‹ Études sino-mahométanesChapitre 4 sur 18 · RÉSUMÉ CHRONOLOGIQUE · texte numérisé non relu

RÉSUMÉ CHRONOLOGIQUE

12^4- Arrivée du Seyyid Edjell au Yun-nan.

I2jg. Mort du Seyyid Edjell. Il est inhumé à Wo-eul-to.

I2gy. Honneurs décernés au Seyyid Edjell par l'empereur

Timour. Construction d'une salle d'offrandes près de la

sépulture. Sacrifices solennels.

1420. Honneurs conférés par l'empereur Yong-lo aux descendants du Seyyid. La garde de sa sépulture et de son

temple leur est cotifiée.

Environ 14QO. Stèle de Yang Yi-ts'ing, dans le temple du Seyyid Edjell. i538. Stèle de Si-ngan-fou « à la mémoire de trois générations^

de princes ■».

1681. Fi)i de la révolte des deux Wou. La sépulture et le temple

commémoratif ont été ravagés, les descendants du Seyyid

sont dispersés.

1684. Le temple (Wang miao) est réédifié dans la nouvelle ville

de Yun-nan-fou.

i6q2. Le temple est transféré à Tch'ong-kouan et, sous le nom de

Pao-kong-ts'eu, réunit les cultes du Seyyid et de Mou

Ying. Des gardiens y sont établis.

IJ04 et iyo5. Restauration de la sépulture, ijog. Stèle de Ma Tchou.

Après ij36. Stèle brisée, gisant aujourd'hui à Wo-eul-to. Les bâtiments

de la sépulture sont augmentés.

1821. Le temple Pao-kong-ts'eu est transféré dans l'intérieur de

la ville, en y adjoignant le culte de Fou Yeou-to. 1880. Stèle dédicatoire dressée devant le tombeau reconstruit.

Travaux d'hydraulique du Seyyid Edjell au Yun-nan.

5/ l'on fait exception de cette portion du territoire du Yun-nan qui, au nord-est, se trouve enserrée entre le Sseu-tch'ouan et le Kouei-tcheou et qui, jusquà une époque toute récente, se trouvait rattachée à la première de ces deux provinces (i), il est naturel d'admettre que la région voisine de Yun-nan-fou et de son lac ait été la première conquise à la civilisation chinoise et celle par laquelle s'effectua la pénétration de V Empire du Milieu ches{ les Barbares du Sud-Ouest. Le mérite de cette entreprise de colonisation est reporté, ainsi que nous V avons vu, par les auteurs chinois, à un général de la principauté de Tch'ou, nommé Tchouang Kiao. Celui-ci avait été envoyé, dans les dernières années de la dynastie Tcheou, par son prince, Wei-wang, pour faire la conquête du Tien-tch'e, cest-à-

([) Le département actuel Tong-tch'ouan-fou (dans l'ancien T'ang-langhien, de l'époque des Han), substitué au Tong-tch'ouan-Iou, conquis par les Mongols sur le royaume de Nan-tchao, avait été d'abord maintenu par le premier empereur Ming, en i38i, dans la province du Yun-nan ; mais, deux ans plus tard, il fut placé sous la dépendance du Sseu-tch'ouan, où il demeura jusqu'à la quatrième année yong-tcheng I1726). Le Tchao-t'ongfou, conquis aussi parles Mongols sur les princes indigènes, forma le siuanwei-sseu de Wou-sa Wou-mong, dépendant de leur province du Yun-nan. Le premier empereur Ming, en i382, en fit le Wou-mong-fou, qu'il rattacha au Sseu-tch'ouan. Ce ne fut qu'en la cinquième année yong-tcheng (1727) qu'il ressortit de nouveau au Yun-nan. Son nom actuel de Tchao-t'ong lui fut donné quatre ans plus tard (173 i).

dire précisément du lac de Yun-nan-fou, appellation sous laquelle il faut évidemment comprendre tout le pays avoisinant. Pendant V absence de Tchouang Kiao, le puissant Etat de Ts'in^ qui devait bientôt s' annexer tous ceux dont était formée la Chine féodale^ vainquit celui de Tch^oujes communications furent interrompues entre le prince vaincu et le général et celui-ci se constitua roi du pays qu'il venait d'occuper^ roi de Tien (i).

Le Tien hi (Chan tch'ouan, j, chang, p. 10) rappelle les mêînes faits de la façon suivante :

Le Tien-tch'e se trouve au sud delà ville murée deYunnan-fou. On l'appelle aussi K'ouen-ming-tch'e et Tien-nan- ^^^ Wc'Ê W- A l'époque des « Royaumes combattants », Tchouang Kiao, général de l'État de Tch'ou, détruisit les ^ ^(5 Ye-lang et parvint au Tien-tch'e, dont il conquit et pacifia le territoire par la puissance de ses armes. Il envoya, en outre, des chefs placés sous ses ordres, à la tête de troupes, pour s'annexer et soumettre tous les Man (Barbares) du Sud-ouest.

Sous les Han, pendant les années yuan-fong (no à io5 avant J.-C), lorsque Ton voulut châtier les K'ouen-ming, comme il y avait, chez ces K'ouen-ming, le lac Tien-tch'e dont le périmètre avait trois cents H, on creusa, au sudouest de Tch'ang-ngan, un K'ouen-ming-tch'e, ou Lac K'ouen-ming, à sa ressemblance, afin de s'y exercer aux combats sur les eaux (2).

