YIN-TCHE-HO
Le Yin-tche-ho, au nord-est de la capitale provinciale, prend sa source au Hei-long-fan (Bassin du dragon noir). Du versant montagneux qui se trouve au nord-est de la ville murée, ce cours d'eau serpente en de nombreux détours et arrose les champs de la région située dans cette direction. A l'est de la bouche formant issue à ce bassin, on a ouvert un canal qui porte le nom de Tong-long-siu (Barbe orientale du dragon) et, coulant vers le sud sur une longueur de plus d'un /î, va se jeter dans le P'an-long-kiang. A l'ouest, on a ouvert un autre canal, nommé Si-long-siu (Barbe occidentale du dragon) qui, coulant vers l'ouest sur une longueur de plus d'un /i, vase jeter dans le P'an-long-kiang (i). En outre, sur le cours principal de la rivière, on a établi une grande écluse, que Ton ouvre ou ferme suivant les circonstances, afin de pourvoir à l'irrigation et aussi de donner un écoulement aux eaux dans le P'an-long-kiang.
Après que la rivière a encore parcouru vers l'ouest quel-
(i) La carte particulière consacrée au Yin-tche-ho montre que cette branche traverse d'abord le cours principal de ladite rivière avant de rejoindre le P'an-long-kiang.
ques centaines de pieds, on a aménagé une voûte de passage [kouo-tong] qui, par le fond de la rivière, fait écouler l'eau dans le P'an-long-kiang.
A plus d'un demi-/? plus loin vers l'ouest, a été établie l'Écluse en croix (i) pour l'écoulement du sable {Cke-tseu lieou-cha-tcha) qui déverse les eaux du torrent du Woulao-chan (Montagne des cinq vieillards) dans le P'an-longkiang, pour empêcher les sables et alluvions de s'accumuler dans le lit de la rivière.
Plus d'un demi-/z plus loin vers l'ouest, on a encore ouvert un canal nommé — % 7JC Yi-wa-chouei. A la même distance plus loin vers l'ouest, a été ouvert le canal 4^ p^ 7JC Nieou-tch'e-chouei. Ces deux ruisseaux coulent vers le sud et arrosent les champs ; leurs eaux vont se jeter dans le P'anlong-kiang,
Le cours principal se poursuit pendant plus d'un H vers l'ouest et là a été créé un réservoir nommé Wang-kongyen i^ViS (Réservoir du seigneur Wang), où l'eau est accumulée, au moment de l'équinoxe du printemps, chaque année, pour servira l'irrigation.
A plus d'un li plus loin vers l'ouest, il y a, sur la rive occidentale, le Pai-long-t'an (Bassin du dragon blanc) dont l'eau, coulant vers le sud -est sur plus d'un demi-//, vient se jeter dans la rivière principale en cet endroit : on y a établi l'écluse Pai-long-fan-tcha.
La rivière principale coule vers le sud-ouest sur une longueur de plus de deux li jusqu'à l'écluse îi^f^ Wangtshm-tcha ; puis vers l'ouest sur plus de deux li, jusqu'à l'écluse Siao-ying-tcha, « du Petit camp ». Après un nouveau parcours de plus d'un demi-//, on a créé un réservoir appelé Long Wang niang-niang yen (Réservoir de la déesse reine des dragons).
A quelques centaines de pieds vers l'ouest, on a ouvert
(i) Sur la carte, cette écluse est marquée au croisement des deux cours d'eau.
un réservoir (yen-fang) nommé King-tcho-yen, ou « du Réveil des insectes » (nom de celui des vingt-quatre termes de l'année chinoise qui précède l'équinoxe du printemps).
Après un cours vers le sud-ouest de plus d'un li, on a établi l'écluse ^ 7^ |^ Wen-chou-tcha ; à plus de deux li vers le sud, l'écluse Fen-chouei-tcha « de Partage des eaux » ; à plus d'un demi-/z vers le sud, on a creusé un réservoir nommé Kou-tclieng-yen, ou « de la Ville antique ».
A l'est du réservoir Kou-tch'eng-yen, la rivière coule en se dirigeant vers l'ouest, s'unit à l'eau venant du Lien-houatcJie (Étang des nénuphars) et se jette dans le P'an-longkiang.
Depuis son origine, au Bassin du dragon noir, le Yintche-ho compte ainsi plus de vingt li (environ 10 kilomètres) jusqu'à son confluent dans le P'an-long-kiang, et tel est le trajet qu'il suit à partir de sa source.
