‹ Études scientifiques [microforme]Chapitre 35 sur 40 · HR 2S-. S · texte numérisé non relu

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« Vendredi 30 tout alla bien. Le bâtiment filait 5 nœuds et le câble 6. L'ungle qu'il faisait avec l’horizon en sortant du vaisseau était de 24 degrés et le dynamon ètre marquait une tension de 1600 à 1700 livres.

« À midi nous étions à 90 milles du point de départ et nous avions déroulé 135 milles de câble. Vers le soir, le vent souffla avec assez de violence, et on descendit sur le pont les vergues, les voiles, enfin tout ce qui pouvait offrir quelque prise au vent. Le bàtiment toutefois ne pouvait avancer que très-difficilement, à cause des vagues et du vent qui lui était contraire ; en mêmetemps l'énorme quantité de charbon que l’on consommait semblait indiquer que l’on serait obligé de brûler les mâts pour arriver jusqu'à Valentia. Le lendemain le vent était plus favorable et À on put épargner un peu de combustible. Samedi, dans l'après-midi, la brise fraîchit encore, et vers la nuit la mer était devenue tellement grosse, qu’il semblait que le câble ne pourrait tenir.

« On fut obligé de surveilleravec la plus grande attention la machine servant à le dérouler; car un seul

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par les vagues pour retomber ensuite, aurait suffi pour causer un accident. M. Hoar et M. Moore, les deux ingénieurs chargés du dynamomètre, veillaient alternativement pendant quatre heures. Néanmoins

ile câble, qui n’était qu'un simple fil à côté des vagues énormes dans lesquelles il plongeait, continuait

à tenir bon et s’enfonçait dans la mer en ne laissant derrière lui qu'une ligne phosphorescente.

« Dimanche le temps était toujours aussi mauvais,

de gros nuages couvraient le ciel, et le vent continuait à balayer la mer. A midi nous étions à 52 degrés de longitude ouest, ayant fait 220 milles depuis la reille, et 350 milles depuis notre point de départ. Nous avions passé le point où la profondeur est la Aplus grande ; elle est en cet endroit de 240 brasses.

« Lundi, la mer n’était pas meilleure, et ce n’est que grâce aux efforts infatigables de l'ingénieur, qu’on

{empêcha la machine de s'arrêter à mesure que le bâ- Miiment était soulevé par les vagues. Une ou deux fois

elle s'arrêta réellement, mais heureusement elle reprit son mouvement à temps.

«Il était naturellementimpossible d'arrêter le câble,

Act, bien que le dynamomètre marquât de temps en

temps 1700 livres, il était le plus souvent au-dessous de 1000, et quelquefois il marquait zéro, et le câble coulait alors avec toute la vitesse que lui imprimait son propre poids et la marche du navire. Cette vilesse n’a jamais dépassé 8 nœuds à l'heure, le vaisseau filant 6 nœuds et demi. En moyenne la vitesse

du bâtiment était de 5 nœuds et demi, et celle du

câble en général de 30 pour 100 plus grande. Lundi, e

2 août, à midi, nous étions à 52 degrés de latitude nord et à 19 degrés 18 minutes de longitude ouest, ayant parcouru 127 milles depuis la veille et ayant accompli plus de la moitié de notre voyage.

« Dans l'après-midi, nous vimes à l’est un trois-mâts américain, Chieftain. D'abord on ne fit pas attention à lui, mais tout à coup il changea de direction et vint droit sur nous. Une collision devenait imminente et aurait été fatale au câble; il était également dangrreux de changer la course de l’Agamemnon. Le Valorous alla en avant et tira un coup de canon; l’Agamemnon en tira un second et le Valorous deux autres, sans pouvoir faire changer de direction le trois-mâts. L’Agamemnon n'eut que le temps de changer la sienne pour éviter le bâtiment, qui passa à quelques yards

de nous. Son équipage et ceux qui étaient à bord ne |

comprenaient évidemment rien à notre manière d’agir, car ils accoururent sur le pont pour nous voir passer. A la fin ils découvrirent qui nous étions; ils montèrent sur les vergues, et, agitant plusieurs fois leur drapeau, ils poussèrent trois hourras en notre honneur.

« L'Agamemnon fut obligé de reconnaître ces compli- |

ments en bonne forme, quoique nous fussions de fort mauvaise humeur, en songeant que l'ignorance ou la négligence de ceux qui dirigeaient ce bâtiment aurait pu occasionner un accident fatal.