Pendant l'an 3 kien-hing de la dynastie Han du Sseutch'ouan (226 après J.-C), le Marquis guerrier Tchou-ko (Leang), conduisant une expédition militaire dans le Nan-

(i) Voir, dans la partie III de ces Études, la note 5 de la page 87.

(2) D'où l'habitude qui s'établit d'avoir, auprès des capitales de la Chine, un Lac K'ouen-ming. C'est ainsi que ce nom, appliqué au lac du Wan-cheouchan, dans le palais estival à l'ouest de Pékin, figure en caractères énormes sur une haute stèle dominant cette pièce d'eau.

tchong (Région centrale, du côté sud), arriva au Tientch'e.

Les Chinois ont recherché Vétymologie de ce mot Tien '^, composé de deux éléments : /'eau \ et % ou ^ tchen, où ils voient^ en raison de la proyionciation du groupe^ une abréviation de J.I tien, qui signifie renversé. D'où^ le sens <i'Eau renversée, appliqué à lappellation du lac de Yunnan-fou. Voici^ d'ailleurs, ce que dit, à ce sujet, le dictionnaz're Tcheng tseu t'ong, sous le mot Tien : « D'après la géographie des Han, étendue d'eau qui se trouvait dans le Yi-tcheou ^ j'I], au nord-ouest de la sous-préfecture Tientch'e-hien ^ScMM^- Ce grand lac porte le nom de Tientch'e. L'eau du Tien-tch'e est large à sa source et étroite à son extrémité, comme si elle coulait en sens inverse (i); d'où son nom. »

La même explication est donnée par le savant Yang Chen, dont une inscription sur pierre relative à des travaux de creusement de la Bouche de la mer [il en sera question plus loin) est reproduite dans le Yun-nan t'ong tche {livre 52, page g verso) : « Il est dit, dans le E* ^ ^ P^ Chou tche de MiC"^ Ts'iao Yun-nan, que les eaux du Tien-tch'e proviennent du P'an-long-kiang. On l'appelle aussi ^-^è Tsi-po, Flots accumulés. En tout, quatre-vingtdix-neuf ouvertures concentrent les eaux qui forment le K'ouen-ming-tch'e. Ces eaux sont parfois profondes et larges, parfois sans profondeur et étroites. Par endroits, elles semblent couler en sens inverse. C'est pourquoi on a appelé le lac : Tien-tch'e, Lac des eaux renversées. »

Dans le livre i3 du Yun-nan t'ong tche [p. z, verso), le Tien-tcKe est ainsi sommairement décrit : « Il se trouve au sud de la ville (de Yun-nan-fou). Son périmètre est de

yS ÉTUDES SINO-MAHOMÉTANES

plus de 3oo li. Il reçoit le P'an-long-kiang, le Houanglong-t'an et les rivières Hai-yuan-ho et Pao-siang-ho, qui se réunissent pour former une vaste étendue d'eau, que les gens du pays appellent la Mer [Hai). Les terrains cultivés autour de cette mer et utilisant ses eaux pour leur irrigation comptent plusieurs centaines de milliers de kHng (de 100 arpents chinois chacun, soit plusieurs dizaines de millions de ces arpents). »

Ce nom de Mer est ainsi expliqué dans le Tien hi (Chan t'chouan, i, chang,p<2ge lo^ verso) : « Ces diflférents cours d'eau se réunissent en une vaste nappe, d'un contour de plus de trois cents li. Les champs et habitations des soldats et du peuple forment un cercle sur ses bords et elle s'écoule par une petite rivière un peu à l'ouest, qui fait un coude vers le nord, sans que l'on voie où elle se dirige. C'est pourquoi on appelle aussi (le lac) Tien hai, Mer de Tien. »

La même appellation populaire de mer se retrouve dans celle de la bouche par laquelle les eaux du lac s'' écoulent à fouest, puis au nord : Hai k'eou, la Bouche de la mer, au nord de la ville de K'ouen-yang-tcheou, à 80 li au sudouest de Yun-nan-fou. Le lac forme, du nord au sud, une longue cuvette où viennent converger les eaux d'une dizaine de courtes rivières du nord, de Vesl et du sud. Ces eaux ont pour déversoir, dans le Kin-cha-kiang, c' est-à-dire dans le haut cours du Yang-tseu-kiang, le lit du ^ ^ -/pf P'outou-ho, qui aboutit dans le grand fleuve en face du territoire du Sseu-tch'ouan. Le P'ou-tou-ho commence, à la rive occidentale du lac, par la « Bouche de la mer à K'ouenyang ■» ^ FJ f# P ^^^ après avoir franchi une courte distance dans la direction est-ouest, fait, à angle droit, un coude subit et va, du sud au nord, rejoindre les eaux du grand fleuve venu du Thibet, qui emmènera la masse réunie de leurs eaux jusquà la mer Jaune^ auprès de Changhai.

