‹ Études slaves; voyages et littératureChapitre 25 sur 45 · Le consulat de Temesvar a été suppi'imé en · texte numérisé non relu

Le consulat de Temesvar a été suppi'imé en

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qui offre une si large carrière à une intelligente activité, soil le bulgare qui présente un intérêt spécial à cause des consulats que nous possédons aujourd'hui à Rouchtchouk, à Philippopolis et dans diverses autres localités. Ainsi donc, resserrer les rapports de la France avec les principautés autonomes de Serbie et du Montéaégi-o, lui rendre plus aisé l'exercice de la protection qu'elle doit aux chrétiens d'Orient, faciliter nos relations avec les populations du littoral adriatique, contrôler les rapports de la Hongrie avec les populations slaves, se rendre un compte exact des menées dites panslavistes, préparer nos représentants à l'étude détaillée du monde slave : voibà les divers services que la connaissance de l'idiome serbe est appelée à rendre. Qu'on ne vienne pas m'objecter que cette connaiss'ance n'est en somme qu'un objet de luxe et que les drogmans sauront toujours suppléer à l'ignorance du consul. Il me paraît impossible, surtout en ces contrées, de se fier pleinement à des drogmans étrangers. Vous les prenez, par exemple, dans le pays même où la France est représentée; mais dans ce pays, il y a des conflits perpétuels entre les populations slaves et les musulmans ou les autorités musulmanes ; le drogman pourra- t-il avoir assez de sang-froid et d'impartialité pour faire connaître exactement les griefs des deux parties ? Si par hasard il appartient à une nationalité slave en lutte avec la Pxussie, soyez certain

qu'il ne manquera pas de voir parloat des inenéos panslavistes ou moscovites, qu'il tiendra les orthodoxes en suspicion, qu'il réussira peut-être à isoler le consul des populations qu'il doit protéger. Il est temps, après les rudes leçons de ces dernières aunéeSj que nous apprenions à faire nos alïaires par nous-mêmes et que nous cessions de les confier à des étrangers.

Voyons maintenant quels services l'étude de la langue serbe pourra nous rendre au point de vue économique et commercial. Les contrées dont nous nous occupons sont encore dans une situation précaire en ce qui concerne l'industrie et les voies de communication. La Croatie, la Slavonie et la Dalmalie sont des pays essetiellement agricoles; les chemins de fer y sont rares, les usines également : leur exportation consiste spécialement en matières premières et en Létail. Ainsi la Slavonie nous fournit des bois de construction, des douves pour les tonneaux, des pruneaux et je crois aussi des porcs dans une certaine quantité ; ces divers produits sont

exportés spécialement par les ports de Tiieste,

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Fiume, Zeng. Par les mêmes ports ou par la voie de Vienne nous importons dans une proportion difficile à déterminer des denrées coloniales, des vins que nous fournissons d'ailleurs au monde entier, des huiles, des étoffes et des articles de mode. Mais nous avons à lutter avec la concurrence de l'Autriche- Hongrie, de l'Allemagne et de l'Italie. Le chiffre de nos affaires doit être encore fort restreint ; mais il ne faut pas oublier qu'il doit aug' menter en raison du développement des voies de communication dans ces régions trop dédaignées. « En effet, comme l'a dit un économiste slave, la situation géographique de la Croatie et de la Slavonie entre l'Europe centrale d'un côté et l'Europe orientale de l'autre, le voisinage de la mer Adriatique, et deux rivières navigables, la Drave et la Save, qui traversent tout le pays de l'ouest à l'est, l'abondance des produits naturels, tout cet ensemble constitue une base solide pour le développement du commerce, qui gagne de plus en plus d'importance. Les ports de l'Adriatique à l'ouest établissent des communications avec tous les centres du commerce européen et transatlantique. Les rivières, d'un côté, relient le pays à l'Orient et à tous les pays qui sont arrosés par le Danube. Le commerce s'étendra à mesure que les rivières seront régularisées et que les lignes de chemins de fer seront construites d'après les intérêts du pays pour relier les principaux cen-

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très commerciaux avec les embouchures de la Save et avec les ports de l'Adriatique » *.

Diverses circonstances ont coniribué à paralyser jusqu'ici la vie économique de ces contrées; elles sont placées à l'extrême frontière de l'empire austrohongrois, dans une région que ne traverse aucune grande ligne de chemin de fer ; l'institution des confins militaires a maintenu une bonne partie de la population dans un état patriarcal et semi- barbare ; le voisinage de la Turquie n'était point fait assurément pour exercer une heureuse influence sur la condition de ces provinces.

Ces considérations peuvent s'appliquer également à la Dalmatie, à la principauté de Serbie et aux provinces slaves de l'empire ottoman. Trieste a tué les ports de la Dalmatie, notamment Raguse, qui a été jadis si puissante. Cette ville aujourd'hui presque morte a été jadis une république indépendante et l'un des ports les plus riches de la Méditerranée. Elle entretenait des relations commerciales avec Gênes, Messine, Syracuse, avec les princes serbes et bosniaques, plus tard avec les sultans ottomans; elle compta jusqu'à trois cents vaisseaux; elle avait des agents et des consuls dans toute la péninsule hellénique, des colonies à Andrinople, à Novi-Bazar,

1. La Croatie et la Slavonie au point de vue de leur culture physique et intellectuelle, par Pierre Matkovic. AiiTam, 1S7.S.

