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CHAPITRE VI II

La langue russe et le slavon. — Influence durable du slavon. — Son rôle dans l'éducation. — Influence de la Bohème sur le mouvement des études slaves. — Vostokov. — Renseignements bibliographiques. — La littérature russe chez les Slaves d'Occident. — Les Slavophiles russes et les Zapadniaki. — Chomiakov. — Les aigles slaves. — Que le slavisme n'est point d'origine russe.

On sait que la langue russe appartient au groupe des langues slaves parlées aujourd'hui eu Europe par quatre-vingt millions d'hommes ; à côté de cet idiome récemment élevé au rang de langue littéraire, il en est un autre qui joue en Russie un rôle analogue à celui du latin chez nous ; c'est le slavon ou langue slave ecclésiastique [slaviansky). Cette langue, aujourd'hui réservée à la liturgie, est ou a la prétention d'être celle^dont les apôtres slaves se servirent au ix^ siècle pour/la traduction des Ecri

tures *. Elle établit entre les Slaves orthodoxes un lien pareil à celui que le latin établit entre les catholiques. Cette identité d'idiome religieux aurait suffi à créer des rapports entre les Russes -et leurs congénères à nne époque où l'idée religieuse avait plus d'influence sur les nations que l'idée de race ou de nationalité. Le premier annaliste de la Russie, le moine Nestor, a consacré plusieurs pages à l'histoire de la conversion des Slaves. Dès le moyen âge, les Russes, désireux d'étudier à sa source même la littérature sacrée, fréquentèrent assidûment les monastères de la Grèce et des Slaves du Sud, notamment ceux du mont Athos. « Là, dit un historien de la littérature russe, vivaient beaucoup de moines éclairés, d'ascètes grecs, bulgares et serbes; là se rendaient les moines russes pour p erfectionner leur éducation religieuse. Dans les monastères de Saint-Pantaléon et de Chilandar, on traduisait, on copiait constamment des manuscrits ^. » Cette communauté d'idiome explique encore aujourd'hui des relations auxquelles on a voulu prêter un caractère politique, tandis qu'elles n'avaient pour point de départ que des intérêts littéraires ou rehgieux. Si des Russes allèrent vivre et étudier chez les Slaves de la péninsule hellénique, il arriva aussi que des

1. Voir mon livre sur la Conversion des Slaves au christianisme, p. 20r et suiv.

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