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de nouvelles ruptures se produisent, de grandes ta. bles sont de nouveau rejetées; au bout de quelques minutes, l'horizon entier est sillonné par de longues murailles de débris. Tantôt ces murailles sont formées par des blocs à demi broyés et empilés au hasard, tantôt leurs assises rectangulaires ont des faces si nettement tranchées et sont si régulièrement superposées, que la pensée se refuse à y voir l’œuvre d’un cataclysme instantané et violent. C’est ainsi qu'on se figure, radieuses et diaphanes, les murailles d’émeraude du palais fabuleux d’Odin, où les guerriers du Nord, assis à la table de leur éternel festin, racontent leurs merveilleux exploits.
Les fissures de ces vastes surfaces sont bientôt ressoudées par le froid, et leurs parties, un moment séparées, se rattachent. À chaque rencontre avec une plaine flottante, elles se brisent de nouveau et se hérisent de nouelles murailles. Une de ces îles, après un certain temps, n’est plus qu'une immense mo- * saïque composée de champs de glace de tout âge et
de toute épaisseur, dont les divisions se trouvent 4
marquées par de longues crêtes aux formes les plus singulières, et souvent assez élevées pour borner l'horizon.
Au printemps, quand la débâcle commence, et que les passages, longtemps obstrués, se débarrassent peu à peu, cette absence d’homogénéité favorise singu- « lièrement la rupture des plaines de glaces et la sépa- ”
ration de leurs diverses parties. C’estalors surtout que Æ
la topographie de ces îles éphémères varie presque
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Hewell jusque vers la baie de Disco, située à la lati- Aude de 70 degrés, entre 500 et 1200 mètres de hau- ‘eur.
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Der pétuellement; aussitôt qu'une fissure se produit, Mes blocs détachés qui flottaient à leur partie infé- 4 jeure remontent, et, comme des coins, maintiennent es séparations. La décomposition de ces grandes Masses renainsi leurs mouvements beaucoup plus Maciles, gt ces mouvements à leur tour, par les chocs qu'ils produisent et les ruptures qui en sont la suite,
4 ccélèrent la décomposition.
Ce sont les glaces superficielles qui font courir aux
havires les dangers les plus sérieux et les plus per-
Mmanents; mais ils ont encore à redouter les grandes ontagnes qui descendent des glaciers et qui en- “ombrent fréquemment les alentours du Groënland êt la baie de Baffin. Presque toute la péninsule du Groënland est couverte de neiges perpétuelles; les deux chaînes qui bordent les côtes, et dont les dé-
“coupures profondes forment les fiords, servent de ré-
ervoirs à de gigantesques glaciers, auprès desquels eux des Alpes sont bien petits. Les vallées transver- ‘Bales qui leur servent de lit sont très-encaissées, et
Au delà, la côte semble s’abaisser un peu usqu’au fond de la baie de Baffin. Sur la rive orien-
: ale, le rivage a les mêmes caractères, et les côtes vues par Scoresby à la latitude de 78 degrés étaient encore
ssez hautes.
