignent les Allemands. Si elle souffre, la faute n'en est pas à nous, mais bien plutôt à son hostilité contre nous ; elle est à ce qu'un Italien, M. Jacini, nommait la megalomania, à cette manie des grandeurs, non moins funeste aux nations qu aux individus. Que le peuple italien en souffre, nous n'avons même plus le droit de le plaindre, nous qu'on lui désigne comme ses ennemis. Que l'Italie s'affaibUsse, qu'elle s'appauvrisse, le patriotisme nous commande de nous en consoler, puisque, ce qu'elle a de forces et de richesses, elle Ta engagé à nos ennemis !
Hélas I il a bien fallu nous faire à l'idée que nous pourrions être contraints, un jour, malgré nous, à une lutte fratricide, avec cette Italie affranchie par nos armes. Il est dur, pour un pays placé en face d'un adversaire implacable, de penser que, au moment de croiser les épées, il risque d'être attaqué dans les jambes, par un voisin qu'il s'était habitué à regarder comme un ami. Pour sérieuse que fût pareille éventualité, la France n'a pas perdu courage. Elle a envisagé, virilement, la possibilité d'un double assaut, et elle s'est
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tenue prête à le repousser, sans forfanterie, comme sans couardise. Après tout, ce ne serait pas la première fois que la France ferait front à Tennemi, sur les Vosges et sur les Alpes à la fois. Ce qu'elle a fait, en d'autres temps, elle peut le recommencer. Elle possède, en hommes et en matériel, des ressources infiniment supérieures à celles de Louis XIV et de Napoléon. Si l'ennemi est plus redoutable, une diversion de l'Italie, sur notre flanc droit, n'aurait pas, pour nous, toute la gravité qu'imaginent nos adversaires. Ce n'est pas que nous fassions fi des Italiens ; ce serait une sottise et une injustice. Ils ont une armée et une flotte ; leurs officiers ont un vif sentiment de l'honneur militaire; leurs soldats sont disciplinés, sobres, patients, agiles, plus résistants à la fatigue et aux privations que ne le suppose l'étranger. J'inclinerais à croire que le grand état-major allemand ne fait pas de l'armée alliée tout le cas qu'elle mérite. Il la juge trop avec le pédantisme tudesque.
Quant à nous, que nos voisins nous pardonnent si nous les estimons assez pour prendre contre eux quelques précautions, sur les cols des Alpes ou dans les gorges du Dauphiné.
Quelle que soit la valeur de ses soldats, nous aurions, dans une guerre contre l'Italie, un allié qui ne manquerait pas à l'appel ; la nature. Il y a encore des Alpes, et si les Alpes sont un rempart, c'est surtout de notre côté. Jamais, depuis qu'il y a une France, invasion
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par la Provence ou par le Dauphiné n'a réussi. Un écrivain militaire allemand calculait, que, en cas de guerre, les Italiens immobiliseraient un tiers des forces de la France *. Je n'engagerais pas Fétat-major de Berlin à s'y fier. Deux corps d'armée suflBraient à arrêter les Italiens, au moins pendant les premières semaines. Nos voisins auraient à compter avec les difficultés géographiques d'une mobilisation péninsulaire, avec l'insuffisance du matériel des chemins de fer, avec l'encombrement de lignes dont la plupart n'ont qu'une seule voie, sans parler du danger de voir couper les ferrovie du littoral. Les Italiens seraient encore au pied des Alpes que le sort de la guerre pourrait être décidé, dans les plaines de l'Est. Ce qui courrait le plus de risques, ce serait l'Afrique française ; mais encore, le débarquement d'une armée sur la côte berbère est-il une opération plus compliquée qu'au temps des Scipions ; et les destinées de l'Afrique se décideraient, en Europe, entre Français et Allemands. Les grandes batailles auraient chance d'être livrées sans les Italiens. Pour donner la main aux Allemands, par-dessus les Alpes, ils ont, il est vrai, un chemin, la Suisse ; mais la route est barrée par les traités ; et si pareille barrière n'arrêtait pas les Italiens, ils trouveraient, au haut du Gothard, du Simplon, du Saint-Bernard, un vaillant petit peuple qui leur ferait faire halte.