« Mardi matin, vers trois heures, tout le monde à

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D bord fut réveillé par le bruit du canon. On crut que | c'était le signal de la rupture du cäble. Mais en mon- À tant sur le pont on aperçut le Valorous déchargeant | rapidement son artillerie sur une barque américaine qui était juste au beau milieu de notre chemin. Des

, remontrances aussi sérieuses de la part d’une grande | frégate ne pouvaient être méprisées ; aussi la barque

2 s'arrôta-t-elle tout court, mais évidemment sans y ‘ rien comprendre. Son équipage nous prit peut-être

D pour des flibustiers, ou bien il crut être la victime . d’un nouvel outrage britannique contre le drapeau | américain. Ce qui est certain, c’est que la barque | resta immobile jusqu’à ce que nous la perdimes de

Di vuc à l'horizon.

« Mardi il fit plus beau que les jours précédents. La mer toutefois était encore assez forte. Mais déjà on pouvait prévoir le succès définitif de l'expédition.

b1 Nous étions à 16 degrés de longitude ouest, ayant

fait 134 milles depuis la veille. Vers cinq heures du soir, nous étions arrivés à la montagne sous-marine qui sépare le plateau télégraphique de la côte d'Irlande, et l’eau devenant toujours plus basse, la tension du câble diminuait aussi constamment. On en déroula une grande longueur pour le cas où il se trouverait dans le fond des inégalités que l’on n’aurait pas découvertes avec la sonde.

« Mercredi le temps était magnifique. À midi nous étions à 89 milles de la sation télégraphique de Valentia. Vers minuit, on aperçut les lumières de la côte, et jeudi matin les rochers élevés qui donnent

un aspect aussi sauvage que pittoresque aux environs de Valentia se présentèrent à nos yeux, à quelques | milles de distance. Jamais peut-être navigateurs n’ont accueilli la vue de la terre avec autant de joie, puisqu'elle constatait la réussite d’un des projets les plus grands, mais en même temps les plus difficiles qui aient jamais été conçus. Comme on ne paraissait pas se douter de notre arrivée, le Valorous alla en avant et tira un coup de canon. Aussitôt les habitants se portèrent sur une foule d’embarcations à notre rencontre. Bientôt après on reçut un signal du Niagara indiquant que lui aussi était arrivé à la terre. Il avait coulé 1030 milles de câble,et l’Agamemnon 1020 milles ce qui donne pour toute la longueur du câble submergé 2050 milles géographiques. Le bout du cäble fut amené à terre par MM. Bright et Canning, aux- À quels on est redevable du succès de l’entreprise ; il B fut placé dans une tranchée creusée pour le recevoir, | et les salves de l'artillerie annoncèrent que la communication entre l’ancien et le nouveau monde était

complète. »

Pendant ce temps, l’escadre américaine abordait sans encombre la station télégraphique de Terre- À Neuve ; le câble posé, le président Buchanan et la reine Victoria échangèrent de courtoises dépêches : mais la ligne ne put jamais être livrée à la télégraphie privée; au bout de très-peu de temps, les signaux ne se transmirent plus qu'avec une extrême difficulté. C'est en vain qu’on employa les courants les plus énergiques : la sensibilité du câble s’atténua de plus

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en plus, et aujourd’hui il gît au fond de l'Océan sans | rendre de services. Aux espérances qu'avait suscitées

le succès de l'expédition anglo-américaine, a succédé

: le découragement le plus complet.

Nous ne pouvons néanmoins renoncer à l'espoir

| de voir un jour rétablie d’une manière permanente Lavec un câble nouveau, cette communication qui | pendant quelques jours seulement avait joint les deux À continents. Il est aujourd’hui démontré que cette es- D pérance n'a rien de chimérique, et le progrès des ! sciences nous révélera bientôt toutes les précautions D qui peuvent sauvegarder la continuité des commu- ] nications dans les câbles sous-merins.

Faisons connaître rapidement, avant de terminer,

| quelles sont, après la ligne de l'Irlande à Terre- D) Neuve, les plus importantes qu'il est question d’éta- Ablir.

Une compagnie s’est formée en vue de joindre l’An-

1 gleterre et l'Inde, avec le concours de la compagnie Ades Indes. On pourrait jeter un càble sous-marin

dans la mer Rouge, entre Suez et Aden. De cette ville en partirait un autre qui irait aboutir à Kurachee,

à principal port de Scinde, situé près de l'embouchure

de l’Indus, à 120 kilomètres seulement d'Hyderabad. La distance entre ‘Aden et Kurachee est de 2500 kilomètres. Dans la Méditerranée, Malte et Ja Sicile sont au moment d'être réunies. Si l’on posait ensuite, comme il en est question, un câble, entre Malte et Alexandrie, une ligne télégraphique continue unirait l'Angleterre à l’Inde, en traversant presque les trois

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