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L'état social d’un peuple se révèle avec bien plus
A de netteté dans la littérature et les arts que dans le } mouvement des études scientifiques. Rien ne trahit Mile caractère, les préférences, le caprice individuels Bi dans ces sévères travaux, auxquels des méthodes inflexibles servent de guide et qui ont pour but la découverte de lois générales et absolues. Mais bien que ces recherches soient assujetties à des règles propres Maui sont partout les mêmes, elles obéissent pourtant a dans une certaine mesure à une impulsion pour ainsi dire extérieure, dont la tendance est déterminée par les besoins et le génie particulier des nations chez lesquelles les sciences sont en honneur. Suivant les circonstances où elles sont placées, on voit les efforts de l'esprit humain se diriger vers l'invention ou l’éru- Aiition, les applications pratiques ou les spéculations abstraites. Après avoir visité les usines et les ateliers de la Grande-Bretagne , il faut encore parcourir les paisibles cités d'Oxford et de Cambridge, pour com-
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prendre l’histoire scientifique de l'Angleterre, où, à côté des noms de Bacon, de Newton et de Herschell, on trouve ceux de Watt, d’Arkwright et de Ste henson. Dans les universités allemandes, foyers inte.lectuels toujours actifs, où s’élaborent tant d'idées et de systèmes, une jeunesse nombreuse s'initie aux sciences les plus élevées, tout en poursuivant ces études professionnelles que dans son langage énergique elle nomme brod studien, parce qu'elles doivent lui servir de gagne pain. Le mouvement scientifique qui, en Allemagne, n’est soumis
à aucune règle, à cause de l'indépendance des di- |
vers centres intellectuels, obéit en France à une tradition sûre et constante, grâce à l’unité de l’en-
seignement, et à la forte organisation des écoles & savantes, et l’on peut tracer une sorte de filiation na- |
turelle entre les grands noms scientifiques qui, depuis soixante ans, ont jeté tant d'éclat sur notre pays. Si nous tournons nos yeux vers les États-Unis, nous y verrons aussi comment la condition d’un peuple influe sur la nature et le développement des études. Il n'existe point de pays où la nécessité et les bienfaits de l’éducation élémentaire soient sentis aussi vivement que dans cette grande république, où chacun est appelé à la vie politique et où l’on ne trouve pas de classes liées par les lois, la routine ou la misère à des occupations traditionnelles. L’instruction considérée avec raison comme la gerantie la plus sûre
contre les excès de la démocratie, y est distribuée |
avec plus de libéralité que chez les nations européen-
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P, Où, nes les plus fières de leur culture intellectuelle, En Hers- revanche, il faut avouer que les hautes études y sont et de encore négligées : cette infériorité fait comprendre foyers pourquoi les erreurs les plus grossières y trouvent si nt d'i- facilement créance et engendrent de véritables épise s’i- MN démies morales plus durables que partout ailleurs. pour. Mi Ce n’est pas l'aptitude scientique qui manque à la s son MN nation américaine, mais la discipline et les loisirs de , par- M l'esprit. Encore occupée à étendre son vaste empire > mou- M ct à prendre possession d’un continent entier, l’actiout is vité est son premier besoin et son premier devoir. des di- M Contrainte d'appliquer aux choses de l'esprit ses haà une bitudes commerciales, elle refuse son attention à tout e l’en- M ce qui ne peut servir à réaliser un profit immédiat. écoles M S'agit-il de perfectionner des machines pour éconoon na- M miser la main-d'œuvre, de donner aux navires plus de force ou de légèreté, de simplifier l’art de la télégraphie électrique, la construction des ponts et des chemins de fer? Les Américains ne le céderont à personne. Maîtres de côtes immenses, baignées par les deux océans, ils ont besoin d’en connaître toutes les ressources , les écueils, les dangers : leurs cartes hydrographiques, dont le nombre s'accroît chaque année avec une surprenante rapidité, n’ont rien à envier aux plus magnifiques travaux de ce genre. Que veulent avant tout ces princes marchands, comme ils s'appellent eux-mèmes, qui font flotter sur toutes les mers le pavillon étoilé de l’Union ? faire les voyages les plus rapides et devancer leurs rivaux sur les marchés du monde entier. Pour cela, il était néces-
saire d'étudier avec plus de soin qu’on ne l'avait fait auparavant la force et la direction des courants marins et des vents qui règnent pendant les différentes saisons. M. Maury, lieutenant de la marine américaine et directeur de l'observatoire de Washington, s’est voué à cette tâche et a fail faire de grands progrès à cette branche importante de la météorologie. Il vient de résumer ses longs et patients travaux dans un ouvrage d’une lecture facile et agréable, assez clair pour être compris des plus ignorants, assez riche d'observations et d'idées nouvelles pour être apprécié par les plus exigeants. Ce livre qui a conquis une rapide et brillante popularité, a pour titre la Géogruphie de la mer. L'Océan n'éveille dans notre esprit, au premier abord, que le souvenir d’une monotone étendue , que rien ne varie, dont rien n'altère l’in-
flexible niveau; mais si l’on pénètre par la pensée |
dans ces profonds abimes, on y trouvera, comme sur nos continents , des vallées , des plaines, des montagnes : les courants y suivent des routes invariables, comme les fleuves qui sillonnent nos terres; enfin la surface horizontale des mers est, suivant les latitudes, calme, parcourue par des vents constants ou périodiques , ou agitée par des vents irréguliers qui semblent se livrer une lutte éternelle. Toutes ces circonstances prêtent aux diverses parties de la mer des caractères bien différents; et M. Maury.en a heureusement réuni l'ensemble sous le nom concis de « Géographie de la mer. » Si l’on considère que l'Océan recouvre plus des deux tiers du globe, on se
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convaincra sans peine qu'il est un théâtre naturel tout préparé pour l'étude des lois les plus générales de la météorologie terrestre, qui, sur nos continents, sont toujours masquées par les influences purement topographiques, l'élévation du sol, le voisinage des montagnes, la constitution physique et le manteau végétal du terrain. L'action de tant de causes diverses est difficile à anprécier avec exactitude et se soustrait à des mesures rigoureuses : aussi quelques esprits sévères daignent à peine compter la météorologie au nombre des sciences positives. Mais sur la surface unie des mers, nul obstacle ne vient arrêter les vents, les eaux se portent librement dans tous les sens, et rien n'empêche d'étudier dans leur simplicité les grandes lois de la circulation atmosphérique et de la distribution de la chaleur solaire sur notre planète. L'étude des courants pélasgiques et des courants de l’atmosphère que nous appelons les vents, n'avait pas été soumise, avant le lieutenant Maury, à une analyse assez approfondie pour qu'elle pût prêter des secours nouveaux à l’art de la navigation. Le lieutenant américain eut l’heureuse idée d'utiliser , dans ce but, ces journaux de bord où l’on inscrit chaque jour, sur les vaisseaux, avec la position géographique, tout ce qui est relatif au vent, à l’état de la mer et du temps. Afin de résumer plus facilement ces innombrables observations, il réussit à faire adopter par la marine marchande des États-Unis, des journaux de bord uniformes, préparés par ses soins; toutes les traversées lui fournissent de nouvelles données météorolo-