‹ Études slaves; voyages et littératureChapitre 11 sur 45 · Le capitaine · texte numérisé non relu

Le capitaine

sans les inviter à garder le silence sur ce qu'ils avaient vu. Plus tard, on découvrit que dans cette région de la forêt vivaient des écrivains et des maîtres. Les écrivains copiaient les livres défendus des raskolniks ^, et reproduisaient les pamphlets contre l'église établie. Il m'a été donné de voir chez un savant collectionneur un livre do prières ainsi copié par des raskolniks; c'était un travail d'une finesse prodigieuse et dont les moindres détails pouvaient lutter avec la typographie la plus soignée. Les maîtres^ eux, faisaient œuvre moins pieuse; ils fabriquaient de la fausse monnaie. Les écrivains ne dédaignaient pas de s'abaisser à des travaux du même genre; ils rédigeaient de faux passe-ports, de faux actes de libération, et livraient au plus juste prix tous ces papiers indispensables que la police russe a l'indiscrétion de réclamer à -tout propos.

J'aimerais à pénétrer dans cette région des forêts, à étudier de près les mœurs et l'industrie de ses habitants. Cette industrie est considérable. Sans compter l'exploitation des bois de construction et de chaufliige, la forêt alimente encore maintes professions secondaires. L'écorce des arbres sert à faire des nattes d'emballage; avec les déchets, on fabrique des tasses, des cuillers, des vaisselles de toute sorte. Malheureusement, pour entreprendre ces excursions,

Page 1