Pour ce qui concerne les conditions particulières, de cette rivière, ses eaux étant plus hautes que les champs environnants, on a ouvert des canaux destinés à l'irrigation et divisés en trois sections {% p'ai, rangées) : la première, allant du Bassin du dragon noir jusqu'au Réservoirdu seigneur Wang, forme la section supérieure, simple; la seconde, allant du Réservoir du seigneur Wang jusqu'au Réservoir de la déesse reine des dragons, forme la section moyenne, quadruple, et la troisième, allant du Réservoir de la déesse reine des dragons jusqu'au T' ong-tseu-hi iao (Pont du jeune homme), et au-dessous, au confluent avec le P'an-long-kiang, forme la section inférieure, sextuple. Chaque année, le premier jour de la douzième lune, on ferme les bouches d'écluses des deux bassins du Dragon noir et du Dragon blanc et on recueille l'eau dans le Yin-tche-ho, pour servir à l'irrigation. L'année suivante, au jour du « Réveil des insectes », on laisse écouler cette eau de la rivière, pendant un demimois, dans le Réservoir du réveil des insectes et, au jour de l'équinoxe du printemps, on la fait couler, pendant trois
jours, dans le Réservoir du seigneur Wang. Après quoi, on lui laisse jour et nuit libre cours, de façon constante et, lorsque l'eau nécessaire aux cultures le long de la rivière se trouve suffisante, le surplus est entièrement déversé dans le Réservoir de la ville antique.
Le Réservoir de la déesse reine des dragons sert à amasser les eaux hivernales.
D'autre part, sur le canal de la Barbe orientale du dragon, les eaux sont plus basses que les champs et ne peuvent y pénétrer. On y a, par suite, établi l'écluse f| j'^ ^ f^ Longfan-ts'ien-tcha (Écluse du torrent du Bassin du dragon), afin d'amasser de l'eau pour Tirrigation.
La section inférieure sextuple de la rivière principale occupe l'extrémité du cours de cette rivière : l'eau des sections et celle des réservoirs ne peuvent être employées. Audessus de l'écluse Wen-chou-tcha, on a établi le barrage S an-is'' ien-pa ^^l^ {des Trois torrents) et, au débouché du torrent de Yang-siuan-po {'^j'M'^W D), on a ouvert l'Etang des nénuphars. De plus, au-dessus du Pei-kiaotcJiang (Champ de manœuvres du nord), on a ouvert le Hei-ni~t'ang (Réservoir du limon noir), pour y amasser les eaux de pluie de l'automne et de l'hiver, en vue de l'irrigation des champs des six sections inférieures.
Quant aux questions de réparations, le travail de la pierre et les pieux de bois sont fournis ou payés par l'administration sur les fonds publics, tandis que le travail de la terre et les ouvriers sont fournis par voie de répartition entre les maîtres des champs.
Il est à remarquer, en ce qui concerne les quatre sections moyennes de cette rivière, que, au lieu où les eaux des deux bassins du Dragon noir et du Dragon blanc unissent leurs cours, les eaux du second de ces bassins déversent en aval une boue sablonneuse qui envahit et obstrue le lit de la rivière. Il conviendrait de construire un quai de pierre en forme de langue de poulet pour le renvoi de l'eau (^7jC||l
■^ ^ j^ — j^), afin de rejeter de force le sable et les pierres^ de façon à les faire descendre par l'Écluse du bassin du dragon blanc et passer dans le P'an-long-kiang.
En outre, le sable et la boue au débouché du canal de ^ $1 ^ Lao-tchang-ts'ien, en s'écoulant vers le bas, envahissent et obstruent le lit de la rivière; il conviendrait de construire, à ce débouché de canal, une écluse de refoulement du sable (fg fj^ ^ pi-cha-tcha), pour obvier à l'engorgement dû à ces apports.
De plus, dans la région qui s'étend en dehors de la porte septentrionale de la ville murée, le terrain est bas. Quand il reçoit, à Test, les eaux du P'an-long-kiang gonflées par les crues, celles-ci y causent des ravages, tandis que, à l'ouest, Teau des pluies en occasionne d'autres, dans la région du Champ de manœuvres du nord. Il conviendrait de creuser, de façon à le rendre plus large et plus long, le lit du Ho-chang-men-ho ^ Canal de la porte des bonzes, qui se trouve à droite (occident) de l'Étang des nénuphars, jusqu'en aval du Pont du jeune homme, pour aller rejoindre l'extrémité de la rivière principale et, de là, se jeter dans le P'an-long-kiang, afin d'éviter les calamités dues aux inondations.