Aucime rigueur scientifique ne doit s'attacher, sans doute, à cette désignation d'eau renversée donnée aux ondes du lac, puisque c'est le sort commun de ces vastes réservoirs liquides de trouver un débouché par un canal beaucoup moins large, et Vidée de renversement serait plus simplement suggérée par ce fait que sa masse se trouve alimentée surtout par des apports venus du nord pour ■s'épandre au sud, puis retourner inversement au nord, en suivant le lit du P'ou-tou-ho.

On conçoit que Vexistence d'un seul déversoir, par la bouche de K'ouen-yang, ait été cause, dans le passé, d'inondations sur toutes les terres basses confinant au lac et notaynment dans la plaine où s'élève la capitale provinciale du Yun-nan, si cette embouchure se trouvait obstruée, ou temporairement insuffisante pour donner passage à l'eau du lac, alors que des pluies abondantes venaient enfer les petites rivières ou torrents issus des montagnes qui dominent Yun-nan-fou et encerclent le bassin dont le lac occupe le fond. Ces inondations furent évidemment fréquentes et, à l'époque où le Seyyid Edjell vint au Yunnan et enfui témoin, il résulte pour nous, de l'examen des documents propres à nous éclairer sur les travaux d'hydraulique par lesquels il voulut remédier au mal dont souffrait la population, que ceux-ci consistèrent à :

1° Creuser la bouche de K'ouen-yang, de façon à permettre aux eaux du lac et de la plaine alors inondée de trouver un écoulement vers le Kin-cha-kiang par la rivière P'ou-tou-ho; et

2" Retenir les eaux des montagnes affluant vers le lac par le moyen d'écluses, qui présentaient aussi l'avantage de conserver pour V agriculture ces eaux dans les rivières descendant des montagnes du nord et de l'est.

Nous verrons que, pour augmenter l'aire des cultures à irriguer à l'aide de ces rivières torrentueuses, plusieurs de celles-ci furent séparées en deux au moyen de barrages

8o ÉTUDES SINO-MAHOMÉTANES

qui existent encore, ainsi que tout Vensemble des travaux d hydraulique que le gouverneur musulman fit exécuter pendant son séjour de six ans au Yun-nan, entre les années 1274 et 1279, et que des ouvrages secondaires eii nombre considérable vinrent compléter, de son vivant même, ce système de canalisation.

On a pu remarquer, au cours des traductions que fai publiées, dans ces Études, de documents, stèles ou textes biographiques relatifs au Seyyid Edjell, que les travaux entrepris par ce personnage au Yun-nan pour parer aux inondations, d'une part, et pour perjnettre, d'autre part, l'irrigation des champs, ont donné lieu de la part des contemporains et de la postérité à de fréquentes et louangeuses mentions. Je les rappellerai ici dans leur ordre chronologique.

Dans le panégyrique du Seyyid Edjell composé par son subordonné Tchao Tseu-yuan, et que Von peut dater de Vannée même du décès du ministre- gouverneur ou d'une époque la suivant de très près, l'auteur rappelle que le défunt« prit des mesures préventives contre les inondations et la sécheresse (i) » et « dirigea le cours des eaux » (2). Un peu plus loin, le creusement du déversoir du lac est explicitement mentionné : « Au début — dit Tchao Tseu-yuan — la bouche servant d'écoulement au lac K'ouen-ming était obstruée. L'eau atteignait la ville murée et le marché. Des champs considérables se trouvaient supprimés et abandonnés. La route principale était interceptée. Le Seigneur donna ordre à Tchang Li-tao, commissaire chargé de l'inspection de Ta-li et autres lieux et des encouragements à donner à l'agriculture, de rompre l'obstruction existante, en appliquante ce travail deux mille hommes de corvée. En trois années, ce résultat fut obtenu (3). »

(i) Voir ci-dessus, p. 24. '

(2) Id., p. 25.

(3) Id., pp. 27 et 28.

TRAVAUX d'hydraulique DU SEYYID EDJELL AU YUN-NAN 8l

L'inscription qui fut placée, si nous en croyons la stèle de 170g, sur la salle d'offrandes que V empereur Timour ordonna, en 1 2Q y, d'élever au Yun-nan, en l'honneur du Seyyid Edjell, dans un lieu voisin de sa sépulture, portait témoignage de l'importance que l'on attachait alors, parmi les bienfaits de l'administration de celui-ci, à S0S œuvres d'hydraulique. Cette sorte de dédicace se composait, en effet, de quatre vers, dont deux sont consacrés à vanter ces œuvres ; c'est à elles que font allusion ces mots :

Ses services méritoires l'ont égalé au grand Yu Et ses bienfaits furent analogues à ceux de Ts"eu-chan (i).

Dans la biographie officielle du Seyyid Edjell qui figure dans le Yuan che, nous trouvons aussi qu'il « fit des digues et des réservoirs pour parer aux inondations et à la sécheresse (2)».

La même pensée a inspiré à Yang Yi-ts'ing, ministre de la dynastie Ming qui visita la sépulture du Seyyid Edjell à la fin du quinzième siècle, le vers suivant :

Dans les défilés et les montagnes où la terre prend fin, il implanta

ses traces à la façon de Yu.