Le cap Farewell ou des*Adieux, qui forme l’extré-
où se sont croisés les deux systèmes de montagne qui ont marqué le relief du Groënland, pour em. ployer une expression aujourd'hui consacrée par l'autorité de M. Elie de Beaumont, Il oppose aw flots de l'Océan la haute barrière dé ses falaise abruptes et rappelle complétement, par toutes le particularités de sa position, le cap de Bonne-Espé 4 rance et ie cap Comorin. Ce n’est qu'à Baal's-River « 4 à Godhaub, les premiers points habités de la côt .« occidentale, qu’on commence à apercevoir les glaciers. Ils ne s’avancent pas encore directement jus. qu’à la mer, et descendent seulement par des gorge étroites jusque dans les fiords. Les golfes profond: des environs d’Holsteinbourg leur servent pareille. ment de réservoirs. A la latitude de 70 degrés, où ke niveau moyen de la côte s’abaisse légèrement, com: mence le gigantesque glacier qui borde presque sans interruption tout le fond de la baie de Baffin. Si l’on comparait les glaciers de la partie inférieure du Groënland aux rivières qui descendent des montagnes en suivant la ligne des vallées, ou plutôt, à cause de la lenteur de leur mouvement, aux coulées de laves qui sillonnent les pentes des volcans, alors l’im-
mense accumulation de ces glaces qui viennent des Bi
cendre dans le fond de la baie de Baffin rappelleraiti Ë
l'esprit une véritable inondation, ou bien ces grandes
masses éruptives qui, dans les anciennes révolulions: & du globe, se répandaient tumultueusement sur d'im- 4 menses étendues. Dans ces hautes régions arctiques, 4 les falaises sont ordinairement droites et profondes, É |
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Wet le glacier, en débouchant lentement de la haute allée où il se trouvait encaissé, demeure en surplomb dans la mer; bientôt cette masse ainsi suspendue, constamment minée par les eaux salées à sa bartic inférieure, se brise et se détache avec une dé- 4 onation plus forte qu’un coup de canon. La mon- “tagne de glace chancelle et se balance jusqu’à ce qu'elle ait atteint son équilibre, elle devient le centre d'ondulations d’abord effrayantes, et qui, se calmant “par degrés, continuent quelquefois pendant des heutes. Ces géants de glace bloquent les rivages ou sont Entratnés au gré des courants jusqu'à ce qu'ils foient entièrement fondus.
À C’est dans la baie de Baffin qu'on rencontre les Montagnes flottantes les plus considérables. Les plus | en montagnes de glaces qu on ait vues sur les côtes
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de hauteur; Scoresby dans la mer du Spitzberg, 4 Dir dans la baie dela Madeleine, en ont aperçu
de 70 mètres de haut. Dans la baie de Baffin, au con-
faire, sir John Ross en a mesuré dont la hauteur dé- | Dassait 100 mètres et qui avaient plus de 400 mètres He longueur. On se fera une idée véritable des dimenions de tels blocs, qu’on peut bien sans exagération nommer des montagnes, en songeant que la partie qu'on voit au-dessus de l’eau n’est à peu près que le Aœuart de leur masse totale. Encore paraissent-elles Muelquefois plus colossales qu’elles ne le sont véritalement, par suite d’une illusion d'optique qui se fenouvelle à chaque instant dans les pays arctiques. On
en trouve des exemples presque incroyables dans les relations des navigateurs : j'en citerai un entre cent, Une montagne de glace, jugée haute de 100 mètres à l'œil, n’avait en réalité que 30 mètres de hauteur, comme le firent voir les mesures trigonométriques exactes. Souvent on aperçoit une montagne que l'on croit assez rapprochée, et l’on se trouve tout découragé quand, après une heure de marche pénible sur à glace, ses dimensions n’ont pas sensiblement changé. À quoi tiennent ces étranges illusions ? Est-ce seulement à l'état toujours variable d’une atmosphère humide et trompeuse? Scoresby les attribue à une augmentation de la distance apparente des objets. Sans doute nos idées de grandeur sont liées aux idées de distance, et nous apercevons sous le mème angle visuel des objets de grandeur inégale, parce qu'ils sont inégalement éloignés; mais à quoi tient précisément cette fausse appréciation des distances dan: les pays arctiques? On sait d’ailleurs que dans les plaines de l'Égypte la masse colossale des pyramides produit, quand on s’en approche, les mêmes illusions et le même désappointement. C’est sans doute l’isolement des pyramides au milieu des sables du désert, comme celui des montagnes de glace sur la mer ou sur les vastes plaines de neige où elles sont souvent emprisonnées, qui est la cause de ces déceptions. Sur ces immenses surfaces désertes, où tout point de comparaison manque, l'œil ne sait plus mesurer les objets.