On peut juger par ce qui précède desprocédés mis en œuvre traditionnellement par les Chinois pour assurer r irrigation de leurs champs^ et sur lesquels Valbum rapporté du Yun-nan par M. le commandant d'Ollone nous fournit des détails précis, de source officielle. J'ai tenu, par les traductions ci-dessus, concernant deux des rivières comprises dans le système d'hydraulique du Seyyid Edjell, à en montrer la nature et Vimportance. Toutefois, il semble bien que les travaux d'hydraulique du gouverneur mahométan secondé par Tchang Li-tao [reprise d'ouvrages plus anciens dus aux princes indigènes détrônés par les Mongols) aient été limités aux environs i?7imédiats de la ville de sa rési-
dence. Je nai trouvé nulle part V indication précise d'entreprises du même genre effectuées par lui dans d'autres régions du Yun-nan. Mais si 7ious nous reportons au Panégyrique composé par Tchao Tseu-yuan, dès la fin du treizième siècle, nous y trouvons un passage qui nous amène à penser que les mesures prises par le Seyyid Edjell pour épargner au peuple du Yun-nan les désastres résultant des inondations et de la sécheresse avaient été précédées par des travaux similaires exécutés dans le Chàn-si. La mention relative au dégagement de la Bouche de K'oueîi-yang, qui exigea trois années de labeur, y est en effet suivie de cette remarque laudative :
« O bonheur! les remèdes qu'apportait maintenant notre Seigneur dans le Nan-tchao étaient analogues à ceux dont il avait fait usage autrefois dans le Ts'in occidental. »
Analyse d'ouvrages chinois mahométans rapportés par la mission d'Ollone.
Les ouvrages mahométans imprimés en Chine et rapportés par la mission d'Ollone sont au nombre de trente-six^ auxquels il faut ajouter sept doubles et un exemplaire d'un des livres déjà mentionnés, dans une édition différente. Ils peuvent être répartis, suivant leur contenu, en quatre catégories relatives :
1° à la doctrine et à la liturgie,
2° au calendrier musulman,
3° à l'histoire et à la géographie,
et 4° à la langue arabe.
On en trouvera ci-après V analyse, dans laquelle je me suis appliqué à indiquer les références aux auteurs qui ont déjà fait connaître un certain nombre d'entre eux, par des mentions descriptives ou par des extraits donnés en traduction française, et je m' étendrai un peu plus longuement sur ceux qui me paraîtront n'avoir pas encore été signalés dans les études dues à des Européens. Dans ses Notes on Ghinese literature, publiées en i86j, Alexander Wylie faisait cette remarque:
« Bien que les disciples de Mahomet soient en Chine depuis plus de douze siècles et qu'ils aient joui des plus grandes facilités pour la propagation de leur foi, nous ne
ANALYSE d'ouvrages CHINOIS MAHOMÉTANS Io3
trouvons pas qu'ils aient beaucoup fait pour Tintroduction d'une littérature nationale relative à leur religion, leurs rituels et livres sacrés étant presque entièrement conservés sous leur forme arabe primitive ; et, en dépit du grand nombre d'adhérents appartenant aujourd'hui à leur secte, et qui ne savent que le chinois, les publications qu'ils ont dans leur langue sont d'une importance tout à fait insignifiante. »■
Et l'auteur anglais se borne à citer le Sieou tchen mong yin {n° 3 ci-dessous), le Kiao k'ouan tsie yao de Ma Poleang {n° ii ci-dessous), le T'ien-fang tien li tso yao kiai (n° 6 ci-dessous), le Houei-houei yuan lai {n° 33 ci-dessous) et le Ts'ing tchen yuan che chan yi, composé par Mou JouhCouei en i83j.
Le Mahométismeen Chine de P. Dabry de Thiersant,jk'OStérieur de on^e ans aux Notes û?e Wydie, permit d'envisager dans des proportions moins restreintes les productions des auteurs mahométans chinois et le chapitre intitulé « Littérature » {pp. 358 à 3y4) ajoutait à la nomenclature qui précède plusieurs livres importants. Dabry de Thiersant eut aussi le mérite de mettre le lecteur en mesure de se rendre compte delà teneur de plusieurs des principales publications sino-mahométanes par l'insertion dans son ouvrage de nombreux extraits dont il fit faire la traduction, extraits bien choisis et auxquels je renverrai le lecteur dans les pages qui suivent, toutes les fois que l'occasioji s' en présentera, comme propres à do7iner une idée des livres qui feront l'objet de notre examen.
Des notices en langue russe avaient paru, en iSôj et en i8y8, par Vasiliev et l'archimandrite Palladius, sur le Ts'ing tchen tcheng kiao t'iao kouei {Règles de la religion musulmane) et le Tche cheng che lou [Vie de Mahomet, n° 3 1 ci-dessous).
En i8gi, le Rév. C. F. Hogg, dans le Chinese Recorder and Missionary Journal, faisait paraître quatre articles
OÙ il rendait compte, d'une façon développée et intéressante, du Sieou tchen mong yin et du T'ien fang tien li, déjà signalés à Vattention des Occidentaux.
