‹ Études scientifiques [microforme]Chapitre 34 sur 40 · FETE · texte numérisé non relu

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la compare à celle qu'on put atteindre dans l'océan Atlantique, que personne ne voudrait songer à comparer les difficultés des deux opérations.

Une nouvelle tentative eut lieu, dès l’année suivante. La machine destinée à dérouler le câble reçut de nouveaux perfectionnements, et des expériences nombreuses furent faites pour en éprouver le mécanisme. Nous emprunterons au journal le Times l'intéressant récit fait par un de ses correspondants, qui accompagna l’escadre anglaise dans cette expédition : le câble cette fois fut soudé au milieu de l'Océan.

« Nous sommes arrivés au rendez-vous le mercredi 28 juillet, exactement onze jours après notre départ de Queenstown. Les autres bâtiments de l’escadre furent aperçus vers le soir, mais à une telle distance, que l’Agamemnon ne put les atteindre que le lendeinain matin à dix heures. Nous fümes accablés de questions sur la cause de notre retard. Tout le monde croyait que nous avions échoué en sortant de Queenstown, Le Niagara était arrivé au rendez-vous le vendredi 23, le Valorous le dimanche 25, le Gorgon le mardi 27. Le temps était beau et d’un calme parfait;

on se mit donc à attacher ensemble les deux bouts :

du câble sans perdre de temps. On fit passer l'extrémité du câble du Niagara sur l’Agamemnon.

Vers midi la soudure était faite ; elle portait une masse de plomb destinée à servir de poids. Le plomb se détacha ei tomba à l’eau au moment où on allait jeter le câole à la mer. On ne trouva sous la main qu’un boulet de 32 qu’on fixa au point de jonction

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des deux bouts du câble, et tout l'appareil fut lancé à la mer, sans autre formalité et même sans attirer l'attention, car ceux qui étaient à bord avaient trop souvent assisté à celte opération pour avoir grande

À confiance dans son succès final. On laissa couler 210

brasses de câble, afin que la soudure se trouvât suf-

| fisamment au-dessous du niveau de l’eau; puis on | donna le signal du départ, et le Niagara ct l’Aga- | memnon partirent en sens inverse. Pendant les trois Pi premières heures, les bâtiments marchèrent très- À lentement et déroulèrent une grande longueur de À câble ; ensuite la marche de l’Agamemnon alla en aug

mentant de vitesse jusqu'à ce qu’elle eût atteint 5 nœuds à l'heure. Le câble se dévidait à raison de

à six nœuds à l’heure; il ne marquait sur le dyna-

momètre qu’une tension de quelques centaines de

à livres.

« Un peu après six heures, on vit une très-grande baleine s'approcher rpidement du navire; elle battait la mer et faisait voler l'écume autour d’elle. Pour la première fois, il nous vint à l’idée que la rupture du câble, lors de la dernière tentative, pouvait bien être le fait de l’un de ces animaux. La baleine se dirigea pendant quelque temps droit sur le câble, et nous ne fûmes franquillisés qu’en voyant le monstre marin passer lentement à l'arrière ; il rasa le câble à l'endroit où il plongeait dans l’eau, mais sans lui causer aucun dommage.

« Tout alla bien jusqu’à huit heures; le câble se déroulait avec une régularité parfaite, et, pour préve-

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nir tout accident, on veillait avec soin à ce que le dynamomètre ne marquât pas une pression de plus de 1 700 livres, ce qui n’était pas le quart du poids que pouvait porter le câble. Un peu après huit heures, on découvrit une avarie dans le câble enroulé sur le pont. M. Canning, l'ingénieur en service, n'avait pas à perdre un instant, car le câble se déroulait si rapidement que la portion endommagée devait sortir du vaisseau dans l’espace d'environ vingt minutes, et l’expérience avait montré qu’il était impossible d’arrèter le câble ou même le navire sans courir le risque de voir tout l'appareil se briser. Juste au moment où les réparations allaient être terminées, le professeur Thomson annonça que le courant électrique avait cessé, mais que l’isolement était encore complet. On supposa naturellement que c'était le morceau de câble détérioré qui interrompait le courant, et onle coupa aussitôt pour le remplacer par une soudure.

« À la consternation générale, l’électromètre prouva que l'interruption se manifestait sur un point du câble qui était déjà dans l’eau à environ 50 milles du bâtiment. Il n’y avait pas une seconde à perdre ,car il était évident que la portion du câble qu’on avait coupée allait dans quelques instants se trouver déroulée et jetée à la mer, et dans ces quelques instants il fallait faire une soudure, opération longue et difiicile. On arrèta le navire sur-le-champ, et on ralentit la marche du câble autant que cela se pouvait faire sans danger. À ce moment, l’aspect que présentait le bâtiment était très-extraordinaire. Il paraissait im-

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« Tout le monde à bord était rassemblé dans l’entrepont autour du câble enroulé et le surveiliait avec la plus grande anxiété, à mesure qu'une toise après l'autre descendait à la mer et rapprochait de plus en plus le moment où les ouvriers verraient le morceau sur lequel ils travaillaient leur échapper des mains.

: Dirigés par M. Canning, ils se dépêchaient comme

M des hommes qui comprenaient que la vie ou la mort

à de l’entreprise dépendait d'eux. Néanmoins, tous leurs à efforts furent inutiles, et on dut avoir recours à la | dernière ressource, celle d'arrêter le câble, auquel le » vaisseau resta pendant quelques minutes comme sus-

. pendu. Heureusemc t ce ne fut que l'affaire d’un insant, car la tension augmentait continuellement et

M ne pouvait tarder à produire une rupture.

« Lorsque la soudure fut terminée et que l’on putrecommencer à laisser le câble se dérouler, l'émotion

h produite par le danger que l'on avait couru s’apaisa | peu à peu. Mais le courant électrique n’était pas en- | core rétabli. On résolut donc de dérouler le câble À aussi lentement que possible et d'attendre six heures avant de considérer l'opération comme tout à fait À manquée, afin de voir si l'interruption du courantne

cesserait pas d'elle-même. On regardait les aiguilles

1 avec la plus grande anxiété, et lorsqu'on les vit tout

à coup ne plus indiquer le moindre courant, on crut que le câble était rompu ou que l'isolement était détruit.

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