Eni6g2,le vice-roi Fan Tch'eng-hiun, résumant les titres acquis par son devancier de l'époque mongole à la gratitude des générations passées et avenir, ne manque pas dénoter qu'il « alla jusqu'à construire des digues et creuser des canaux, pour assurer l'irrigation des champs, et jusqu'à guider le cours des eaux, en vue de les contenir ou de les laisser s'épandre. La population, aujourd'hui même, en recueille encore le bénéfice » (3). Plus loin, il ajoutera poétiquement :

Il augmenta aussi les profits dérivés des eaux

Et ses bienfaits se multiplièrent pour l'alimentation (du peuple) (4),

(i) Voir ci-dessus, p. 44

Voir ci-dessus, p. 44. f Û -^ /-/ / ,.

Id., p. .2. ' 'Z / v4 9^

(4) Id., p. 71

Enfin, sur la stèle de i yog, au nombre des mesures bienfaisantes prises par le gouverneur musulman du Yun-nan, son descendant Ma Tchou rappelle qu'il « creusa un écoulement au lac et déplaça des villes murées, construisit des canaux et établit des écoles » (i).

Voilà pour les témoignages écrits à nous légués par V histoire officielle ou lépigraphie. Ils laissent peu à désirer pour ce qui concerne la première partie des travaux d'hydraulique du prince de Hien-yang. Pour dégager la bouche ensablée qui eût di^i faire communiquer le lac de Yun-nanfou avec le P'ou-tou-ho, il employa deux mille hommes de corvée qui, en trois ans, rétablirent le bon fonctionnement de cet exutoire des eaux, cause de l'inondation du bassin lacustre jusque sous les murs de la métropole provinciale.

Le Hien-yang wang fou Tien tsi de Lieou Fa-siang, directeur des études dans le K'oueJi-ming-hien, dont la préface porte la date de 1684, nous offre un résumé intéressant des travaux d^ hydraulique du Seyyid Edjell, dont Je donnerai ici une version indépendante de celle que M. le capitaine Lepage a publiée dans le fascicule de mai i gio de la Revue du Monde musulman. Voici d'abord ce qui concerne le creusement de la Bouche de la mer à K^ouen-yang et, par suite, le dégagement de la voie d'écoulement des eaux du Tien-tch'e vers le fleuve Bleu par le P'ou-tou-ho :

Le prince se préoccupa de ce que, la région située à Test de la capitale provinciale se trouvant élevée et celle de l'ouest (2) plus basse, des inondations se produisaient fréquemment. Par moments, Chao-tien (3) devenait une mer

(i) Voir ci-dessus, p. Sg.

(2) La capitale du Yun-nan, à l'époque mongole, était située sur la rive sud du Kin-tche-ho actuel, une des rivières créées par le Seyyid Edjell.

(3) ^J5 "hJ M' aujourd'hui village situé près de l'une des branches supérieures, ou sources, du P'an-long-kiang, au nord de Yun-nan-fou. C'était jadis une sous-préfecture.

TRWAUX d'hydraulique DU SEYYID EDJELL AU YUN-NAN 83

OU souffrait de la sécheresse, sans qu'il y eût à cet égard rien de régulier, et on n'y trouvait plus aucun lieu pouvant être ensemencé. En même temps, l'eau se répandait jusqu'à la ville murée métropolitaine. Les émoluments des fonctionnaires (i) et les vivres destinés au peuple éprouvaient, à être transportés, de grandes difficultés. Le prince ordonna à son troisième fils Hou-sin, prince Tchong-kien, d'emmener, avec Tchang Li-tao, trois (sic) mille hommes pour percer et ouvrir le barrage du Dragon de pierre (;g f | i® Che long pa), à la Bouche de la mer (Hai-k'eou). Le prince dit : <'^ Je permets seulement de faire écouler les eaux, mais je ne permets pas de faire circuler des bateaux, afin de garantir et de défendre les veines du vent {fong mo, courants à considérer dans la géomancie). » On ouvrit ainsi une voie fluviale qui, passant par Ngan-ning, Woutinget Tong-tch'ouan, gagnait Ma-hou (2). En trois années, elle fut achevée et alors il y eut des terrains de plaine dont on put faire des champs.

La seconde série des travaux que le Seyyid Edjell fit exécuter, et qui étaient destinés à rendre à la culture les terrains formant la banlieue de sa capitale provinciale, en leur épargnant à la fois les inondations et la sécheresse, était plus compliquée. Le Hien-yang v/ang fou Tien tsi, basé sur des écrits historiques qualifiés, dans la préface, de ye che, c est-à-dire indépendants de Vhistoire officielle, continue en ces termes :

Quoique les calamités causées par les eaux eussent cessé, celles-ci n'étaient pas encore rentrées dans leur lit. Le prince

(i) Autrefois, payés en grains.

