‹ Études slaves; voyages et littératureChapitre 30 sur 45 · L ECHANSON · texte numérisé non relu

L ECHANSON

Le régent.

PAPKIN (toujours pleurant).

Nous l'a enlevée

l'échanson.

Le régent le régent Elle épouse ?

Waçlaw.

l'échanson.

Et tu ne me disais rien, drôle ! Mais son aflaire ne sera pas longue. Sexe perfide , infâme 1 Que

n'es-tii en mes mains comme cette lettre ! Je te déchirerais en mille morceaux. Mais ne perdons pas de temps. Ah ! je leur jouerai pour la noce un air de ma façon. Il saura ce que c'est que boire dans le verre des autres. Holà! laquais, gentilshommes, suivez-moi, suivez-moi tous. (// sort.)

Papkin, resté seul, déplore sa mort prématurée ; il voudrait douter encore du forfait du régent; mais l'échanson a bien affirmé qu'il était empoisonné. Il ne lui reste qu'à se préparer à la mort qui va venir :

« Mourir, mourir, grands dieux Mais où donc

avais-je la tête? Je l'ai insulté, couvert de boue; il devait me jeter à la porte. Il se hâte de prendre la bouteille; il m'en verse un plein verre Je l'avale c'était du poison Je n'en réchapperai

pas Écrivons notre testament Puis je payerai

mes funérailles puis, Reqiiiescat in pace! »

Cependant, l'échanson a trouvé un bon plan pour se venger du régent : c'est d'attirer Waçlaw dans son château et de le marier avec Klara. Il revient, enchanté de cette idée, et trouve Papkin en train d'.écrire son testament et de l'arroser de larmes ; il se moque de lui et le brutalise. « Ah! c'est comme ça? s'écrie le bouffon. J'efface le legs que j'allais lui faire. » La scène offre ici un amusant tableau : dans un coin, Papkin écrit son testament; sur une autre table, Dyndalski écrit une lettre que l'échanson est

LA COMÉDIE MODERNE EN POLOGNE. 299 censé-lui dicter. Il n'y a, pour les deux tables, qu'une seule écritoire. Papkin y vient tremper sa plume et se heurte, soit contre l'échanson, soit contre son secrétaire; de là toute une série de jeux de scène fort divertissants.

L'échanson n'a pas à chercher Waçlaw bien longtemps : il le rencontre dans sa propre maison et lui enjoint d'épouser Klara à l'instant, dans la chapelle du château. On comprend que Waçlaw accepte ; il se rend à la chapelle du château, tandis que Papkin continue d'occuper la scène en relisant son testament. Le bon tour qu'il vient de jouer à son voisin a tellement diverti l'échanson, qu'il en oublie son duel aux Trois-Bornes. Le régent est allé l'y chercher; tout étonné de n'avoir pas rencontré son adversaire, il vient le trouver dans son propre château. Il arrive juste au moment où les nouveaux mariés sortent de la chapelle. On devine le dénoûment : la colère des voisins ennemis s'évanouit en présence du jeune couple; ils se réconcilient; la Podstolina triomphe d'un dépit passager et dote l'heureuse Klara, Papkin apprend de la bouche même du régent que décidément il n'est point empoisonné, et déchire son testament.

Ainsi finit gaiement, comme elle a commencé, cette aimable pièce. Je répète ici ce que je disais en commençant : aucune traduction ne peut donner une idée du style ni de la versification. Je prie le

lecteur de vouloir bien supposer ce double charme aux fragments qu'il vient de lire, et si quelque trait a un peu choqué son goût ou les conventions littéraires auxquelles il est habitué, je l'inviterai à vouloir bien méditer un instant le mot de Chateaubriand sur Shakespeare : « Les hommes ont diverses façons de rire; ils n'en ont qu'une de pleurer. »

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