La Revue du Monde Musulman a, par ailleurs, inséré dans son volume IV [mars igo8) les recherches de M. René RiSTELHUEBER, et Ics Commentaires de MM. Creste, F. FARjENELe^ L. BouvAT intitulées La littérature musulmane en Chine, Vocabulaire sino-turc, Un rituel musulman chinois et Un commentaire chinois du Coran. Ces études sont venues ajouter des noms nouveaux, parfois avec une anali/se détaillée ou des traductions partielles, à ceux des ouvrages musulmans qui avaient été signalés par les auteurs précédents. Ce sont notamment le Houei houei yao yu, le Hi tchen tcheng ta, le Tso yao tchou kiai tsa hiue, le King Han tchou kiai ho t'ing.
Les indications que j'ai groupées ici n'ont d'autre prétention que de guider les personnes désireuses cT approfondir telle ou telle question spéciale relative aux dogmes ou aux pratiques des musulmans chinois, à leur histoire, à leurs conceptions cosmogoniques ou géographiques, ou à quelque sujet d'un autre ordre les concernant particulièrement et pour l'élucidation duquel les livres passés en revue permettront de se documenter. Elles pourront faciliter le dépouillement de ces ouvrages aux chercheurs, en même temps que leur signaler les emprunts qui déjà y ont été faits et que les traductions publiées dans le Mahométisme en Chine rendent accessibles. Chacun d'eux a son intérêt aux yeux du spécialiste. La collection rapportée par M. le commandant d'Ollone devra rendre à cet égard de grands services et constitue une mine dont quelques filons seulement ont été explorés. Elle sera désormais mise à la portée des sinologues, car M. d'Ollone a annoncé son intention de faire don à la Bibliothèque Nationale de tous les ouvrages dont il s'agit, qui peuvent être considérés comme ce que la littérature musulmane chinoise offre de plus important. Je
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ne pouvais songer à lire intégralement tous ces textes et la compétence nécessaire m'eût fait défaut pour formuler des appréciations ou élucider des détails que nous devrons attendre de monographies ultérieures.
Une certaine confusion est résultée parfois, pour les lecteurs d'Occident, de la pluralité des noms des auteurs chinois, que Von rencontre désignés, outre leurs noms de famille, tantôt parleurs «.noms personnels» (ming), tantôt par des « surnoms » (hao, tseu, wai-hao, pie-hao) et qui apparaissent, dans les écrits des Européens, sous des appellations différentes . Aussi a-t-on pu prendre, par exemple, Ma Tchou et Ma Wen-ping, no?i pour un seul et même auteur, mais pour deux. Je me suis, en conséquence, appliqué dans la liste qui suit et conformément aux usages bibliographiques des Chinois eux-mêmes, à indiquer, autant qu'il a été possible, un auteur par son nom de famille (sing) suivi de son « nom personnel » et je ne donne les « surnoms » que d'une façon accessoire. Je parle donc, avant tout, de Ma Tchou, quoique cette désignation ne soit pas mentionnée par Dabry de Thiersant, qui ne cite cet écrivain célèbre dans le monde chinois mahométan que comme « Ma Ouen-ping ».
Lorsqu'il sera question ici de réédition ou de réimpression, le sens sera que des planches de bois ont été gravées de nouveau et qu'il ne s'agit pas de quelque tirage postérieur fait à l'aide de planches xylographiques ayant déjà servi. Les ouvrages rapportés en France par la mission d'Ollone ont tous été publiés par le procédé de la gravure sur bois.
Enfin, le titre extérieur des ouvrages sino-musulmans porte souvent, comme en exergue, les mots T'ien fang, « de la Région Céleste » [Arabie), par lesquels ils sont désignés à l'attention des coreligionnaires . Cette mention extérieure, figurant sur la couverture, n' appartient pas proprement au livre et n'est pas reproduite à l'intérieur ; je l'ai, dans ce cas, insérée dans une parenthèse.
Pendant que s imprimait la présente Etude, j'ai reçu un exemplaire de /'Islam in China que M. Marshall Broomhall vient de publier à Londres. Cet important ouvrage, sur lequel je reviendrai bientôt, contient comme premier Appendice, sous le titre Chinese Mahommedan literature, une liste [non exempte, malheureusement, de fautes, dans les caractères chinois des titres notamment) de vingt livres, dont la plupart se trouvent mentionnés cidessous. Trois seraient à ajoutera ceux qui nous sont désormais connus. Ils portent les titres suivants : i. Jen li tche yao,2. Houei-houei kiao et 3. Sing mi tchen yuan. L'auteur les a caractérisés par ces désignations sommaires :
— I . The most important Rites for Man, ^/ Ma Ki-kong {sic). This book accuses Christ of massacre.
— 2. A Talk on Islam.
— 3. An Examination into the Origin of Error and Truth.