(2) Ancienne préfecture, ^ \^ ^ Ma-hou-fou , qui avait son siège à P'ing-chan-hien, sur le Kin-cha-kiang, dans la province du Sseu-tch'ouan, et qui fut supprimée en 1727. Les T'ang y avaient eu le JVÎa-hou-pou et les Mongols y établirent, en 1276, le Ma-hou-lou.

construisit une écluse dite Jt iSf^ Chang pa tcha (Écluse du barrage supérieur), qui eut pour effet de diviser un cours d'eau (i) et de le faire aboutir au P'an-long-kiang, pour, de là, se jeter dans la mer (le lac); ce qui permit, en même temps, de rendre à leur utilité les champs situés en contre-bas. Malheureusement, l'eau formait bien un lac à l'ouest ; mais, à l'est, on en manquait encore. De nouveau, il divisa un cours d'eau, à l'extrémité gauche (orientale) du Pont du barrage, et, longeant les lieux hauts et secs du côté est, il construisit un canal de 70 li : il forma ainsi un autre cours d'eau, le ^ ff m Kin-tche-ho. La dimension donnée à ce canal fut, en largeur, 12 pieds (plus de 4 mètres). Sur les 20 li d'amont, cette largeur fut de 16 pieds (plus de 5 m. 5o). Il construisit dix petites écluses et trois cent soixante voûtes de passage des eaux (2), par lesquelles on fit, à tour de rôle, couler l'eau et qui, d'en haut, permettaient d'arroser les terrains bas. Il irrigua ainsi tout le Tien (3).

Un nombre fixe de 36o chevaux fut établi pour la transmission des avis (relatifs à l'état des eaux) et 36o hommes furent chargés d'observer les eaux ou de remplir des emplois accessoires. S'il se produisait des éboulements et si les eaux s'échappaient par des brèches, des informations étaient envoyées avec la plus grande célérité aux préposés supérieurs, qui assemblaient sur les lieux la population rurale afin d'apporter la terre nécessaire, de combler ces brèches et de reconstruire (la digue). On ne tolérait ni négligence ni délai.

En outre, il établit six « barrages inférieurs » [hia pa) dans six rivières, le ,^ fij- ^Pf Ma-leao-ho, le ^\f^m Pao-

(i) Il s'agit ici du ^ ^^ "/pj Yin-tche-ho, affluent de droite du P'an-longkiang.

(2) f^ Dp) Han-tong. C'est le terme adopté par les ouvrages officiels, dans leurs chapitres consacrés au régime des eaux.

(3) Désignation sous laquelle il ne faut entendre que les environs immédiats de la ville de Yun-nan-fou.

TRAVAUX d'hydraulique DU SEYYID EDJELL AU YUN-NAN 85

siang-ho et autres (i), afin de répartir les eaux entre douze branches séparées, en aval de ces rivières.

Il construisit aussi 72 canaux « de terre » (2), afin d'y faire couler les eaux accrues qui inondaient le pays et de faire passer ces eaux par voie souterraine.

A partir de ce moment, le Tien n'eut plus à souffrir de la sécheresse et put de façon permanente jouirde la tranquillité, relativement aux céréales nécessaires à son alimentation...

Le même récit contient aussi, un peu plus loin {p. 9, verso), une allusion vague à des travaux du même genre que le Seyyid Edjell aurait fait effectuer dans d'autres régions : « Il amena (dans les campagnes) des cours d'eau pour venir en aide aux travaux agricoles. »

Pour emprunté quil soit à des relations non officielles^ V exposé qui précède n'en contient pas moins la vue d'ensemble la plus facile à saisir que faie rencontrée dans les ouvrages qui traitent des travaux par lesquels a été régularisé le régime des eaux dans la plaine de Yun-nan-fou. Ces ouvrages, en tête desquels il faut placer, — car il est spécial au sujet qui nous occupe, — le petit atlas avec notices descriptives intitulé Yun-nan cheng tch'eng lieou ho t'ou chouo (3), dont M. le commandant dOllone a rapporté

{i) Peut-être faut-il comprendre, dans ce nombre de six, le P'an-long-kiang, le Kin-tche-ho, dont il a été question plus haut, le Yin-tche-ho qui ne peut être autre que le premier cours d'eau de dérivation mentionné aussi ci-dessus, et enfin le \^ \^ m Hai-yuan-ho, qui complète le système des « Six rivières » sur lequel je reviens avec plus de détails dans la suite de cette étude.

Le caractère Siang figurant dans le nom du Pao-siang-ho est écrit, dans les autres ouvrages, sans la clef de l'eau.

(2) M M Ti ho.

(3) g ^ ^ 1^ 7^ IflJ" ^ =^, formant un cahier répondant à notre petit format in-4. Ce recueil contient : 1° une carte d'ensemble des Six rivières ; 2° une du P'an-long-kiang; 3° une du Kin-tche-ho ; 4° une du Yintche-ho ; 5° une du Pao-siang-ho ; 6° une du Ma-leao-ho ; 7° une du Haiyuan-ho et 8° une de la rivière (P'ou-tou-ho) issue de la Bouche de la mer à K'ouen-yang. Composé par un ancien taotai des grains, nommé -^ "X U<.

de sa mission en Chine un exemplaire qu'il m'a mis à même de consulter, ne manquent pas de faire remonter au Seyyid Edjell le mérite d'avoir créé un système de canalisation qui, depuis sept cents ans, a pu, lorsque rentretien en était assuré, garantir la banlieue de la métropole provinciale contre les inondations et la sécheresse. Le Yun-nan t'ong tche et le Yun-nan t'ong tche kao contiennent de fréquentes mentions de ces travaux d'entretien, sous les Ming et sous la dynastie actuelle.

Dans le préambule de sa section relative aux Chouei li ou Avantages dérivés des eaux, le Yun-nan t'ong tche dit :

Dans le Yun-nan, depuis que Sai-tien-tch'e, de l'époque des Yuan, construisit des digues et des bassins afin de parer aux inondations et à la sécheresse et que Tchang Litao rechercha la source des cours d'eau et gagna cent mille k'ing (de cent arpents chacun) de bonne terre, les profits dérivés des eaux commencèrent à apparaître.

