Buslaïev, Isloritcheskaïa Gramalika, p
3. Voy. Statuts des gymnases et des progymnases, Saint-Pétersbourg, 1871. — Statuts des écoles urbaines, ibid.
fournissent les maîtres et les livres sont fort succinctes et ne dépassent guère celles que nos élèves reçoivent sur la période celtique de nos annales. On se tromperait fort en s'imaginant que les gymnases russes préparent à la patrie des générations de panslavistes politiques ou littéraires :
« Beaucoup de Russes, disait récemment une revue tchèque, haussent les épaules au seul nom des peuples slaves et se rappellent seulement l'ennui que leur faisait éprouver au collège l'étude du slavon ; beaucoup empruntent leur connaissance du slave à des livres allemands ou français ; d'autres, au seul nom de Slave, se figurent un fils de la nature dans un costume pittoresque, analogue à celui des bandits italiens, vivant dans les rochers et chantant des chansons qui respirent la haine de l'Ottoman i, » Ce n'est que dans les universités que l'on étudie sérieusement le monde slave ; mais là encorelaslavistique, pour employer le terme technique, est une science toute récente et elle n'a point produit encore tous les résultats qu'on est en droit d'attendre d'elle.
1. Osvèta{Lo. civilisation), n» 2, année 1873. L'article en question est écrit par un Tchèque qui a longtemps résidé en Russie. Ses conclusions diffèrent peu de celles auxquelles je suis moimême arrivé. Uu fait curieux à noter, c'est que, dans les livres russes d'éducation, les noms des villes slaves figurent non pas sous leur forme slave, mai s sous celle que les Allemands leur ont donnée. Par exemple, Kœniggrœtz au lieu deKraloveliradec, Laybach et non Ljublanija, etc.
Le développement de cette science coïncide avec celui qu'ont pris récemment les études d'histoire et d'archéologie. Il ne parait pas qu'on ait eu en Russie jusqu'au xix'^ siècle des notions bien précises sur les peuples slaves. Il est vrai que Pierre le Grand, frappé de la similitude du tchèque et du russe, ordonna de faire venir en Russie des écrivains tchèques pour traduire des livres scientifiques ; il est vrai que la Russie entretint sous lui et ses successeurs certaines relations avec les Slaves méridionaux ; mais la littérature et la science eurent peu de part à ces relations. Les petites nations slaves avaient plus besoin de laRussie que celle-ci n'avait besoin d'elles, et ce fut chez elles que s'élabora l'idée d'une solidarité plus ou moins sérieuse entre les peuples slaves. Les Russes trouvaient dans le-urs archives assez de manuscrits slavons pour être perpétuellement prédisposés àl'étude de cette langue vénérée ; mais ce n'est point en Russie que les études slaves, dans le vrai et large sens du mot, trouvèrent leur point de départ. Le signal partit des pays occidentaux, surtout de la Bohême.
Tandis que ce pays était menacé de disparaître à jamais, englouti par le germanisme, quelques es-
prits curieux et patriotes s'occupaient pieusement à rechercher les origines de leur patrie. En étudiant cette lointaine antiquité, ils se trouvaient fatalement reportés à ces temps préhistoriques où la race slave n'était pas encore divisée en nations distinctes, et à rechercher les liens moraux, religieux, intellectuels qui existaient entre ces nations. En 1745, le tchèque Jordan publia son livre : De originibus slavicis; peu de temps après, on vit apparaître Dohner, le père de la critique historique en Bohême, l'historien Pelzel; ces noms s'effacent devant celui deDobrowsky ; Dobrowsky est le véritable fondateur de la science slave. Dès l'année 1793, il fait un voyage à Pétersbourg et à Moscou ; rappelons seulement parmi ses travaux son Projet d'etymoïogicon universel des peuples slaves; les Institutiones linguœ slavicœ dialecti veteris (1822), première grammaire vraiment scientifique du slavon; la vie des apôtres slaves Cyrille et Méthode; le recueil intitulé Slavin, où il a réuni des dissertations sur une foule de points d'érudition slave. « Va chez tes frères slaves, mon livre, dit-il dans la préface, tu es un messager que j'envoie chez eux de Bohême *. » Ces messagers de Dobrowsky furent bien reçus dans les pays où il les envoyait, et, quand il mourut en 1829, il laissa de nombreux élèves.