La forme des montagnes de glace est extrêmement
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Ænps, elles reposent sur la mer en immenses tables
Dorizontales, et l’on voit encore à leur partie supéficure, incrustés dans leurs flancs, les débris de roes entraînés dans le mouvement du glacier. Quand
le fond de ces grandes masses tabulaires n’est pas Borizontal au moment de leur rupture, elles bascuent aussitôt qu'elles sont séparées et présentent
alors, d'un côté, une longue pente qui descend souvent jusqu'au niveau de l’eau, de l’autre, une falaise Br et brillante. Quand elles sont arrètées dans les glaces, on peut les gravir par cette grande côte inclinée, et parvenir jusqu’à leur cime. A la longue, l& mer creuse, à la base de ces montagnes, de profondes excavations ; l’action de l'air et de l’eau les dégrade : leur ligne de flottaison change, et, quand elles #inclinent, on voit sur leur côté une série de canne-
Bres qui marque les anciennes lignes de niveau. A
Desure que l’œuvre de décomposition avance, les
; Drmes deviennent plus étranges et plus pittores- Ques; des lours à demi ruinées sont unies par des 1 pnts naturels aux arches colossales ; des terrasses Miperpostes servent de réservoir à l’eau fondue qui 4 mbe en minces cascades ; des stalactites sont pen-
es à des pointes grotesques et difformes. Rien n’est sant comme de voir passer ces monstres gigan- Sques, souvent si nombreux qu’on se fatigue à les Baipter. La lumière joue de mille manières sur leurs
voiles
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faces d’un blanc si mat, que de loin ils ressemblent à des masses d'argent fondu. Quand le soleil est trèsprès de l’horizon, ils sont baignés d’une lumière rose et pourprée, nuancés des teintes les plus harmonieuses. Il faut renoncer à peindre la pure et tranquille majesté de ces grandes montagnes mouvantes; les courants qui les entraînent sont si puissants, qu'elles marchent souvent contre le vent, et inème contre les trains de glace flottante. Dans le norbre, quelques-unes élèvent démesurément leur cimes, géants qui conduisent d’autres géants. Quelquefois, par suite d’une rupture soudaine, on voit l’une d’elles s'arrêter et se balancer un moment en cherchant son nouvel équilibre : un instant après, elle reprend « marche lente, et la troupe serrée v1 se perdre peu
peu dans le vague de l'horizon.
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Premières découvertes arcéiques.
C'est entre ces montagnes menaçantes et ces grantk
radeaux de glace, qui viennent souvent barrer leur % passage, que les navires sont obligés de se fraye #
péniblement un chemin. Aujourd’hui même, à un
époque où sont fixés les traits principaux de la gét- À
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ÉTUDES SCIENTIFIQUES. 27 Mécher de ressentir une admiration profonde pour Œeux qui vont s’exposer à de pareils dangers; mais admiration se mêle d'étonnement et de terreur Gun on se rappelle les premiers aventuriers qui, ur de frèles embarcations, allèrent explorer ces ré- | ions abandonnées, confins mystérieux de notre
Monde.
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4 Trois époques peuvent être distinguées dans l'his- “ire des expéditions arctiques : l’une qui s'étend du xvire siècle au xix° ; l’autre qui commence avec ce siècle et s'arrête avec le dernier voyage de Franklin, 1 troisième, remplie par les expéditions chargées de rechercher ce malheureux navigateur, et que Marque la découverte du passage du Nord.
Un historien islandais a revendiqué pour ses com- Patriotes la gloire d’avoir abordé au Groënland et au 1 abrador, et d’avoir ainsi découvert le nouveau Monde bien longtemps avant la fameuse expédition e Christophe Colomb. Les traditions anciennes sur squelles il s'appuie ont un caractère trop vague our que l’histoire puisse les enregistrer, et les exlorations sans but et sans résultat de quelques pèheurs égarés ne peuvent être mises en comparaison vec la tentative féconde de celui qui fraya à l’Eu- Hope le chemin d'un monde nouveau. Une conquête ui s'ignore elle-même n’est pas une conquête. Le remier navigateur qui pénétra volontairement dans
Insuetum per iter gelidas enavit ad Arctos.
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