La grande géographie impériale Ta Ts'ing yi t'ong tche contient [livre 36g, Yun-nan-fou, Ti yen ou Digues et réservoirs) le passage suivant, consacré aux Six rivières sous la rubrique Song-houa-pa, nom du barrage établi par le Seyyid Edjell dans le cours du P'an-long-kiang, qui est la plus considérable de ces rivières, pour en détacher vers le sud le Kin-tche-ho :

Le Song-houa-pa :^^i®, ou Barrage en pomme de pin (i), est situé au nord-est de la sous-préfecture de K'ouenming (c'est-à-dire de la ville même de Yun-nan-fou). Sous

Houang Che-kie, qui prit grand intérêt aux questions d'irrigation du Yunnan, où il se trouvait en ijSo, l'ouvrage a été réimprimé en i835 et en 1880 par des successeurs de ce fonctionnaire. Il comprend 29 feuillets.

(i) Sans doute, à cause de la forme de ce barrage ou de cette digue que l'atlas précité nous montre assez semblable à une pomme de pin, ou à un fer de lance, dont la pointe détermine le départ des eaux d'amont en deux cours divergents.

TRAVAUX d'hydraulique DU SEYYID EDJELL AU YUN-NAN 87

la dynastie Yuan, le Seyyid Edjell Chams ed-Din fit un programme d'utilisation des eaux, établit ce barrage et ainsi divisa la rivière en deux : le P'an-long-kiang ^ H ^ (Rivière du dragon enroulé) et le Kin-tche-ho (i ) (Rivière à liqueur d'or). Il répara ou construisit, en même temps, toutes les écluses des Six rivières, de façon à arroser dix mille k'ing (soit un million de mou ou arpents) de champs ; savoir :

i" Sur le P'an-long-kiang, huit écluses, appelées: T'ongnieoii-tcha, Nan-pa-tcha, Siao-pa-tcha, Sseu-tao-pa-tcha, Yong-tch' ang-ho-tcha, T'ouo-tsiu-tcha, Wang-kong-tcha et Siao-si-men-tcha ; c'est la branche qui, coulant au sud du barrage Song-houa-pa, va se jeter dans le lac K'ouenming-tch'e après un parcours de plusieurs dizaines de //;

2« Sur le Kin-tche-ho, sept écluses, appelées : Tai-kin-potcha, Ta-han mien-tcha, Siao-han-mien-tcha, Sang-yuantcka, Kin-leng-tcha, Yen-wei-tcha et Siao-pa-tcha ; c'est la branche qui coule à l'est du barrage Song-houa-pa;

3° Sur le Yin-tche-ho, six écluses, appelées : Lo-lo-tcha, Wang-kong-yen-tcha, Pai-long-f an-tcha, Siao-ying-tcha^ Wen-chou-sseu-tcha et Wang-tsiun-tcha ; c'est le cours d'eau qui descend librement, issu du lac Pai-long-tch'e (du Dragon blanc);

4" Sur le Hai-yuan-ho, quatre écluses, appelées : Tso-tcha, Yeou-tcha, Tchong-tcha et Ki-cho-tsien-tcha ; cette rivière a sa source à l'étang Houang-long-t'an (du Dragon jaune) et confond son cours avec celui du Yin-tche-ho ;

5° Sur le Pao-siang-ho, six écluses, appelées : Che-patcha, Yàng'lin-keou-tcha, Hiang-chouei-tcha, Yu-longts'ouen-tcha^ T'ou-k'iao-tcha et Teou-cho-tsien-tcha. Ce cours d'eau prend sa source au pont Lao-tsiao-k'iao, au

(i) ^ ^ '/pj" Kin-leng-ho, ou Rivière des champs d'or, est le nom classique du cours d'eau ici créé par le Seyyid Edjell, dont l'appellation populaire est Kin-tche-ho, Rivière à liqueur d'or. On trouvera plus loin l'origine de cette désignation.

sud-est de la ville murée préfectorale et confond son cours avec celui du Hai-yuan-ho {sic).

6° Sur le Ma-leao-ho, quatre écluses, appelées : Tchouk'iuan-pa-san-tcha, Kouang-ts'ouen-tcha, Sin-ts'ouen-tcha et Yang-ts'ao-tcha. Ce cours d'eau prend sa source au sudest, au village Po-Vou-ts'ouen, et confond son cours avec celui du Pao-siang-ho.

Sous la dynastie actuelle, pendant la cinquième année A'an^-/îî (1666), le gouverneur provincial Yuan Mao-kong demanda, par un mémoire à l'empereur, que des fonds prélevés sur les revenus de la gabelle fussent dépensés annuellement pour exécuter des réparations supplémentaires, toutes les fois que besoin serait. Durant la vingt-deuxième année (i683), un autre gouverneur, Wang Ki-wen (i), sollicita à son tour que des travaux fussent effectués annuellement. Dès lors, les cours d'eau dont il s'agit recouvrèrent toute leur utilité.