à Bucbarest; elle n'élait pas seulement riche par le commerce, elle était grande par les arts et la civilisation; elle a produit une remarquable école poé,tique; on l'appelait l'Athènes slave ; et — puisque nous nous sommes laissés glisser sur le terrain littéraire que je m'interdis à dessein dans cette leçon, — permettez-moi de vous rappeler qu'au xviii'' siècle l'un des plus spirituels entre les poètes ragusains fut un Français, Brnôre Deriveaux, connu sous le nom slave de Bruerovitch. Deriveaux était fils d'un ambassadeur français à Raguse; son nom, comme vous le voyez, appartient à l'histoire de nos relations diplomatiques avec la Dalmatie. La Dalmatie a d'ailleurs été pendant quelques années sous la domination française; c'est à Marmont, duc de Raguse, qu'elle a dû la construction des meilleures routes qu'elle possède encore aujourd'hui.

Raguse n'a aucune chance de voir renaître son ancienne splendeur, tant que Trieste continuera à être la seule ligne de communication entre la Méditerranée et l'Europe centrale. Les communications directes entres la Dalmatie et le bassin du Danube n'existent pas aujourd'hui; on ne saurait considérer comme telles les routes pierreuses de la Turquie; un Monténégrin voulant se rendre à.Belgrade doit aller s'embarquer pour Trieste et de "Trieste gagner Pesth pour reprendre le chemin àd fer de Basiasz. Les produits naturels de la Serbie,

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(le la Bosnie, de l'Herzégovine n'ont aucun débouché sur la Méditerranée. Une ligne de chemin de fer allant de Raguse à Belgrade (par Saraievo et Mostar), mettrait les deux villes à vingt heures l'une de l'autre. Dieu sait quel avenir cette ligne pourrait créer pour Raguse, pour les provinces qui nous intéressent et pour la ville même de Belgrade ! Peu de cités ont en Europe une situation aussi admirable que celte capitale : elle domine à la fois la Save et le Danube ; par la Save elle se met en communication avec Agram et Trieste, — mais la Save est aujourd'hui un fleuve capricieux et impropre à la grande navigation; par le Danube, Belgrade entre en relations avec Pesth, Vienne et la mer Noire. Supposez une communication directe établie avec Raguse, et Belgrade devient une ville hanséatique de premier ordre; la nécessité du transit à travers l'Autriche ou l'Allemagne une fois supprimée, les conditions économiques de la Serbie se trouveraient profondément modifiées; ces régions rapprochées de Marseille et de l'isthme de Suez nous offriraient un débouché aisé pour nos produits manufacturiers, qui se répandraient également dans la partie occidentale de l'empire ottoman. Les musulmans bosniaques sentent parfaitement les avantages que l'Occident retirerait de l'établissement d'un chemin de fer dans ces contrées; ils redoutent leur concurrence. Un marchand de Saraievo, avec

qui je voyageais sur le bateau à vapeur de la Save, m'exposait la façon primitive dont il transportait ses denrées à dos de mulet sur les chaussées empierrées de la Bosnie. Le petit trajet de Brod à Saraievo ne demande pas moins de trois jours et trois nuits.

« Avec un chemin de fer, lui disais-je, il se ferait en sept ou huit heures.

--— Sans doute, répondait-il, mais nous n'y tenons pas.

— Et pourquoi?

— Vois-tu, frère, si nous faisons un chemin de fer, les Allemands (les Européens) n'auront plus peur de voyager chez nous ; ils viendront s'y établir, feront mieux que nous, et nous serons itiinés ! »

L'aveu est bon à retenir : le Bosniaque musulman raisonnait comme un barbare. S'il avait eu des notions plus élevées en matière économique, il aurait compris que les Européens en lui apportant le bien-être, l'aisance, l'aideraient à développer les richesses naturelles dont il ne sait encore tirer qu'un médiocre profit. Telles sont, par exemple, les mines mal exploitées de la Bosnie. Le fer, le plomb de cette province sont fort estimés; au moyen âge, ces métaux produisaient des ressources considérables; les princes bosniaques frappaient de la monnaie d'argent et cette province avait" reçu de ses voisins le nom de Borna argentea. Je lis dans un

jûLirnal ^ qui pul.tlie d'intéressantes correspondances de Gonstantinople : « Il est certain que la Bosnie à elle seule contient du fer égal en quantité à celui de la Suède, et en quantité pour ainsi dire inépuisable. La ville de Raguse dut sa richesse, au moyen âge, à une exploitation un peu primitive d'ailleurs de ces minerais. La Bosnie est couverte de bois d'essences diverses et parmi lesquelles on trouve en quantité des produits excellents pour la marine et le. comm^ce. » La même correspondance exalte avec raison les eaux minérales si nombreuses dans l'empire ottoman ; on en trouve beaucoup en Bosnie. Mais pour exploiter ces sources, ces mines, ces forêts, il faut le concours de capitaux étrangeis, d'ingénieurs étrangers; il y a donc dans ces contrées pour nos ingénieurs, pour nos constructeurs de voies ferrées, un vaste champ de travail et sans doute de fortune; il a là, entre l'Adriatique et le Danube, toute une série de débouchés à ouvrir à l'activité, à l'industrie des Européens. C'est un devoir de les signaler.

L Le Soleil du 27 décembre 1873.

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