1. Slavin. Beilrœge zur Kenntniss der slavischen Lileralur, etc. Prag, 1808.
Chez les Slaves méridionaux, le slovène Kopitar fut l'émule et^ dans une certaine mesure, le continuateur de Dobrowsky. Sa grammaire de la langue Slovène {Grammatik der slavischen Sprache in Krain, Laybach, 1808); ses publications de textes glagolitiques (Glagolita Clozianus, Vienne, 1836) lui acquirent une réputation telle que l'empereur de Russie le chargea d'écrire l'introduction du célèbre Evangile du Sacre publié à ses frais à Paris en 1843 *. Il mourut l'année suivante. Ses travaux et ceux de Dobrowsky devaient intéresser d'autant plus les Russes que tous deux faisaient une large part à l'idiome slavon. D'autre part, le serbe Vouk Karadjitcli recueillait les chants serbes (1814); le polonais Linde publiait en 1807 son grand dictionnaire de la langue polonaise, où iL rapprochait constamment le polonais des idiomes congénères et fournissait de nombreux matériaux à la philologie comparée. Un autre Polonais, Surowiecki, étudiait les origines des peuples slaves dans une dissertation qui servit de point de départ à Schafarik; M. Maciejowski, encore vivant au moment où j'écris ces lignes, que j'ai eu l'honneur de rencontrer l'année dernière à Varsovie, créait l'étude comparée du droit slave ; Lelewell préludait à ses grands travaux historiques. Les recherches de ces hommes éminents
1. Voir sur cet évangile notre Elude sur la conversion des Slaves au christianisinc. P. 191-92.
assuraient à leurs successeurs une large hase d'opérations. La Bohême vit surgir Jungmann, Hanka, Palacky, Schafarik, Kollar, Czelakowsky ; chez les Slaves de Lusace, Jordan et Schmaler entreprirent la publication de deux recueils internationaux : Slavische Jahrbiicher { 1842-49) et Slavisches Centralblatt. Un Slovène, Miklosich, correspondant de notre Institut, établit définitivement les lois phonétiques et les formes des langues slaves; à son nom, il faut associer celui de Schleicher, qui entretient de nombreux rapports avec l'Académie impériale de Saint-Pétersbourg. J'aurai un jour occasion de revenir sur ces hommes éminents en constatant l'influence et, pour ainsi dire, le reflet de leurs travaux dans les livres des savants russes *.
1. Voici par ordre chronologique la liste des pi-incipales publications qui exercèrent une influence sérieuse sur la marche des études slaves :
Eu Bohème, Dobrowsky, Slavin, 1808. — Inslilutiones linguœ slavicœ, 1822. — Cyrill und Method, 1823.
Jungmann. Grand dictionnaire de la langue Icliéque, Prague, 1835-39.
Schafarik. Geschichte der slavisclien Lileraiur (Pesth, 182G). —
Slovanske starozitnosli (Antiquités slaves), Prague, 1837.
Ethnographie slave, Prague, 1840.
Kollar. Slavy Dcera (Prague, 1821). — Die lilerarische Wechselseiiigkeit der Slawen, Pesth, 1837.