Sans vouloir réduire le mérite de Vancien gouverneur mahométan, je tiens à marquer ici que: 1° des travaux du même genre avaient été exécutés par les souverains indigènes du Nan-tchao et que 2° Tchang Li-tao, Chinois de race que le Seyyid Edjell trouva au Yun-nan au moment où il y fut envoyé par Khoubilai Khan pour faire succéder une administration plus douce à la domination purement militaire d'un prince du sang, apparaît dans l'histoire comme un auxiliaire très utile du Seyyid Edjell et qui fut peut-être son précurseur dans son rôle d'ingénieur et son inspirateur.

L'indication de travaux d'hydraulique effectués par les rois Touan du royaume de Ta-li [ancien Nan-tchao) nous est fournie par le Ta Ts'ing yi t'ong tche [Yun-nan-fou, Chan tch'ouan, montagnes et cours d'eau), dans cette

(i) Voir la note biographique concernant ce personnage à la page 46.

TRAVAUX d'hydraulique DU SEYYID EDJELL AU YUN-NAN 89

petite notice relative au Km-lQn^-ho [nom populaire : Kintche-ho), qui est le canal que le Seyyid Edjell détacha de la masse liquide du P' an-long-kiang et qui devait couler sous les murs mêmes, face nord, de V ancienne capitale, située alors entre lui et le Pao-siang-ho :

KiN-LENG-HO. — A I o /î à l'cst de la sous-préfecture K'ouenming-hien (ou Yun-nan-fou). Prend sa source au barrage de Yang-houa ^^ i^ j:^. Sous la dynastie Yuan, le Seyyid Edjell Chams ed-Din construisit une digue pour le séparer des eaux duP'an-long-kiang. Depuis le versant de la Montagne du cheval d'or, Kin-ma-chan, son cours passe par la campagne orientale [tong-hiang] et sert à l'irrigation des champs. Sur cette digue, onplanta autrefois des fleurs jaunes ; d'où son nom (de Rivière des champs d'or). Aujourd'hui, les gens du pays l'appellent le Kin-tche-ho. D'après le Tien chouo î^ 1^, au temps de Touan Sou-hing .^ ^ ® (i) de Ta-li (royaume), on construisit les deux digues de Tch'ouenteng ^ ^ li et de Yun-tsin ^ #: :H , sur lesquelles on sema respectivement des fleurs jaunes et des blanches. D'où, les désignations de « Champs d'or du chemin sinueux » et de « Champs d'argent entourant la ville », qui se réfèrent à cette rivière et au |g ^ /^ Yin-leng-ho.

La note suivante du Tien hi (Chan tch'ouan, i chang) confirme ces renseignements :

Le Kin-leng-ho se trouve à quinze H à l'est du chef-lieu du département (Yun-nan-fou). Son nom populaire est Kintche. Il amène l'eau du P'an-long-kiang venue des pentes du Kin-ma-chan (Montagne du cheval d'or) et coule en passant parle village ^^H Tc/z'owen-?eng-/î, de façon à arroser les champs de la campagne orientale. On en tire ainsi un très

(i) Voir dans le Nan tchao ye che, traduction Sainson, p. gS et 94, ce qui est dit de ces plantations de fleurs, aux lieux ici désignés, par le roi indigène, dont le régne dura, d'après l'ouvrage précité, de 1041 à 1044.

go ETUDES SINO-MAHOMETANES

grand profit. Aux temps des Mong et des Touan,on planta sur la digue desfleurs jaunes en grande quantité et on donna à celle-ci le nom de j^ ^ ^ ^ Jao-tao-kin-leng (Champs d'or du chemin sinueux). Le Seyyid Edjell Chams ed-Din, de l'époque des Yuan, fit exécuter des travaux de restauration et reconstitua cette digue.

Il y a aussi, à dix lik l'ouest de lapréfecture, le Yin-lengho, dont l'appellation populaire est Yin-tche. Il amène également l'eau du P'an-long-kiang, passe par les pentes du ■j^ \l\Chang-chan (i), coule prèsde ^^J? MM Cha-lang-li et, vers le sud, entoure le chef-lieu de lapréfecture. Aux temps des Mong et des Touan, on planta sur sa digue des fleurs blanches en grande quantité et on donna à celle-ci le nom ^^ ^ M 1^ ^ ying-tch' eng-yin-leng (Champs d'argent entourant la ville).

Quanta TchangLi-tao 51 jl'M-> dont lenomrevient souvent dans r histoire du Yun-nan au débutde la domination mongole, son rôle dut être fort important et nous avons vu les écrivains chinois revendiquer pour lui, un compatriote, V honneur de certaines créations, notamment celle de l'école du Temple de la littérature de Yun-nan-fou (2). Ce fut lui qui dirigea — sous les ordres du Seyyid Edjell, mais peut-être en exécution d'un conseil qui lui était propre — le long travail de déblaiement des dunes qui obstruaient la gorge de communication entre le lac et le P' ou-tou-ho . Aussi est-ce à lui et sans mentionner le gouverneur mahométan que, dans la note suivante, le Tien hi reporte le mérite d^ avoir mis un terme aux inondations de la plaine delà capitale du Yunnan:

D'après le Yuànche, pendant les années tche-yuan (1264

(i) Montagne située au nord de Yun-nan-fou. C'est l'ancien [J^ [|j Hongchan, de l'époque des Han, montagne protectrice de la ville. Cf. la note 2 de la page 52.

(2) Cf. la partie II de ces Études, note 3, page 23.

•IRA VAUX D HYDRAULIQUE DU SEYYID EDJELL AU YUN-NAN gi

à 1294), Tchang Li-tao, qui était k'iuan-nong-che ou commissaire chargé d'encouragerl'agriculture, considérant que les crues de K'ouen-ming-tch'e causées parles pluies estivales ne pouvaient manquer d'occasionner des dommages à la ville murée, rechercha les sources d'où coulaient ces eaux et, en leur donnant le moyen de se déverser vers le bas, il obtint plus de dix mille A'mg- (un million de mon ou arpents) de bons champs {Tien hi, Chan tch'ouan, i, cliang, p. 10, verso).

Un peu plus loin [page 16, verso)., V auteur du même ouvrage dit., au sujet de la « Bouche de la mer », que « Tchang Li-tao la creusa, pendant les années tche-yuan, des Yuan, afin de donner un écoulement aux crues du Tien-tch'e».

En raison de ce rôle considérable joué par le préfet chinois Tchang Li-tao auprès du Seyyid Edjell, dont il fut, sans doute, en ces matières, le bras droit, je traduirai ici la courte biographie que lui consacre la grande géographie impériale Ta Ts'ing yi t'ong tche, dans le chapitre mfzïif/é Ming houan, Fonctionnaires célèbres, du Yun-nan:

Tchang Li-tao. — Originaire de Tai-ming;^ :g. Pendant la dixième année tche-yuan {i2y3), fut nommé commissaire chargé d'encourager l'agriculture et inspecteur ambulant [M'iï'WlMM) ^ Ta-li et autres lieux. Il portait comme insigne une tablette d'or. Dans son territoire se trouvait le lac K'ouen-ming, situé entre le Kin-ma et le Pi-ki (montagnes du Cheval d'or et du Coq de jade vert). Celuici a plus de 5oo H de tour. Lorsque les pluies d'été survenaient d'une façon violente et soudaine, elles envahissaient toujours l'enceinte des murailles. (Tchang) Li-tao rechercha d'où sortaient les sources et fit une levée de deux mille travailleurs pour y porter remède et faire écouler les eaux ailleurs. Il gagna ainsi plus de 10.000 k'ing (de 100 mou,

OU arpents, chacun) de bonne terre, qui devinrent des champs excellents.

Quoique les habitants Ts'ouan et Po connussent les vers à soie et le mûrier, ils n'avaient pas trouvé de bonnes méthodes pour leur utilisation. (Tchang) Li-tao leur enseigna la manière de nourrir les vers à soie et ils en recueillirent des bénéfices décuples de ceux du passé. Le Yun-nan en devint d'autant plus riche, si bien que les barbares (Man) de toutes les montagnes lo-lo ^^^^ conçurent de l'affection pour lui et vinrent faire leur soumission, les uns après les autres. On acquit ainsi leurs territoires, dont on fît partout des préfectures et des sous-préfectures.

Les mêmes faits sont rapportés par la géographie officielle (Yun-nan-fou, montagnes et cours d'eau) dans la notice consacrée au Tien-tch'e, ou lac de Yun-nan-fou. La géographie Kouang yu ki, aux fonctionnaires célèbres du Yun-nan, contient, de son côté, une note biographique sur Tchang Li-tao, mais est dépourvue de toute mention du Seyyid Edjell. Tchang y est désigné comme Tchong-lxinglou tsong-kouan ou préfet du lou de Tchong-Jxing [Yunnanfou actuelle).

Les détails qui précèdent permettront de se rendre compte, sans doute, de la part qui revient à chacun de ces deux hommes dans l'œuvre utile qui fait l'objet de cette étude. Elle semble, d'ailleurs, avoir été judicieusement conque et V administration provinciale n'a eu, depuis le treizième siècle, qu'à en maintenir le fonctionnement régulier par des travaux d'entretien, pour en assurer le bénéfice permanent à la population agricole, dans la banlieue de la métropole du Yun-nan. Peut-être a-t-elle développé, suivant les mêmes principes, le système d'irrigation déjà existant en augmentant le nombre des canaux de dérivation qui, des rivières dédoublées et munies d'écluses, allaient porter l'eau au milieu des cultures. Ces canaux secondaires étaient à

TRAVAUX d'hydraulique DU SEYYID EDJELL AU YUN-NAN qS

Vorigine, d'après le Hien-yang wang fou Tientsi, en nombre considérable. Je n'ai pas trouvé, dans les livres que fai pu consulter à ce sujet, de plus amples renseignements sur cet ensemble de travaux tel qu'il fut créé par le Seyyid Edjell, mais le Yun-nan cheng tch'eng lieou ho t'ou chouo nous donne le détail de la façon dont ce même système fonctionnait au siècle dernier. Je ne puis songer, quelque intérêt qu'il présente, à en donner la traduction intégrale, qui ne pourrait manquer cependant de fournir de curieux éléments d'observation à ceux de nos compatriotes, de plus en plus nombreux, qui visitent la capitale du Yun-nan ou y résident. Mais il sera possible de s'en former une idée à l'aide des deux extraits suivants relatifs au P'an-longkiang, qui est la rivière primitive et principale de cet ensemble, et à l'un de ses affluents.

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