Hanka. Première édition du Kralodvorsicy Rukopis, Prague,
Chez les Slaves du Sud, Karadjitch. Premier recueil des chants serbes (Pesmarica), 1814,
L'illustre Vostokov (1781-1865) peut être considéré comme le fondateur de la science slave en Russie. Dans la notice que lui a consacrée son confrère et ami M. Sreznievsky, on peut constater de bonne heure l'inlluence qu'exercent sur ses études les travaux slaves publiés à l'étranger. Tout jeune encore, il médite un dictionnaire comparé des langues européennes dans lequel il réserve une grande place aux idiomes slaves. Mais les livres lui font défaut; il n'a à sa disposition qu'un seul ouvrage de Dobrowsky Literarische Nachrichten von einer Reise nach Schwedeu und Russland. En 1810, nous le voyons occupé à traduire des fragments d'un autre livre du même savant (Slavin. Voy. plus haut). Un peu plus tard, il entre en relations épistolaires avec Kopitar, Hanka et Scbafank. Ces relations et les échanges délivres qui les accompagnent constituent une grande partie du Panslavisme. Les travaux de Vostokov sur la grammaire slavonne sont fort importants. C'est lui qui publia le plus ancien
Kopitar, Grammatik der slavischen Sprachc in Krain, 180S. — Glagolila Clozianus, 1830.
Ea Pologne, Linde. Slotvnik Jezyka polskiego, 1808-1814 (Dictionnaire polonais). — Suroiviecki, 0 poczatkach... daivnich Slawian sur les origines des anciens Slaves (Varsovie, 1823).
MaciejoAvski. Historyja prawodaslw sluwianskych{E.ii\,Q\.VQ des législations slaves), Varsovie, 1832-35, etc.
Un certain nombre de ces ouvrages ont été traduits en russe ; a Grammaire paleoslave de Dobrowski le fut dès 1825 par Pogoine et Schevirov.
texte slavou connu, Y Évangile d'Osîromir (1843). Cest à lui que revient l'honneur d'avoir découvert l'existence des voyelles nasales un et m dans l'ancien bulgare (1817). Sa grammaire slavonne sera longtemps consultée avec fruit. En 1827, il publia une légende de saint Vacslav, prince de Bohème, qui fit grand bruit chez les Slaves d'Occident; c'est l'un des rares documents slavons relatifs à leur histoire. Ce fut aussi Vostokov qui fut chargé d'écrire dans l'Encyclopédie russe l'article sur la littérature bohème. Il est à remarquer qu'à cette époque on se servait encore en Russie du mot bogemski (Bohême), mot étranger aux Slaves, inconnu d'eux, et qu'on a depuis remplacé avec raison par le mot tcheskg (tchèque).
Je note encore dans les mémoires de l'Académie russe une étude sur les travaux du slaviste morave Daukovsky (1841). En 1838, M. Vostokov fut chargé de préparer aux études de philologie slave le professeur Preiss, envoyé par le gouvernement russe dans les pays slaves et destiné à occuper la chaire slave à l'université de Pétersbourg. Les travaux de Vostokov lui assurèrent une réputation étendue en dehors de la Russie. Sur la fin de sa vie, la Société d'histoire jougo-slave d'Agram et la Société littéraire serbe de Belgrade le nommèrent membre correspondant. Un collègue de Vostokov à l'Académie, Kœppen (né en 1793), occupé spécialement
d'archéologie russe, fit une grande part au monde slave dans ses études. Il entreprit l'un des premiers, le premier peut-être parmi les Russes, un voyage scientifique et littéraire dans les pays slaves. « Ce voyage, a dit Pogodine, nous révéla tout un monde. » Dans son recueil d'anciens monuments slaves (1825), Kœppen inséra des documents étrangers à la Russie, par exemple, les fragments liturgiques dits de Frisingen, d'anciennes prières polonaises, etc. Dans sa Feuille bibliographique, il publia (chose nouvelle pour le temps) des notes sur le mouvement slave; on le voit échanger des livres et des correspondances avec les poètes et philologues slaves Kollar, Kopitar, Karadjitch, Hanka, Jungmann, Dobrowsky ^. Sauf quelques mémoires (notamment un sur les antiquités de la Syrraie), il n'a point laissé d'ouvrage consacré spécialement aux peuples slaves"^ . Kalaïdovitch (1792-1832) fut le premier qui donna à Russie un grand travail spécialement consa-